07/12/2008

Les corbeaux aiment les blogs

L’animal favori de trop de blogueurs, encouragés par des médias soucieux d’audience, de « hits », fait des ravages. Se cachant derrière des pseudonymes indignes d’une démocratie, ceux-là utilisent la liberté de parole sans la moindre prise de responsabilité pour les propos tenus. Et de se répandre en considérations qui, quelque intérêt qu’elles puissent avoir, resteront virtuelles, car elles n’atteindront jamais à la dignité élémentaire d’une conversation de Café du Commerce. Là, au moins, on sait l’identité des interlocuteurs, qui créent du lien social au moins autant qu’ils échangent des idées. Ou des préjugés.
Au fond, l’anonymat des blogueurs fait songer aux Vénitiens du temps des doges. Là, la « boca de le denunzie » servait d’exutoire aux frustrations d’une population privée des droits démocratiques tout en permettant aux gouvernants de prendre son pouls.
Mais quelles sont les raisons qui font porter à certains aujourd’hui les masques des Vénitiens anonymes de jadis ? Quels sont les risques du Genevois lambda d’aujourd’hui à se cacher derrière un pseudo ? On ne les voit guère, ou plutôt, on ne les croit guère sérieuses.
Et si, d’aventure, il devait y en avoir, pourquoi ne pas laisser la rédaction des médias concernés recourir à la pratique du courrier des lecteurs en précisant « nom connu de la rédaction » ?
Ou faire preuve du courage de la Basler Zeitung pour le courrier qui lui parvient :
Kommentare mit Phantasienamen oder mit ganz offensichtlich falschen Namen werden ebenfalls nicht veröffentlicht.
Sauf à considérer que le courrier réel mérite plus de respect, exige plus de précautions que les courriels virtuels. Un courriel dévalué de ce simple fait.
« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ? ». Voilà un chant dont on doute que nos blogueurs anonymes soient de grands partisans. 

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