01/10/2009

Libéralisme économique et smartvote, ou comment voter futé

Comment choisir un parti ? A l’approche d’une élection, cette question classique pour tout citoyen reçoit une réponse moderne. Elle répond en Suisse, depuis le début de ce millénaire, au doux nom de smartvote[1]. Certes imparfait, un brin réducteur aussi, cet outil, disponible sur internet uniquement, représente une amélioration indéniable de la panoplie des moyens qu’a le citoyen de s’informer. Et notamment de vérifier si ce que promettent les partis est cohérent. Y compris avec les réponses de leurs candidats. Une élection, c’est souvent l’occasion de promettre la lune et le soleil en même temps…

Smartvote s’ajoute ainsi aux efforts civiques des médias traditionnels, aux conversations entre amis ou en famille. Il offre surtout l’avantage de comparer les différences parfois subtiles, voire les oppositions fondamentales de l’offre politique. Bref, en améliorant la transparence, il permet de voter futé. Certains utilisateurs l’utilisent même pour se confectionner une liste sur mesure.

Et voter futé, pour tout entrepreneur, c’est savoir ou vérifier qui est favorable à l’économie de marché, à une politique fiscale mesurée, à des finances publiques obéissant à une gestion efficace, économe et efficiente. Petit voyage en smart…vote pour découvrir ce qu’il en est à Genève, à j-9 des résultats du futur Grand Conseil.

En six questions – sur un total de 57 que comporte le questionnaire, allant de la politique des migrations à l’éthique, de la justice à l’environnement – les contours du libéralisme à la sauce smartvote sont tracés. Etes-vous favorable, plutôt favorable, plutôt défavorable ou défavorable à la privatisation de certains services publics ? à l’initiative sur les salaires abusifs ? à la nouvelle loi sur le chômage ? à favoriser des producteurs locaux, quitte à payer plus cher ? à un salaire minimum ? à l’assouplissement des horaires dans les magasins ?

D’un clic, le classement des partis saute aux yeux. Les libéraux remportent, sans surprise, la palme du libéralisme économique avec un score de 70. Le contraire eût été inquiétant ! Ils sont suivis de près par les radicaux (64), puis par les UDC et les PDC (52). En revanche, les Verts (24) et surtout les Socialistes (9) et Solidarités (4) se caractérisent par leur non-libéralisme économique, voire par leurs préférences pour un système d’économie étatisant, dirigiste, protectionniste, en somme, pour un régime de contraintes pesant sur le chef d’entreprise.

L’exercice pourrait paraître superficiel à certains. A cela, les réponses aux questions portant sur la fiscalité et les finances publiques apportent un démenti. Le secret bancaire, les baisses d’impôt, la concurrence fiscale, les forfaits fiscaux, le Personal-Stop dans les administrations publiques sont autant d’indicateurs complémentaires d’une conception libérale de l’Etat. Des réponses données, il en ressort un resserrement de l’écart entre libéraux (75) et radicaux (72) dont les candidats partagent à l’évidence la même vision de l’économie et de la fiscalité : ils sont suivis par les démocrates du centre (61) creusant un peu l’écart d’avec des démocrates-chrétiens plus centristes (53). Quant aux partis de gauche, leurs scores marquent encore plus clairement leur étatisme glouton.  

Pique pour la route. Presque tous les partis se sont prêtés, prou plus que peu, à l’épreuve de la vérité à la sauce smartvote. Seules exceptions, le MCG et la liste des aînés. Les conducatori Stauffer et Grobet n’ont vraisemblablement pas donné à leurs suivants l’autorisation de s’exprimer. La transparence n’est probablement pas leur vocation. Pas besoin d’être futé pour s’en douter.

(A paraître dans Entreprise romande du 2 octobre 2009)

09:48 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Pour avoir participé au sondage smartvote, j'ai trouvé qu'il pêchait dans certains points de son analyse. En effet, les projets présentés dans certaines catégories sont fortement politisées et se concentrent parfois trop sur les évènements médiatisés plutôt que sur le fond.

Maintenant directement sur votre post, si vous prenez le temps de lire les chapitres Economie et Etat/Gouvernance des Verts que je connais bien pour en avoir coordonné la rédaction, vous y trouverez de nombreux éléments qui ne reflètent pas à 100% "un système d’économie étatisant, dirigiste, protectionniste, en somme, pour un régime de contraintes pesant sur le chef d’entreprise". Même si l'Etat doit jouer son rôle de régulateur dans certains domaines, il est aussi un partenaire des entreprises dans l'évolution de leur rôle dans la société.

Je citerais à titre d'exemple des propositions d'incitation à la Responsabilité Sociale et Environnementale des Entreprises ainsi que la notion de subsidiarité de l'Etat, des Entreprises et des Associations sur de nombreux domaines.

Aurore Bui

Écrit par : Aurore Bui | 01/10/2009

Cher M. Weiss, quel dommage de voir un élu de votre trempe accorder une telle importance à ce logiciel mal fichu et peu crédible! Pas besoin d'un logiciel, fût-il nommé "vote intelligent" pour savoir qu'à gauche, on se range plutôt dans le camp des "étatistes gloutons" (certains diront plutôt: partisans d'un Etat fort et de la redistribution des richesses) et qu'à droite on est plutôt "favorable au libéralisme économique" (certains diront plutôt: partisans du chacun-pour-soi, de la privatisation des bénéfice et de la socialisation des pertes).

Voici quelques commentaires sur "smartvote", qui datent certes des élections cantonales vaudoises de 2007, mais qui gardent à mon avis une certaine pertinence:
http://www.schwaab.ch/archives/2007/02/18/proces-smartvote-%C2%AB24heures%C2%BB-prend-la-defense-du-%C2%ABvote-intelligent%C2%BB/
http://www.schwaab.ch/archives/2007/02/07/smartement-votre%E2%80%A6-carnet-de-campagne-iii/

Cordialement

JCS

Écrit par : Jean Christophe Schwaab | 01/10/2009

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