29/06/2009

L'UMP, le PS genevois et la pratique des valeurs démocratiques

En France, l'UMP, le parti du président Sarkozy, appelle à voter au deuxième tour pour un candidat de gauche. Objectif: faire barrage à Marine Le Pen, candidate FN à la mairie d'une ville du nord, Hénin-Beaumont, qui n'est même pas une sous-préfecture.

A Vernier, le PS local, aveuglé par les ambitions personnelles du député Charbonnier et de ses sherpas pleins d'énergie rose, a maintenu son candidat au 2ème tour. Résultat: celui du MCG a été élu et est même devenu maire de cette ville en 2009.

Morale de cette histoire amorale: en France, on ne fait pas que parler des valeurs républicaines, on les pratique; à Genève, on ne réfléchit pas plus loin que le bout de son nez. 

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21/06/2009

Le capitalisme, la croissance et la bicyclette nucléaire

 

 Ne pas tomber d’une bicyclette immobilisée ? Voilà un exemple d’exploit impossible, sauf pour les acrobates. Et faire marche arrière avec cette même bicyclette, propulsée ou non par de l’électricité d’origine (partiellement) nucléaire ? Encore plus improbable, sauf à chevaucher un engin de cirque. C’est pourtant ce que proposent dans les faits les – rares – partisans de la décroissance économique du monde réel.

Mais plutôt que d’attaquer de front, ces adversaires du libre marché comme du libre échange préfèrent les acrobaties rhétoriques. Et de prétendre que le capitalisme peut ou même, pire, qu’il doit s’accommoder de la décroissance. Or rien n’est plus faux ni plus impossible. Le capitalisme a besoin de la croissance, et réciproquement. Un besoin tout à fait soutenable dès lors que les effets en sont gérés.

Un rappel tout d’abord. La croissance, habituellement mesurée par la progression du PIB, n’est pas un but en soi. Elle ne constitue qu’un moyen grâce auquel davantage de biens et services sont proposés aux populations des Etats du vaste monde[1].

Elle a été rendue possible grâce à l’extension des libertés, et notamment de la liberté d’entreprise. Il suffit pour s’en convaincre de comparer les performances des pays coupés en deux par la politique (Allemagne de naguère ou Corée d’aujourd’hui). Ou encore de comptabiliser les bénéfices sociétaux de la mondialisation des échanges. Que certains remettent en cause en s’attaquant aux projets immobiliers de l’OMC. On hallucine !  

Autre rappel. La croissance permet aux employés des entreprises productrices de gagner leur vie, aux actionnaires de recevoir une rémunération pour leur prise de risque, aux collectivités publiques de lever des impôts. Ce ne sont pas là des détails insignifiants.

Et ce moyen a de beaux jours devant lui, car nombre de besoins humains ne sont pas satisfaits, surtout dans les pays du Sud. Des besoins fondamentaux tout d’abord. Comme l’accès à des biens de première nécessité – boire, manger, se vêtir, avoir un toit. Ou la garantie des libertés fondamentales – fabriquer des vélos, des métros ou des autos permettant la libre circulation des personnes, produire des journaux physiques ou électroniques pour assurer leur information, pour ne prendre que ces exemples.

Ajoutons-y les besoins que certains considèrent comme artificiels, des articles de mode vestimentaire aux produits les plus sophistiqués de l’électronique. En soulignant que ce qui est artificiel aux yeux de l’un est essentiel pour son voisin, dès lors que l’objet en cause permet une amélioration perçue de son niveau ou de sa qualité de vie. Ou qu’il participe des symboles de statut rendant possible la distinction entre moi et l’autre, une distinction qui se joue sur les critères les plus variables[2]. En clair, l’homme a besoin d’une progression et veut donc que demain soit plus agréable qu’aujourd’hui.

Bref, il y a une demande potentielle énorme tant pour l’économie matérielle qu’immatérielle pour répondre aux besoins objectifs d’une humanité consommatrice. Et grâce ou à cause des envies subjectives, la croissance de cette demande est illimitée. En théorie. En pratique, les ressources de la planète constituent la vraie limite. Et dès lors que les humains sont habités par la vocation de transmettre un patrimoine à leurs descendants, il s’agit pour eux de trouver les solutions responsables afin que le patrimoine collectif – la planète terre – en fasse partie.

C’est là où l’on touche au cœur de la théorie de la croissance de Robert Solow. Ce prix Nobel de 1987 montre, primo, que la quantité de capital augmente la productivité et la croissance, secundo, que les pays pauvres peuvent bénéficier d’une croissance plus forte, en vertu de la théorie des rendements décroissants, et, tertio, qu’un état stationnaire de l’économie n’est jamais atteint, car le progrès technologique permet d’aller toujours plus loin.

En somme, la demande de biens est potentiellement infinie, et l’offre peut lui répondre dès lors que quelques conditions de base sont satisfaites. D’abord la liberté d’entreprise qui caractérise l’économie de marché. Ensuite la liberté de collecter de manière incitative des capitaux pour lui permettre de se concrétiser – en clair, le capitalisme. Enfin la liberté d’inventer pour répondre au défi de créer des biens qui préservent à long terme les ressources tout en accroissant la qualité de vie sur cette terre. Ou comment passer, grâce au capitalisme, de la croissance durable à la croissance éternelle. Par exemple sur une bicyclette à hydrogène, en attendant la télétransportation quantique …

(Editorial paru dans Entreprise romande du 19 juin 2009)


[1] Un ordre de grandeur permet de cadrer le débat, possible grâce aux travaux de l’économiste genevois Paul Bairoch. De l’époque des grandes découvertes, de la première mondialisation du seizième siècle, au début de la Révolution industrielle, vers 1820, la production de biens sur cette planète a passé d’une valeur estimée de 247 milliards de dollars à 695 milliards ; depuis lors, elle a explosé pour atteindre 33 725 milliards de dollars en 1998. Un montant qui, malgré la crise actuelle, a encore crû depuis lors. 

[2] Sur ce thème, on lira avec délectation le classique de Thorstein Veblen, The theory of leisure class, 1899.

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18/06/2009

Vive la révolution fiscale !

Le compromis est historique. Il englobe toute la droite et les Verts du Grand Conseil genevois ; il a aussi bénéficié de l’appui actif du Conseil d’Etat et notamment de son responsable des finances. La révolution – le terme n’est pas davantage usurpé – de la fiscalité genevoise est bel et bien en marche. Pour preuve essentielle, les revenus des couples mariés bénéficieront enfin du splitting intégral, une mesure de justice élémentaire en même temps qu’une incitation à travailler plus.

Seuls les socialistes du Parlement genevois se sont exclus de cette révision de fond en comble de la loi sur l’imposition des personnes physiques (LIPP). Leur volonté de punir leur électorat - tels les enseignants ou les personnels infirmiers et sociaux - est une manière bien singulière de se préparer aux échéances électorales de l’automne 2009. A moins qu’ils n’aspirent à répliquer la débâcle européenne des amis de la rose, un emblème à ce point fané qu’il va être abandonné !

Les familles et la classe moyenne, empiriquement approximée par les revenus des couples allant de 70 000 à 210 000 francs, sont les principaux mais pas les seuls bénéficiaires de la baisse ciblée des impôts votée lors de la présente session du parlement cantonal. Un bouclier fiscal, fixé à 60% du revenu net imposable, est aussi introduit, dès 2011 seulement, dans le but de conserver sur sol cantonal les contribuables les plus lourdement taxés ; il ne représente toutefois que 37 millions du montant de la réforme, ce qui témoigne de la modération de ses promoteurs. Quant au rabais d’impôt, une « genevoiserie » peu compréhensible, il passe à la trappe, remplacé par le retour des déductions sociales.

Au total, le supplément de pouvoir d’achat laissé à la libre disposition des Genevois devrait être de 321 millions en 2010, 387 en 2011 et 411 en 2012. En période de crise, en plus des dépenses d’investissements du budget 2009 et dans la limite des compétences et moyens cantonaux, cette aide à la relance par la consommation, d’inspiration fondamentalement libérale, peut difficilement tomber mieux à propos.

L’enjeu n’est pas mince. La fiscalité genevoise actuelle qui obère les personnes physiques est à la fois non conforme au droit fédéral, non concurrentielle et déséquilibrée. Or le projet de refonte met Genève à niveau sur le plan juridique. Il rattrape aussi le retard accumulé par rapport à tous les cantons, y compris le voisin vaudois, qui ont allégé leur fiscalité au fil de la dernière décennie. Sans pour autant mettre en péril leurs recettes.

Paradoxalement, s’il fallait trouver un défaut à la cuirasse de ce projet, c’est du côté de l’augmentation du nombre de Gratis-Bürger, des personnes qui, grâce à lui, ne seront plus soumises à l’impôt. Mais cette accentuation de l’exclusion fiscale est aussi une qualité, dans la mesure où elle démontre la générosité sociale de ses auteurs, forcément mâtinée de réalisme politique.

C’est d’ailleurs ce que souligne aussi une députée verte, à propos des effets de cette révolution sur la fiscalité communale : « on a bien ciblé les baisses, puisque les secteurs populaires sont ceux où les impôts diminuent le plus ». Dès lors, les quelque cent millions de modération de la fiscalité pour les 45 communes du canton doivent être compris par les édiles comme une incitation à faire des choix plus avisés que ceux de la Ville de Genève ; le Personal-Stop vient en effet d’y être levé, pour ne prendre que cet exemple. Mais les bonis importants de ces dernières années – environ 200 millions pour la seule année 2008 – permettent au demeurant à la majorité d’entre elles d’envisager sans crispation la nouvelle donne.

Les citoyens auront le dernier mot, le 27 septembre 2009, pour décider du sort à donner à ce projet fiscal phare de la législature, né de la ferme volonté des partis de l’Entente de respecter leurs engagements et leurs électeurs. A constater l’échec des dernières initiatives, en décembre 2007, de la gauche locale arcboutée sur l’augmentation des impôts, après tant d’autres de la même eau, à se rappeler le plébiscite, en 1999, de l’initiative libérale qui a réduit de 12% la seule fiscalité cantonale, cette nouvelle échéance peut toutefois être abordée avec une confiance raisonnée. En effet, pour 1,4% des contribuables, la facture ne va que marginalement augmenter, alors que pour 63,3% d’entre eux, elle va être drastiquement amputée. Qui dit mieux ?

(Paru dans Entreprise romande du 12 juin 2009)

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11/06/2009

L'année de tous les dangers pour Genève

 

 

            Un référendum, un seul, et tout peut capoter, à l’image d’un château de cartes qui s’écroule à cause du battement de l’aile d’un papillon. Le référendum, c’est celui que les Verts genevois ont lancé, par réflexe automobilophobe, contre la traversée souterraine de Vésenaz. Car celle-ci a été enfin votée en mai 2009 par le Grand Conseil, après des années d’attente chèrement payée, notamment par les habitants de la commune de Collonge-Bellerive.

Et le capotage du tout, c’est d’abord l’ambition du Conseil d’Etat genevois, exprimée dans son Discours de Saint-Pierre, de « retrouver la liberté pour innover » et, plus généralement, pour améliorer les conditions-cadre nécessaires au développement du canton[1]. C’est au moins autant la faillite de l’autre objectif de cet exécutif, à majorité de gauche, de « gouverner autrement ». A quelques mois des élections cantonales, jouer la carte du référendum pourrait en effet transformer ses auteurs en fauteurs de discorde. Et là, c’est la politique des transports publics, condition sine qua non du développement de l’agglomération, qui risque un enterrement de première classe. Quel est le scénario plus que possible des enchainements désastreux qui menacent ?

Première victime, le projet de loi prévoyant dorénavant un crédit d’investissement d’un demi-milliard de francs sur dix ans en faveur de l’extension du réseau de tram de quelque vingt-cinq kilomètres (et non plus de trois cents millions « seulement »). Il y a en effet fort à parier que la majorité de droite du Parlement, lorsqu’elle aura à se prononcer, n’apprécie que modérément le mauvais coup fait à Vésenaz. Dès lors, les projets de lignes de tramways en direction du Grand-Saconnex, de Plan-les-Ouates-Saint-Julien, de Saint-Genis, ou encore de Vésenaz-Douvaine – bel auto-goal ! – seraient tous ou partie renvoyés aux calendes grecques.

Faire de la politique, c’est prévoir. Certains pourraient reprocher aux partisans d’un Vésenaz à nouveau vivable d’avoir tenu bon jusqu’au bout, en ignorant le risque d’un référendum. C’est prendre la paille pour la poutre. Les 39,3 millions[2] que coûtera au canton cette traversée ne sont rien en comparaison des centaines de millions mis à disposition des transports publics au fil de la dernière décennie.

Il ne faut donc pas s’étonner si le déclanchement des hostilités sur le front des transports se traduit en répliques létales. « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi se discute ». Cette maxime stalinienne, fille des Accords de Yalta, est en réalité la traduction exacte de la politique menée par les partisans des seuls transports publics, à Genève comme ailleurs en Suisse. Tous ensemble, quand cela les sert, non sans culpabiliser les hésitants au nom de l’intérêt général. Et chacun reprend ses billes, dès lors que les projets ne correspondent plus à leur vision d’un monde délivré des transports privés, pourtant complémentaires selon la Constitution cantonale. Or cette maxime n’est plus acceptable.

Cela augmente donc la probabilité d’un accident de parcours financier pour le CEVA, transformé en deuxième victime. La facture du chainon urbain manquant depuis un siècle entre les réseaux ferroviaires des CFF et de la SNCF pourrait en effet atteindre un milliard et demi, entre autres raisons pour répondre aux exigences des opposants. Mais ces derniers n’en croient rien et annoncent d’ores et déjà un référendum contre le crédit complémentaire de 113 millions que le Parlement s’apprête à voter en juin.

Mais du fait du coup bas de Vésenaz, toujours, des députés de droite pourraient être moins pressés et surtout moins unis à voter en faveur de ce projet pourtant structurant. Pire, les tergiversations genevoises ne vont pas manquer d’irriter le contributeur fédéral appelé à payer un peu plus de la moitié de la facture finale (53%). Tous les efforts de conviction déployés par le conseiller d’Etat Robert Cramer n’auront alors servis à rien. On n’est jamais mieux détruit que par les siens ! Dans cette perspective, le soutien annoncé d’une quarantaine de parlementaires fédéraux romands est certes rassurant, mais il devient d’autant plus indispensable.

Si l’on ajoute la carte anti-OMC où se fourvoie l’extrême-gauche locale, au nom de son combat contre un commerce mondial domestiqué, l’on a sous les yeux un panorama de catastrophes annoncées. PAV, trams, CEVA, OMC, décidément, l’automne 2009 sera un torrent en crue pour l’avenir du canton, pour sa réputation aussi. Avec des conséquences inacceptables pour les Genevois, citoyens et entrepreneurs réunis. A commencer par ceux du secteur de la construction.

(Editorial paru dans Entreprise romande du 5 juin 2009)



[1] Celui-ci passe notamment par le levier du PAV (Praille-Acacias-Vernets), un projet-phare menacé par des référendums municipaux consultatifs (Voir Entreprise romande du 29 mai 2009).

[2] Notons que ce montant aurait pu être diminué d’une contribution fédérale, pour autant que le conseiller d’Etat responsable du dossier, le Vert Robert Cramer, l’eût défendu en temps opportun.

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