11/06/2009

L'année de tous les dangers pour Genève

 

 

            Un référendum, un seul, et tout peut capoter, à l’image d’un château de cartes qui s’écroule à cause du battement de l’aile d’un papillon. Le référendum, c’est celui que les Verts genevois ont lancé, par réflexe automobilophobe, contre la traversée souterraine de Vésenaz. Car celle-ci a été enfin votée en mai 2009 par le Grand Conseil, après des années d’attente chèrement payée, notamment par les habitants de la commune de Collonge-Bellerive.

Et le capotage du tout, c’est d’abord l’ambition du Conseil d’Etat genevois, exprimée dans son Discours de Saint-Pierre, de « retrouver la liberté pour innover » et, plus généralement, pour améliorer les conditions-cadre nécessaires au développement du canton[1]. C’est au moins autant la faillite de l’autre objectif de cet exécutif, à majorité de gauche, de « gouverner autrement ». A quelques mois des élections cantonales, jouer la carte du référendum pourrait en effet transformer ses auteurs en fauteurs de discorde. Et là, c’est la politique des transports publics, condition sine qua non du développement de l’agglomération, qui risque un enterrement de première classe. Quel est le scénario plus que possible des enchainements désastreux qui menacent ?

Première victime, le projet de loi prévoyant dorénavant un crédit d’investissement d’un demi-milliard de francs sur dix ans en faveur de l’extension du réseau de tram de quelque vingt-cinq kilomètres (et non plus de trois cents millions « seulement »). Il y a en effet fort à parier que la majorité de droite du Parlement, lorsqu’elle aura à se prononcer, n’apprécie que modérément le mauvais coup fait à Vésenaz. Dès lors, les projets de lignes de tramways en direction du Grand-Saconnex, de Plan-les-Ouates-Saint-Julien, de Saint-Genis, ou encore de Vésenaz-Douvaine – bel auto-goal ! – seraient tous ou partie renvoyés aux calendes grecques.

Faire de la politique, c’est prévoir. Certains pourraient reprocher aux partisans d’un Vésenaz à nouveau vivable d’avoir tenu bon jusqu’au bout, en ignorant le risque d’un référendum. C’est prendre la paille pour la poutre. Les 39,3 millions[2] que coûtera au canton cette traversée ne sont rien en comparaison des centaines de millions mis à disposition des transports publics au fil de la dernière décennie.

Il ne faut donc pas s’étonner si le déclanchement des hostilités sur le front des transports se traduit en répliques létales. « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi se discute ». Cette maxime stalinienne, fille des Accords de Yalta, est en réalité la traduction exacte de la politique menée par les partisans des seuls transports publics, à Genève comme ailleurs en Suisse. Tous ensemble, quand cela les sert, non sans culpabiliser les hésitants au nom de l’intérêt général. Et chacun reprend ses billes, dès lors que les projets ne correspondent plus à leur vision d’un monde délivré des transports privés, pourtant complémentaires selon la Constitution cantonale. Or cette maxime n’est plus acceptable.

Cela augmente donc la probabilité d’un accident de parcours financier pour le CEVA, transformé en deuxième victime. La facture du chainon urbain manquant depuis un siècle entre les réseaux ferroviaires des CFF et de la SNCF pourrait en effet atteindre un milliard et demi, entre autres raisons pour répondre aux exigences des opposants. Mais ces derniers n’en croient rien et annoncent d’ores et déjà un référendum contre le crédit complémentaire de 113 millions que le Parlement s’apprête à voter en juin.

Mais du fait du coup bas de Vésenaz, toujours, des députés de droite pourraient être moins pressés et surtout moins unis à voter en faveur de ce projet pourtant structurant. Pire, les tergiversations genevoises ne vont pas manquer d’irriter le contributeur fédéral appelé à payer un peu plus de la moitié de la facture finale (53%). Tous les efforts de conviction déployés par le conseiller d’Etat Robert Cramer n’auront alors servis à rien. On n’est jamais mieux détruit que par les siens ! Dans cette perspective, le soutien annoncé d’une quarantaine de parlementaires fédéraux romands est certes rassurant, mais il devient d’autant plus indispensable.

Si l’on ajoute la carte anti-OMC où se fourvoie l’extrême-gauche locale, au nom de son combat contre un commerce mondial domestiqué, l’on a sous les yeux un panorama de catastrophes annoncées. PAV, trams, CEVA, OMC, décidément, l’automne 2009 sera un torrent en crue pour l’avenir du canton, pour sa réputation aussi. Avec des conséquences inacceptables pour les Genevois, citoyens et entrepreneurs réunis. A commencer par ceux du secteur de la construction.

(Editorial paru dans Entreprise romande du 5 juin 2009)



[1] Celui-ci passe notamment par le levier du PAV (Praille-Acacias-Vernets), un projet-phare menacé par des référendums municipaux consultatifs (Voir Entreprise romande du 29 mai 2009).

[2] Notons que ce montant aurait pu être diminué d’une contribution fédérale, pour autant que le conseiller d’Etat responsable du dossier, le Vert Robert Cramer, l’eût défendu en temps opportun.

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Commentaires

Il faut etre plus positif.

Écrit par : Penny Boss @ calling phone cards | 27/10/2009

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