21/08/2007

Achtung! A Genève, l'allemand prend tout son temps

A la SNCF, un train peut en cacher un autre. Au DIP aussi. Sauf qu'il s'agit de train de problèmes. Mais vu que, selon les CFF, "der Kluge reist im Zuge" et qu'on est en Suisse, il n'y a pas de souci à se faire. Trève de circonlocutions. Au fait.

Des enseignants de 7e, donc du Cycle d'orientation (CO), n'auraient pas encore reçu le manuel de raccordement pour l'enseignement de l'allemand, à moins d'une semaine de la rentrée des classes. Le service de l'enseignement du CO ne serait ni responsable, ni coupable de ce retard, assure à la Tribune la présidente des maîtres d'allemand. Un des chargés de mission du CO met en cause l'imprimeur, étranger au canton (fribourgeois en fait...), qui, le vilain, n'a fait parvenir les manuels en question que le 9 juillet, donc il y a 6 semaines bien tassées. Or l'économat aurait bien autre chose à faire durant l'été que de s'occuper de pédagogie et de vile distribution de brochures d'enseignement: les impératifs comptables et administratifs l'emporteraient sur ces préoccupations, les vacances des collaborateurs du service aussi. Passons. Au passage, un enseignant conteste avoir été simplement informé de l'existence de cette brochure de raccordement par le DIP, a fortiori de sa distribution problématique. Une mission encore à remplir...

Il y a plus grave. La même présidente des maîtres d'allemand du CO explique doctement combien cette brchure de raccordement est nécessaire. Alors que ces chers bambins aux têtes désormais multicolores, une richesse de Genève, sont initiés à l'allemand dès la 3e année primaire, notés dès la 5e P, ils ne sont pas en mesure de plonger dans la méthode "Genial" dès leur arrivée au CO. "Reconnaître les acquis du primaire est ardu, car il existe une grande hétérogénéité". Sous-entendu dans la maîtrise de l'allemand par les instituteurs au moins autant que par les élèves. Et de conclure avec la précision et l'explication qui tuent: "Ce n'est que depuis 2000 que l'allemand y est considéré comme un réel apprentissage et plus comme une initiation. Faire changer les mentalités prend du temps".

Donc, en sept ans, et pas en six semaines, les enseignants n'ont pas été en mesure de réduire leur "hétérogénéité". Il serait au passage intéressant de savoir combien d'entre eux sont, depuis le début de ce millénaire, partis en stages et/ou vacances en Suisse allemande, en Allemagne, en Autriche ou au Tyrol du Sud, comme ne disent pas les Italiens, pour perfectionner leur allemand. Quelle sont les mesures prises par le DIP pour les y inciter? Quels sont les contrôles des connaissances des enseignants par le DIP en cette autre langue nationale? Combien de chargés de mission y sont affectés? Peut-être que cela pourrait aider au changement des mentalités...

En fait, l'enseignement de l'allemand à l'école primaire est vu comme une contrainte par beaucoup - enseignants, parents et évidemment enfants -, une contrainte inutile, désagréable. On fait semblant de s'y former, les têtes multicolores semblant d'apprendre. Les heures et les années passent. Et il faut tout recommence ou peu s'en faut au CO. Un gâchis inacceptable! Un gâchis que la géniale nouvelle méthode risque d'augmenter au CO. Elle ne comprend en effet pas de grammaire! L'oralité, l'oralité, il n'y a que ça! 

Pendant ce temps, d'autres enfants commencent un enseignement bilingue par immersion. Dès cette rentrée, par exemple, les petits Grisons en "romansch grischun" unifié et en allemand et/ou italien. Ou, à Genève, les élèves de certaines écoles privées dont, pour l'allemand, l'école Moser.

Il n'est plus acceptable que l'école publique genevoise n'offre pas, elle aussi, au moins une filière bilingue, avec des enseignants germanophones. Car il y a des parents qui en ont envie pour leurs enfants. Et des enseignants qui en ont les compétences.

A quand un recensement de l'offre et de la demande de bilinguisme dès l'école primaire par le DIP? A quand une politique de recrutement allant au-delà de la Sarine? A quand une vision de la Suisse par le DIP?

 

11:10 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Vraiment excellent ! Avec mes attaches outre-Sarine et marié à une institutrice, je partage pleinement vos observations. Ajoutons que nos enfants, après autant d'années de "sensibilisation" à l'allemand (on ne peut pas parler d'étude, en effet) ne sont pas fichus de tenir la moindre petite conversation avec un confédéré. De plus, nos fonctionnaires et politiques qui ne maîtrisent pas l'allemand se coupent - et avec eux notre région - du monde économique et politique qui dirige ce pays. Les effets sont désastreux ! Au lieu de réagir, on se morfond et crie à l'injustice. Votre coup de gueule vient à temps !

Écrit par : Dixit | 21/08/2007

Allors ça c'est la meilleure ! Depuis quand les suisses-allemands parlent-ils allemand ? Les romands se mettront à apprendr el'allemand quand les suisses-allemand le parleront !

Quand un Suisse-allemand apprend le français et qu'il vient à Genève il a l'immense chance d'écouter du français, ce qui est loin d'être le cas pour un francophone qui se rend en Suisse-alémanique. Il y a même une journaliste qui s'est faite virer comme une malpropre parcequ'elle a osé parler le bon allemand !!!!! Honte à eux !!!

Écrit par : Genevois | 20/09/2007

en attendant moi je suis allemande et je vis en France depuis 15 ans, et je ne pense pas que des Suisses romands parlant français en France puissent passer pour des français ;) . Et en effet, des suisses allemands en Allemagne auront quelques difficultés à passer pour des autochtones. Alors il devient urgent que les suisses se décident à dispenser un enseignement bilingue voire international digne de ce nom dans les écoles primaires et secondaires. Vous êtes déjà une nation tri-culturelle , pourquoi refusez vous de devenir trilingue ?

Écrit par : deletang | 15/10/2007

C'est vrai, je ne peux que souscrire à ce que vous dites. Et j'irai même jusqu'à renchérir. A mon sens, il faudrait profiter de soumettre les enfants à une langue (par exemple l'allemand, et un peu plus tard l'anglais) dès le plus jeune âge, c'est-à-dire dès l'école primaire (4 ans, je crois, selon le programme Harmos, dès 2012). A cet âge-là, les enfants, lorsqu'on leur parle une langue étrangère, assimilent très rapidement les accents, puis les structures profondes.

Pour bien faire, il faudrait commencer donc très très tôt (dès 4 ans!). Non pas pour leur enseigner des langues, mais pour leur parler dans ces langues.

Bien sûr, il est peut-être irréaliste de penser que tous les élèves pourront avoir des professeur sufisamment formés pour être tous soumis à cette immersion précoce aux langues. Mais je suis d'avis que, à l'époque où l'école publique n'était pas encore d'actualité, on devait probablement dire qu'il était illusoire de croire que tous les élèves (même les fils d'ouvrier ou de paysans) pourraient bénéficier de l'école... Or, c'est bien ce qui a fini par arriver. Tout est une question de moyens...

Écrit par : Johanna Wirt-Steiner | 26/10/2007

Les commentaires sont fermés.