17/10/2008

L'intimidation anonyme contre les députés ne passera pas !

On peut être pour ou contre (55% des internautes s'exprimant grâce au sondage de la Tribune) le versement d'une prime aux policiers genevois.

On ne peut qu'être contre les basses manoeuvres d'intimidation anonyme auxquelles se livre ChrisPi, un internaute partisan du versement de la prime, peut-être policier lui-même. Par le biais d'un "commentaire", il donne en effet la liste des membres de la commission des finances. Il fait suivre son dur labeur de copiste de la seule mention "ABE", pour "à bon entendeur". Le message n'est pas assez clair ? Alors, il faut préciser que ce commentateur lâche, dans un message précédent, appelle à se souvenir du nom des traîtres à la cause policière lors de la prochaine échéance électorale.

Ce faisant, il se tire plusieurs balles dans le pied.

D'abord, il discrédite la liberté d'expression dont bénéficient les utilisateurs de la toile, et ici ceux de la Tribune. Souhaite-il la présence d'un modérateur-censeur pour éviter le non-respect des usages, des bonnes manières, du courage ?

Ensuite, il discrédite les policiers qui ignorent le fonctionnement de la démocratie genevoise. A leur intention, quelques explications sur une décision que leurs représentants syndicaux n'ont, apparement, pas comprise.  

Une procédure doit être respectée. Le Conseil d'Etat ne peut en effet décider seul de verser des montants hors budget. Il a obligatoirement besoin de l'accord de la commission des finances. L'exécutif l'a écrit aux syndicats de la police, même s'il s'est mal exprimé. C'est au fond un système de double signature qui est là pour empêcher les abus, qui assure le contrôle démocratique. Que diraient les citoyens si l'exécutif pouvait "puiser dans la caisse" des impôts sans explication pour distribuer des cadeaux à divers lobbies ?  

Précisions sur les montants versés.

Cette prime se serait ajoutée aux 770 470 F (entrant dans le cadre du budget 2008) au titre de l'indemnité "mutualisée" de 700 F par gendarme, de 641 F par inspecteur et de 385 F par membre de la Police de sécurité internationale, en remplacement des indemnités journalières et nocturnes ordinaires, pour le travail normal, est-on tenté d'ajouter. 

Elle se serait aussi ajoutée au paiement de 113 heures supplémentaires, en moyenne, effectuées les policiers affectés à cet événement, pour un total de 7 875 375 F. A noter que le total de 137 784 heures comprend des heures réellement travaillées (86 154 heures supplémentaires "nettes") et des heures supplémentaires "majorées" (51 630 h), pour lesquelles le temps réellement travaillé n'est pas directement déterminable.

Qui plus est, ces heures sont augmentées de 40% pour que le revenu net du policier ne soit pas "pénalisé" par une hausse d'impôt. Petite question non innocente: est-il normal de payer des heures supplémentaires en les défiscalisant de fait ? Autre petite question: y a-t-il d'autres catégories de travailleurs qui réussissent à éviter la progressivité de l'impôt (payer plus d'impôt quand on gagne davantage) ? Une réponse est certaine: le respect des lois ne gagne rien à ces pratiques. 

Malgré ces faits, la commission des finances a quand même estimé qu'elle devait payer les heures supplémentaires dans leur totalité, en plus de l'indemnité "mutualisée" déjà perçue. En revanche, pour la prime, elle s'en est tenue à la position initiale du Conseil d'Etat du 28 mai 2008, qui n'envisageait pas le paiement d'une prime exceptionnelle.

Il faut parfois avoir le courage de dire non. Ce n'est pas manquer de respect aux pliciersd. C'est au contraire appeler au respect des institutions. Ceux qui prêtent serment de le faire, qu'ils soient députés ou policiers, ne doivent jamais l'oublier. Ils ont tout à y gagner. Notamment au moment où l'ensemble du système de rémunération va être remis à plat, discuté et enfin voté. Pas dans la rue, mais au Parlement.

Ultime détail. La police genevoise touchera 227 millions cette années au titre des charges salariales, et le budget pour 2009 prévoit une augmentation de 6,1%, qui porte ce montant à 240 millions. Sachant que la police compte 1557 postes, cela correspond à un coût salarial de plus de 150 000 francs par collaborateur (salaires, indemnités, primes, assurance maladie (?), charges patronales, etc.).  

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Commentaires

Se mettre la police a dos, c'est vraiment pas intelligent, monsieur Weiss.
Ils ont protégé les stands des fans de votre ami Frédérique Hohl, sans pour autant qu'il y ait match.

Travailler dans leurs conditions peut conduire à des grèves (et c'est tant mieux, pourvu qu'elle dure), à des démissions, à des invalidités pour manque de sommeil et de repos chronique.
L'absentéisme peur aussi devenir chronique.

Un peu plus d'estime est possible, monsieur le député.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17/10/2008

Cher Monsieur Weiss,

Vos arguments factuels sont imparables. En revanche, vu de l'extérieur, le "coup de force" de la commission des finances semble davantage destiné à faire passer un message au Conseil d'Etat qu'aux collaborateurs de la Police genevoise... qui font donc les frais (c'est le cas de le dire) de ce geste d'humeur.

Ceux-ci accomplissant un travail dur, ingrat, pénible, fréquentant la lie de l'humanité jour après jour, ne peuvent évidemment que très mal prendre la décision des commissaires. Le fait qu'ils aient objectivement raison n'enlève rien à cela...

Écrit par : cndavid53 | 17/10/2008

Le métier de policier est contraignant, tout le monde en convient.
Mais il ne faut quand même pas exagérer, les "avantages" (voir la presse du jour) compensent largement les inconvénients. La hiérarchie de la police devrait raison garder.
Il est bien connu que seul les nantis se plaignent, les policiers genevois
en font partie, encore heureux qu'ils n'aient pas déjà manifesté dans la rue !

Écrit par : bidouille | 17/10/2008

sans oublier les "fameux paysans suisses". Surement les mieux protégés du monde libéral.
Drôle !

Écrit par : Blog, Jean | 17/10/2008

La police genevoise mérite reconnaissance ! L'organisation de l'Eurofoot à Genève a été un choix, aux politiciens d'en payer le prix et d'en assumer la facture sécuritaire ! Peut-être nos chers élus réfléchiront-ils d'avantage avant l'organisation d'autres événements similaires dans le futur...

L'euro s'est très bien passé grâce à la présence massive des policier, merci à eux. S'il y avait eu le moindre incident, la police en aurait pris pour son grade, c'est certain ! Les heures suplémentaires ont été faites et elles doivent être payées. Pour information, dans toute entreprise et à l'Etat aussi, les heures sups sont majorées, c'est normal.

Le non versement de leur prime me semble putôt liée à des petites revanches politiques entre un Conseil d'Etat qui avait donné son accord et quelques membres du Grand-Conseil vexés.

Enfin, cette prime est censée récompenser les policiers pour l'euro mais également pour leur engagement durant toute l'année (euro, squats, etc) avec des effectifs réduits, tout en assumant leur travail courant.

Moi je dis une seule chose : 4 mio pour la prime, au moins quelque chose (une goutte d'eau dans le budget) de concret que les contribuables sont prêts à payer. Combien ces derniers ont-ils payé déjà suite au scandale de la BCG ???....!!!!!

Écrit par : Man76 | 17/10/2008

En tout cas, il semble que nombre syndicaliste en uniforme sévissent sur les forums !

N'empèche qu'elle nous cher notre police 150'000 Fr par personne et par an en moyenne ... retraite a 52 ou 57 ans ... conditions difficiles.

Écrit par : Djinius | 17/10/2008

On verse sans broncher 60 milliards à l'UBS qui a fait des mauvais choix, qui a mal géré les avoirs de ses clients et on s'acharne sur la police qui a bien fait son boulot dans le cadre de Euro 2008. J'y étais. Bon enfant ! une police discrète mais présente. On allait et venait avec des enfants même jeunes en toute confiance.
La cité entière a pu ainsi profiter de ce bel évènement. Que la police soit reconnue dans son travail et surtout qu'on lui accorde ce qui lui a été promis !

Écrit par : duda | 17/10/2008

La majoration des heures supplémentaires vous dérange ? Facile... il suffit de la supprimer. Et que va-t-il se passer ? Et bien les policiers ne se feront pas payer les heures supplémentaires, accessoirement il ne pourront pas les récupérer non plus.... et puis d'ici 2 ans, au lieu qu'ils aient tous entre 500 et 1000 heures supplémentaires ils seront entre 2000 et 2500....
cqfd

NB si je me rappelle bien c'est d'ailleurs en partie pour cette raison que la majoration avait été introduite....

Écrit par : pBo | 20/10/2008

La solution aux heures supp est effectivement le paiement systématique et OBLIGATOIRE des heures, à l'exception d'une centaines d'heures par exemple. Dans d'autres grands corps de police existent aussi des forfaits heures, selon les services et justement, lorsque l'on compare les prestations sociales, la gestion des heures etc. on s'aperçoit très vite que Genève jouit d'une réglementation extrêmement favorable. Mais les policiers sont dans l'incapacité de le reconnaître. En tant que sociologue, vous avez certainement une opinion précise quant au fonctionnement et à l'organisation de la police. En tant que député, vous devez aussi reconnaître que ni le Grand-Conseil, ni les gouvernements actuels et passés, ni les Etats-Major n'ont réellement voulu / pu recadrer les policiers ou assainir l'organisation. Vous admettez néanmoins que les policiers ont besoin d'une reconnaissance. Va-t-elle se résumer à une simple augmentation des salaires, sans contre-partie ? Pensez-vous sérieusement que Genève peut se permettre encore longtemps une police qui fonctionne comme nulle autre dans les états et cantons voisins ? Une police qui se fiche éperdument du fonctionnement institutionnel ? Une police qui ne respecte aucune autorité ? Cette crise, dont nous vivons un nouvel épisode et qui va s'empirant, ne doit-elle être traitée que sur le plan pécunier ?

Écrit par : Dixit | 29/10/2008

Il me semble que, si l'on est honnête, on paye ce qu'on a promis. La maxime "Chose promise, chose due" trouve ici sa place idéale. Revenir sur une promesse est un mensonge et une malhonnêteté !
P.S. je ne suis pas flic.

Écrit par : Octave Vairgebel | 29/10/2008

La réserve de l'accord préalable de la commission des finances était clairement stipulée dans la lettre du CE aux syndicats. Il me semble qu'un policier doit être en mesure d'en tenir compte et cesser de prendre ses désirs pour des réalités. Sans parler du fait qu'il existe des syndicalistes-gendarmes-députés, visiblement d'une mauvaise foi exemplaire. Si l'on peut demander au citoyen de vérifier les termes d'un contrat, cela doit aussi être valable pour les policiers, n'est-ce pas ? Et une réserve est une réserve, un point c'est tout.

Écrit par : Dixit | 29/10/2008

"entrant dans le cadre du budget 2008", j'ai du mzal à comprendre, j'avoue :) en tout cas merci pour ce bilet intéressant ! c'estvtoujours sympathique de paser sur ce blog :)

Écrit par : Ministre | 29/11/2008

Je viens de trouver votre note du 17 octobre 2008, et comme je vous l'ai écrit vendredi, je ne suis en rien concerné par les déclarations de ChriPi, que je ne connais pas. Vous m'avez donc prêté des propos qui n'étaient pas les miens hier matin au Grand Conseil. Sachez enfin que je signe toujours mes interventions, soit Minet, soit Minet le Pyromane, soit W.S., soit Walter SCHLECHTEN Président de l'UPCP.

Bonne lecture à vous et la prochaine fois, vérifiez vos sources svp, afin de ne pas me mettre en colère, une fois de plus, une fois de trop.

Minet.

Écrit par : Minet | 27/06/2009

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