24/09/2009

Hannetons, votations et élections

 

Dans la mémoire collective des Genevois, les hannetons, insectes aussi patauds que puants, étaient synonymes d’argent de poche pour les enfants qui les vendaient au kilo à la mairie de leur village. Ils finissaient brûlés, pour le plus grand bien des cultures. Les hannetons, pas les enfants ! C’est ainsi qu’en 1900, à Cartigny, 356 kilos de hannetons gluants, payés 15 centimes le kilo, avaient été récoltés par 28 personnes[1]. Il faut dire que depuis 1846 le canton levait un impôt pour compenser les frais occasionnés par la chasse à ces scarabéidés.

Dans le folklore politique cantonal, la coutume était naguère d’associer hanneton et élection.  Tout simplement parce que la durée de vie du premier est de trois ans, comme celle d’une législature genevoise jusqu’en 1957. Depuis, les législatures ont passé à quatre ans, et les hannetons ont été victimes du DDT.

La nature ayant horreur du vide, un prédicteur d’un autre type est venu remplacer les hannetons. Son nom ? Initiative ou, à choix, référendum, selon les goûts des partis et l’actualité parlementaire. C’est ainsi que l’on observe un pic tous les quatre ans. En témoigne, par exemple, la courbe des instruments de la démocratie directe cantonale soumis au verdict populaire depuis 1990. Parmi eux, 71 initiatives, avec résultat positif dans 15 cas, et 96 référendums comptant  26 cas de réussite (refus des lois votées).  

Le millésime 2009 ne faillit pas à la tradition. Sous réserve de surprise des derniers jours de campagne, ce ne sont pas moins de cinq initiatives qui ont été lancées, avec des chances d’aboutissement a priori inégales.

Par le parti socialiste qui réclame des allocations familiales « dignes de ce nom ». En oubliant primo que leur coût pour les employeurs a été augmenté au début de 2009, et que, secundo, les salaires sont plus élevés dans ce canton que dans ceux qui offrent des allocations familiales plus généreuses. Le PS est-il conscient que le principe des vases communicants s’applique aux salaires comme aux expériences des laboratoires de physique ?

Par le MCG qui lutte « pour la dignité des personnes âgées indépendantes ». Mécontent d’une loi qui ne vise qu’à sécuriser la gestion des EMS, voilà ce mouvement instrumentalisé par plus démagogue que lui.

Par l’UDC qui se souvient de l’idée d’une enjambée de la Rade. Au risque sinon de faire couler le projet d’une traversée du Lac, du moins de n’obtenir aucune participation fédérale.

Par un comité regroupant une partie des taxis genevois qui part du principe qu’on n’est jamais si bien servi que par soi-même et exige « un véritable service public et des taxis enfin égaux et moins chers ». En attendant le projet de loi du Conseil d’Etat, et dans la foulée de celui de l’UDC, la saga des taxis continue.

Par la liste Grobet et associés, faite de compagnons de route du troisième âge, de proches des squatters et autres défenseurs d’une Genève cacochyme et souffreteuse, qui veut maintenir – évidemment maintenir – voire rétablir « les prestations des établissements publics médicaux ». Sans en démontrer le moins du monde la nécessité. En clair, à ma droite, la direction des HUG a prouvé aux Genevois que l’on pouvait réussir l’épreuve d’une gestion efficiente du secteur de la santé,  mais, à ma gauche, Christian Grobet et ses groupies rêvent d’augmenter d’environ 700 le nombre d’employés des HUG. Juste pour dépenser une centaine de millions de francs. Pour les premiers, c’est les soignants au service des patients, pour les seconds, c’est le contribuable au service de la fonction publique.

Au peuple de se prononcer le cas échéant, si chacun de ces objets recueille 10 000 signatures. Espérons qu’il fasse preuve d’un esprit sélectif. Comme le 27 septembre au sujet de la nouvelle loi fiscale (LIPP) ou de l’OMC, pour les seuls  habitants de la Ville. Ou comme le 29 novembre, où ce seront des référendums concernant la complémentarité des moyens de transport (CEVA, traversée de Vésenaz) et l’aménagement de la Genève du 21ème siècle (le PAV) qui viendront animer le Landernau. De vrais objets scructurants pour l’avenir de la République.

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 25 septembre 2009)



[1] Voir, pour plus de détails pratiques,  http://www.grhc.info/archives/documents/anneehannetons.pdf.

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Commentaires

Cher monsieur Weiss,

Je suis une jeune femme de 27 ans et je suis sur la liste Grobet. Je ne suis pas communiste, ou si vous préférez une "extrêmiste de gauche". Je défend la libre entreprise et les idées libérales qui ont émergé au 18ème et au 19ème siècle comme la liberté, l'individualisme, les droits de l'homme, la liberté d'expression, qui sont à l'origine du fonctionnement démocratique actuel.

Cela dit je suis contre les théories néo-libérales qui visent à démonter l'État et les services publics. Ça ne peut, à long terme, que nuire à toute la population, tant aux gens fortunés qu'aux gens les plus pauvres. L'État ne peut être rentable que gràce aux impôts, et votre parti, le Parti Libéral, depuis 10 ans, mène une politique de baisse des impôts, au service de qui ? contrairement à ce que vous dites, certainement pas aux patients de l'Hôpital public de Genève, ni d'ailleurs au reste de la population. La destruction de l'État, garant d'une certaine égalité entre les citoyens, ne réussira qu'à appauvrir la majorité de la population. Rappelez-vous qu'il n'y a rien de plus à craindre qu'une population appauvrie et en colère. (Quelques petits exemples au cas où vous auriez un blanc : Révolution française, Commune de Paris, mais aussi le Nazisme et le Fascisme). Je pense qu'en plus d'économie vous devriez de temps en temps ouvrir un livre d'histoire, ça peut être instructif.

Laisser-moi désormais en tant que membre de la liste Grobet, contredire vos idées concernant notre initiative pour les HUG.

Questions :

1. Faut-il sérieusement "démontrer la nécessité" d'avoir des hôpitaux publics bien subventionnés ?

2. En période de crise et de chômage, n'est-ce pas positif que de vouloir distribuer 700 emplois plutôt que de continuer à renvoyer des gens ? Je vous rappelle juste que les gens aux chômage consomment peu, et ne peuvent pas payer d'impôts. J'espère ne rien vous apprendre. Vous êtes heureux quand une entreprise privée parvient à créer des emplois, qu'avez-vous contre le fait que l'État crée des emplois ? N'est-ce pas de l'efficience ?!

3. D'ailleurs, la "gestion efficiente" ! Vous citez le terme magique ! Je suis tout à fait d'accord avec cette idée que l'État doit être soumis à une gestion "efficiente". Mais je pense que nous ne partageons pas la même idée de l'efficience. Votre parti, le parti Libéral, préconise une baisse d'impôt (votations du 27 septembre) qui ne vise qu'à appauvrir l'État et enrichir les contribuables les plus aisés, de quelle efficience parlez-vous exactement ?

4. L'idéologie que vous défendez est sans conteste l'idéologie néo-libérale en place depuis bientôt 30 ans, Reagan et Thatcher, etc... et qui démontre en ce moment même à travers la crise actuelle à quel point elle ne fonctionne pas. Je me demande alors sérieusement, d'entre vous et moi, qui défend les idées les plus "cacochymes" et les plus "souffreteuses" ?


Toujours heureuse de pouvoir susciter le débat et profiter de ce merveilleux droit qu'est la liberté d'expression, je vous remercie de votre attention.

À vous,

Sophie Scheller

Liste n°8 pour le Grand Conseil.

Écrit par : Sophie Scheller | 24/09/2009

....les hannetons ne sont ni gluants ni puants.



Ah, le désir de romancer la moindre chose pour en faire une "image", une sorte de parabole que l'on peut utiliser pour faire avancer ses propres théories....la vérité ne suffit-elle pas?

Écrit par : légensontétranges | 24/09/2009

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