07/08/2009

La mondialisation vue du Vatican

         La liberté responsable de chacun au service d’un « développement humain intégral dans la charité et dans la vérité », en clair, d’ « une mondialisation progressive et généralisée », pas simplement technocratique, mais orientée par l’humanisme chrétien. Le message de la dernière encyclique pontificale[1], Caritas in veritate (L’amour dans la vérité), s’adresse en premier lieu au clergé et aux fidèles laïcs de l’Eglise catholique-romaine, mais aussi, explicitement, à tous les hommes de bonne volonté. Et donc aux entrepreneurs soucieux d’en savoir plus sur la mise à jour de la doctrine sociale de cette confession chrétienne. Pour mémoire, elle en constitue le cinquième texte fondateur[2].    

La publication de L’amour dans la vérité était attendue pour 2007. La crise l’a retardée et, assurément, réorientée. Mais le texte final, de quelque 150 pages, est arrivé à point nommé, à la veille du Sommet du G8 de L’Aquila. Certes, il ne s’agit pas d’ « une lecture de plage », comme l’a relevé, pince sans rire, le cardinal genevois Georges Cottier, ancien théologien des papes Jean-Paul II et Benoît XVI. Ce texte montre toutefois clairement que le pape actuel, en se référant vingt-neuf fois à la mondialisation, est loin de la diaboliser, sans en sous-estimer les travers. « Ni bonne, ni mauvaise, elle sera ce que les personnes en feront », avait au demeurant déjà dit Jean-Paul II.

Cette encyclique s’inscrit ainsi, selon la tradition romaine, dans le sillage de celles qui l’ont précédée, et notamment de Populorum progressio. Par exemple dans la reprise de la critique de l’idéologie technocratique. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, disait déjà Rabelais ; finance sans connaissance n’est que ruine du déposant, pourrait-on ajouter, face à la crise actuelle…

Le pape ne se place pas moins en défenseur résolu du progrès dès lors que ce dernier est complété d’une ligne directrice : « On finit par condamner (…) les découvertes scientifiques elles-mêmes qui, utilisées à bon escient, constituent au contraire une occasion de croissance pour tous. L’idée d’un monde sans développement traduit une défiance à l’égard de l’homme et de Dieu ». C’est donc un non résolu à une régression utopique de l’humanité à l’état de nature, à distinguer de justes préoccupations écologiques, dont Caritas in veritate se fait, pour la première fois, l’écho.

Au fond, cette encyclique se préoccupe de donner du sens au développement, dont le progrès technique est une composante. Un sens chrétien évidemment, car il ne peut être question de « séparer le progrès de son  évaluation morale et donc de notre responsabilité ». Le progrès est d’ailleurs une vocation de l’homme « qui réclame une réponse libre et responsable ».

Et c’est à ce propos que Benoît XVI inscrit son texte dans l’actualité, dans sa recherche d’une « nouvelle synthèse humaniste ». Et de faire état de ses préoccupations quant à certains aspects du modèle actuel de développement[3]. Le pape actuel n’en affirme pas moins que « le développement a eu lieu et qu’il continue d’être un facteur positif qui a tiré de la misère des milliards de personnes ».

Mais pour que le futur sourie à l’humanité, il importe de transformer la crise en « occasion de discernement » pour élaborer de nouveaux projets. Et d’aborder les difficultés du temps présent avec confiance plutôt qu’avec résignation. Car même si les inégalités augmentent, « la richesse mondiale croît en termes absolus ». Et d’enfoncer le clou : « bien que de façon fragile et non homogène, de nombreuses régions du globe se sont aujourd’hui développées », dans une interdépendance planétaire à maîtriser, mais pas à empêcher.

En bref, l’encyclique se prononce non seulement pour l’économie de marché, les investissements transnationaux « qui peuvent faire du bien », le progrès, un développement humaniste et donc contre la croissance zéro, contre le protectionnisme, contre l’obscurantisme antiscientifique, elle reconnaît aussi les bénéfices concrets de ce développement pour les hommes et les femmes de cette planète. Autant de résultats positifs que certains, à gauche, dans des chapelles d’obédience marxolâtre, s’échinent encore et toujours à nier.

Encore faut-il s’occuper de la promotion de l’homme, sorti de « sa raison obscurcie ». Car c’est à lui que revient, en dernière analyse, de faire que l’économie de marché concoure au bien commun.

Et c’est là que le pape retombe au cœur de son projet. Qui consiste aussi à rompre une lance contre le relativisme culturel, fait d’éclectisme non-critique et de nivellement, au risque d’asservir et de manipuler l’humanité. Mais cela est, partiellement, une autre histoire. Une autre encyclique ?



[2] En 1891 paraît Rerum novarum, la première encyclique faisant part de la doctrine sociale de l’Eglise catholique en faveur du syndicalisme chrétien. Suivent, en 1931, Quadregesimo anno, sur le principe de subsidiarité, Populorum progressio en 1971 et, en 1991, Centesimus annus sur l’économie de marché inspirée par la recherche du bien commun.

[3] Parmi ses préoccupations, le profit transformé de moyen en but, au risque « de détruire la richesse et d’engendrer la pauvreté », une activité financière mal utilisée, les énormes flux migratoires, l’exploitation anarchique des ressources de la terre. En somme, des déséquilibres et des problèmes dramatiques nouveaux par rapport à Populorum progressio.

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Commentaires

Si c'est le pape lui-même qui le dit... Alors la messe est …dite...

Comment les Marxolâtres pourraient encore oser remettre en question la toute puissance de l'économie de marché ? Le pape lui-même en soubrette soumise vient de lever sa soutane est de lui présenter ses fesses en guise de totale soumission, lui le représentant de DIEU sur terre!

Monsieur Weiss lorsque l’Ultralibéralisme s’allie à la Bigoterie, cela porte un nom…. le Fascisme.

Écrit par : Earl | 08/08/2009

Texte intéressant que cette encyclique. C'est sans doute comme cela que le libéralisme devrait fonctionner. Malheureusement, ce n'est pas le cas. Il serait dès lors fâcheux que l'on glorifie le libéralisme en s'appuyant sur une encyclique en passant comme chat sur braise sur ses dérives où l'homme n'est plus que le jouet d'une société qui confond justement libéralisme avec partage équitable.

Se prévaloir du pape pour faire l'apologie du libéralisme me paraît quelque peu illusoire. Tant que le libéralisme n'aura d'autre crédo que celui du profit pour un petit nombre au détriment de tous les autres, il sera en grand danger.

J'aime croire, M. Weiss, en grand libéral que vous êtes, que vous mettrez toute votre énergie au service du "libéralisme papal" plutôt qu'à celui de M. Madoff ou de certains dirigeants de l'UBS.

Vous pourriez m'objecter qu'il s'agit d'exceptions. Je constate néanmoins que c'est la somme de toutes ces exceptions qui nous a conduits dans la situation économique que nous connaissons aujourd'hui.

Écrit par : Michel Sommer | 09/08/2009

le pape n'intéresse plus personne !

Écrit par : Karl | 12/08/2009

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