15/05/2009

Culture: la Ville a failli, place au canton et au PPP !

 

         La porcelaine n’aime pas les éléphants, même verts. La culture non plus, dont les acteurs ont parfois la fragilité diaphane de la céramique japonaise exposée au Musée de l’Ariana. Or la décapitation encore dégoulinante du directeur des musées d’art et d’histoire (MAH) de Genève ajoute une couche de sang à la saga des relations entre la Ville et ses grandes institutions culturelles.

Car c’est peu dire qu’elles sont à la peine. Musées l’un délesté de ses montres, l’autre de ses frises, Grand Théâtre aux mécènes rabroués, Comédie baladée, Carouge amputé, directeurs au mieux découragés, au pire démissionnés, les uns après les autres. Comme si ne comptait que l’éphémère, la marge ou l’illégalité des squats. Comme si la vocation de transmission du patrimoine culturel excluait toute veine créatrice. Comme si les audits hors sol avaient déjà remplacé le débat démocratique. Comme si la Ville se confondait encore avec l’Etat.

Plus important : cette exécution à la chinoise – le condamné en est presque à remercier son bourreau – met aussi en lumière le besoin de reconnaissance des artistes pour leur contribution à la vie d’une société. Y compris sur le plan économique, au travers de projets d’entreprises.

A cet égard, à côté du mécénat et d’initiatives purement privées où des Genevois s’illustrent depuis des lustres (BFM, Bodmeriana, Musée international de la Réforme, Musée Barbier-Mueller), les partenariats publics-privés (PPP) pour édifier des infrastructures d’envergure méritent un coup d’accélérateur. Le Musée d’art moderne et contemporain, le MAMCO, aurait pu en être un exemple. Raison de plus pour éviter que l’agrandissement, en gestation financière, du vénérable MAH ne passe à la trappe. Car peut-on croire une seule seconde que des investisseurs privés s’engageront à hauteur d’une quarantaine de millions de francs quand le « partenaire » municipal destitue l’un des acteurs-clés du dossier ? Un appel au dialogue est annoncé du côté du conseil municipal. Aussi bienvenu soit-il, il ne suffira toutefois pas, dans le long terme, à guérir le mal structurel dont souffre la culture à Genève. Car le problème n’est pas uniquement lié aux foucades d’un magistrat, même si les phares de la culture genevoise méritent des interlocuteurs plus altiers pour assurer leur simple survie.

Le problème est surtout institutionnel. En cause, une confusion des genres qui montre à l’évidence que les niveaux de responsabilités sont mal définis. Dans un rapport d’experts remontant à 2001, un diagnostic sévère avait été posé pour dénouer le sac de nœuds de l’offre culturelle genevoise[1]. A l’évidence, les bénéficiaires cantonaux, pour ne pas regarder au-delà, n’en sont pas les décideurs. Une négociation toute en finesse entre Ville, communes et Etat aurait dû aboutir à un nouveau partage des compétences et des charges financières. Cela n’a pas été le cas. Résultat : le simple maintien des prestations culturelles d’un intérêt au minimum cantonal est désormais en péril. Musique, théâtres, musées, toutes les grandes institutions sont touchées. Faut-il vraiment attendre qu’elles aient été coulées, au terme d’un mauvais mélodrame ?

Le moment est donc venu primo de reconnaître aux entrepreneurs culturels du secteur privé leur rôle de partenaires indispensables. Secundo, d’amener le canton à se doter d’une ambition culturelle à l’aune de l’aura dont Genève aime à se targuer. Et donc de procéder à un sérieux coup de sac cartésien. Chacun devra faire des concessions, à coût constant pour le contribuable : la Ville, en taillant dans ses compétences, les communes, en développant les collaborations, le canton, en assumant ses responsabilités. Pour cela, la volonté ferme du législateur et la force de la loi vaudront mieux que les haches rupestres…

(Paru dans Entreprise romande du 15 mai 2009) 

                                                                          


[1] Katia Horber, Alexandre Mariéthoz, « Etude de l’offre culturelle dans le canton de Genève », IDHEAP, 2001, 37 p.

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Commentaires

Bonne analyse, cher Pierre. Le tour de force est de publier tant de lignes sans mentionner une seule fois le nom du khmer vert !

Écrit par : Jean Romain | 15/05/2009

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