21/08/2009

Vol des cendres de Madame Vasella :

La fin des frontières entre les violences faites à l’homme, être de chair vivant, et les violences infligées à ses cendres. Telle est la leçon d’inhumanité offerte, à la fin du mois de juillet 2009, par un groupuscule d’animalo-terroristes opérant à Coire[1]. Ils ont en effet poussé l’abjection jusqu’à voler l’urne funéraire contenant les cendres de la mère de Daniel Vasella, le patron de la multinationale bâloise Novartis. Prétexte : les liens naguère entretenus par cette firme pharmaceutique avec une entreprise anglaise pratiquant l’expérimentation animale, des liens qui les ont déjà, à plusieurs reprises, amenés à s’attaquer à des employés de Novartis.

Cette atteinte à la paix des morts, punie par le code pénal suisse de trois ans de prison au maximum, représente le comble d’autres profanations commises sur le caveau de famille des Vasella. Par leur action, ces animalo-terroristes n’ont pas fait que commettre un délit de vol, d’atteinte à la propriété ; ils n’ont pas fait que mépriser la piété filiale. C’est la mémoire collective qu’ils ont bafouée.

Certains enlèvent la vie, parfois même au nom de la vie. Par exemple, certains fanatiques opposés à l’avortement. En voilà d’autres qui n’hésitent pas à enlever la mort pour priver du deuil. Pénalement moins punie, cette violence infligée aux défunts est symboliquement d’une gravité qui ne peut être sous-estimée. Elle révèle en effet une double perte de repères. Les victimes en sont l’humanisme, notamment occidental, purement et simplement nié et, plus fondamental encore, le besoin d’éternité déjà exprimé par les hommes de la préhistoire lorsqu’ils inventèrent les rites funéraires, il y a quelque cent mille ans.

Disons-le clairement. Ces animalo-terroristes sont les nouveaux barbares. Tels des vampires, les voici errant dans les cimetières pour éliminer ce qui distingue l’homme mort de l’animal, sa sépulture. Sans le moindre hasard, ils s’attaquent au chef d’une entreprise dont le but est de sauver des vies ou, du moins, d’alléger des souffrances.

Aveuglément convaincus que la fin justifie les moyens, ils négligent les effets de leur action sur la popularité de leur cause. Cet autisme surprend moins quand un de leurs propagandistes, professeur de philosophie de l’université de Berne, n’hésite pas à comparer les chiens d’aveugle aux victimes de l’esclavagisme. La notion de pesée d’intérêts lui est décidemment un concept inconnu.

Mais il y a pire. Un membre du groupuscule d’origine anglaise, Stop Huntington Animal Cruelty (SHAC) qui pourrait se tapir derrière ce vol de cendres, met au même niveau l’homme et la bactérie : « (L’homme) n’est pas du tout indispensable à l’équilibre de la biosphère. Si les bactéries venaient à disparaître de la surface de la terre, la vie terrestre serait menacée ; si l’être humain venait à disparaître, ce ne serait pas le cas. En quoi est-il donc supérieur ? » (Tribune de Genève du 4 août 2009).  

Il y avait l’humanisme qui met l’homme au centre du monde et de la réflexion, parfois non sans excès, mais qui promeut des valeurs telle l’égalité – tous les hommes sont égaux. Il faut désormais compter avec ses concurrents, voire ses ennemis, l’animalisme – les hommes et les rats sont égaux entre eux – et le végétalisme – les hommes, les rats et les bactéries sont égaux entre eux. 

Tout se discute, mais toutes les idées ne se valent pas. Certaines sont loufoques, d’autres sont dangereuses. En l’espèce, les conséquences sur la santé humaine qu’impliquerait la fin des expérimentations animales ne sont pas à négliger. Et dans l’affaire de la violence faite aux cendres d’une défunte, on peut défendre l’opinion que la civilisation est en danger quand la mort du respect a tué le respect de la mort.

(Commentaire paru le 20.08.2009 dans Entreprise romande)



[1] Selon des sources officielles, la Suisse en compterait une cinquantaine, responsables d’un dixième des actions terroristes commises dans ce pays.

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Commentaires

Vol de la dignité de Madame Helvetia!

Ce vol commis par un PLR (comme vous) qui s'excuse au nom de la Suisse... Et la vous ne dites rien ! Pourtant vous pourriez faire le parallèle et dire:

Dans l’affaire de la violence faite à des domestiques, on peut défendre l’opinion que la civilisation est en danger quand le respect des tirans barbares tue le respect de la vie des autres.
Et j'ajoute: Si la loi du plus fort prévaut au niveau de l'État, alors il ne faut pas s'indigner si la criminalité augmente à Genève et partout!

Mais il est bien sûr qu'il est toujours plus facile de fustiger un groupe fanatique étranger à ses vues que le groupe auquel on adhère.

PS: Ce qui ne veut en aucun cas dire que je soutiens les animalos-terroristes.

Écrit par : Père Siffleur | 21/08/2009

Chacun a les barbare qu'il mérite. Ok, c'est fort de tabac. Mais Mossieu Vasella est-il impressionné lorsque son salaire est décrit comme indécent ? Il s'en tape, il le reçoit de droit divin dirait-on. Dès lors comment l'atteindre puisqu'il est tellement au-dessus de la plèbe? Après tout le dégât n'est que symbolique.

Écrit par : Victor Devaud | 21/08/2009

Je tiens à le préciser: je n'approuve nullement les actes terroristes, que ceux-ci visent des vivants ou des morts. J'essaie toutefois de comprendre les sentiments qui animent les défenseurs des animaux. Après avoir visionné (en partie) le documentaire "Earthlings" disponible ici, http://plusconscient.net/le-coin-de-linacceptable , j'ai pris la décision de renoncer à la viande et au poisson.

Je crois qu'avant de critiquer - avec raison - les extrémiste de la cause animale, il est du devoir de chacun de s'informer sur ce qui est de nature à générer des actions aussi radicales et antisociales.

Cordialement,

Jean-Pierre Schnyder

Écrit par : Jean-Pierre Schnyder | 24/08/2009

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