03/03/2009

Secret bancaire : La 5ème colonne prépare la capitulation

            Il faut appeler un chat un chat. Un traître un traître. Et un ennemi un ennemi. La crise du secteur bancaire international, partie des Etats-Unis, s’est transformé en catastrophe pour certaines banques – Kaupthing islandaise, Fortis belgo-hollandaise, UBS. La liste n’est ni exhaustive, ni définitive ; de la France aux Pays baltes en passant par l’Allemagne, d’autres pâtissent aujourd’hui de leur gestion imprudente.

Cette crise donne des ailes comme jamais aux critiques-ennemis intérieurs de l’économie de marché[1], des anciens socialistes crypto-marxisants aux jeunes extrémistes verts, comme aux concurrents-ennemis extérieurs de la Suisse, des USA à l’UE.

Les premiers comme les seconds se déguisent hypocritement en moralisateurs de la place financière helvétique. Les premiers n’ont apparemment pas compris que les seconds, aussi féroces que des chacals se disputant la chair d’un lion à terre, entendent prendre les parts d’un marché en forte implosion, la gestion des fortunes « off shore ». Les seconds ont parfaitement compris qu’en faisant de la Suisse un bouc émissaire, ils détournaient l’attention de leur opinion publique de leur propre impéritie. De plus, à contempler l’efficacité de leur action d’intimidation sur certains élus de ce pays, ils doivent même se dire que la guerre est bientôt gagnée.

Rien n’est moins sûr. Le message interne et externe à leur adresser doit exclure la moindre ambiguïté. Non, le secret bancaire n’est pas mort dans son principe, oui, le secret bancaire peut être amélioré dans son fonctionnement, la coopération internationale renforcée pour lutter contre la fraude fiscale, une fois celle-ci documentée et avérée. Non, la Suisse ne se rend pas. Oui, l’ensemble de l’économie suisse entend faire front commun pour lutter contre ses adversaires et en appelle aux partis gouvernementaux pour agir de manière cohérente sinon unie.

Il faut dire que les collabos de l’intérieur ne ménagent pas leur peine, tout frétillants dans leurs manœuvres de déstabilisation. Exemples de la même eau saumâtre.

Le parti socialiste n’a ainsi de cesse de dénoncer le secret bancaire sans la moindre nuance. En s’attaquant  au « camouflage de l’évasion fiscale » dans un communiqué au titre fallacieux, il renonce explicitement à la distinction « qui doit disparaître » entre fraude et évasion « pour mettre un terme aux agissements des délinquants »[2]. En clair, il se met volontairement en position de capitulard en prévision des discussions internationales, où les diplomates suisses devront batailler ferme, en ne proposant que de « négocier une période transitoire ». A ce propos, le silence assourdissant de Micheline Calmy-Rey sur la question peut au mieux être interprété, pour l’heure, comme le signe d’une politique étrangère active en coulisses. Une recherche de discrétion étonnante après ses déclarations sur le Kosovo, l’Iran ou la Palestine.

Quant aux attaques du président du PSS, Christian Levrat, contre le secret bancaire « dont nombre de banques suisses abusent »[3] et pour une reddition sans condition aux demandes des pays étrangers  auxquels « il faut accorder systématiquement et rapidement notre aide », elles tiennent de l’irresponsabilité la plus crasse, de la part de cet ancien syndicaliste, envers les intérêts même de tous les travailleurs du secteur concerné. Sans même évoquer les rentrées fiscales perdues sans espoir de retour pour le financement de l’Etat social. Avec l’appel de Carlo Sommaruga à abolir le système de l’imposition à forfait, on comprend que la boucle est bouclée. Mais le peuple suisse sait résister.

Le peuple suisse n’est pas non plus aveugle. La naïveté de certains Verts n’est pas une excuse valable à leurs prises de position « pour la levée du secret bancaire » dont ils ont « exigé à plusieurs reprises l’abolition »[4]. Certes, on peut imaginer leur désarroi à constater que les citoyens entendent privilégier leur survie économique plutôt que de disserter sur l’avenir de la planète. Primum vivere, deinde philosophari. Au lieu de se préoccuper pour le réchauffement climatique, chacun se soucie désormais de la glaciation économique.

A ce propos, on ne peut que déplorer les attaques d’un Antonio Hodgers contre « nos élites financières et leurs valets politiques »[5] qui troublent pour le moins l’image de ce jeune élu. Suffit-il de griffer pour exister ? Sa tirade en faveur de la légitimité de l’action américaine – qui place la force au dessus du droit national –, sa banalisation des manœuvres « d’une administration étrangère qui cherche à faire son boulot » étonnent en tout cas dans la bouche d’un connaisseur des Etats de non-droit, telle l’Argentine des colonels. Quant à son appel à « des prestations bancaires de qualité, de sécurité et de durabilité », il ne fait que mettre en évidence soit son ignorance, soit son ralliement à un ordre nouveau étranger.  

Contre cet ordre étranger, certains se battront ici. Clarifier les positions est un préalable indispensable. Négocier n’est pas se rendre. Lutter n’est pas sans espoir car les placards de l’ennemi débordent de cadavres bien peu recommandables. Sur 31 paradis fiscaux (dont la Suisse ne fait pas partie) au sens de l’OCDE, neuf sont des territoires britanniques et 14 des ex-colonies de la Couronne ! Et que sait-on de l’instruction par la justice américaine du cas Madoff ?

A bons moralisateurs…

 

 

                                                                                               

Quelques chiffres à méditer – Pour une morale de responsabilité qui vaut de l’or !

 

Le secteur bancaire à Genève              Le secteur financier en Suisse

20980 emplois (2005), soit 15,7%                  195600 emplois (2008), soit 5,8%

24,4% du PIB (2007)                                     11,8% du PIB (2006)

29,8% de l’impôt sur les bénéfices (2003)       13,3% de l’ensemble des recettes fiscales (2006)

 

 (Cet article a paru dans Entreprise romande du 27 février 2009)



[1] Laissons pour l’heure de côté les déclarations fracassantes d’un capitaine déboussolé, que l’on espère isolé, de l’industrie horlogère, apparemment oublieux de l’apport bancaire dans la construction de son succès entrepreneurial.

[2] PSS, « La place financière suisse n’a pas à protéger les fraudeurs du fisc », communiqué de presse, 24.02.2009.

[3] Le Matin du 22.02.2009.

[4] Les Verts, « Le secret bancaire au service des fraudeurs », communiqué du 19.02.2009.

[5] La Tribune de Genève du 24.02.2009.

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Commentaires

Si vous me faisiez l'honneur de me traiter d'"extrémiste vert crypto-marxisant", venant d'un ultra-néo-libéral comme vous (dont le monde idéologique s'écroule par pans entiers ces derniers mois), je le prendrais comme un vrai compliment! Un honneur!

Écrit par : Sandro Minimo | 03/03/2009

Monsieur,

C'est par amour de la Suisse que je vous écris.
Vous semblez ne pas accepter les demandes de levée du secret bancaire de certain états sous prétexte que, imparfait eu même, ils n'auraient pas de leçons à donner.
Je trouve ce raisonnement du niveau d'une cours d'école. Comme si nous devions attendre que les autres soit bon pour que l'on s'autorise à le devenir nous même.
De plus, les adjectifs que vous employez pour qualifier vos adversaire me semble en contradiction avec une des conditions générales d'utilisation de cette plate-forme : la courtoisie.
Voilà pour la forme.
Pour le fond. Je trouve que faire la promotion d'un système qui participe à l'écart croissant de la répartition des richesses dans le monde n'est ni très morale, ni très malin. Je trouve que ce n'est pas morale car c'est faire preuve d'avidité et d'un manque de charité pour son prochain. Et je trouve que ce n'est pas très malin parce que l'injustice, d'une système qui protège le fort du faible, ne crée au final que plus de violence. Et pouvez vous me dire aaà quoi sert l'argent quand nous ne sommes plus en sécurité et ni en paix?
Avec un peu de courage vous cesseriez de vivre dans la peur et vous réaliseriez que la levée du secret bancaire ne changera strictement rien à votre petit confort bourgeois néolibérale.

De la part d'un jeune extrémiste vert

Écrit par : Olivier Pety de Thozée | 03/03/2009

Merci pour votre article Mr Weiss, c'est un aveu de faiblesse bienvenu. Le secret bancaire est bel et bien mort, tué par ceux qui en profitaient et que vous avez toujours défendu et que vous défendez encore.

Écrit par : broutard | 03/03/2009

Vous vous livrez à une attaque grossière de la gauche, coupable de tous les maux.
Mais vous oubliez de comparer les revenus du secteur bancaire avec ce que nous coûtent les risques inconsidérés de la gestion de l'UBS et d'autres établissements bancaires ou d'assurances.
Il faut y mettre les milliards injectés directement dans la couverture des pertes et les emplois perdus directement ou indirectement dans toutes les entreprises, tous secteurs confondus, parce que les liquidités manquent pour qu'elles poursuivent leurs activités.

La question valable que vous éludez est:
Vaut-il la peine de soutenir un secteur coupable de mauvaise gestion et qui fait supporter à l'ensemble de l'économie les coûts de ses erreurs?

D'autant que ces erreurs reposent sur de l'argent récolté frauduleusement, appartenant à des personnes qui se soutraient au soutien collectif dont ils bénéficient.

(Au ton de votre texte, je ne pense que vous préférerez me coller une étiquette de gauchiste-anachiste plutôt que de me publier, mais je vous salue tout de même).
Praline

Écrit par : Praline | 04/03/2009

Cinquième colonne, ordre étranger, collabos de l'intérieur, M Weiss je comprends que les attaques sur le secret bancaire vous affecte. Delà à devenir parano c'est indigne de vous.
Oui nos vivons dans un système où la pluralité des opinions existe et peut être exprimée.
Votre propos est défaitiste, en vouloir à ceux qui préconisent de changer pour sauver ce qui peut l'être encore ou mettre le fardeau de la faute sur l'étranger qui ne fait que chercher à démasquer les fraudeurs fiscaux tient du barrissement de l'éléphant à terre, blessé qui a peur de mourir...
RIP secret bancaire.

Écrit par : broutard | 04/03/2009

Pour le dégraissage, je pense qu'il sera nécessaire d'évacuer du personnel, because moins de boulot, alors faudra pas se gêner de sortir les frontaliers en premier. Et ne pas venir dire que c'est du protectionnisme......chaque pays à le devoir de protéger SES citoyens, alors la cacophonie des mots, ça suffit! On agit aussi dans leurs sens; font refonder, on refonde! Et vive l'Europe!

Écrit par : Corélande | 04/03/2009

Et si la 5e colonne ce n'était tout simplement pas les banquiers sans morale ni retenue d'UBS? Car après tout, ce sont eux qui ont mis la Suisse dans lasituation dans laquelle elle se trouve, non? Ou alors je suis complètement abruti et n'ai rien compris...

Écrit par : Déblogueur | 04/03/2009

Merci pour ce moment de franche rigolade.

Même rapportant de l'argent à la collectivité, une activité immorale - voire illégale en regars de la législation étrangère comme l'est le private banking à des fins de soustraction fiscale, n'en demeure pas moins une activité à erradiquer.

Écrit par : Djinius | 04/03/2009

Staline aussi traîtait ses adversaires politiques de traître...

Écrit par : Sylvan | 04/03/2009

Alors mes amis qui n'ont jamais vécu qu'au travers de l'argent sans odeur, çà fait quoi de voir la vache à lait mourir?

Écrit par : France | 04/03/2009

Monsieur,
Je termine à l'instant la lecture de votre billet. Vous y défendez le secret bancaire, fort mal à mon avis, mais c'est votre droit car vous êtes l'heureux citoyen d'un état où la liberté d'expression est.
Pour autant vous jugez bon de plonger votre argumentation dans une sémantique proprement hallucinante! 5ème colonne, traître, ennemis, collabos et tout ceci dans le cadre d'un débat absolument démocratique où de part et d'autre les idées s'expriment grâce aux principes effectivement réalisés chez nous de la liberté d'expression.
Pourtant, les vocables que vous choisissez font tous référence à un contexte de guerre - froide, 2ème, d'Espagne - où la liberté d'opinion n'était de loin pas prépondérante par rapport aux enjeux du moment. Dès lors, vos choix lexicaux posent une question, est-ce votre langue qui a déraillé ou votre pensée affolée qui se perd en tournant le dos aux lumières du libéralisme?
Bien à vous.

Écrit par : Yvan Rochat | 07/03/2009

Lu pour vous:

Cupides, avides, les "grands états de la planète lorgnent avec envie sur la Suisse pour en soutirer l'argent de "leurs contribuables"! Les milieux politiques et économiques helvétiques ont vivement réagi aux menaces de Nicolas Sarkozi de faire figurer la Suisse sur une liste noire des paradis fiscaux.
Cette situation serait complètement contraire à nos relations avec l'Union Européenne, a indiqué M. Bender, favorable au secret bancaire.
"C'est amusant de voir la France se faire le chantre de la justice fiscale".

Selon M. Bender, une inscription de la Suisse sur une liste noire équivaudrait à punir la Suisse pour une situation juridique qui est en conformité et relève de notre Souveraineté, a-t-il ajouté.

Notons au passage que la Suisse gardera démocratiquement le secret bancaire pour ses ressortissants et résidents étrangers.

Les USA ont littéralement provoqué la crise financière actuelle par un laxisme coupable de toutes les instances de surveillance et sans oublier que les subprimes sont le résultat des cogitations de leurs politiques dans les années 1990.

C'est amusant de voir la France se faire le chantre de la justice fiscale en même temps que les émeutes éclatent en Guadeloupe mettant en lumière tous les travers du colonialisme et du racisme à la française.
La Grande bretagne elle, est plus tricheuse.
Face à ce rapport de force le peuple suisse aura le dernier mot.

Écrit par : Oceane | 07/03/2009

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