27/03/2009

Coût de la police genevoise : Malaise au Conseil d'Etat

Il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire comme il y a des faits qui ne sont pas agréables à reconnaître. Même s’ils sont dénoncés depuis belle lurette, telle la gestion « complexe » des quelque soixante horaires de la police genevoise[1]. Car la première leçon à tirer du rapport le plus critique, celui de la Cour des Comptes[2], est que l’arbre des heures supplémentaires ne peut cacher la forêt des conditions salariales de la police, au sens large, de l’engagement à la retraite[3] ! 

Quelques faits choisis. A son entrée en fonction qui suppose, au minimum, la possession d’un CFC, « le traitement de base d’un collaborateur de la police judiciaire est de 69 455 F par an (classe 13 annuité 0, en 2007). Considérant les avantages connexes dès la confirmation de l’engagement, le traitement comparable au sein de l’Etat est de 110 147 F et correspond à la classe 23 » (p. 46). Celle-ci exige un titre universitaire ; on y trouve des chefs de service juridique, des concepteurs en informatique, etc. Du point de vue de l’équité de traitement, on a vu mieux. Au Conseil d’Etat de démontrer que l’analyse de la Cour est erronée.

Deuxième fait singulier, la retraite, qui explique bonne partie du surcoût de la rémunération totale. Qu’elle puisse être prise dès 52 ans (54 ans en moyenne), après 30 ans de service, était connu, d’autant qu’il s’agit d’une exception en Suisse. Qu’elle coûte au seul employeur 40% du total des salaires soumis à cotisation l’était moins. Qu’elle ne puisse plus l’être avant 58 ans, dès 2011, en vertu de la législation fédérale, est encore ignoré de beaucoup. La Cour estime à ce propos que le taux de cotisation baissera du coup de quatre points de pourcentage (p. 28). Quatre points qui mériteront d’être recomptés.

Entre l’engagement et la retraite, il n’y a pas que la durée du travail la plus basse, là où un minimum de 40 heures hebdomadaires est la règle dans les autres cantons, ou les jours de congé les plus nombreux. Il y a aussi un système qui « engendre 75 000 heures supplémentaires chaque année (…), quels que soient l’activité et les besoins du terrain. Dès lors que les heures supplémentaires sont majorés en durée, il se crée (surtout dans la gendarmerie) une spirale qui les augmente au fil du temps » (p. 5). Il y a encore une kyrielle d’indemnités qui se doublonnent pour certaines. Il y a enfin les cotisations d’assurance maladie payées par l’employeur, contrairement « à d’autres métiers exposés à des risques au moins similaires » (p. 36), tel le personnel hospitalier.

La seconde leçon du rapport de la Cour des Comptes est que le fond des faits mis en évidence, qui doit encore être soumis à la critique, ne doit pas cacher la forme difficile de sa récolte, en raison du « manque de collaboration » (p. 6) du chef du département des institutions avec la Cour des Comptes. Comme s’il y avait quelque chose à cacher. Comme s’il fallait ajouter la faute aux erreurs. La faute serait une tentation grandissante au sein de l’exécutif de résister aux investigations de ce nouveau pouvoir. Perdre le monopole du savoir, c’est dur. Laisser savoir que l’on n’a pas remis de l’ordre dans le désordre, c’est peut-être insupportable.

Parmi ces faits désagréables, des contrôles lacunaires sur les processus de rémunération et des données non disponibles intégralement (p. 3), l’inexistence de nombre de bases légales ou réglementaires. Résultat, un dérapage des dépenses de l’Etat. Pour la durée du travail, 11 millions pourraient ainsi être récupérés selon la Cour (p.25) ; une meilleure planification des horaires permettrait aussi d’économiser environ 20 millions par an (p.34). Critiques de technocrates, comme le prétend le conseiller d’Etat responsable du dossier ? On se gardera de trancher si péremptoirement.

Mieux vaut attendre la mise en œuvre des recommandations de ces deux nouveaux audits. Pour l’heure, le Conseil d’Etat n’a pipé mot du second. Mais certains veilleront au coût des réformes nécessaires. Sans illusion.

(Commentaire publié dans Entreprise romande du 27 mars 2009) 

 

                                                                

 

 

 

 

 

 



[1] Outre l’audit d’Arthur Andersen, de 1996, lire le rapport Annoni, du nom de son auteur, disponible sur le site http://www.ge.ch/di/presse/welcome.asp?rubrique=conference-de-presse&nId=238.

[2] Le rapport de la Cour des Comptes est disponible sur le site http://www.ge.ch/di/presse/welcome.asp?rubrique=conferenc.... 

[3] C’est ainsi que la rémunération brute annuelle perçue par les gendarmes, à raison de 35,5 heures hebdomadaires, est en moyenne de 119 911 F, mais que le coût total pour l’employeur est de 165 722 francs. Ce coût dérape à 179 484 F si l’on se base sur le temps de travail effectif (33,5 h) ramené à l’horaire théorique (35,5 h), selon des calculs de la Cour des comptes contestés par le syndicat des gendarmes.

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Commentaires

Dans un salaire, M. WEISS, il n'y a pas que les études effectuées par l'engagé qui comptent, mais aussi son vécu, dans le milieu professionnel dont il vient. Il y a aussi divers considérants qui rentent en ligne de compte selon l'OPE, la pénibilité du métier, la dangerosité de la profession, les responsabilité humaine du collaborateur, les astreintes et les contraintes du métier, l'engagement moral 24 h. sur 24 h. du collaborateur dans sa fonction. Tout ceci a un prix.

Et pour les horaires des policiers, vous venez de me prouver que vous n'avez pas lu le corps du rapport de la Cour des Comptes, sachant que le temps de travaille de 34,23 heure est créé par l'OS Spoerri, MAIS QU'IL NE CONCERNE QUE 400 GENDAMRES sur 762, ainsi que quelque agent de la PSI, mais pas les 1278 policiers du canton. Nous travaillons aussi 40 heures (2080 heures année).

La Cour des Compte a reconnu que son rapport de synthèse n'était pas assez détailé, pas assez précis, tout en indiquant que les détails se trouvent dans le corps du rapport.

Enfin, pour quelles raisons le Rapport Annoni et les commentaires des audités de la Cour sont restés bloqués au DI, sachant que les Magistrats de la Cour des Comptes n'ont pas eu accès à ces documents .. Il y a une bonne raison, c'est que ce rapport est politiquement dirigé contre les policiers. Les syndicats ont raison de dénoncer ces manquements.

Apportez nous les réponses à ces deux remarques, et après nous vous accorderons une certaine crédibilité.

En espérant que vous aurez le courage de publier ce commentaire.

Walter SCHLECHTEN - Président de l'UPCP

Écrit par : Minet | 27/03/2009

Cher Monsieur Weiss,

Je vous ai écouté hier matin sur One FM vous affirmiez que le coût de l'essence est identique d'un canton à l'autre, que les prix sont les mêmes dans toutes les Coop et Migro de la Suisse. Je suis au regret de constater que soit vous ne sortez jamais de genève pour visiter notre beau pays, soit vous voyagez à l'étranger.
Je peux vous certifier que le prix de l'essence n'est pas le même en Valais, ni à Neuchâtel, il y a une différence de 8 à 14 ct le litre et ceci sans changer de marque.
La Coop et la Migro n'affichent pas les mêmes prix qu'a Genève tant dans le libre service qu'aux boucheries et poissonneries.
Pour ce qui est des loyers et des assurances, il n'est pas besoin de se rendre dans les différents cantons pour se procurer les chiffres, internet suffit pour renseigner une personne intéressé.
Pour ex ample, à Monthey un 3 pièces Suisse (4 pièces genevois) se négocie à 345'000.-CHF, sur une base de 885.-CHF de remboursement mensuel, intérêts, amortissement de la dette hypothécaire et assurances.
Il est totalement impossible d'acquérir un bien à ce prix à Genève.
Donc je ne comprends pas comment (et je suis comptable) vous arrivez à calculer que le policier Genevois gagne plus que les autres.
Même si il était prouvé, chiffres à l'appui qu'il gagnait le même salaire, un policier genevois n'aurait de toute façon pas le même pouvoir d'achat qu'un valaisan ou un neuchâtelois.
Si vous vous permettez des affirmations aussi peu fiables sur One FM, je me permet de douter de la fiabilité du rapport de la Cours des Comptes.
La synthèse n'est qu'un amalgame de pourcentages et de ratios, visant à augmenter l'incompréhension du public.
Je suis sure que ces chiffres ne sont en rien comparables aux fiches de paye de nos policiers ni à leurs déclarations d'impôts.
Monsieur Annoni, dans son Rapport, a bien compris le fonctionnement des différents corps de police et en à tenu compte, ses conclusions sont claires et précises et ouvrent le terrain à une optique de réelle réforme pour notre police.
En lisant celui de la Cours des Comptes, je me suis demandée si vous aviez pris les mêmes bases, les mêmes années et les mêmes cotas d'heures.
En ce qui concerne le corps du rapport il est exacte que l'on retrouve plusieurs choses évoquées dans les écrits de Mr Annoni.
Mais je me permets de vous dire que ce rapport et bâclé et mal ficelé. Actuellement il ne sert en aucune manière à l'avancement des choses bien au contraire.
Les journalistes se sont basés sur la synthèse pour écrire leurs papiers, le public ne lit que ce que l'on veut lui faire lire et la police passe pour une enfant capricieuse.
J'espère que Mr Moutinot n'a pas l'intention de nous faire une réforme du genre vite fait mal fait en 9 mois et de partir en laissant un chantier inachevé et bancale derrière lui!
Vous jouez à un jeux dangereux Mr Weiss, à pousser les gens dans leurs derniers retranchements, vous ne savez pas comment ils vont réagir.
Vous avez à faire à une police qui veut une réforme,qui veut être écoutée et respectée, qui travaille aujourd'hui dans des conditions déplorables et qui n'a plus rien à perdre...!
Si vous avez été choqué par la cérémonie du cercueil, si vous trouvez que la récente grève était une pression inutile, alors ne les poussez pas à bout.
Je vous rappelle que l'on apprend dans la police à être solidaires, à se soutenir les uns les autres et à faire bloc. On apprend à faire fi des sentiments et à aller toujours de l'avant...!
Nous avons de bons policiers, qui ont du coeur et de la volonté pour travailler dans une ville qui est devenue difficile à gérer, ils faut une certaine loyauté pour continuer à exercer dans ces conditions.
Aujourd'hui ils n'ont plus grand chose à perdre si ce n'est leur métier et la fierté de le faire, on dit LES FORCES DE POLICES, veillez à ce qu'elles ne se dressent pas pour défendre leurs droits, pour mettre à jour tout ce qui ne va pas dans la Grande Maison.
Ce sont des hommes et des femmes qui ont droit au respect et à la considération, le rapport de la Cours des Comptes les traîne dans la boue et les dénigre.
Si vous ne les considérez pas comment voulez-vous qu'ils se fassent respecter dans la rue...!
Ils veulent une réforme, l'état aussi et les citoyens aussi, alors créez la proprement.
Force et courage, nos policiers en ont mais ils sont fatigués usés désabusés, certains jouent avec leur santé en oscillant entre le burn out ( ou PST ) le manque de sommeil, les pressions psychologiques et des situations familiales difficiles, cela fait beaucoup pour ces hommes et ces femmes ainsi que pour leurs familles.
Si vous désirez plus d'informations sur les conséquences de la vie d'un policier, sur la pénibilité de sa fonction ainsi que les répercutions dans sa vie privée, je me ferai un plaisir de vous renseigner sur ces différents aspects psychologiques (j'ai aussi une formation psy).
Je vous remercie d'avoir pris le temps de me lire jusqu'au bout et j'espère que vous saurez en faire bon usage.
Respectueusement.

Écrit par : Feline | 27/03/2009

Bonjour,

Est-ce que le Conseil d'Etat devra expliquer pourquoi un magistrat radical a décidé de majorer de 40 % le paiement des heures supplémentaires, créant ainsi un précédent sans aucune base légale ?

Devra-t-il également dire pourquoi une magistrate libérale a accordé un congé compensatoire pour le travail de nuit de 4 heures par analogie à la LTr, à laquelle les fonctionnaires ne sont pas soumis ?

Devra-t-il expliquer pourquoi une grande partie des heures supplémentaires sont générées par la PSI, qui malgré des tâches et des horaires similaires, ne bénéficie pas d'une retraite adaptée, ce qui semble n'intéresser aucun magistrat ?

vous avez raison les radicaux et les libéraux ne semblent pas faire de bons magistrats, sans parler des députés ...

Écrit par : Clyde | 28/03/2009

Nos policiers sont un peu nos Madoff made in Geneva !

Écrit par : Djinius | 30/03/2009

Merci, Monsieur Weiss, pour votre travail qui demande du courage. J'approuve fondamentalement le résultat des travaux issus de la Cour des comptes et des recherches de M. Annoni. C'est bien grâce à la commission des finances qu'un état des lieux réaliste - et non mensonger si l'on considère la communication des syndicats - a pu être publié. Voyez-vous, j'approuve lorsque vous vous en prenez à ces discours scandaleux et antidémocratiques. Mais en examinant le fonctionnement de la police, il faut impérativement se poser une autre question concernant le management de ce grand service de l'Etat. Considérant que les problèmes relevés existent depuis des lustres sans que l'on puisse affirmer que la direction de la police et ses Etats-Majors aient cherché à résoudre ceux-ci par des actions courageuses, pour le bien des policiers et de la population, il est permis de dire que l'encadrement de la police s'apparente davantage à des chefs de meute qu'à des gestionnaires et managers responsables. Quant aux CE attitrés qui passent et trépassent, il faut se demander pourquoi ils et elle sont davantage victime du syndrome de Stockholm que des initiateurs de réformes. La question cruciale est donc celle-ci: plutôt que de diriger la sévérité parlementaire contre les policiers, n'y aurait-il pas lieu de se questionner sur la composition de la direction de la police et de ses Etats-Majors ? Sommes-nous certains que les bonnes compétences sont présentes et qu'il n'y a pas un problème majeur si l'on considère que la plupart de dirigeants sont syndiqués à la Police et sont issus de la base même de l'entreprise qu'ils sont censés diriger ? Comment expliquer autrement leur inertie voire leur complicité à acheter sans cesse - sur le dos du contribuable - la paix dans la maison ? Dans le privé, une telle gestion se solderait par un ou des renvois ! Enfin, comment être certain que les recommandations issues des deux travaux soient traduits dans des faits concrets ? Pour la prochaine législature, je préconise que M. Beer reprenne la police (c'est vache !). Mais il me semble que M. Longchamp ferait également un excellent travail. M. Weiss, serait-il possible, pour une fois, que l'on confie la Police au meilleur des CE et non au plus pomme ? Bien à vous.

Écrit par : Dixit | 30/03/2009

L'UDC ne perd par de temps et vient de déposer une proposition de motion au titre évocateur : pour que le Conseil d'Etat adopte un plan de mesures conforme aux recommandations de la Cour des Comptes.

Si à travers cette motion ces députés UDC mettent en doute les travaux entrepris par le Conseil d'Etat pour restructurer la police, ils prouvent également que le rapport de synthèse de la Cour des Comptes était insuffisant. En effet, ces élus que je ne nommerai pas, reprennent les raccourcis du rapport de synthèse, les mêmes qui ont été contestés pour leur généralisme et leur manque de précisions. De ce fait, les faits exacts ne figurent pas dans cette proposition de motion, mais simplement des généralités avec lesquelles on ne peut pas travailler sérieusement. Les policiers vous remercient pour cette aide inattendue qui nous permet de démontrer que nous avions raison.

Écrit par : Minet | 02/04/2009

Continuez comme ça ! et plus personne ne voudra devenir Policier à Genève !
Finalement, l'art de vivre dans les autres cantons est BIEN préférable à tout ce que vous faites pour "démolir" les forces de l'ordre à Genève !
Vous êtes en train de scier la branche "celle de la sécurité" sur laquelle vous êtes toutes et tous assis !
C'est triste !......................
Vous désirez une SECURITE "BON MARCHE" !!!???.....alors bonne chance à vous ! C'est désolant !
Bien à vous
Coucou

Écrit par : coucou | 02/04/2009

Pauvres policiers genevois on va presque les plaindre.

Ola on ouvre et on se frotte bien les yeux, alors qu’il y a des licenciements et des restrictions budgétaires de par et d’autres et notamment dans bien des services de l’Etat ou des unités sont sucrées au gré du vent, faudrait pas toucher les acquis de ces messieurs de la police. Faites miroiter à ces messieurs le spectre du chômage comme partout ailleurs et on verra s’ils auront encore le courage de fanfaronner du son de la solidarité et du corporatisme.

Écrit par : Valti | 11/08/2010

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