09/01/2013

Les vélospots ont conquis les villes neuchâteloises. À quand Genève ?

Le Réseau des trois villes neuchâteloises (Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds et Le Locle), trois villes à majorité de gauche, ont opté pour le système de vélos en libre service Velospot développé par la ville de Bienne, elle aussi à gauche. Et refusé comme un malpropre, en tout cas pour le moment, par le DIME et les TPG à Genève. Trop bon marché, trop avancé technologiquement, trop suisse (alémanique), trop à gauche... ? Qui sait. Dès la belle saison, indique le communiqué de presse du Réseau des trois villes du 8 janvier 2013, un réseau de 180 vélos réparti sur 20 sites sera progressivement mis à disposition de la population de ce canton. Et les trois villes de justifier leur choix. À leurs yeux, Velospot est "un système moderne, flexible et durable, tant au niveau de son infrastructure que de son coût et de sa souplesse. Le système propose des structures discrètes et permettant l'utilisation du mobilier urbain habituel. Les coûts modérés de Velospot permettent de conserver des tarifs attractifs pour les utilisateurs et de faciliter les extensions futures du réseau dans ou hors des villes." Pendant ce temps, à Genève, on espère que la prochaine session du Grand Conseil permette enfin de savoir si le système Biennois, nettement moins cher, en particulier pour les communes, pourra être étudié par sa commission des finances. On espère, mais sans la moindre certitude. En effet, du côté des partisans féroces de la solution dispendieuse de la conseillère d'Etat Künzler, les innovations, même suisses, ne semblent pas goûtées. Or la différence de coût - 31 millions sur 5 ans pour la proposition du DIME contre 12 millions pour celle de Velospot - est sans appel. Au surplus, on se réjouit de savoir pourquoi les magasins de cycles genevois ou leur association n'a jamais été entendue sur ce projet par le DIME ou les TPG, ne serait-ce que pour donner leur avis d'experts, et non pas nécessairement pour louer leurs services. Un DIME qui n'a pour seul interlocuteur que l'association GeneveRoule subventionnée - chichement - par ce même DIME...

29/10/2012

Didier Bonny et les râteliers

Qui est actuellement 1er des "viennent ensuite" sur la liste des candidats PDC au Grand Conseil, avec 8 238 voix ? Didier Bonny.

Qui n'a pas évoqué ce fait dans sa campagne "indépendente" pour l'élection de cette semaine au Conseil administratif ? Didier Bonny. L'aurait-il oublié, tout occupé à sa campagne sur son triporteur ?

Or, de deux choses l'une. Soit Didier Bonny est réellement indépendant, et renonce à priver d'un siège au Grand Conseil son ex-parti - car il en a démissionné, pis encore, il le combat sans la moindre vergogne en s'opposant à Guillaume Barazzone, le candidat-maison. Soit Didier Bonny n'a plus aucun sens de la décence, et occupera un siège de député - celui de Guillaume Barazzone, élu au 1er tour dimanche au Conseil administratif, espérons-le !  Mais un siège qui ne lui donnera accès à aucune commission, faisant de lui le Mauro Poggia du parlement cantonal (un autre transfuge, mais c'est une autre vieille histoire, comme disait Kipling).

En toute légalité.

Mais avec le sens moral qui caractérise ceux qui voudraient manger à deux râteliers. Et qui profitent d'avoir été élu grâce à ceux qu'ils se sont mis à combattre.

Bref, il est temps que Didier Bonny sorte de l'ambiguïté. Ses électeurs et surtout ceux de Guillaume Barazzone lui en sauront gré.

26/10/2012

Mise à jour: Les futures rentes des fonctionnaires genevois, sans ou avec liquidation de la CIA et de la CEH

Mise à jour importante concernant les montants en cas de liquidation 

Le 31 octobre à midi, les Genevois sauront si le syndicat SSP/VPOD et ses improbables alliés référendaires (Solidarités, Avivo et… UDC) auront réussi à récolter 7 000 signatures contre la loi de fusion des caisses de pension CIA et CEH. Et ce (mal)faisant, à faire exploser le difficile et coûteux compromis atteint par une très large majorité du Grand Conseil, pavant ainsi la voie à une loi nettement moins généreuse, voire à une liquidation pure et simple de ces caisses publiques. Rappel : les retraités actuels et les fonctionnaires qui prendront leur retraite d’ici au 1er janvier 2014 voient leurs retraites garanties par l’Etat, y compris en cas de liquidation !

Certes, les rentes vont baisser et les fonctionnaires devront travailler plus longtemps pour limiter les diminutions de rentes (ou augmenter ces mêmes rentes), mais ces dernières n’auront strictement rien à voir avec les conséquences d’une liquidation.

Dans cette hypothèse, pour ne prendre que deux exemples extrêmes concernant les célibataires, la rente (incluant l’AVS) des fonctionnaires de la classe la plus basse (4) pourrait alors passer au pire de 57 778 F à 46 133 F (environ), celle des fonctionnaires de la classe la plus haute (32) pourrit chuter au pire de 158 975 F à 47 840 F (environ). Pour les fonctionnaires mariés, la rente (incluant l’AVS) pourrait tomber au pire de 51 245 F à 39 600 (environ) pour la classe 4, elle pourrait s’effondrer au pire de 152 015 F à 40 880 F (environ) pour la classe 32. Autant dire que l’attractivité de la fonction publique, basée en bonne partie sur de retraites généreuses, y compris avec la loi adoptée par le Parlement, aurait vécu.

Il convient toutefois de préciser que la rente maximale de 20 000 F (environ) versée par l'Institution supplétive (IS) ne concernerait que les assurés ayant été soumis depuis 1985, année d'entrée en vigeur de la LPP, aux prestations minimales de la LPP. Pour ceux-là, le montant est calculé chaque année par l'OFAS et précisément connu: 19722 F pour les hommes à 65 ans et 20 367 F à 64 ans pour les femmes.

Pour les assurés ayant commencé leur carrière après l'entrée en vigueur de la LPP (ce qui sera le cas de tous les assurés à partir de 2025), la rente  minimale LPP devrait se situer entre 20 000 F et 25 000 F.

Enfin, pour les assurés ayant fait une partie de leur carrière selon un plan plus favorable que le minimum LPP (par exemple celui offert par la CIA et la CEGH) et une autre selon le minimum LPP (offert par l'IS en cas de liquidation), le niveau de leur rente sera influencé par la durée de la première partie de leur carrière et donc par le montant de leur avoir de vieillesse précédant leur arrivée dans la caisse régie selon le minimum LPP. 

Précision : ce scénario-catastrophe de liquidation n’est pas seulement celui de l’auteur de cette note, par ailleurs rapporteur de majorité de la loi 10847 au Grand Conseil ; il est partagé par les instances dirigeantes de la CIA qui n’ont pas hésité à prendre position publiquement. Et même le Cartel intersyndical de la fonction publique ne l’exclut pas.

Ajoutons que les membres de la CEH auraient tort de se croire à l’abri de pareille évolution. Sans plans d’assainissement et de financement adoptés par le Grand Conseil et par l’autorité de surveillance d’ici au 31 décembre 2013, la liquidation de leur caisse est programmée.

Aussi, après avoir montré les rentes de quelques catégories spécifiques (deux dont les rentes vont baisser : les enseignants du secondaire de même que les assistants sociaux et les infirmiers, et sept – les moins payées – dont les rentes vont augmenter ou rester stables) au fil de trois notes sur ce blog, le moment est venu de publier un tableau intégral comprenant toutes les classes de traitement, sans et avec liquidation des caisses.

A chaque citoyen, et notamment à chaque fonctionnaire, de décider si le chaos qui en résulterait mérite son paraphe.

[Cliquez sur le tableau ci-dessous pour l'agrandir]

Weiss cia che 26 oct 2012.jpg

25/10/2012

Le raciste et antisémite Seba a été refoulé. La LICRA Genève est soulagée

Le principe de précaution a prévalu. La LICRA Genève se félicite de l'action du conseiller d'Etat Pierre Maudet, chef du département de la sécurité, qui a empêché la venue dans le canton de Kémi Seba, un agitateur raciste, promoteur d'un apartheid total entre blancs et noirs. Soulagé par cette nouvelle, la LICRA Genève est toutefois inquiète face aux actions menées par les milieux à l'origine de l'invitation de ce personnage condamné dans son pays à une peine de prison en 2007 pour antisémitisme.

A l'initiative de la police genevoise, l'Office fédéral de la police a interdit l'entrée et donc le séjour en Suisse de Kémi Seba, un agitateur de nationalité française, invité à Genève pour y donner une "conférence" qui aurait dû se tenir samedi 27 octobre 2012. Les autorités genevoises ont refoulé à sa descente d'avion à Cointrin ce jeudi et remis aux autorités de son pays ce "ministre" de la section francophone du New Black Panther Party.

La crainte qui a été jugée fondée d'entendre ledit "ministre" inciter à la haine raciale et en appeler à la violence a convaincu les autorités fédérales et cantonales d'agir sans tergiverser. Attachée à la liberté d'expression dans le respect de la législation en vigueur, la LICRA Genève ne peut qu'être soulagée par cette décision.

Toutefois, il n'en va pas seulement des "thèses" défendues par ce partisan d'un apartheid absolu entre noirs et blancs, responsables de la condition des premiers dans le cadre d'un "complot" ourdi par les sionistes et les juifs - une accusation agitée compulsivement par les milieux racistes et antisémites. Il y a aussi l'écho local qui leur est donné.

La LICRA Genève ne saurait ainsi cacher son inquiétude face aux activités du groupuscule anti-antiraciste, anti-antifascite et antisémite "Egalité et Réconciliaiton" ayant invité Kémi Seba et notamment de son relai, "Genève non conforme". Rappelons que cette association, opposée à la coexistence pacifique des cultures et faisant son bouc émissaire de la mondialisation aux ordres de la finance mondiale (!), a fait entre autres l'objet d'une plainte de la LICRA et a été condamnée pour avoir été l'auteur d'une affiche antisémite appelant au meurtre des juifs à l'occasion de la fête nationale du 1er août 2011. Ce qui revient à passer des idées délirantes à l'abjection violente. 

Pierre Weiss,

président de la LICRA (Genève)

 

Voir aussi 

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Les-auteurs-d-un-...

 

   

 

 

 

15/10/2012

Rentes des infirmiers et des assistants sociaux : le SSP/VPOD ne sait pas compter

Quand on veut tuer son chat... Pour le quarteron qui a entrainé le SSP/VPOD à lancer un référendum pour torpiller la fusion des caisses de pension publiques (CIA et CEH), tous les moyens, toutes les allégations et même tous les mensonges sont bons, pourvu qu'ils fassent PEUR. Après les cas déjà traités sur ce blog des enseignants du secondaire et des basses classes de traitement (pour lesquelles les rentes de la future caisse de pension augmenteront), voici le tour des infirmiers et des assistants sociaux, gravement abusés par les référendaires.

Le choix du SSP/VPOD de cibler sur ces catégories de personnel ne tient pas du hasard. Ce sont là deux catégories de personnel où ce syndicat trouve nombre de soutiens pour ses actions, dont les "débrayages". En travestissant grossièrement la réalité, son but est clair: obtenir à coup de désinformation les signatures des uns et des autres. En rétablissant cruellement (pour le SSP/VPOD) les faits, le mien l'est tout autant: faire échouer un référendum lancé sur les bases branlantes.

Exemple: en affirmant que cette fusion entrainerait "une diminution massive des pensions (les diminutions seraient d'environ 1 000 frs par mois pour les salariés en classe 15, une classe médiane)", les tracteurs (ou auteurs du tract...) multiplient quasiment par trois la réalité ! En effet, en cas de retraite maximale, après 37 ans de cotisation pour les infirmiers bénéficiaires d'une clause de pénibilité, 40 ans pour les assistants sociaux, la retraite maximale de la future caisse de pension de l'Etat de Genève (CPEG) serait de 54 753 F, alors qu'elle est encore de 59 027 F. Soit une différence de 4 274 F par an, ou 356 F sur 12 mois. Un montant, presque le tiers, qui n'a tout simplement rien à voir avec les affirmations du SSP/VPOD. Faut-il encore ajouter que la diminution serait inférieure pour les rentes non maximales ou vaut-il mieux renvoyer le SSP/VPOD à l'école primaire pour apprendre à calculer ? 

Ajoutons une considération générale concernant l'argument du SSP/VPOD selon lequel "le lancement du référendum pourrait entraîner une dégradation supplémentaire des conditions de retraite des assurés CIA et CEH". Le soutien récent de l'UDC - qui s'était abstenu au Grand Conseil - au référendum devrait suffire pour enlever toute illusion aux membres de la fonction publique. Le résultat obtenu par la loi adoptée au Grand Conseil est le meilleur qu'ils pouvaient espérer dans les circonstances présentes. Le prochain, ultime étape avant la liquidation, sera nettement plus rigoureux.

Indiquons d'ores et déjà que la liquidation fera l'objet d'une autre note. Et là, il y aura vraiment de quoi prendre PEUR !

Précisions qui ont leur importance: les chiffres qui suivent s'entendent pour des retraites après une carrière complète (CEH: 37,5 ans, CIA: 38 ans, CPEG: 40 ans), en annuité 22, avec un taux d'activité et un taux moyen d'activité de 100%; les rachats éventuels ont été effectués le cas échéant; ils ne donnent aucune indication sur les mesures transitoires pour les personnes proches de la retraite qui ont intérêt à s'adresser à leur caisse de pension pour le calcul précis de leur rente future. Ils concernent les infirmiers et les assistants sociaux célibataires, mariés et les couples d'infirmiers et d'assistants sociaux concubins et mariés.

Traitment légal brut : 114 946 F

Traitement net: 97 888 F

Rente CIA et CEH (actuelle) pleine: 59 027 F

Rente CPEG (future) pleine: 54 753 F

Rente AVS pleine (célibataire):  27 840 F

1/2 Rente AVS pleine (marié):  20 880 F

Rentes AVS + CPEG en F et % du traitement net (célibataire) : 82 593 F, soit 84%

Rentes AVS + CPEG en F et % du traitement net (marié) : 75 633 F, soit 77%

Rentes AVS et CPEG en F et % du traitement net pour un couple d'infirmiers ou d'assistants sociaux concubins: 165 186 F, soit 84%

Rentes AVS et CPEG en F et % du traitement net pour un couple d'infirmiers ou d'assistants sociaux marié : 165 186 F, soit 77%

Rappel: le mandat constitutionnel prévoyait que l'AVS et le 2ème pilier devaient couvrir 60% du revenu.

Ces chiffres se passent à ce stade de tout autre commentaire.

   

08/10/2012

Grâce à la fusion CIA-CEH, des rentes vont augmenter

Une augmentation, parfois sensible, des rentes des fonctionnaires grâce à la fusion de la CIA et de la CEH. Voilà ce qu'offrira bel et bien la future caisse de pension de l'Etat de Genève (CPEG) aux collaborateurs de l'Etat se situant dans les classes de traitement 4 (la plus basse) à 8, et une quasi stabilité pour les fonctionnaires des classes de traitement 9 (secrétariat) et même 10 (commis administratifs).

A noter que la classe 5 comprend les travailleurs du nettoiement, la classe 6 les machinistes conducteurs, la classe 7 des commis administratifs, la classe 8 des employés à l'exploitation de l'informatique.

On peut regretter ces augmentations de rentes, en se plaçant du côté des contribuables ou même des cotisants à des caisses de pension privées, ou se féliciter de la générosité d'un conseil d'Etat qui a été très large avec l'argent des contribuables au fil des négociations qu'il a menées avec le Cartel intersyndical de la fonction publique, mais telle est la réalité.

Le comble est que le quarteron d'idéologues du syndicat SSP/VPOD qui a décidé du lancement d'un référendum refuse de lire les chiffres. Et de prétendre à une "diminution massive des pensions (les diminutions seront d'environ 1000 F par mois pour la salariés en classe 15, une classe médiane)". Un montant tout ce qu'il y a de plus faux, comme cela sera documenté dans un prochain épisode qui intéressera plus particulièrement les assistants sociaux concentrés dans cette classe.

Pour le moment, voici les chiffres pour la classe de traitement 4 qui concerne des personnes procédant à des entretiens d'immeubles (effectifs en 2011: 139 personnes). Répétons qu'il s'agit là des salaires les plus bas de l'Etat de Genève.

Précisions qui ont leur importance: ces chiffres s'entendent pour des retraites après une carrière complète (CEH: 37,5 ans, CIA: 38 ans, CPEG: 40 ans), en annuité 22, avec un taux d'activité et un taux moyen d'activité de 100%; ils supposent, le cas échéant, que les personnes concernées ont comblé leurs lacunes en la matière par le biais de rachats.

Ils concernent des fonctionnaires célibataires, mariés et les couples de fonctionnaires concubins et mariés.

Ils ne donnent pas davantage d'indication sur les mesures transitoires pour les personnes proches de la retraite qui ont intérêt à s'adresser à leur caisse de pension pour le calcul précis de leur rente future. Le lecteur intéressé se référera toutefois à l'art. 99 du projet de règlement transitoire de la future CPEG qu'il trouvera à l'annexe 2.1 du rapport de majorité sur le PL 10947-A (disponible à l'adresse  http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/PL10847A.pdf).

Traitment légal brut : 72 854 F

Traitement net: 62 501 F

Rente CIA (actuelle) pleine: 29 255 F

Rente CEH (actuelle) pleine: 30 918 F

Rente CPEG (future) pleine: 31 645 F

Rente AVS (célibataire):  26 133 F

1/2 Rente AVS (marié):  19 600 F

Rentes AVS + CPEG en F et % du traitement net (célibataire) : 57 778 F, soit 92%

Rentes AVS + CPEG en F et % du traitement net (marié) : 51 245 F, soit 82%

Rentes AVS et CPEG en F et % du traitement net pour un couple entretenant des immeubles concubins: 115 556 F, soit 92%

Rentes AVS et CPEG en F et % du traitement net pour un couple entretenant des immeubles marié : 102 490 F, soit 82%

Rappel: le mandat constitutionnel prévoyait que l'AVS et le 2ème pilier devaient couvrir 60% du revenu.

Ces chiffres se passent à ce stade de tout autre commentaire.

05/10/2012

Le vrai montant des futures retraites des enseignants

Les contre-vérités - en français courant les mensonges -, les approximations médiatiques - en clair, l'intox -, les comparaisons biaisées sont le pain quotidien des opposants à la fusion des caisses de pension publiques.

D'où la nécessité de rétablir les chiffres dans leur dureté peut-être, dans leur exactitude certainement. En commençant par ceux qui concernent la catégorie la plus fréquente parmi les actifs de la CIA, à savoir les maîtres et maîtresses de l'enseignement secondaire, cycle et collège confondus. Pour les 2 807 postes concernés (et 4156 enseignants, compte tenu des personnes à temps partiel), voici LA réalité à laquelle ils seront confrontés dès le 1er janvier 2014.

Précisions qui ont leur importance: ces chiffres s'entendent pour des retraites après une carrière complète (CIA: 38 ans, CPEG: 40 ans), en annuité 22, avec un taux d'activité et un taux moyen d'activité de 100%; les rachats éventuels ont été effectués le cas échéant; ils ne donnent aucune indication sur les mesures transitoires pour les personnes proches de la retraite qui ont intérêt à s'adresser à leur caisse de pension pour le calcul précis de leur rente future. Ils concernent les enseignants célibataires, mariés et les couples d'enseignants concubins et mariés.

Traitment légal brut : 143 242 F

Traitement net: 121 848 F

Rente CIA (actuelle) pleine: 79 041 F

Rente CPEG (future) pleine: 71 329 F

Rente AVS pleine (célibataire):  27 840 F

1/2 Rente AVS pleine (marié):  20 880 F

Rentes AVS + CPEG en F et % du traitement net (célibataire) : 99 169 F, soit 81%

Rentes AVS + CPEG en F et % du traitement net (marié) : 92 209 F, soit 76%

Rentes AVS et CPEG en F et % du traitement net pour un couple d'enseignants concubins: 198 338 F, soit 81%

Rentes AVS et CPEG en F et % du traitement net pour un couple d'enseignants marié : 184 418 F,    soit 76%

Rappel: le mandat constitutionnel prévoyait que l'AVS et le 2ème pilier devaient couvrir 60% du revenu.

Ces chiffres se passent à ce stade de tout autre commentaire.

D'autres chiffres suivront, pour d'autres catégories de fonctionnaires, afin de donner un tableau complet répondant aux allégations du SSP/VPOD et de ses alliés, le PdT, Solidarités et l'AVIVO. La forme du feuilleton sera peut-être suivie, comme pour les Mystères de Paris... 

01/10/2012

Vol de données: merci à l'UBS !

L'information livrée par l'UBS quant à un récent vol de données ultra-sensibles par un employé frustré du Service suisse de renseignement placé sous la responsabilité du conseiller fédéral Maurer mériterait un triple hourra. Au lieu de cela, silence radio, ou presque, c'est à dire une simple relation des faits.

N'empêche qu'il y a des jours où il faut savoir dire merci. Merci à la Confédération quand elle sauve l'UBS, avec l'appui de la Banque nationale suisse, toutes deux faisant au passage une excellente affaire financière pour le plus grand bien des contribuables.

Mais aussi merci à l'UBS sauvée quand elle vient à la rescousse des intérêts supérieurs du pays en permettant d'épingler un informaticien félon de la Confédération. Car ce dernier, pour de très basses raisons personnelles, se préparait à commettre un forfait aux conséquences encore incalculables avec des données volées dans le cadre de ses activités professionnelles et susceptibles de mettre en danger la sécurité du pays, selon le procureur général de la Confédération. 

Pour le moment, le ministre de la défense se défend de vouloir "installer une culture de la méfiance" et se contente de remercier la chance. On peut toutefois nourrir quelques doutes que pareilles réactions d'Ueli Maurer suffisent à rassurer le citoyen. Une chose est sûre: personne ne l'a jamais entendu prétendre que nous avons le meilleur service de renseignement du monde. Il serait tant d'en réorganiser la sécurité avant qu'il n'en devienne le pire.

21/09/2012

Budget genevois pour 2013 : Le Conseil d’Etat préfère la douceur à la rigueur

« Vers un atterrissage en douceur ». Au terme d’une analyse correcte des nuages présents dans le ciel entre Jura et Salève, le Conseil d’Etat genevois baptise ainsi son projet de budget. Il est pourtant marqué par un fort déficit de 278 millions, pour un total de charge de 8 112 millions (+1,8%) et une dette poursuivant une hausse amorcée dès 2010 pour atteindre 11,9 milliards. Alors que la facture annuelle de l’assainissement des caisses de pension – 130 millions – ne commencera à être payée qu’à partir de 2014, le pointillisme des mesures prises pour traduire ses priorités en termes d’actions politiques le dispute à l’absence d’anticipation du prochain défi que le gouvernement devra affronter. Un défi nommé chute, en centaines de millions de francs, de ses recettes fiscales à partir de 2017-2018, conséquence de la réforme forcée par l’UE de la fiscalité des entreprises.

L’exécutif annonce certes son ouverture à toutes mesures d’économies ou de recettes nouvelles que le Grand Conseil pourrait lui proposer. Toutefois, patelin en diable, David Hiler, son ministre des finances sur le départ, évoque d’ores et déjà le recours au frein à l’endettement en 2014, au cas où un déficit marquerait les comptes 2013, après ceux de 2012. Or, le contribuable a tout à craindre de la façon dont les questions lui seront posées. Le principe de précaution impose donc de refuser, en l’état, pareil budget. Précisions.

La douceur se traduit tout d’abord l’incapacité de gouvernement de maintenir l’augmentation des charges en dessous de celle du PIB cantonal. Ou encore par une amélioration de 72 millions seulement (moins de 1% du budget) du déficit prévu par rapport à 2012. A noter que ce calcul fait l’impasse sur la contribution extraordinaire en faveur des caisses publiques de pension (758 millions) qui a pour effet de mettre à mal la réserve conjoncturelle et pour sens de faire bénéficier les seuls fonctionnaires de l’essentiel des surplus comptables dégagés par la bonne marche de l’économie cantonale. Seuls sont épargnés de la politique de douceur les investissements publics, à 526 millions (nets), soit près de 30% en moins qu’en l’année record 2012. L’Université en sera la première victime et les trams auront un garage couvert tout beau tout neuf. Ces symboles sont forts.

Conscient des risques macro-économiques posés par la conjoncture mondiale et notamment européenne, prenant en compte le fléchissement de la croissance de l’économie suisse, le Conseil d’Etat genevois n’en espère pas moins un redressement plus favorable pour le canton en 2013. L’avenir proche dira si les effets de la disparition de Merck Serono ne sera pas aussi accompagnée d’une baisse affectant la marche des affaires chinoises de l’horlogerie locale, sans même évoquer les attaques, pas toujours extérieures, pesant sur le secteur financier. Auquel cas la progression des recettes fiscales (5,5% pour les entreprises, à 1 240 millions, 3,3% pour les personnes physiques, à 3 700 millions) devrait subir une opération jivaro. Pour sa part, le gouvernement annonce d’ores et déjà une appréciation plus réaliste des recette fiscales pour mi-octobre.

Du côté des dépenses, outre un montant de 41 millions affecté notamment aux mécanismes salariaux qui devra faire l’objet d’une attention parcimonieuse et diverses propositions d’économies engendrées par le traitement parlementaire du projet de budget, les priorités mises sur la sécurité et le logement s’imposent, certes. Mais pourquoi donc la politique de l’énergie devrait-elle les dépasser ? Comment expliquer encore à la population qu’aucun effort ne soit fait pour augmenter`de son socle de vingt le nombre d’élèves par classe d’une ou de deux unités, alors que des économies financières en dizaines de millions de francs sont à la clé ?

 

Bref, le temps de reprendre de la hauteur s’impose, en prévision d’un atterrissage que personne ne souhaite d’urgence. En se rappelant que d’un plan financier quadriennal à l’autre, l’année du retour à l’équilibre s’éloigne systématiquement. En septembre 2010, le déficit pour 2013 ne devait être que de 120 millions et l’équilibre atteint en 2014. Trois ans plus tard, il faudra attendre 2016. Sauf nouvelles mauvaises nouvelles…

 

Chronique parue dans l'Agefi du 21 septembre 2012

30/08/2012

Le budget de la Ville de Genève est illégal

La Ville de Genève annonce un déficit de 23 millions pour 2013. Le journaliste de la Tribune était-il subjugué par Sandrine Salerno pour n'avoir pas relevé que les communes sont obligées, heureusement et contrairement au Canton, de respecter le principe et la lettre de l'équilibre budgétaire (Art. 77 de la loi sur l'administration des communes) ? Alors de trois choses l'une. Soit Sandrine Salerno ne connaît pas la loi. Soit elle la foule aux pieds. Soit elle n'a présenté qu'un pré-budget, dans l'attente de nouvelles indications sur les rentrées fiscales venant de l'administration fiscale cantonale, dans ce que l'on pourrait appeler une opération de relations publiques inutile et donc ratée, caramba comandante ! Dans les trois cas, elle donne de la Ville une piètre image. Une image encore noircie par la suppression de postes d'agents municipaux voulus par Pierre Maudet et d'ores et déjà réclamés par Guillaume Barrazzone, le candidat de l'Entente à sa succession. Une decision que l'on peut traduire comme un autre refus de l'ordre.

31/07/2012

Augmenter les taxes universitaires ? Oui, mais avec plus d'audace que ça!

Les écoles polytechniques fédérales (EPF) font face à une insuffisance de moyens en raison, notamment, d'une explosion du nombre d'étudiants (60% de plus en dix ans). Un de leurs dirigeants propose donc (NZZ am Sonntag du 29 juillet 2012) d'y doubler les taxes universitaires en demandant des étudiants 2 600 F, et plus seulement 1 300 F par an, pour y entreprendre leur formation. Avec à la clé une promesse d'affecter ces moyens supplémentaires en faveur des bourses d'études. Reste au conseil des EPF et aux autorités politiques de prendre une décision, dans un domaine où la pusillanimité l'emporte en général à l'aune de l'ancienneté des institutions de formation. 

Cette proposition, dont on admet le bien fondé, frappe pourtant par sa modestie. Doubler les taxes aux EPF n'augmenterait les recettes des polys que de 1%. En effet, elles ne représentent que 30 millions, un montant dérisoire par rapport au total des recettes (2 907 millions en 2010) de ces fleurons de la formation supérieure suisse. Si les EPF ont besoin d'argent, ce n'est donc pas à coup de mesurettes de ce type qu'elles résoudront leurs problèmes financiers. Elles doivent au contraire exiger beaucoup plus des étudiants et, dans le même temps, élargir leur champ de contributeurs. Inutile de préciser que ce qui vaut pour les polys vaut aussi pour la plupart des universités suisses, dont celles de Lausanne et Genève. Dans cette dernière, les taxes, dont sont exemptés un tiers des étudiants, pour des raisons sociales essentiellement, n'ont apporté dans le grand pot des recettes totalisant 746 millions que 11 malheureux millions en 2011.

Certes, la torpeur estivale ne risque guère d'être secouée par cette proposition qui tient en effet plutôt d'un « vésuve » du 1er août. Certains, du côté des associations d'étudiants, s'indigneront par la mise en cause d'un tabou: la formation supérieure fait partie de la démocratisation des études et doit tendre vers la gratuité. Sauf que ce qui est gratuit a quand même un prix. Outre que les diplômes universitaires peuvent rapporter gros, comme le démontrent les recherches en économie de l'éducation. C'est ainsi que rapporté au nombre d'étudiants, y compris de ceux qui vont abandonner en cours de route, la formation coûte près de 50 000 F par an et par étudiant à l'uni de Genève qui en compte 15 000. Nettement moins que dans les polys où ce montant dépasse 120 000 F par an pour chacun de leurs 24 000 étudiants du début de la décennie. Certes, ce calcul a le défaut de ne pas séparer les dépenses pour la recherche et l'administration des dépenses de formation stricto sensu. Sauf qu'il n'y aurait jamais, ou presque, de dépenses pour la recherche fondamentale si les polys et les unis ne formaient pas d'abord des étudiants.

On prend ainsi vite conscience que la contribution de la collectivité, pour l'essentiel, pèse d'un autre poids que l'apport actuel ou potentiel des étudiants. On comprend aussi mieux pourquoi, au passage, dans une université aussi privée et prestigieuse que celle d'Harvard, les taxes y atteignent 36 000 $ pour les études de master ou qu'à la célèbre London School of Economics, il faille y débourser jusqu'à 37 000 £ par an pour un master ou 15 000 £ pour un doctorat si on a le malheur d'y être suisse, c'est-à-dire non membre de l'UE. 

Dès lors donc que les universités et autres institutions de formation supérieure ont besoin de moyens, que les finances de l'Etat ont des limites, que le financement par le secteur privé - encore une hydre pour certains, les mêmes souvent qui refusent la hausse des taxes - est davantage soumis aux aléas de la conjoncture économique, que l'apport des anciens élèves, des alumni, relève plus de l'amicale symbolique que de la réalité anglo-saxonne, que les fonds en faveur de la recherche n'ont pas pour vocation de financer l'enseignement, il s'agit donc d'ouvrir de manière décidée la porte de la hausse des taxes. D'autres exemples suisses plaident en l'occurrence en ce sens. L'université de Lucerne, la plus récente de Suisse, demande 1 600 F par an à ses étudiants résidents, celle de Saint-Gall 2 400 F, et l'USI tessinoise 4 000 F, doublant même la mise pour les étudiants résidant à l'étranger, en fait en Lombardie et Piémont voisins. A Genève l'IHEID, qui est une fondation privée, demande 3 000 F des résidents, 5 000 F des non résidents. Apparemment, ces décisions n'ont pas entraîné de difficultés majeures pour les étudiants de ces institutions. Mieux: elles y auraient attiré des candidats. Le snobisme n'est pas toujours absent de l'esprit des étudiants ou de leurs parents...

Les moyens financiers non plus. Car de deux choses l'une. Soit la hausse des taxes met en péril la poursuite des études d'une large proportion d'étudiants, soit elle est tout à fait absorbable par les milieux des classes moyennes et supérieures dont ils proviennent toujours en majorité. Si la première hypothèse devait s'avérer, une attention particulière, via une augmentation des bourses et prêts d'études s'imposerait. Si la deuxième au contraire devait l'emporter de manière claire, les responsables des EPF et des universités suisses seraient irresponsables de différer une augmentation des taxes, pour autant que l'insuffisance de leurs moyens soit irréfutable. Et que les possibilités d'optimiser leur gestion interne grâce à la mise à contribution de leurs enseignants spécialisés en la matière aient été épuisées. Mais ça, c'est une autre histoire...  

Alors, à quand et où des taxes de l'ordre de 1 000 F... par mois ?

 

10/07/2012

Fusion CIA-CEH: indispensable et responsable

La fusion des deux grandes caisses de pension publique est en bonne voie. Une large majorité l'a adoptée en commission du Grand Conseil. Celui-ci se prononcera à mi-septembre et devrait aussi adopter ce projet de loi. Dès 2014, une caisse regroupant plus de 43 000 foonctionnaires et quelque 20 000 retraités verra le jour. Il était temps.

En effet, la réforme initiée par le Conseil d'Etat est la seule voie praticable pour éviter la liquidation de la CIA, dont le taux de couverture, inférieur à 50% (quand on le calcule avec un taux d'intérêt technique de 3,5%), ne couvre plus ses propres obligations statutaires. Conséquence pratique d'une liquidation: les futurs retraités, dès 2014, ne toucheraient plus, au maximum, que le minimum prévu par la Loi sur la prévoyance professionnelle, soit enviroon 20 000 F par an. Au maximum, on ne le répétera jamais assez, car il n'y a pas de plan B.

Le compromis adopté par la commission des finances du Grand Conseil comporte des aspects très, voire trop généreux, du point de vue du citoyen non fonctionnaire. Il a toutefois le mérite d'exister. Nous y reviendrons encore ici avant le vote de septembre.

Les contribuables, dont les fonctionnaires font partie, mais pour une partie minoritaire de ce corps, doivent toutefois savoir qu'il leur en coûtera lourd de financer cette restructuration dont la mise en oeuvre s'étendra sur 40 ans, jusqu'en 2052. Le coût de la réforme est en effet estimé à 6,8 milliards de francs, trois fois le coût qu'il a fallu pour la BCGe en dix ans. 

Car on peut, on doit aussi voir les choses sous l'oeil du contribuable. Cela correspond ainsi à une mise de fond d'environ 160 000 francs en moyenne sur chaque compte de pension de fonctionnaire actif (non retraité). Ou encore à 35 000 F mis par chaque contribuable pour cette réforme, en moyenne. Or quel est est le contribuable actif du secteur privé dont le compte de retraite est regarni de la sorte? A raison de mille francs par an pendant 40 ans, qui plus est.

Certes, les fonctionnaires devront travailler plus longtemps (jusqu'à 64 ans, mais pas 65 !); ils devront aussi payer davantage et recevront des rentes légèrement diminuées, sauf pour les bas salaires. Mais pour 8 000 d'entre eux, considérés comme exerçant des professions pénibles, la retraite sera avancée à 61 ans. Et pour tous l'Etat - c'est-à-dire nous - payera les deux tiers des cotisations de deuxième pilier.

Et puis, il y a d'autres avantages qui méritent le détour. Par exemple la possibilité d'obtenir des prêts hypothécaires à un taux inférieur à 1/4% à celui de la BCGe. La CIA n'est-elle pas sympathique, sociale et solidaire? (http://www.cia.ch/FIN_PretHypo.php)

Ajoutons, our ceux qui ne l'auraient pas lu dans l'édition papier de la Tribune de ce 10 juillet, les réponses complétées de mon interview:

Pierre Weiss, pourquoi soutenir le projet de réforme des caisse de pension?
Ne pas la soutenir serait irresponsable car la caisse, avec un taux de couverture de moins de 50% de ses obligations, est actuellement, sans révision, en situation de faillite. La retraite des cotisants passerait à 20 000 francs par an en cas d’échec de la révision, soit le minimum légal. Entre deux fois moins qu’actuellement pour les salaires les plus bas et cinq fois moins pour les plus élevés. L’Etat de son côté devrait emprunter d’un coup sept milliards pour assurer le taux de couverture légal de 80%. Cela augmenterait les taux d’intérêt de la dette publique. Ce serait autant de moins pour les prestations à la population. 
 
Pourquoi ne pas augmenter les impôts pour éponger la situation?
La nouvelle caisse coûtera, mis à part le versement initial de 800 millions, 130 millions par an. Les impôts vont augmenter à raison de 70 millions par an pour revenir à l’équilibre budgétaire. Il reste à trouver 60 millions, pas simple quand certains découragent l’arrivée des multinationales et sabotent le secret bancaire... D’autre part, pourquoi le peuple devrait-il payer plus pour soutenir les retraites de personnes dont le salaire médian mensuel est en moyenne de 2000 francs plus élevé que le leur et dont les conditions de retraite sont supérieures aux leurs?
 
Si c’est insoutenable, pourquoi ne pas changer la donne et créer une caisse en primauté de prestation?
Nous avons respecté trois tabous pour avoir une majorité: on ne change pas la répartition des cotisations entre employés et employeurs (1/3; 2/3). On ne touche pas à la primauté des prestations. Ni à la possibilité pour les personnes effectuant des tâches pénibles de partir à la retraite plus tôt; cela concerne de nombreuses catégories dont certaines méritent un examen approndi, comme les gardes-faune dont le travail est estimé plus pénible que celui des infirmiers! Ceci mis à part, nous sommes arrivés à un compromis responsable mais coûteux.
 
Allez-vous faire un pas vers vos contradicteurs?
Non. Toute modification allourdissant le fardeau financier pour l’Etat fragiliserait le projet et donnerait des alliés objectifs à un éventuel référendum du SSP. Nous non plus n’avons pas obtenu tout ce que nous souhaitions, comme la primauté des cotisations justement, ou la réduction du comité de la caisse que nous souhaitions plus drastique.
 
Mais vous avez obtenu des avancées?
Oui. Les augmentation de cotisation au delà du taux prévu de la loi (27%) seraient financées à 50/50 par l'employeur et les fonctionnaires. En cas de réévaluation de fonction, le rattrapage des cotisations sera possible, mais il sera de la seule responsabilité de l'intéressé. 

  

26/06/2012

Election de Maudet: encore un complot des "forces occultes" !

La justice genevoise a tranché. Elle rejette "sèchement", selon la TG, le recours du MCG tendant à invalider l'élection de Pierre Maudet. Et de condamner les requérants, notamment Eric Stauffer et Roger Golay à payer une amende de 1000 francs pour avoir failli à apporter des faits précis et suffisants à l'appui de leur plainte. Cette décision a deux conséquences immédiates. Primo, Pierre Maudet, le grand vainqueur de l'élection populaire partielle au Conseil d'Etat qui a permis au PLR de conserver ses trois sièges, pourra prêter serment ce vendredi 29 juin 2012. Secundo, la manie de persécution et de déni de réalité des dirigeants du MCG risque d'en sortir renforcée.

On avait déjà entendu l'argument des "forces occultes" manipulant la chancellière d'Etat après que le candidat largement battu au Conseil d'Etat Stauffer avait fait la preuve de sa difficulté à mémoriser le nombre de procédures légales le frappant et s'était enferré dans des explications jésuitiques distunguant dettes et actes de défaut de biens. Etonnante, cette mention, pour qui n'a pas vécu l'Occupation ou n'en a pas une connaissance livresque. Car les "forces occultes", c'est notamment le nom d'un film attaquant le parlementarisme, la franc-maçonnerie et les juifs, bref, les acteurs du complot judéo-maçonnique (http://fr.wikipedia.org/wiki/Forces_occultes).

Or voici déjà l'avocat du candidat battu qui s'est spécialisé en recours sans succès s'étonner de l'argumentation et de la célérité de la justice genevoise. Et de se réserver le droit de "recourir au Tribunal fédéral ou déposer des plaintes pénales". Contre des "forces occultes" ?... Sans le moindre sarcasme, on peine à comprendre comment cet avocat se prête à ce jeu qui, vu de l'extérieur, le dessert en donnant l'impression d'un quérulent prêt à encombrer les prétoires. A moins que le but du MCG ne soit, simplement, de délégitimer aussi la justice, après s'être attaqué aux autres partis, singulièrement au PLR, au parlement dans son entier et in fine au gouvernement.          

22/06/2012

Migros-Coop: pour un repérage sans tabou

En décidant d'inscrire "Cisjordanie - zone de peuplement israélienne" sur les produits qui proviennent de ce territoire occupé-disputé (selon les points de vue), et non pas Israël, Migros et Coop ont cédé -partiellement - au mouvement pro-palestinien BDS (boycott désinvestissement sanctions) qui ne rêve que de la fin de l'Etat d'Israël. Et donc sont entrés nolens volens dans le champ politique sans en mesurer toutes les conséquences. Il est pourtant encore possible que ces distributeurs suisses reviennent ou suspendent ou modifient leur position. Pour les y aider, leurs acheteurs devraient se lancer dans une vaste opération de repérage des produits qu'on y trouve. Sans exception, sans tabou. A l'aune des rapports du Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

Il y a d'abord tous les produits turcs. Est-on certain qu'ils ne viennent pas du Kurdistan occupé-disputé, comme les pistaches, pour ne prendre que cet exemple ? Les produits chinois, de l'électronique aux habits, qui devraient mentionner, si c'est le cas, le Tibet ou la Mongolie occupée-disputée ou informer sur les conditions de travail et l'âge des ouvriers qui les ont fabriqués. Voilà qui rendrait hommage au principe de traçabilité. Comme pour le pétrole azéri, le nouveau chéri de Migros qui le préfère au pétrole norvégien, alors qu'il est aussi noir que sont peu démocrates les têtes qui règnent à Bakou. Quant aux produits "made in USA", ils sont à orner d'urgence d'une tête de mort, du genre de celle que l'on trouve sur les paquets de cigarette, en raison de la pratique barbare des exécutions capitales dans nombre d'Etats américains.

Mais il y a aussi les produits canadiens et suisses qui font souci, et même grand souci. Ce 21 juin 2012, un expert du Conseil des droits de l'homme de l'ONU a ainsi mis sur le même pied le Canada et la Suisse, l'Algérie, la Biélorussie, l'Etiopie, la Jordanie, la Malaisie et la Russie. Les lois sur les manifestations, restreigant la liberté d'association, adoptées au Québec et à Genève - notamment en raison des violences et des dépradations liées aux réunions à Genève d'organisations internationales - en sont la cause.

De deux choses l'une. Soit cet avis d'expert décrit avec exactitude la réalité vécue des Genevois, dont le canton est assimilé au régime de Lukachenko, le dernier despote européen, soit ce régime n'est pas plus répressif que le canton de Genève. Evitons pour l'heure de penser que cet expert onusien est moins compétent que Jean Ziegler, un autre "mètre" onusien en droits de l'homme, qui ne mesurait pas sa déférence au régime de Khadafi. 

Mais quel que soit le choix (Genève=Minsk ou Minsk=Genève), il est grand temps pour Migros et Coop, en raison du principe de précaution,  d'inscrire sur les produits du terroir genevois "Genève, zone à liberté d'association restreinte". Et d'assurer, la main sur le coeur, qu'il ne s'agit pas là d'une affirmation politiquement connotée, mais juste d'une information d'origine onusienne contrôlée - c'est tout dire.

D'ici à cette décision qui ne serait que logique, ce samedi, o amis consommateurs, notez, notez courageusement, notez sans répit les produits que vous songez peut-être à acheter. Et dans le doute éthique - pas politique , ça va de soi - abstenez-vous de commettre un impair. Ou cherchez un magasin qui vend ses produits sans faire de politique étrangère subliminale ou au contraire qui l'affirme clairement, courageusement, comme les Magasins du monde. Contribuez ainsi à envoyer un message clair à Coop et Migros: l'hypocrisie, l'absence de courage, la politisation rampante sous les bottes du politiquement correct et les doubles standards où il n'y a qu'un seul coupable sur la planète, Israël, ne trompent plus les clients.      

 

  

19/06/2012

Michèle Künzler, ou un tramway nommé déraillage

Le tram à Genève a 150 ans. La TG en profite pour en rappeler les hauts-faits dans un supplément (paru le 14 juin) intéressant à plus d'un titre. Il s'en dégage une certitude sur les erreurs du passé, dues à une ignorance de la demande, et une double crainte sur la connaissance de la réalité et sur les visions de la ministre des transports. Une double crainte qu'un nouveau déraillage ne se prépare, mais cette fois-ci à la charge de la collectivité. 

La certitude, c'est que le réseau ultra-développé, "de luxe", des années 1920 a été un fiasco économique et une absurdité sociale. Quinze lignes sur près de 125 kilomètres, d'Hermance à Chancy, ont coûté fort cher à leurs investisseurs privés sans servir à la population, notamment rurale. Tarifs élevés et pertes financières se sont conjugués dans une incohérence ignorante de la demande de transport. Bref, "le réseau suburbain (fut) un échec". La raison en a été, selon Christoph Stucki, ancien directeur des TPG et actuel responsable d'Unireso, la volonté de suivre l'air du temps, la mode. "Mais ils ont fait de mauvais business plans". Seul le soutien de l'Etat aurait pu sauver le réseau d'alors. Le réalisme l'emporta, et petit à petit il périclita avant d'être démantelé. Les contribuables l'échappèrent belle.

Presqu'un siècle plus tard et quelques pages plus loin du même supplément de la TG, voilà que la ministre actuelle des transports du canton entend "ne pas répéter les erreurs du passé et stopper nets les investissements". Alors que l'erreur avait été de trop investir ! Et d'en rajouter: "On a évidemment eu tort de démanteler le réseau de trams genevois, qui était l'un des plus performants d'Europe. S'il était resté en place, nous n'aurions aujourd'hui qu'à le rénover". Pour l'adéquation du réseau, on n'insistera pas sur sa méconnaissance du sujet: Genève n'était pas Berlin ou Milan. Pour la rénovation, on croit rêver. Pour qui se souvient du tram qui traversait Bernex dans toute sa longueur sur une voie unique, pour ne prendre que cet exemple, on ne peut que se demander si la conseillère exerçant la tutelle de l'Etat sur les TPG a perçu la modification du gabarit et de la cadence des trams d'aujourd'hui. Ou comment mieux illustrer la nostalgie romantique de son approche... 

Sauf que cela ne lui suffit pas. La voilà qui méprise "les deux ou trois foyers d'insatisfaction" que sont les habitants des Trois-Chêne et de Carouge souhaitant se rendre sans changement sur l'autre rive, et notamment à la gare. Un réseau complémentaire de bus (avec quel argent?) et le CEVA devraient faire l'affaire pour les Trois-Chêne. Et pour Carouge, le doute quant à la réalité du besoin constitue sa réponse. 

Et si le doute quant à la réalité de la connaissance des faits n'était pas plus à sa place ? A prétendre que le service est meilleur avec le nouveau réseau de trams, elle ne convainc plus personne. Et surtout pas les Genevois, citoyens lambda ou experts. Les notes autour de 4 sur 10 attribuées à sa politique dans un récent dossier de la TG (Tribune du 12 juin 2012) consacré aux transports ne semblent pas encore avoir atteint sa table de travail. Ni le diagnostic impitoyable qu'avait posé Vincent Kaufmann, spécialiste de l'EPFL, sur le nouveau réseau "fait par des ingénieurs pour des ingénieurs", mais pas pour servir la clientèle, maltraitée parce que captive; une situation inacceptable en particulier pour les voyageurs les plus âgés ou les personnes handicapées, mais aussi pour les enfants. Du réseau constellation au réseau consternation, telle était son appréciation il y a six mois (TG du 2 janvier 2012). Une appréciation qui n'a pas perdu une once d'actualité mais est toujours niée par Michèle Künzler.       

A l'heure où le Conseil d'Etat réfléchit à une nouvelle répartition des portefeuilles, on peut se demander si le moment n'est pas venu pour Michèle Künzler de réorienter ses intérêts, par exemple vers la promotion des produits du terroir et la renaturation des cours d'eau, où elle fait objectivement merveille, pour éviter un nouveau déraillage aux TPG. Pour le bien des Genevois qui sont des utilisateurs en puissance de TPG séduisants, contrairement à Curabilis... 

14/06/2012

Merci Sir Henry !

Sir Henry, alias Henry Rappaz, député MCG, collectionne les bourdes. La dernière est la plus grosse. Elle appelle à voter pour son chef afin d'accroître la criminalité et les problèmes à Genève ! Dans un parti normal, il la payerait cher.

Ce triste sire avait déjà dû subir un doublement par ses pairs MCG de la sanction qui lui avait été infligée par le bureau du Grand Conseil en raison de la violation de ses obligations (huit mois d'exclusion des séances de commission, et pas seulement de quatre, pour avoir, en février 2012, envoyé un courrier privé à un prisonnier en utilisant la messagerie du Grand Conseil).

Ce n'était pas la première fois, du reste, que la foudre de l'autorité du Grand Conseil le visait, mais cette personne a de la peine à comprendre les messages; il avait en effet déjà utilisé à tort son adresse de messagerie de député en 2006 et 2007 et été exclu d'une séance parlementaire en 2008 pour avoir tenu, avec son collègue E.S., "des propos inacceptables et injurieux".

Cette fois-ci, le ponte de la TV-MCG publie une annonce dans la Tribune de ce 14 juin 2012 pour "cesser de voter la tête dans un sac offert par les partis de gauche" et voter MCG-UDC. Jusque là, rien que de logique. Sinon le scoop tellurique que le MCG n'est pas de gauche, alors qu'il prétend ne pas être non plus de droite.

L'absence flagrante de logique commence à la lecture des arguments. Car c'est pour avoir PLUS (et non pas moins!!!) de dealers, de drogués, de faux mendiants et de disparitions de PME que les citoyens doivent voter pour le parti de Sir Henry. Pas mal, comme autogoal, en ces temps d'Eurofoot.

Du coup, le MCG, qui a la main lourde comme celle de King Kong, ne peut qu'exlure de toutes les commissions parlementaires, au moins jusqu'à la fin de la législature, pareil traître à son chef. La sentence risque d'être exécutoire dès lundi, après la défaite annoncée du candidat napolitain...

On parie (sur la défaite) ? 

 

11/06/2012

Le chômage des jeunes n’est pas une fatalité

 Aggravation de la crise mondiale de l’emploi des jeunes. En tirant le tocsin d’alarme, l’Organisation mondiale du Travail (OIT) ne fait pas dans la nuance. Les pays développés auraient même engendré « une génération traumatisée de jeunes travailleurs confrontés à un dangereux mélange de chômage élevé, d’inactivité accrue et de travail précaire ». Cette réalité dramatisée justifie, aux yeux des responsables de cette vieille dame parmi les organisations internationales (OI) ayant leur siège à Genève, de mettre ce thème à l’ordre du jour de sa conférence annuelle.

 

Reste à espérer que le résultat des discussions menées par  des délégués représentant tant les gouvernements que les syndicats et les organisations d’employeurs - plus de  3 000 délégués sont réunis en ce mois de juin à Genève – soit à la fois moins apocalyptique et plus pondéré. Par exemple en donnant au « miracle » suisse l’attention qu’il mérite, singulièrement à l’efficacité du système de formation professionnelle qui commence avec l’apprentissage en entreprise, continue avec les écoles et hautes écoles spécialisées (ES et HES) et se termine avec la formation continue.

 

En évaluant le nombre des sans-emploi dans le monde à 200 millions,dans son Rapport sur le travail dans le monde en 2011, en présentant un nouvel index des troubles sociaux pointant sur un risque d’agitation sociale accru dans 45 pays – notamment ceux de l’UE – sur 118 pris en considération, en soulignant l’insatisfaction des travailleurs quant aux emplois qui leur sont proposés, particulièrement en Europe centrale et du sud, le BIT, dans son rôle de messager de nouvelles inquiétantes, trace un cadre général qui exige une réponse des gouvernements comme des partenaires sociaux.

 

Et la première urgence, à ses yeux, concerne la jeunesse. En témoigne le point de départ, sur cette question, de la conférence de l’OIT, La crise de l’emploi des jeunes : il est temps d’agir[1]. Car il en va non seulement de la capacité de l’économie de marché à assurer un futur à la jeunesse, mais aussi de sa crédibilité que trop d’esprits chagrins mettent en cause. Sans savoir comment la remplacer. Ne serait-elle pas, comme la démocratie, le pire de tous les systèmes, à l’exception de tous les autres ?

 

Avec quelque 75 millions de jeunes chômeurs, soit un taux de presque 13% ou encore un jeune sur huit, sans compter ceux que les statistiques ne saisissent plus en raison de leur retrait du marché du travail, l’économie mondiale fait face à un défi considérable. L’Irlande, avec 28% de jeunes chômeurs, l’Espagne où ce taux dépasse officiellement 40%, témoignent du drame vécu par trop de jeunes, souvent formés. D’autant que la proportion des chômeurs de longue durée (plus d’un an) est jusqu’à trois fois plus élevée parmi les jeunes que parmi leurs aînés !

 

Que faire ? D’abord comprendre les raisons de ce chômage. Or les explications sont multiples, et différentes selon que les jeunes sont qualifiés ou non[2]. Ensuite agir. Sur les conditions-cadre de l’économie. Sur le marché du travail. Et, en amont, sur la formation.  Trois dimensions où le cas suisse peut contribuer à rendre le futur moins glauque pour les jeunes.

 

Avec une hausse du nombre d’actifs occupés de 2,6% en 2011, à 4,7 millions de travailleurs, avec 94% des Suisses satisfaits de leur travail et 85% de leur salaire selon un sondage de la télévision alémanique, avec, à fin avril 2012, un taux de chômage de 3,1% pour l’ensemble de sa population active, et même de 3% pour les 16 669 jeunes concernés entre 15 et 24 ans, avec surtout un chômage de longue durée quasi inexistant pour les jeunes (453 cas), la Suisse peut se targuer, en toute modestie, d’une réussite enviable. Mieux : d’un succès qui amène ses représentants à la conférence de l’OIT à parler à l’unisson du sésame de la formation professionnelle.

 

Certes, la recette n’est pas exportable sans conditions. Mais à coup aussi de rigueur, d’effort, bref, de valeurs qui ont fait le succès de ce pays, il y aurait de quoi sortir de leur blues de nombreux jeunes hors des frontières nationales. Et même les rédacteurs des rapports de l’OIT…

(Editorial paru dans Entreprise romande du 9 juin 2012)

 

  

 

 

07/06/2012

Anne Emery et le logement : dogmatisme ou ignorance ?

Le logement préoccupe les Genevois. A juste titre. Mais les connaissances d’Anne Emery en matière de logement devraient les préoccuper aussi. A un titre encore plus important, puisque la candidate socialiste au conseil d’Etat répète, d’interview en article, une erreur qui pourrait coûter cher aux… fonctionnaires comme aux contribuables. Mais aussi à sa réputation de bûcheuse. Manifestement, il y a comme un hiatus entre ce qu’elle avance et la réalité dans un cas aussi précis qu'important. Avis donc aux électeurs et électrices indécis.

Eh oui ! Car à prétendre que le rendement de l’immobilier ne devrait pas dépasser 3,5% voire 4%, dans ses jours de générosité envers les propriétaires de logements locatifs, l’enseignante fait une double démonstration négative. Primo, elle a de la peine à passer de la théorie à la pratique. Secundo, si ses dires s’avéraient, les besoins de financement de la future caisse de pension de la fonction publique genevoise seraient encore plus élevés, au détriment des assurés actuels, dont les rentes futures seraient mises à mal, comme des contribuables, dont les impôts seraient menacés d’une hausse ou les prestations d’une baisse, selon l’antienne que le gauche ne cesse d’entonner.

A cette double démonstration, ajoutons, à titre personnel, un regret à l’égard d’une personne estimable pour son engagement et ses capacités à s’investir dans des causes sociales et au surplus respectueuse, elle, de la démocratie et de ses règles : celui de voir une personne qui se voudrait pragmatique coller au camp des dogmatiques. Un camp qu’un candidat à l’exécutif devrait savoir quitter à temps. Une candidate aussi !

Rappel des faits. Lors de la soirée électorale organisée par la Tribune de Genève le 30 mai 2012, Anne Emery a prétendu que l’Etat devrait  acquérir des terrains pour y construire des immeubles « en fixant des rendements en dessous de 4% », comme n’a pas manqué de le relever le rédacteur en chef de ce journal dans un édito au vitriol titré “Eric Stauffer n’est pas crédible” http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/eric-stauffer-credible/story/17123853.

Dans un article du Temps, la même candidate précise sa pensée en matière de politique du logement, qui tient toujours, pour l'essentiel, en ces deux recettes. Mais les achats se transforment en multiplication des préemptions (à la mode paganesque ?) et la jurisprudence du TF est appelée à la rescousse : « ces règles stipulent que le rendement ne peut excéder que d’un demi-point le taux hypothécaire, ce qui fixe le plafond à 3,5%. Or, dans la pratique, l’Etat accepte du 7% ». Horreur et damnation ! (http://www.letemps.ch/Page/Uuid/405eca84-8996-11e1-af9c-1873ee97b257/Les_socialistes_lancent_leur_assaut_sur_le_gouvernement_genevois)

Ces déclarations amènent à se poser deux questions. La première est celle du taux hypothécaire. Contrairement à la lointaine époque où, comme moi-même, la candidate avait acquis une villa et où l’offre de taux hypothécaires était d’une simplicité biblique, l’époque actuelle se caractérise par une grande variété de taux. Sans entrer dans les détails du libor et des taux variables, retenons simplement que le taux de référence fixé par l'Office fédéral du logement est de 2,5%.

(Voir aussi http://www.bcge.ch/index.php?SubMenu=bcgepratique&label_x=tauxhypo&lang=fr)

 

Mais surtout, il n’est pas du tout interdit d’avoir un rendement supérieur. Ainsi que le rappelle la Cour des comptes dans son rapport consacré à cet aspect controversé de la gestion des caisses de pension publique, le rendement maximum autorisé pour les immeubles subventionnés peut atteindre 5,5%. (Chttp://www.ge.ch/cdc/doc/20120209_rapport_no48.pdf).

Ce qui est supérieur à 4%, aurait dit M. de la Palice, et a fortiori à 3,5%. Mais qui est conforme à la pratique fédérale. Chaque année, en effet, le conseil fédéral fixe le taux de rendement attendu pour la fortune immobilière des caisses de pension privées ou publiques.  

Là où les choses deviennent croquignolesques, c’est quand on essaie d’imaginer les conséquences de la proposition plus théorique on meurt (suffoqué par l’impôt…) de la candidate rose sur le rendement de la fortune des caisses de pension publiques genevoises dont la part immobilière est présentement de 36% soit un gros tiers (3,1 milliard). C’est en effet le seul type d’actifs laissant encore quelque espoir de toucher des rentes décentes aux camarades eux aussi membres de la future caisse publique – ainsi qu’aux non-camarades, car tous les fonctionnaires, loin de là, ne sont plus majoritairement membres du PS, s’ils l’ont jamais été.

 

Pour mémoire non charitable, on rappellera ici que les experts convoqués par l’Etat pronostiquaient encore, pour ne prendre que ces deux ememples, un rendement de 1,9% pour les obligations à dix ans de la Confédération au début de 2011 – le taux d’intérêt est tombé à 0,9% depuis -, et une performance, faite du dividende, des bénéfices et de la valorisation du titre, de 7,5% pour les actions suisses. Sans commentaire.    

 

Or donc, si le rendement de la seule classe d’actifs stables chutait de sa moyenne de 6% atteinte, pendant la période 2000-2010, tant par la CIA que par la CEH à 4% - par égard pour la candidate, on oubliera le taux de 3,5% -, il faudrait tout simplement ajouter 500 millions à la facture pour les contribuables, en raison d’une chute du taux d’intérêt technique (TIT) de 3,5% à 3%. Au minimum.

 

Bof, un demi-milliard quand il faut déjà en payer sept ! Et au point où en sont ces caisses, notamment la CIA, tombée à quelque 45% de couverture (avec un TIT de 3,5%) en ce début de 2012, ce ne serait là qu’un argument supplémentaire pour renoncer à rendre un peu moins insupportable pour l’ensemble de la population une réforme qui lui coûtera au bas mot trois fois ce qu’elle a dû payer pour la faillite de la Banque cantonale, une banque publique faut-il rappeler aux admirateurs-trices de l’ancienne conseillère d’Etat socialiste responsable du dossier à l'époque.  

 

Merci donc à Anne Emery d’annoncer au plus tôt qu’elle renonce à appauvrir les caisses de pension publiques, leurs membres (qui sont des copropriétaires qui s’ignorent des biens immobiliers de la caisse) et les contribuables en acceptant un rendement supérieur à ce que lui dicte une vision dogmatiquement hostile à toute notion économique. Faute avouée est à moitié pardonnée...

 

Mais merci surtout aux électeurs de voter pour Pierre Maudet qui, lui, préfère laisser l’Etat dans son rôle de régulateur et fait confiance au marché privé du logement pour construire, dès lors que la rémunération est adéquate. Voilà ce que c'est que d'être réellement pragmatique dans les faits, et pas dans des slogans qui n'engagent que ceux qui y portent crédit.

 

26/04/2012

Serono : éviter la sclérose

La condamnation à mort du siège de Serono par  le groupe allemand Merck ne doit pas être uniquement l’avant-goût amer de menaces aggravées pour le canton de Genève et, plus largement, pour le secteur pharmaceutique suisse. Menaces aggravées par l’impéritie absolue de politiciens au mieux rêveurs de lendemains qui chantent pour les emplois publics, au pire tueurs de la poule aux œufs d’or fiscaux.

 

Le temps est donc venu d’ouvrir avec eux un dialogue sans concession sur la croissance, sur les conditions-cadre dont doivent bénéficier les entreprises. Dialogue aussi sur les conséquences pour l’Etat-providence de leur disparition.

 

Mais une stratégie défensive ne saurait suffire. Il s’agit aussi de favoriser les centres d’excellence en termes de formation comme d’incubation d’entreprise créatrices de nouveaux produits. Il en va des emplois et des richesses dont Genève et tout l’arc lémanique auront besoin demain. Bref, il faut mettre en œuvre dans sa double nature l’économie de marché, cette « destruction créatrice de richesses », selon la formule de l’économiste autrichien Schumpeter[1].

 

Certes, à Darmsadt, siège de la plus vieille « pharma » au monde fondée en 1668, la décision de fermer d’ici à la fin du premier semestre 2013 le siège de la filiale Serono ne fait pas les grands titres des medias hessois, pas même de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, l’équivalent outre-Rhin de la NZZ. Et pour le groupe Merck qui compte 40 000 emplois dans le monde, il s’agit d’une restructuration comme il y en a eu et en aura d’autres[2], impliquant 500 suppressions d’emplois et 750 délocalisations. « Business as usual ».

 

Mais à Genève, cette distance est irresponsable, compte tenu des destins individuels et familiaux en jeu comme des conséquences pour le canton. D’ailleurs, la fin de l’ère Serono dépasse l’entreprise. Selon des estimations concordantes, un emploi dans le secteur pharmaceutique en crée trois autour de lui ; le total des postes de travail menacés dans l’économie locale pourrait donc exploser jusqu’à 5000, à mettre en rapport des 12 000 chômeurs cantonaux de mars 2012. De plus, aux pertes fiscales directes, de l’ordre d’au moins 50 millions pour le canton et la Ville, il faudra aussi ajouter les indirectes ; un doublement de la facture collective, de l’ordre de cent millions, n’est pas irréaliste si tous ces contribuables disparaissaient.   

 

Présentée comme le plus grand licenciement collectif de l’histoire du canton, la fin de Serono peut préfigurer la fin d’un rêve, celui d’une croissance sans fin, malgré ses nuisances, qui a créé 44 000 emplois en dix ans dans ce canton.

 

Elle peut aussi être l’occasion d’un sursaut « durable et solidaire » pour préparer la transition vers l’éclosion d’entreprises générant de nouvelles richesses. A condition d’être patient, jusqu’au jour du retour sur investissement, et surtout raisonnable, compte tenu des menaces planant sur d’autres pans de l’économie suisse et encore plus genevoise, tel le secteur financier. Là aussi, le futur exigera efforts et solidarité.  

(editorial d'Entreprise romande du 27 avril 2012)



[1] Pour preuve, l’évolution du « top 10 » des multinationales du canton entre 1995 et 2010 : le total des postes de travail y passe de 3760 à 10940, quatre groupes financiers y apparaissent, des industries informatiques en disparaissent et Procter & Gamble en devient le vaisseau-amiral avec près de 3000 emplois.  

[2] Au demeurant, cette décision fait partie d’un programme global de restructuration, annoncé en février 2012 ; celui-ci répond aux modifications du marché, et notamment à une concurrence féroce, et permettra de croître ailleurs pour produire des médicaments utiles à la santé des malades, la fonction première de l’entreprise.Voir http://www.merckserono.com/corp.merckserono_2011/en/images/20120423_Press_Release_e_tcm1494_92226.pdf.

20/04/2012

Mariage CIA-CEH: l’heure de vérité ne sonnera pas deux fois

Le déni de réalité, la résistance au changement et l’incohérence morale n’épargnent pas les organes de certaines caisses de pension publiques. L’exemple de Genève est patent, car c’est le pire de Suisse[1]. Le taux de capitalisation y est en effet, à la fin du premier trimestre 2012, inférieur à 50% (calculé sur la base d’un taux technique de 3,5%) pour la CIA, la caisse des fonctionnaires cantonaux promise à un mariage coûteux avec la CEH, la caisse des établissements hospitaliers. D’où un besoin de réforme passant par des adaptations du système des retraites. La recapitalisation envisagée, s’étalant jusqu’en 2050, a un coût qui dépasse désormais six milliards, soit un montant égal au triple de l’effort collectif pour le sauvetage de la banque cantonale !

 

A défaut, le bailli fédéral serait appelé à intervenir, en application directe de la législation sur la prévoyance professionnelle. Adieu alors retraites généreuses naguère présentées pour compenser des rémunérations inférieures à celles du secteur privé, une thèse qui ne vaut plus, globalement, que pour les fonctions de cadre. Et bonjour mesures d’assainissement douloureuses.

 

Le déni de réalité n’est pas le moindre défaut qui a tétanisé les responsables genevois. Critiques et scepticisme se sont alliés pour s’opposer à la réforme du financement des institutions de prévoyance de droit public, singulièrement de leur taux de couverture désormais fixé à 80%. Or, le 1er janvier 2014, toutes les caisses publiques suisses, sans possibilité de « Genfereien », devront être conformes aux exigences fédérales. Au passage, on peut se poser la question de la responsabilité des organes genevois de ces caisses dans le coût du retard, pour l’assuré comme pour le contribuable, à prendre les mesures indispensables.

 

La résistance au changement n’a pas manqué non plus. Sa forme la plus aiguë se manifeste encore dans l’opposition à adapter des paramètres essentiels de la réforme en cours d’examen parlementaire. C’est ainsi que le taux de couverture n’est toujours pas calculé en appliquant le taux technique conseillé par la Chambre suisse des actuaires conseils. Là aussi, l’heure de vérité sonnera quand il s’agira de calculer le bilan d’entrée de la nouvelle caisse commune.

 

Une autre rupture doit intervenir. Elle concerne la croissance du poids financier de l’Etat. Partisans d’une linéarité sans faille, la gauche poursuit l’objectif d’une progression quantitative des effectifs de la fonction publique. Elle néglige deux dimensions : des salaires inconnus dans d’autres cantons et l’augmentation de la productivité du monde des services qui ne doit pas épargner les secteurs de l’enseignement et de la santé. Leur prise en compte peut amener à stabiliser et la masse salariale, et des effectifs qui regroupent, dans le canton de Genève, quelque 43 000 assurés. Dont seule une minorité n’est pas citoyenne…

 

L’incohérence morale est la pire des dérives à laquelle ce débat a permis d’assister. Depuis des lustres, des responsables de caisse de pension publiques, notamment romandes, ont vanté les mérites de l’investissement éthique. Or les voilà aujourd’hui contraints à quémander l’aide de la collectivité pour échapper à une réduction des prestations pour leurs assurés.

 

Du coup, ils avouent une double faiblesse. Par rapport aux caisses de pension alémaniques, autrement gérées. Par rapport aux contribuables frappés d’une double peine quand ils appartiennent au secteur privé. Outre le fait que la moyenne salariale de ces derniers n’est pas de 9000 francs, à la différence des collaborateurs de l’administration cantonale genevoise, ils sont souvent contraints de contribuer à l’adaptation de leurs propres retraites, et désormais à l’assainissement de celles des collaborateurs de la fonction publique. A Genève, ce sont près de 120 000 francs qui devront être versés sur le compte de chacun des quelque 43 000 collaborateurs de la fonction publique et assimilés. De quoi inciter à la retenue les assurés du secteur public. Et à la réflexion les contribuables du secteur privé, dont une majorité est citoyenne…  

 

Chronique parue dans l'Agefi du 20.04.2012

 

 

24/02/2012

Cadre frontalier, la nouvelle chimère

Les Hôpitaux universitaires genevois (HUG) comptent trop de cadres soignants frontaliers (110 sur 165), peu au fait de la mentalité et des réalités cantonales, à en croire leur directeur général. Un rééquilibrage au profit des résidents, à compétences égales, est dorénavant nécessaire. A noter qu’aux HUG, 21% des 1407 cadres moyens et supérieurs sont frontaliers.  

 

Cette déclaration explosive reflète peut-être une situation particulière à cette entreprise ; à cet égard, une évaluation factuelle ne manquera pas d’être exigée des autorités. Mais elle révèle au moins autant une préoccupation électoraliste. Car le terreau est fertile où de plus en plus d’acteurs politiques, inégalement préoccupés en paroles ou dans les faits par le respect du droit et des Accords bilatéraux, se disputent un électorat réticent à la présence des frontaliers, voire carrément xénophobe.   

 

Ce message renvoie pour l’heure à une analyse à froid de la présence des cadres frontaliers dans l’économie suisse et particulièrement genevoise, et d’abord au comportement des employeurs. Un comportement que certains voient rationnel, à la recherche du meilleur mélange de compétences professionnelles, d’appétence au travail, voire de connaissance du terroir – une forme d’obstacle non technique aux échanges, en langage « omcéen ».

 

Mais d’autres soupçonnent des responsables du personnel de préférence sinon antinationale, du moins pro-frontalière, surtout si ces derniers sont eux-mêmes frontaliers. A souligner qu’il n’existe pas, à cet égard, d’études scientifiques probantes. Pour autant, il ne faut pas exclure des comportements irresponsables. Une chose est certaine : une politique basée sur des quotas ou, pire encore, sur des pratiques discriminatoires n’est pas acceptable, que les victimes soient frontalières, étrangères ou suisses.

 

Sur le plan suisse, depuis la mise en œuvre des Accords bilatéraux (2002-2011), le pourcentage d’augmentation est de 10% pour la population active in toto, soit 403 000 travailleurs ; c’est le double de l’évolution connue dans la décennie précédente. Si la population active progresse, celle des cadres dirigeants, qui passent de 250 000 à 337 000 (+35%), augmente plus fortement ; cette « montée en présence » est faite pour moitié de Suisses, pour l’autre d’étrangers. Quant aux cadres dirigeants frontaliers, non compris dans les chiffres précédents, ils explosent de 6 490 unités, à 16295 (+65%).

 

En d’autres termes, la progression des cadres dirigeants suisses augmente, celle des étrangers la dépasse, celle des frontaliers est encore plus forte, autant d’effets relatifs de l’ouverture comme de la croissance de l’économie exploités par certains à des fins protectionnistes ou malthusiennes.

 

En revanche, les chiffres absolus permettent une appréciation plus mesurée : en 2011, sur 353 000 cadres dirigeants, frontaliers compris, les Suisses sont 251 000, soit 73% ; pour l’ensemble de la population active résidente et non-résidente, ils en représentent quasiment le même pourcentage. Bref, dans un pays où plus de sept travailleurs sur dix et plus de sept cadres dirigeants sur dix sont suisses, parler d’invasion de cadres étrangers ou frontaliers tient de l’abus de langage. Surtout si ce haut de la gamme des emplois témoigne de son intégration aux us et coutumes locaux.

 

Sur le plan cantonal genevois, le constat de l’Observatoire statistique transfrontalier est encore plus précieux[1]. Analysant la période 2000-2008 qui inclut la rupture induite par les Accords bilatéraux, il conclut « à un développement des postes à hauts salaires dans certaines branches, occupés surtout par des titulaires d’une autorisation de séjour, mais aussi d’un permis d’établissement, bien avant les salariés suisses. Si des frontaliers viennent également occuper de tels postes, ils sont plutôt l’exception ». Pour caricaturer, les traders viennent de Londres, pas d’Annecy. En revanche, à l’autre extrémité des rémunérations, « beaucoup de frontaliers arrivés entre 2000 et 2008 », car l’« accroissement de leur effectif (est) concentré, pour l’essentiel, parmi les bas salaires ».  

 

Bref, sauf à penser que ces chiffres sont faux, que l’échelle des salaires ne reflète pas celle des responsabilités ou encore que la situation a dramatiquement changé depuis 2009, les critiques genevois de la présence des frontaliers poursuivent globalement une chimère en s’attaquant aux cadres frontaliers. Même si le cas est intéressant pour les psychiatres des HUG...

(Chronique parue dans l'Agefi du 24 février 2012)

09/02/2012

Caisses de pension publique : la Cour n’a pas fait tous les comptes

 L’audit de la Cour des comptes sur la gestion du parc immobilier des deux caisses de pension publiques cantonales, la CIA et la CEH, est plus intéressant par ce qu’il ne dévoile pas que par ce qu’il présente (http://www.ge.ch/cdc/doc/20120209_rapport_no48.pdf). Et qui a malheureusement pour effet de relativiser une des conclusions du rapport.

 

Cette faiblesse, qui certes n’était pas au cœur du mandat de la Cour, mais apparaît toutefois à l’évidence à sa lecture, consiste à nimber de brouillard la proportion de locataires des deux caisses membres de la fonction publique. Non pas qu’il y ait le moindre problème à ce que ces caisses de pension privilégient leurs propres membres dans l’octroi des 9693 baux correspondant aux appartements qu’elles gèrent. Mais parce que la transparence doit régner quand ces mêmes caisses, fortes de 43 000 membres actifs, retraités exclus, viennent demander du contribuable qu’il les renfloue pour plus de 4 milliards. Ce qui revient à exiger des contribuables quelque 100 000 F par fonctionnaire ou assimilé !

 

Peu de chiffres suffisent à poser le problème. Selon la Cour des Comptes qui reprend sans les vérifier – absence de mandat excuse - les affirmations de la CEH et de la CIA, les membres de la CEH représenteraient 32% de tous ses locataires à la fin de 2010. Quant à la CIA, le pourcentage serait de 30% à la même époque. Deux pourcentages quasiment équivalents. Sauf que la méthode d’attribution est fondamentalement différente : la CEH admet donner une préférence à ses membres alors que la CIA prétend ne pas faire de favoritisme.

 

La quasi équivalence éclate toutefois quand la Cour des comptes vérifie sur un « échantillon aléatoire », concernant la seule CEH, le pourcentage de membres de la caisse. Outre que l’échantillon est statistiquement pour le moins réduit (20 attributions de logement s’étalant de juillet 2010 à juin 2011), il apparaît que 17 attributions concernent ses membres. Soit 85% !

 

Un minimum d’attention à la différence grossière d’avec le pourcentage (32%) figurant dans le rapport de gestion aurait exigé, à défaut d’un échantillon plus large, une note de prudence. Mais rien de tel.

 

Une préférence qui passe de 32% à 85% au sein de la CEH, une équivalence de résultats (32% et 30%) fondée sur une différence de méthode d’attribution entre la CEH et la CIA, voilà qui est bien curieux. Et qui suscite plus que de la curiosité de la part du citoyen, n’est-il pas vrai ?

 

Surtout quand il est prétendu, en conclusion du rapport de la Cour, que « le rendement n’est pas péjoré (sic !) par la quote-part des locataires membres de la CIA ou de la CEH puisque ces deniers ne bénéficient d’aucun avantage en matière de fixation de loyer ». Certes. Mais ils bénéficient d’un avantage sérieux en matière d’attribution d’appartement.

 

Car la CEH ne peut prétendre attribuer 32% à ses membres quand la Cour en trouve 85% (avec un échantillon d’une taille qui n’autorise pas le calcul de pourcentage mais exige d’être augmenté, répétons-le). Et la CIA ne peut prétendre ne pas octroyer de faveur à ses membres si les pourcentages donnés par ces deux caisses (30% et 32%) correspondent à la réalité.

 

Bref, des calculs à reprendre ailleurs. Par exemple à la commission des finances du Grand Conseil, par le plus grand des hasards…

07/02/2012

Personnel qualifié : la vraie pénurie menace

 Compter d’abord sur ses propres forces en les musclant. Voilà le principe par lequel le Conseil fédéral entend affronter la pénurie de personnel et le manque de qualifications menaçant les entreprises suisses à l’horizon 2020[1]. Le principe est bon, pour autant que la main droite économique du gouvernement n’ignore pas ce que fait en catimini sa main gauche fiscale. Dernier exemple en date à corriger au Parlement : la tentative de transformer en salaire les contributions des employeurs pour la formation continue des collaborateurs dépassant 6000 francs.

 

Pourquoi cette pénurie et ce manque ? Les raisons en sont simples : la proportion d’actifs diminue par rapport à la population totale et celle de porteurs de diplômes (du CFC aux formations supérieures) est insuffisante pour les besoins de l’économie.

 

L’Etat n’est certes pas le seul responsable de cette situation, mais il lui revient de prendre des mesures. Il peut le faire en ses différents niveaux (Confédération, cantons et communes), comme dans ses diverses politiques (formation, emploi, social, migration). Certes, la libre circulation des travailleurs a permis de répondre, lors des phases de croissance récente, aux besoins en personnel qualifié, voire très qualifié. Mais cette aide venue de l’extérieur, au-delà même de l’UE pour des qualifications très pointues, ne saurait servir de solution de facilité. Il faut donc explorer toutes les niches de personnel potentiel et toutes les possibilités d’augmenter les qualifications de la population résidente.

 

Parmi les niches, il y a incontestablement un potentiel important parmi les femmes entre 25 et 54 ans qui élèvent ou ont élevé des enfants et qui ne travaillent pas, plus ou qu’à temps partiel. C’est là où les crèches sont le plus nécessaire et, de façon générale, toutes les mesures conciliant vies familiale et professionnelle. En outre, il y a à faire pour améliorer les qualifications professionnelles de travailleurs nés à l’étranger. Les perspectives spectaculaires de gain supplémentaire devraient convaincre les intéressés, car elles sont plus fortes que pour les formations académiques. 

 

Paradoxe. La peur du chômage est la première préoccupation des Suisses, selon le baromètre 2011 de Credit suisse[2]. Or ils devraient plutôt craindre l’absence d’une stratégie globale de lutte contre la pénurie de main-d’œuvre et le manque de qualifications. Mais c’est vrai que, dans le premier cas, il y a une crainte individuelle, ici et maintenant, alors que dans le second, où il en va du maintien de notre niveau de vie à long terme, la préoccupation se fait collective et lointaine. Sauf que 2020, c’est demain et concernera chacun.

(Editorial paru dans Entreprise romande du 3 février 2012)



[1] « Du personnel qualifié pour la Suisse, une initiative du Département fédéral de l’économie », 2011, 58 p., http://www.news.admin.ch/NSBSubscriber/message/attachments/24189.pdf.

27/01/2012

Genève: une laïcité crispée et crispante

Semaine de l'unité des chrétiens. Sur France 2, chaîne publique française, des représentants religieux chrétiens se présentaient ensemble, dimanche passé, à l'heure des émissions où d'habitude ils se succèdent. Réformés, chrétiens orientaux, orthodoxes et catholiques romains s'exprimaient même depuis le salon d'apparat de l'Hôtel-de-Ville de Lyon. Et pourtant la France vit un régime de séparation de l'Eglise et de l'Etat depuis 1905 qui se traduit par la non intervention de la première dans le domaine de compétences de l'autre, et réciproquement. Non intervention, mais pas hostilité, contrairement aux débuts houleux qu'avait connus cette relation, imposée par les anticléricaux, entre l'Eglise catholique et la République.

A Genève, il en va tout autrement. Depuis 1907, il n'y a plus de budget des cultes ni de religieux salariés par l'Etat. A l'époque, des libéraux et les catholiques s'en étaient notamment réjouis: moins de dépenses, et surtout moins de dépenses inefficientes, s'agissant en particulier des prêtres catholiques-chrétiens qui ne rassemblaient pas beaucoup de fidèles dans leurs églises confisquées à "Rome", à la suite du Kulturkampf, contrairement aux prêtres romains, qui avaient été exilés dans de petites chapelles bondées.

Sauf que les relations sont ici et maintenant plus basées sur une sorte d'ignorance voire une certaine impolitesse. Imaginer la mise à disposition de la Salle de l'Alabama pour une émission religieuse diffusée par la TSR réunissant les différentes confessions chrétiennes tient ainsi du fantasme. En revanche, ne plus aller aux cultes du Jeûne genevois, de la Réformation ou de la Restauration, comme la tradition l'imposait, ne pas prendre part aux funérailles d'un évêque, comme le protocole le prévoyait, déléguer un fonctionnaire à la cérémonie d'accueil de son successeur, voilà qui semble peu urbain et pourtant correspond à la réalité. Une réalité vécue aussi dans les relations entre l'Etat et les juifs genevois.

Et pourtant, la présence officielle des autorités politiques à certaines cérémonies religieuses phares pourrait répondre à la participation protocolaire des autorités ecclésiastiques aux moments majeurs de la vie politique. Les prestations de serment du Conseil d'Etat, des maires et adjoints et du pouvoir judiciaire à Saint-Pierre en font partie. Or le moins que l'on puisse dire est que notre Conseil d'Etat a réduit les contacts à une portion encore plus congrue. Dernier exemple en date, la rétrogadation des représentants religieux derrière les représentants de l'armée à Saint-Pierre, pour mentionner un exemple d'éloignement supplémentaire tiré de la mise à jour du règlement sur le protocole.  

Face à pareille attitude, l'église protestante est bien bonne d'inviter des élus à s'exprimer dans ses temples, comme celui de la Fusterie, et l'église catholique-chrétienne bien... chrétienne de leur donner la parole dans son église de la rue des Granges. Peut-être faut-il y voir, à défaut du pardon des offenses, une expression de l'espérance...

Quant aux autorités politiques, elles feraient bien de songer que le respect qu'elles souhaitent à leur égard, compte tenu de leur rôle institutionnel, serait conforté si elles accordaient un peu plus de considération à d'autres acteurs institutionnels, non-étatiques mais néanmoins respectueux de la démocratie. Ce renforcement mutuel - qui prend appui sur la séparation, positive à la vie démocratique, entre les églises et l'Etat, comme l'avait bien compris John Locke - est au passage une antidote de premier ordre contre la prise de pouvoir rampante menée par des mouvements communautaristes qui rêvent de mettre leurs propres lois au dessus des lois de la République. 

 

 

   

12/12/2011

Pisa 2009 : Genève un peu moins à la traîne

 Un an après la présentation des résultats nationaux de Pisa 2009[1] touchant essentiellement la lecture, voici le palmarès des résultats cantonaux. Pour les cantons romands, il n’est pas brillant pour Vaud et surtout Genève, surtout en mathématiques et en sciences, contrairement aux parties francophones de Fribourg et Valais.

 

Le défi d’Harmos n’en devient que plus écrasant, car l’entreprise « Ecole suisse Sàrl » est désormais sous la loupe publique pour qui sait lire. Or c’est un exercice difficile pour 12% des élèves romands et 20% des alémaniques au terme de leur école obligatoire, du coup mis en difficulté pour affronter leur avenir scolaire et professionnel. Rappels et faits nouveaux.

 

Comparés aux 65 autres pays participant à l’enquête, Pisa 2009 marquait une amélioration absolue de la position de la Suisse, mais pas relative. Il ne suffit pas d’avoir passé la barre de la moyenne en lecture pour se tresser des couronnes. La Finlande, championne en 2000, n’est plus « la » mais simplement « une » référence ; la Genève pédagogique n’en a pas encore pris conscience, faute peut-être de cours de lecture rapide…

 

Premier enseignement de Pisa 2009 : il n’y a pas de progrès statistiquement significatif depuis les enquêtes précédentes dans les trois domaines de compétences examinés, quelle que soit la région linguistique. Secundo : les résultats romands et pire encore tessinois continuent d’être significativement moins bons que les alémaniques en mathématiques et en sciences[2]. Tertio, Genève rejoint certes la moyenne suisse en lecture, mais est en avant-dernière position du peloton des cantons romands ; pire : ses résultats en mathématiques et en sciences sont toujours aussi déplorables sur le plan national. Quarto, il y a un peu plus de bons élèves en lecture.

 

A ce sujet, les mesures de soutien, mises en œuvre depuis le coup de semonce de Pisa 2000, peinent à démontrer leur efficacité, au vu de la proportion constante des mauvais résultats, contrairement à ce que prétend la Conférence intercantonale (latine) de l’instruction publique. A fortiori, les réformes dues à Harmos doivent encore faire leurs preuves.

 

En revanche, les résultats meilleurs qu’attendus pour 20 à 30% des élèves originaires de milieux modestes, immigrés ou ne parlant pas une langue nationale jettent une lueur d’espoir pour qui croit en l’école comme instrument de liberté. Mais aussi de désespoir pour qui ne jure que par la reproduction sociale.

(chronique parue dans Entreprise romande du 9 décembre 2011)

 

 

 

 

 

 

 



[1] Relire « Les résultats de Pisa 2009 se lisent en jaune » dans Entreprise romande du 10 décembre 2010.

[2] Pour des exemples d’exercice, affronter www.pisa2009.ch/dyn/11559.php.

08/12/2011

Un budget moins déficitaire grâce au PLR

Adoption du budget 2012 par la commission des finances du Grand Conseil :

Le PLR salue un budget moins déficitaire

 

Dans un contexte de crise financière et d’envolée du franc suisse pesant sur la compétitivité des entreprises, et au terme d’une quarantaine d’heures de débat (!), la commission des finances du Grand Conseil a adopté le budget 2012 de l’Etat de Genève. Ce budget prévoit des dépenses de fonctionnement de 7 970 millions, un déficit de 352 millions, ainsi que des investissements pour 973 millions. La contribution du PLR a été déterminante ; elle a notamment permis de réduire le déficit qui avait été fixé à 437 millions par le Conseil d’Etat après l’adoption de son plan financier quadriennal (PFQ) 2012-2015.

 

En effet, grâce à un accord intervenu entre trois des quatre partis gouvernementaux (PLR, PDC et Verts), leurs commissaires aux finances ont adopté un budget 2012 amendé par 10 voix contre les 5 voix du PS, du MCG et de l’UDC. Le PLR remercie ceux qui ont compris sa détermination de réduire le déficit sans porter préjudice aux missions fondamentales de l’Etat et en permettant au Conseil d’Etat de mettre en œuvre ses priorités pour 2012, dont la sécurité, la formation, la protection sociale et la mise à niveau des infrastructures cantonales. 

 

A la demande expresse du PLR, d’ultimes ajustements budgétaires, promis par le conseiller d’Etat David Hiler d’ici au vote en séance plénière du Grand Conseil du 16 décembre 2011, devraient permettre de porter le déficit à moins de 350 millions, soit le montant requis par les commissaires PLR pour adopter ce budget. A noter que ce montant se situe à mi-chemin des déficits prévus par le précédent PFQ et par le nouveau.

 

Les commissaires aux finances du PLR ont préféré amendé le budget 2012 en en réduisant le déficit plutôt que d’adopter des douzièmes provisoires, car ceux-ci n’auraient réduit le déficit initial que de 15 millions.

 

Le PLR entend souligner que l’adoption de ce budget ne signifie en aucun cas son appui aux mesures fiscales prévues par le PFQ 2012-2015 à hauteur de 255 millions. Il présentera d’autres propositions pour rétablir l’équilibre des finances cantonales. Il entend en outre rappeler que l’assainissement des caisses de pension des fonctionnaires devrait coûter quelque 4 milliards de francs aux contribuables, selon une estimation non mise à jour du Conseil d’Etat.

 

(communiqué de presse du PLR du 8 décembre 2011)

27/11/2011

La gauche à terre. Avant celle du budget, mort d'un impôt obsolète, d'une prestation sociale inefficace et d'un cauchemar pour les travailleurs

Les votes de ce dimanche 27 novembre 2011 sonnent le tocsin sinon le glas pour la gauche dépensière et ses alliés inconscients des déficits publics. Le peuple genevois a mis à mort ce qui subsistait du droit des pauvres, conscient de la concurrence fiscale vaudoise. Plus important encore, il a mis fin à une prestation sociale inefficace, le RMCAS, au profit d'un nouveau système d'aide exigeant d'emblée des chômeurs la preuve par l'acte. Faisant d'une pierre deux coups contre le chômage, il a aussi refusé un salaire minimum au mieux inopérant, au pire créateur de pertes d'emploi pour les travailleurs et de faillites pour les entreprises. A ceux qui doutaient de sa capacité à choisir, il apporte un démenti cinglant. Et une leçon aussi à un Conseil d'Etat qui, à chacun de ses pas, s'enfonce plus profondément dans les déficits.

On peut mettre en cause les sondages de la Tribune, voire les manipuler, une tentation qui a apparemment atteint les militants de plusieurs partis. Celui que la Tribune a consacré aux choix face au déficit abyssal du canton ne semble pas tomber sous cette critique. Or ses résultats sont éclatants:

Nombre de votants : 1804

Pour 56% des 1804 votants, il s'agit de réduire les prestations, et rien d'autre. David Hiler, le ministre des finances, ferait bien de méditer ces données au lieu de se livrer à une "intox" indigne de lui. En prétendant dans la Tribune de Genève du 26 novembre 2011, en réponse à une question sur le refus du budget au déficit inacceptable présenté et aggravé par le conseil d'Etat, que

"Techniquement, le budget 2011 serait reconduit. Cela signifierait qu’on ne pourrait que reproduire l’existant, sans opérer de véritables choix de priorités. Nous aurions notamment un gros problème avec la sécurité car nous ne pourrions engager de nouveaux policiers. En résumé, nous perdrions un an pour rien, sans même réaliser des économies",

il affirme sans preuve un élément et démontre son refus de composer.

L'affirmation sans preuve concerne les économies réalisées en choisissant le voie des 12èmes provisoires. A ce jour, il n'existe aucun calcul ni donc aucune totalisation de ce que représenterait cette option. D. Hiler peut certes prétendre qu'elle n'entrainerait pas d'économies, il ne l'a pas prouvé à ce stade ni face à la Tribune, ni ailleurs. Il n'a même pas anticipé que cette question pourtant évidente lui serait posée. Ce reproche est certes moins grave que celui d'avoir choisi un taux de croissance des dépenses pour le plan financier quadriennal (PFQ) de loin supérieur à celui de l'économie ou à celui qu'il avait retenu lors de de la précédente crise (1% aulieu de 2%).

Il refuse aussi de composer. On peut comprendre sa lassitude de voir les faits se rebeller devant son optimisme et son travail. On ne peut concevoir qu'il refuse, au cas où la voie des 12èmes serait choisie, de laisser le conseil d'Etat venir devant la commission des finances pour présenter une demande de crédit complémentaire en faveur de la police.

Bref, l'heure est à la raison et à la modestie budgétaires. Moins de dépenses que ce qui a été retenu par un conseil d'Etat qu'il convient d'aider dans sa réflexion inachevée par des coupes supplémentaires d'importance et d'éventuelles ponctions sur des entités publiques autonomes qui regorgent de moyens et de réserves. A défaut, le couperet tomberait au terme de deux comptes déficitaires. Et comme pour le RMCAS, d'autres Genfereien non finançables passeraient à la trappe.

Deux remarques pour conclure. La liste des hausses d'impôts que le conseil d'Etat annonce dans son PFQ mis à... nuit (sinon à nuire) pourrait s'allonger. Comment en effet vouloir revenir sur certaines des avancées de la dernière révision de la LIPP sans en toucher d'autres, comme l'explosion du nombre de Gratis-Bürger? Avec 80 000 personnes ne payant pas la moindre quote-part à leur participation à la vie cantonale (près d'un contribuable sur trois), Genève atteint des sommets. Là aussi, il y a des corrections à opérer.

D'autre part, le vrai défi pour cette législature va être, au-delà du déficit budgétaire et des augmentations salariales pour les fonctionnaires qu'il ne cesse de proposer, la réforme du financement des caisses de pension. Là aussi, une révision déchirante s'impose.

Le temps des vaches grasses est bel et bien révolu.

 

 

 

25/11/2011

Face au déficit genevois, un Conseil d’Etat mal barré

 Une bonne analyse de la crise ne garantit pas le succès des mesures budgétaires imaginées pour en combattre les effets sur les finances publiques. Surtout si ces mesures commencent par des hausses d’impôts, obligatoirement soumises au vote du peuple, et finissent avec des risques de départ d’entreprises multinationales et de mise sous tutelle des caisses de pensions publiques, des risques se chiffrant en milliards. C’est donc peu dire que le Conseil d’Etat genevois est mal barré, au sens populaire du terme en tout cas, au lendemain d’une révision déchirante de son plan financier quadriennal (PFQ) pour les années 2012 à 2015. Une de plus, car le destin des PFQ, de vrais miroirs aux alouettes, n’est autre que d’être corrigés, au fil de bilans montrant leur distance d’avec la réalité.

 

Cette révision du PFQ était indispensable. Car en laissant le budget évoluer en stabulation libre, à 2,8% en moyenne de croissance annuelle, le déficit aurait explosé de 175 millions, prévus pour 2011, à 499 millions en 2012 et plus de 600 millions pour les trois années successives. Hors toute contrainte de retour à l’équilibre imposé par la constitution, la cagnotte virtuelle portant le doux nom de réserve conjoncturelle et forte d’un petit milliard en aurait vite été épuisée.

 

On ne disputera pas ici le Conseil d’Etat sur le choix de ses taux de croissance (1% en 2012, 1,5% en 2013, 1,9% en 2014 et 2015), car le pire n’est que possible. On notera simplement que le scénario le plus optimiste scotche le déficit à un peu moins d’un demi-milliard jusqu’en 2015, et que le pire le fait déraper jusqu’à 900 millions en 2015. En revanche, premier reproche d’importance, le taux de croissance des charges de l’Etat, à 7,3% pour les quatre ans du PFQ, est d’un pour-cent supérieur à celui retenu pour l’économie cantonale. Un pour-cent de trop.

 

La seconde faiblesse de ce PFQ est son côté pour le moins aléatoire. Faute de consensus politique sur les mesures à prendre, la somme que l’exécutif espère trouver pour revenir à l’équilibre d’ici à 2015, tient du fantasme. Dame, 303 millions, « quelle que soit l’évolution de la conjoncture », voire un complément de 349 millions en cas de plongée encore plus profonde dans la crise, ça ne se trouve plus si aisément dans les bénéfices des entreprises, surtout financières, les grandes pourvoyeuses de la richesse genevoise.

 

Il y a pire. Ce fantasme est transformé en cauchemar pour le contribuable, surtout s’il est aisé (fin « provisoire » du bouclier fiscal de 60%, attaque à la fortune des indépendants, imposition des collections artistiques – dont la mobilité n’est même pas imaginée) ou a l’idée incongrue d’être propriétaire (augmentation de 20% de la valeur fiscale de ses biens). Voilà quelques unes des idées jetées sur la table – à quoi s’ajoutent des centimes additionnels supplémentaires pour lui soutirer potentiellement 255 millions sur 652 d’ici à 2015.

 

Or ces idées risquent de finir dans la poubelle du Parlement sinon du peuple. D’autant plus qu’en 2012, elles compteraient pour plus d’un tiers (46 millions) des efforts proposés (123 millions). Parallèlement, les 39 424 équivalents temps plein – en fait, un nombre supérieur de fonctionnaires, en augmentation de 424 unités entre 2011 et 2012 –  ne seraient appelés à contribuer à l’assainissement du ménage collectif que pour quelque 15 millions. Cherchez l’erreur d’un Conseil d’Etat tétanisé face à la moindre grève hospitalière et déliant désormais les cordons d’une bourse vide !

 

D’où un conseil qui pourrait rapporter gros et qui s’adresse surtout aux partis de gauche amateurs de hausses d’impôt – pour les autres. Pour éviter que les efforts analytiques de l’exécutif ne soient vains, une modification… radicale vers le bas du seuil d’imposition des Genevois s’impose. Dans les circonstances présentes, il n’est en effet plus tolérable qu’en 2009, 77 684 contribuables (31,7%) soient autant de « Gratis-Bürger » ne payant pas d’impôt sur le revenu.

 

Si l’on ajoute encore à ce tableau noir une dette qui repart à la hausse, de 1,6 milliard, d’ici à 2015, pour atteindre12,4 milliards, beaucoup de sagesse fiscale et pas mal de modération dépensière s’imposent. Y compris pour des investissements – en gros un milliard par an est programmé – dont on ne rappellera jamais assez l’impact en dépenses structurelles de fonctionnement (environ 10%).

 

Bref, ce PFQ était méritoire. Mais il exige d’être révisé d’urgence. Dès après le vote d’un budget pour 2012 autrement ficelé que le menu indigeste concocté par l’exécutif. Car en poussant l’audace jusqu’à en augmenter, au nom du PFQ, le déficit de 429 à 437 millions, il a tout simplement poussé le goût du bouchon trop loin.

 

Mal barré, cet exécutif aspiré à bâbord ? Oui, pour qui aime les litotes.

(Chronique parue dans l'Agefi du 25 novembre 2011)

23/10/2011

Nouveau Testament: l'angélisme de Charles Beer fait un miracle

Etre présent en étant absent. C'est le miracle qu'entend réaliser Charles Beer en faisant de la présence du Nouveau Testament une telle "évidence" que le DIP peut se dispenser d'inclure une mention du christianisme dans son recueil de textes destiné aux élèves de 9ème du Cycle d'orientation (CO) et consacré aux questions existentielles (l'origine du monde, la condition humaine, la mort et l'au-delà). Et laisser entendre, dans la Tribune du 22 octobre 2011, qu'un extrait du Nouveau testament serait prévu dans le recueil de 10ème, centré sur le fondement du lien social, ou dans celui de 11ème, axé sur l'altérité, les droits de l'homme et la "distanciation à la règle" (la déviance?), c'est prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages.

Il a un moment où la reconnaissance de l'oubli - qui est une erreur - s'imposerait, sauf à vouloir transformer l'un et l'autre en faute. Sauf que ce n'est pas d'un oubli factuel qu'il s'agit pour l'heure, mais d'une mise à l'écart délibérée. Car le discours du DIP est à plusieurs niveaux selon le locuteur.

Pour le responsable politique, Charles Beer, il n'y a même pas oubli, car la non-mention n'est que le prélude à la présence, à défaut de la signifier. Peu importerait donc l'absence du Nouveau Testament dans le recueil actuel de 9ème, dans la présentation par power-point de ce nouvel enseignement aux médias, ni dans un "document de liaison vraisemblablement destiné aux enseignants" présentant une sélection "exemplative" et donc non exhaustive des textes pour la 10ème et la 11ème années du CO.

Sauf que l'on voit difficilement la pertinence de l'accroche néo-testamentaire pour traiter du "fondement du lien social". La diversité des coutumes y sera illustrée par Hérodote, les premières formes de lois par le Code d'Hammourabi, les règles sociales par la Bible, les lois de Calvin et le Coran (lapidation incluse?). Sauf que l'on voit encore plus mal l'inclusion du Second Testament dans la liste des auteurs convoqués pour "fonder les notions d'altérité et de droits humains et la distanciation à la règle" tels que Voltaire, Rousseau, la Déclaration des droits humains et citoyens de 1789 - je propose ici mon adaptation du titre de ce texte au vocabulaire du DIP - Zola, Primo Levi et Gandhi.

Le problème surgit quand on met face à face les déclarations de Charles Beer et la présentation de son travail par le professeur Borgeaud, le responsable scientifique de ces recueils.

En effet, le premier affirme que "le Nouveau Testament est depuis le départ au programme du fait religieux, c'est tellement évident. Sa place parmi les Grands textes n'a jamais fait aucun doute, on ne peut pas les présenter sans prendre en compte le Nouveau Testament".

Or le discours du second est d'un tout autre ordre. Dans son "Avertissement" bien nommé au lecteur, il veut d'abord "tenir réellement compte de la diversité des cultures humaines, en évitant de tout ramener à nous".

Et là vient la phrase qui prépare la mise à l'écart du Nouveau Testament : "Il s'agissait de réfléchir au dosage le plus judicieux entre un héritage historique occidental conduisant des méthologies et pensées de l'Egypte ancienne, du Proche-Orient mosopotamien et biblique, de Grèce, de Rome jusqu'au judaïsme, au christianisme et à l'islam, et un apprentissage plus anthropologique (et comparatiste), lui aussi nécessaire, introduisant à une altérité plus radicale dans le champ de vision de nos élèves. [...] C'est cette ouverture sur l'humanité globale, dans la potentialité de ses diversités, qui est apparue fondamentale pour échapper à un regard trop européo-centré (avec une attention trop exclusive portée aux trois traditions monothéistes)".

On peut admettre, sans pour autant la partager, cette vision comparatiste qui entend éviter le péril de la hiérarchisation des différences entre civilisations. On ne peut comprendre en revanche la contradiction entre la présence systématique de deux des trois traditions monothéistes (judaïsme et islam) et l'absence tout aussi systématique de la troisième (christianisme) dans ce premier recueil. On ne peut en aucun cas accepter que l'"altérité plus radicale" implique la négation de soi. Comment comprendre et connaître l'autre sans se connaître soi-même dans ses racines, ses traditions, ses textes fondateurs, du Nouveau Testament à la Déclaration de 1789 - et à l'école philosophique qui l'a inspirée ?

Bref, quand Philippe Borgeaud prétend que "s'extérioriser par rapport à une tradition religieuse (la sienne y comprise) est un grand pas en direction du vivre ensemble", on peut le suivre, pour autant que ce pas soit aussi accompli par des représentants de courants plus intolérants, moins au fait des vertus théologales que sont l'espérance, la charité et la foi, auxquelles l'on peut encore ajouter la tolérance. Encore faudrait-il que sa volonté comparatiste d'altérité radicale ne déséquilibre pas son propos au point de le délégitimer.

Bref, si le Nouveau Testament doit à l'évidence être présent, que Charles Beer accomplisse alors le miracle de l'inclure dans la seconde édition de ce recueil de textes traitant de questions exsitentielles pour les élèves de 9ème du CO. Et que Philippe Borgeaud accepte que la compréhension de l'altérité implique une connaissance non culpabilisée de soi. En ce jour d'élections fédérales, il y aurait là matière à dépasser la politisation dont le premier voit trop facilement la trace et le catéchisme que semble craindre le second, dans un pays et surtout un canton où le concept d'héritage n'est apprécié à gauche que sous l'angle de sa fiscalisation...

 

20/10/2011

Adoptons les maladies orphelines pour éviter le rationnement des soins

Faut-il rationner les soins? La question n'est pas théorique s'agissant des maladies dites orphelines ou rares qui sont souvent héréditaires. Certes, ces maladies - dont ne souffrent qu'au plus une personne sur 2000 - ont depuis peu le soutien d'une communauté d'intérêts, présidée par la conseillère nationale argovienne Ruth Humbel (PDC), qui regroupe notamment la FMH, des fédérations de pharmaciens et de l'industrie pharmaceutique ainsi que des organisations de patiens. Elles le méritent (voir le site www.orpha.net pour en savoir plus). Mais cela ne suffit pas.

Car il est grand temps de mettre sur pied une stratégie nationale en faveur des quelque 500 000 personnes qui souffrent de l'une de ces innombrables maladies - évaluées en fait à 7000 - pauvres en attention et rares en cas. Des cas dont la prise en charge, du diagnostic au traitement, peut être chère et difficile, voire impossible pour le malade.

D'autant que les caisses-maladie, grâce notamment à un arrêt du Tribunal fédéral (du 23 novembre 2010) concernant la maladie de Pompe, peuvent désormais ne pas rembourser systématiquement les frais de médicament qu'elles occasionnent. Des signes plus encourageants sont toutefois venus de l'Office fédéral de la santé publique qui a autorisé, depuis le 1er avril 2011, le remboursement des frais liés aux maladies génétiques rares. En l'état, le coût total des médicaments pour les maladies orphelines a été évalué par une caisse-maladie entre 2,5% et 3% du coût des médicaments, soit environ 0,025% des dépenses totales en faveur de la santé. Mais ces chiffres, auquels il faudrait ajouter les coûts indirects, n'épuisent pas la question. 

Car peu de ces maladies peuvent être soignées pour le moment par des médicaments. Le temps mis pour les diagnostiquer de façon correcte a même été évalué entre 5 et 30 ans pour un quart des patiens européens qui en souffrent, sans évoquer ici les diagnostics erronés et leurs conséquences. Toute une réglementation, concernant la recherche et le développement de diagnostics comme de médicaments appropriés -doit donc être mise sur pied au sujet de ces maladies orphelines.

Les USA, souvent décriés dans le domaine de la santé, et l'UE l'ont fait. Le tour de la Suisse est venu. Il y a des adoptions qui sîmposent.