04/09/2009

L'ingratitude périlleuse des syndicalistes enseignants

 

Jamais assez ! Alors à quoi bon donner ? Face aux réactions d’ingratitude des syndicalistes enseignants genevois traitant de « ridicule » l’offre de postes supplémentaires de leur employeur, en cette rentrée 2009, la tentation est grande de ne pas entrer du tout en matière. Le DIP en demande une quarantaine au Grand Conseil, mais ils n’hésitent pas à en réclamer jusqu’à 200, cinq fois plus ! Le point sur un conflit qui menace de déraper en grève du zèle, comme un refus de noter les élèves. Sauf retour responsable au sens des réalités, d’où ce rappel des faits.

Les effectifs du secondaire post-obligatoire sont croissants. Depuis 2000, les élèves se sont multipliés, en passant de 16 303 à (probablement) 21 521 en cette rentrée scolaire. Ceux des enseignants aussi, qui ont gonflé de 1451 à 1728 dans ce même laps de temps. Le ratio élèves/enseignants s’est certes modifié en une décennie. Mais à 12,45 élèves par poste, il est difficile de faire pleurer l’opinion publique, voire les collègues non-genevois. Un collège genevois, ce n’est pas une mine de Zola.

Aidée par une démographie à la hausse, la popularité de l’école post-obligatoire locale est grande. A l’exception du collège pour adultes, toutes ses subdivisions enregistrent des inscriptions en hausse depuis 2000. Une hausse faible pour le collège traditionnel comme pour le secteur de la formation professionnelle, une explosion pour les écoles de culture générale et de commerce.

En cette rentrée 2009, l’augmentation par rapport aux effectifs pris en compte pour le calcul du budget 2009 devrait finalement être de 620 élèves, le double de ce qu’avaient prévu en mars les spécialistes du Service de la recherche en éducation (SRED). Les raisons de cette erreur d’estimation sont multiples[1]. On peut toutefois s’interroger sur des procédures d’inscription peu resserrées.  Résultat de ces approximations : le DIP demande au Grand Conseil un complément budgétaire correspondant à un coût annuel de 6 millions. Petit problème d’arithmétique : sachant qu’il y a des élections à l’horizon, quel est le coût d’un poste supplémentaire ? Quant à son bénéfice…

Le parent lambda pourrait considérer que cette proposition est raisonnable. Un citoyen curieux pourrait toutefois se demander combien de cours se donnent avec moins de 12 élèves. Ce qui lui permettrait d’apprendre, grâce à un député tout aussi curieux, que, pour diverses raisons, il y en a encore 378, soit 7,5% des cours dispensés. Et qu’il y a donc encore une marge de rationalisation qui pourrait peser sur le sort de la demande du Conseil d’Etat à la commission des finances.

D’autant que Le Courrier, le quotidien syndical genevois – après tout, il y a bien un hebdomadaire patronal… – répercute les propos pour le moins revendicatifs de syndicalistes enseignants (22 août 2009). « Face à l’augmentation du nombre d’élèves ces dernières années, rien n’a été fait », prétend l’un. Quarante enseignants, « c’est ridicule », renchérit l’autre. D’ailleurs, les chiffres sont volontairement sous-estimés, réplique le premier. « Nous somme prêts à nous mobiliser comme en 2004 », conclut le second. Comme en 2004 ou comme en 14 ?

Alors, tant qu’à faire, puisque 40 postes de plus, « c’est ridicule », pourquoi entrer en matière sur 40 postes ? Sans poste supplémentaire, les quelque 620 élèves supplémentaires représenteraient moins d’un tiers d’élève de plus par enseignant. Une hausse qui ne serait que le quart de l’effort supplémentaire fourni depuis 2000.

Allez, messieurs les syndicalistes, un peu plus de réalisme à défaut de reconnaissance, sinon vos collègues risquent de faire les frais de votre ingratitude infondée !

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 4 septembre 2009)



[1] L’erreur est notamment due au fait que 220 élèves de plus que prévu, provenant des écoles privées, intègrent ou réintègrent l’école publique. Un effet possible de la crise qui influence aussi les retours de parents de l’étranger, plus importants qu’imaginé (+40 élèves). Mais aussi parce que davantage d’élèves frontaliers (+50) que prévu, de parents suisses ou étrangers, font de même. Et aussi parce que moins d’élèves (60) sont laissés à eux-mêmes, à la sortie de l’école obligatoire. A quoi il faut tout de même encore ajouter 250 cas non expliqués.

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Commentaires

M. Pierre Weiss recourt au chantage. Il oublie aussi certains faits qu'il connaît parfaitement. Par exemple : entre 1991 et 1999, l'enseignement primaire a absorbé 6'000 élèves de plus. Et combien de postes supplémentaires d'enseignants a-t-il reçu ? 40 ! En huit ans... 5 postes par an. Il en aurait fallu 400 pour garder le même taux d'encadrement. C'était le résultat de la politique de la conseillère d'Etat libérale, Mme Martine Brunschwig Graf. Depuis, la situation ne s'est objectivement pas améliorée. Le ratio élèves/enseignants, depuis 1997 en fait, est resté le même. Douze ans que ça dure, que l'on joue avec les limites. Le cycle a eu droit au même sort. Et c'est le tour du post-obligatoire maintenant. La gratitude (ou l'absence de reconnaissance) n'a rien à voir ici. Oui, M. Weiss, les syndicalistes font preuve de réalisme. Et ils n'oublient pas.

Écrit par : Olivier Baud | 04/09/2009

Cher Monsieur,

Je suis un enseignant concerné, parfois, par le travail en classe de 12 élèves (ou un peu moins).
Je souhaiterais que le citoyen curieux pousse sa curiosité un peu plus loin et cherche à comprendre pourquoi certains cours se donnent à effectifs réduits et, surtout, si il y a dans ce cas une réelle "marge de rationalisation" possible.
J'en doute un peu, même si il est évidemment toujours possible de faire moins avec moins :)
Cordialement,

Écrit par : John Kummer | 05/09/2009

Là Pierre vous allez vous faire lyncher, toute la cabale crypto-trotskiste va vous traiter de néo-libéral, je vous plain d'avance !

Écrit par : Karl | 06/09/2009

Arrêtez de donner autant d'importance envers les syndicalistes. Les citoyens ne sont pas dupes. Nous savons qu'ils ne "roulent" que pour eux depuis longtemps. La gauche se perd ds des conflits internes. à tel point qu'ils ne peuvent plus travailler les dossiers d'actualité, et n'ont donc plus de projets sérieux: plus d'analyse de la société, plus de programme politique. Syndicalistes = aujourd'hui : individualisme, politicards et problème de pouvoir. Combien se retrouvent au sein des députés? copinage au sein de l'administration, cercle vicieux et corruption....
Nous savons tous que la gauche a disparu. Que de conflits indécents vis-à-vis des citoyens! Et ce n'est pas un scoop,,,,! La droite n'est plus crédible non plus. Soyons lucides : grand raz-le-bol, Aucun parti n'est crédible (lisez ce qu'il se passe dans les pays voisins). La Ville dépense les deniers publiques, le grand conseil joue les guignols et notre conseil fédéral est incompétent. Toute la presse étrangère nous critique. Nous sommes de plus en plus isolé Avez-vous une solution?

Écrit par : rebeyrol chantal | 06/09/2009

Monsieur,

En premier lieu, je vous invite à faire un tour dans diverses classes de chacun des trois ordres d'enseignement : vous constaterez de vos propres yeux que la situation n'est pas brillante au vu particulièrement des effectifs qui augmentent, ce chaque année.

Etant moi-même enseignant à l'Ecole de Culture Générale, je le constate à chaque rentrée, le nombre d'élèves par classe ne cesse de croître pour osciller désormais trop souvent entre 22 et 24 élèves. Certes, de loin, le chiffre semble acceptable; il est toutefois le résultat d'une augmentation progressive depuis une poignée d'années, laissant les professionnels dubitatifs sur les conditions de travail en classe et leur évolution prochaine. Atteindrons-nous les effectifs de nos voisins français, nous surchargeant au point de ne plus pouvoir correctement s'occuper de nos élèves ?

Aujourd'hui déjà, comment faites-vous pour les emmener dans les salles "marguerites" flambant neuves (salles multimedia ayant remplacé les "labos langues") équipées de 20 PCs ?!? Mes collègues "profs" de langues apprécient.

Comment gérez-vous les laboratoires scientifiques lorsqu'une à deux places de travail manquent régulièrement (travaux pratiques à deux, avec matériel spécifique) ?

Monsieur, je vous invite à venir assister à un de mes cours de droit et/ou de civisme; au passage, vous pourrez observer la surpopulation dans les escaliers aux heures de pause (ce qui laisse présager le pire en cas d'urgence...). Contactez-moi, je serai volontiers votre guide (et cette proposition est sérieuse) ! Votre visite vous montrera peut-être que les 40 postes supplémentaires sont bien maigres au vu de la situation, que les associations d'enseignants réagissent à juste titre afin de renverser la vapeur rapidement !

Sachez que les enseignants travaillent POUR les élèves et par là, pour la société civile et professionnelle de demain : les moyens à disposition doivent correspondre aux ambitions de notre système de formation.

Écrit par : Yves Josefovski | 07/09/2009

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