14/09/2009

Des chiens et des enfants (ou l'irresponsabilité bureaucratique récompensée)

 

Il y avait déjà « Des souris et des hommes », roman de Steinbeck d’une noirceur rare sur la brutalité et la solitude humaines dans l’Amérique des années trente. Il y a désormais « Des chiens et des enfants », produit de l’irresponsabilité bureaucratique de la Genève du XXIème siècle. Une œuvre collective au goût de « catastrophe frôlée », selon le conseiller d’Etat Charles Beer, chef du DIP. Son auteur principal ? Un assistant social non assisté et encore moins contrôlé par ses chefs du Service de protection des mineurs genevois (SMPI). L’homme  dans l’attente de son verdict pénal, un héritier de Mai 68, est désormais au bénéfice d’une retraite anticipée, aux frais des contribuables genevois. En matière de sanction administrative, on a vu plus sévère.

La toile de fond de cette œuvre nauséabonde est faite de déchéance liée à la consommation de drogue. Une mère et son compagnon d’infortune laissent sans soins leurs deux enfants de quatre et dix ans. Sommeil, repas, hygiène, études, tout manque aux enfants. Et s’ils sont sauvés du pire, c’est parce qu’il y avait aussi des chiens tout aussi abandonnés à leurs côtés et un service de l’Etat qui a la charge de nos amis à pattes ou plumes. Le raccourci est brutal ; il témoigne à sa manière du poids comparé des vies humaine et animale dans une société sans repères.

Dans cette œuvre se succèdent des chapitres contant des qualités humaines pour le moins inégales. L’irresponsabilité du SMPI y côtoie le sens des responsabilités d’une voisine, d’un collaborateur de l’Office vétérinaire cantonal, d’un policier, d’un juge ; son incompétence s’oppose à leur sens du devoir, son indifférence à leur générosité, son inhumanité à leur humanité.

Cette histoire remonte à 2007 ; c’est désormais un procès et bientôt un verdict. Il devrait être sans pitié pour cet assistant social arrogant « qui rétorque qu’on ne va pas lui apprendre à faire son métier » (Tribune de Genève du 3 septembre 2009) quand un inspecteur de la brigade des mineurs s’étonne de l’absence de clause péril dans un cas de pareille gravité. Sans pitié, car lui n’en avait aucune pour ces enfants qui auraient pu mourir, comme était morte une fillette à Meyrin, en 2001, à cause d’un autre cafouillage bureaucratique.

D’où cette première suggestion : une peine collective sans sursis, d’une durée à déterminer, pour le SMPI. Elle consisterait à le rebaptiser en Service de non-protection des mineurs. Pour que son appellation corresponde à une vérité qui a aussi existé, pour que les pratiques orwelliennes de novlangue n’y aient plus cours, celle dont les mots sont utilisés à rebours de leur sens (défense de la justice = promotion de l’injustice, tirer vers la vie = pousser vers la mort).

Une punition collective est certes injuste. Mais un électrochoc stigmatisant s’impose pour en finir avec « une vision obsolète et erronée de l’assistance sociale », aux dires de Charles Beer (Le Matin du 6 septembre 2009). Une vision qui interdit le devoir d’ingérence et qui promeut de fait l’abandon à leur sort de ceux dont on a la charge. Une vision hypocrite et lâche, où le travail s’arrête aux portes de la vie privée. Quitte à laisser la mort faire son travail. 

Face à ce SMPI qui a abdiqué le rôle de subsidiarité dévolu à l’Etat, celui de protection de mineurs que lui impose sa dénomination, une réaction forte des élus s’impose. Avant de lui octroyer la moindre augmentation de ses effectifs, une demande impudente incluse dans le budget cantonal 2010, il faut exiger de ce service une remise en cause de ses méthodes de travail, de sa conception même de protection de l’enfance. Quitte à ce que le personnel en désaccord le quitte. Les directeurs ne doivent pas être les seuls à y valser. Les solutions de facilité, ça suffit !

(commentaire paru dans Entreprise romande du 11 septembre 2009)

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Commentaires

tout le monde connait l'incompétence TOTALE des services sociaux et précisément celui de la protection de la jeunesse - la mort de la petite portugaise n'est qu'un exemple parmi des centaines - on laisse des enfants en bas age à des mères droguées qui les laissent totalement abandonnés avec la bénédiction des fonctionnaires censés les protéger - des grands parents demandant la garde ou l'adoption se font rabrouer vertement - naturellement si tous ces cas étaient réglés, il faudrait supprimer la moitié des fonctionnaires - ceux-ci d'ailleurs ne font jamais sur place - ils traitent les cas uniquement par dossier - on veut bien s'occuper de la misère, mais seulement sur le papier

Écrit par : muller | 15/09/2009

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