22/11/2008

Solidarités (re)dresse la démocratie...

Hypothèse pour électeurs abusés par Solidarités (et peut-être contents de l'être...). Vous avez choisi de voter pour ce parti à la Constituante ou pour des candidats présentés par ce parti. C'est votre droit. Mais aviez-vous imaginé qu'au lieu de respecter votre choix, ses dirigeants s'entendraient sur votre dos pour "redresser" votre verdict, comme il y a des redresseurs de torts ? Peut-être pas, vous, les grands naïfs qui faites confiance aux régles démocratiques, où les premiers sont les premiers. Pour Solidarités, en revanche, les premiers ne peuvent être les premiers que s'ils incluent des premières. Quitte à éliminer d'autres premiers. 

Concrètement, vous avez eu tort, vous qui avez été 203 à préférer Gilles Godinat à Jocelyne Haller, le première des viennent-ensuite, ou qui avez même été 754 à toujours mettre ce même M. Godinat devant Claire Martenot de Haller. Vous n'avez pas mis en oeuvre le principe d'égalité entre les sexes. Vous avez cru que vous étiez libres de préférer des hommes, même si vous étiez des électrices. Vous n'existez donc pas. Vous êtes niés dans vos choix.

Dans le monde selon Solidarités, les dresseurs de voix veillent. Des dresseurs qui sont à la démocratie ce que les menteurs sont à la vérité. C'est à dire leur exact opposé.      

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18/11/2008

La prime pour les cadre sup': une victoire d'étape contre l'égalitarisme délétère

Rendre hommage et justice en même temps aux cadres supérieurs de la fonction publique genevoise tiendrait-il du blasphème ou, au minimum, de l’audace faite politique ? C’est l’impression qui se dégage du débat ayant précédé l’adoption de la loi accordant un treizième salaire à tous les collaborateurs de l’Etat, pour 87 millions, que complète un amendement donnant une prime destinée à une partie des cadres supérieurs exerçant des responsabilités hiérarchiques. Un amendement pour lequel les libéraux ont dû lutter pied à pied dès le début des discussions en commission des finances. Retour sur une victoire d’étape contre l’idéologie égalitariste qui imprègne l’actuel statut des fonctionnaires. Et qui a ce faisant transformé de fait un rapport de minorité en rapport de majorité, pour la plus grande joie du rapporteur d’ex-minorité et la plus grande surprise du rapporteur d’ex-majorité…
(voir leurs rapports http://www.ge.ch/grandconseil/data/texte/PL10250A.pdf).
Sur le 13ème salaire, tout a été dit. De sa nécessité, tout d’abord, qui modernise enfin un système de rémunération obsolète qui prenait trop en compte l’ancienneté.
De son coût, ensuite, dérivant de sa vocation à bénéficier automatiquement à quelque 25 000 collaborateurs.
D’un autre automatisme, celui de son indexation à l’indice des prix, de son caractère favorisant à l’excès les classes de salaire les plus basses – il suffit pour s’en convaincre de jeter ne serait-ce qu’un coup d’œil au tableau figurant en page 60 du rapport parlementaire –, autant d’éléments qui firent l’objet d’amendements libéraux en commission, amendements motivés par une opposition à un système déconnecté du marché du travail, même en comparaison des autres fonctions publiques.
De l’imperfection de sa conception, encore, qui fait obstacle à une juste rémunération des connaissances, des compétences et des fonctions – sauf pour ceux qui pratiquent la confusion des valeurs, considérant que tout se vaut, une absence de diplôme et un diplôme universitaire, un travail d’aide-soignant et un diagnostic de médecin.
De son injustice, enfin, qui conduit à une progression identique et donc peu motivante, quelles que soient les prestations ou, osons le mot, le mérite de celui qui décide de servir l’Etat.
Certes, il aurait été préférable que le 13ème salaire ne fût décidé qu’après avoir réformé le mode de rémunération des cadres supérieurs. Mais s’il fallait toujours mettre la charrue derrière les bœufs, l’Etat de Genève en serait encore à travailler avec des bouliers… Et puis, disons-le clairement, le sort des cadres en général, des cadres supérieurs en particulier et d’un régime spécifique qui les singulariserait n’est une priorité ni pour le conseil d’Etat, ni pour la plupart des partis représentés au Parlement.
Il suffit pour s’en convaincre de rappeler quelques moments-clés de la saga de cet amendement. Refus de le fixer à 15% et même à 12%, comme si son coût eût pu être un contre-argument pour qui acceptait sans broncher le 13ème salaire généralisé. Refus de l’accorder à tous les collaborateurs des classes de fonction concernées, amenant à ne viser que ceux qui exercent une véritable autorité hiérarchique, encore à définir. Refus de l’étendre, en ne saisissant pas une perche lancée lors du débat, à des classes immédiatement inférieures, peut-être au motif implicite que les dispositions sur les heures supplémentaires pouvaient suffire (jusqu’à 6% de salaire supplémentaire en 2007). Refus de déboucher sur des salaires supérieurs à ceux des conseillers d’Etat, hors les primes que ceux-ci perçoivent pourtant et sans compter le régime spécifique de retraite qui est le leur.
Bref, refus d’accorder une reconnaissance à ceux qui font fonctionner l’Etat de Genève pour des motifs dont la hauteur de vue n’est pas toujours présente.
Le rapport de majorité rappelle tous ces votes de refus, en précisant la position des partis, et le fait que systématiquement les impulsions ont été libérales.
Au total, cependant, il faut constater que les députés de la droite parlementaire ont finalement uni leurs efforts en plénière. Les libéraux en acceptant l’idée de ne pas bouleverser la hiérarchie salariale au détriment des conseillers d’Etat. Les radicaux en déposant un sous-amendement à cet effet. Les démocrates du centre en veillant à ce que la teneur de l’amendement fût dénuée d’ambiguïté. Les démocrates-chrétiens en apportant l’onction de leur soutien à tous ces efforts. Si fait que la gauche, une fois le vin tiré pour les cadres supérieurs, ne put que le boire jusqu’à la lie, car refuser à ce moment la loi, c’aurait été refusé le 13ème salaire !
Mais tout n’est pas bien qui finit provisoirement bien. Et qu’on ne se méprenne pas sur ce qui attend les collaborateurs de l’Etat.
Certes, l’extrême-gauche ne lancera évidemment pas de référendum afin de ne pas lâcher la proie du 13ème salaire, même abâtardi à ses yeux par des dispositions favorables à des cadres, pour l’ombre d’un retour à un égalitarisme le plus absolu possible.
Certes, les libéraux respecteront leur engagement en faveur d’une loi globalement dispendieuse et imparfaite - et pour bien plus longtemps que ce qu’a annoncé David Hiler, un ministre des finances optimiste en l’espèce -, car mieux valait la certitude d’un supplément pour les cadres que la probabilité d’une victoire devant le peuple contre le projet de loi originel.
N’empêche que cette loi ne règle rien au fond du problème qui est le maintien d’un système désuet où l’engagement individuel et de groupe n’est pas récompensé.
On peut évidemment attendre de voir les propositions de David Hiler pour réviser le système d’évaluation des fonctions, annoncées pour 2008 et qui devraient arriver en 2009. On peut toutefois être sûr qu’elles ne supprimeront pas l’exception genevoise que le projet de loi de l’Entente sur la fonction publique entendait supprimer. Tôt ou tard, il faudra y revenir. Sa réinscription à l’ordre du jour se fait chaque jour plus pressante. Ceux qui s’y opposeront porteront une lourde responsabilité dans le bilan que l’Entente fera de cette législature.

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13/11/2008

Contre l'uni, l'affabulation et la pleutrerie

Le débat sur l'uni organisé ce mercredi par la Tribune a mis en évidence deux des armes plus qu'émoussées des adversaires de la nouvelle loi, en plus de la manipulation de la peur : l'affabulation et la pleutrerie. Le caractère clairsemé du public a aussi montré que la communauté universitaire était au fond peu intéressée à entendre les arguments du rectorat et du conseil d'Etat comme ceux des opposants. Et les applaudissements d'étudiants venus soutenir leur représentante, une salariée à temps partiel de leur association faîtière, ne firent pas illusion.    

Comme naguère les bains chimiques révélaient les photos, les débats publics révèlent les personnalités des intervenants, en noir plus qu'en blanc. En tout cas pour ceux dont les arguments peinent à se renouveler, voire à s'articuler. A cet égard, la rhétorique agressive du syndicaliste Gilardi est tombée vite fait bien fait dans l'exagération, la répétition et la pure affabulation. La volonté du législateur aurait ainsi été d'inciter à augmenter les taxes, ou encore d'inciter à la soumission de la recherche à l'économie privée. Lire la loi telle qu'elle est, écouter les explications du recteur ou du conseiller d'Etat, inutile pour celui qui sait qu'il y a en réalité un complot néo-libéral pour démanteler l'université et sa liberté de recherche et d'enseignement.

Quant au discours de la représentante du groupuscule parlant au nom des étudiants, les participants ont pu constater son côté fuyant, au propre comme au figuré. Pressée de s'expliquer sur l'absence, unique parmi les organisations d'étudiants, de son organisation genevoise aux discussions fédérales sur la modernisation du système des bourses, elle s'excuse par la concentration de ses activités sur la loi, depuis deux ans le seul objet à l'avoir mobilisée, apparemment. Et puis, trouvaille, elle n'est que salariée, elle ne fait qu'obéir aux ordres, qu'elle n'a pas reçus en la matière!

Mais l'exemple d'absence de prise de responsabilité le plus crasse, elle le donne lorsque le recteur de l'uni de Lausanne est invité à prendre la parole. Là, vexée qu'on invite un cravaté - elle semble avoir un problème avec les cravattes - à s'exprimer, elle se lève - elle l'avait dit, elle avait menacé, on ne l'avait pas écoutée, alors, ni une ni deux, elle met sa menace à exécution. La salle en tremble encore. Elle fuit le débat. Elle se ferme les oreilles. Elle fait l'autiste. Peu importe, elle donne le pire exemple qui soit dans une institution qui est parfois malade de débats: elle pratique l'intolérance. Elle abandonne en même temps le terrain à son adversaire, elle fait preuve de pleutrerie. Pauvres étudiants, du coup plus représentés.

Bilan de la soirée: victoire aux points pour Charles Beer et Jean-Dominique Vassalli, par la sobre probité de leur explications. Défaite par forfait - c'est le cas de le dire - des opposants, qui avaient une tribune, et ont choisi de la piétiner en se réfigant dans le n'importe quoi sauf la réalité et la vérité, ou dans l'irresponsabilité et la fuite. On en peut qu'espérer une sanction exemplaire par le peuple de ces attitudes indignes d'un débat académique ou simplement démocratique.

 

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11/11/2008

Université: une autonomie incomplète mais nécessaire et réelle

Une histoire d’autonomie, certes incomplète, mais réelle, porteuse d’espoirs, d’avenir fait de réformes, mais aussi de craintes favorisant une crispation conservatrice. Tel pourrait être le résumé des réactions que suscite la nouvelle loi sur l’université.

Les plus de cette nouvelle loi se ramassent à la pelle, c’est de saison…Car l’autonomie voulue par les partis du Grand Conseil, pour une fois unanimes, doit permettre à l’université de tenir son rang dans le champ de la recherche mondiale. D’attirer à elle des étudiants et des enseignants étrangers, contribuant ainsi à sa place dans les classements internationaux. De gérer ses ressources au mieux. De clarifier ses structures de gouvernance.

Les moins tiennent de l’exagération, sinon du fantasme. Avec la loi actuelle, aucune limite n’est fixée à une hausse des taxes (9 millions sur un budget de 630 millions) ; à l’avenir, en revanche, une nouvelle loi spécifique la limitera, outre l’arme du référendum. La liberté académique sera garantie par un comité d’éthique et de déontologie. Le statut du personnel ne subira aucune modification, sinon un brin de souplesse pour des professeurs réellement extraordinaires.

Cette loi n’est qu’un pas dans la marche délicate vers davantage d’autonomie. Elle réussit l’exploit d’être portée tant pas la gauche que par la droite. Ce pas mérite un soutien résolu. On ne joue pas au poker menteur avec une institution qui fait, qui est Genève depuis 450 ans. La formation de 15 000 étudiants, l’emploi de 8 000 collaborateurs sont en jeu.

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08/11/2008

Budget 2009: MM. Hiler et Pictet disent (presque) la même chose

M. Soli Pardo, président des démocrates du centre genevois, peine à comprendre la différence d'évaluation des effets de la crise financière actuelle sur les recettes de l'Etat de 2009. Pour Ivan Pictet, elle pourrait priver le canton de 450 à 600 millions de francs; pour David Hiler, chef du département des finances, elle ne sera que de 115 millions.

En réalité, l'effet pour les finances publiques aurait dû être de 294 millions, soit un montant se rapprochant sensiblement de l'estimation du président de Genève Place financière. Alors pourquoi "seulement" 115 millions. Tout simplement parce que le canton bénéficiera de recettes extraordinaires provenant d'impôts sur des successions particulièrement élevées, pour un montant total de 179 millions.

Deux leçons peuvent être tirées de cette réduction de l'écart entre l'évaluation du banquier et les prévisions de l'argentier.

La première, c'est que Genève tire un réel bénéfice, dans la situation difficile que le canton va devoir affronter, de l'imposition au forfait qui y attire de riches étrangers lesquels laissent au canton une part non négligeable de leur fortune à leur décès.

La seconde, c'est qu'il ne faut pas systématiquement douter de ceux qui détiennent des informations liées à leurs fonctions ou à leur position. En s'adressant aux députés de son parti membres de la commission des finances - ou à son président... -, M. Soli Pardo se serait épargné des soucis mathématiques. On ne peut que se réjouir de les lui enlever.

En précisant que le vrai souci n'est pas de nature formelle. Le vrai souci, c'est de voir le budget repasser dans les chiffres rouges, et le Conseil d'Etat ne pas proposer un troisième plan de mesures pour l'éviter. Mais au contraire se lancer dans une augmentation des dépenses salariales mal conçue, car elle va s'effectuer au détriment des cadres supérieurs de l'Etat. A moins qu'un amendement libéral ne soit adopté.

Mais ça, c'est une autre histoire, que va raconter la prochaine session du Grand Conseil, jeudi 13 ou vendredi 14 novembre.   

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