08/10/2009

L’EPFZ a classé les collèges; le début de la fin d'un tabou

Les écoles polytechniques et certaines universités suisses comptent parmi les meilleures d’Europe et même du monde. La publication de classements internationaux[1], évidemment perfectibles, attire l’attention sur elles de la part des futurs étudiants d’ici et d’ailleurs, qui en font un critère de choix du lieu de leurs études supérieures.

Les pouvoirs publics sont amenés à les prendre en considération, à l’heure du développement des contrats de prestation. Les entreprises aussi, qui établissent des partenariats, notamment en matière de recherche. Les institutions classées enfin y trouvent motif à s’améliorer. Bref, la concurrence, cela vaut aussi entre et pour les haute écoles. Mais pas seulement pour elles.  

         Car ce qui serait utile voire bénéfique pour une partie du système de formation serait-il tout à coup inutile sinon nocif pour une autre partie ? La transparence des uns devrait-elle s’accompagner de l’opacité des autres ? Les jugements objectifs aller de pair avec les préjugés ? C’est pourtant dans ces paradoxes que semblent se complaire des directeurs de collèges et lycées classés, mal pour certains, bien pour d’autres, par une étude récente de l’EPFZ[2]. Une étude qui a donné lieu à plus de deux cents articles de presse, essentiellement en Suisse alémanique, et à des discussions internes aux collèges sans fin. Mais pas sans effets.

Il y avait de quoi. Pour des notes de maturité oscillant à grande proximité de 4,8/6, les notes à l’examen de base, à l’issue de la première année du poly, s’étalent entre 3,5 et 4,5 lorsque les étudiants du poly de Zurich sont classés selon les collèges où ils ont accompli leurs études secondaires.

         Pour sortir de la polémique stérile, Economiesuisse a voulu en savoir plus sur les leçons tirées par les collèges de ce classement. En avril 2009, 129 ont donc été interrogés, et 81 d’entre eux ont répondu. Les résultats sont édifiants[3]. En effet, nouveau paradoxe, même si les collèges sont en majorité opposés à la publication de ces classements – un tiers y est toutefois favorable –, une moitié n’en a pas moins pris des mesures afin d’améliorer sa position. Et encore plus quand le classement est mauvais. Et là, ce sont les deux tiers des gymnases mal classés qui déclarent vouloir s’améliorer.

On peut conclure à une reconnaissance implicite, au moins partielle, de la validité de la démarche, quelles que soient les critiques. Car de deux choses l’une : soit le classement n’a pas de sens, et rien ne doit être changé à la qualité de l’enseignement offert. Soit, si des mesures sont prises pour l’améliorer à la suite de la publication du classement, c’est qu’il en a un. 

         Certes, les reproches faits à ce classement méritent d’être entendus. Certains gymnases bénéficient d’une sélection positive du fait de leur localisation. Les milieux sociaux, et notamment la part des élèves migrants, souvent excellents dans l’enseignement post-obligatoire au demeurant, n’y sont pas identiques. Ce qui nourrit des préjugés auprès des parents comme des élèves. Car le niveau final, à l’examen de maturité, n’est pas identique.

Outre les notes, les attitudes face à l’enseignement, les motivations à continuer des études peuvent différer. Les étudiants choisissant les EPF ne sont pas nécessairement représentatifs de leurs camarades choisissant d’autres voies ; d’ailleurs, le collège n’a pas pour vocation de ne préparer ses élèves qu’au poly. De plus, fréquenter une EPF implique des efforts différents si l’on est originaire du canton de Zurich ou du fin fond des Grisons.

Il n’empêche. Les résultats sont bel et bien différents selon les établissements de formation. Alors que faire pour répondre à ces critiques ? Tout simplement étendre à l’ensemble des hautes écoles, HES comprises, les études de réussite selon l’établissement de formation. Plutôt que de limiter la comparaison, de la biaiser éventuellement, autant la généraliser en prenant en considération tous les collèges du pays, romands et donc genevois compris. Du coup, la plupart des critiques tombent. Quant à la question du milieu social, les techniques d’analyse permettent d’en contrôler l’incidence.

         Qu’on le regrette ou qu’on s’en félicite, les comparaisons font partie de la vie. La recherche de la qualité est au cœur même du projet éducatif comme du projet entrepreneurial. Les hautes écoles le savent. C’est dorénavant aux collèges de prendre cette voie. Dans certains cantons, cela s’est déjà fait. Mais les résultats y sont à ce jour considérés comme des secrets-défense. Cette posture défensive ne doit plus avoir cours. Une fuite est si vite arrivée…

(A paraître dans Entreprise romande du 9 octobre 2009)



[1] Ces classements sont disponibles sur le site www.universityrankings.ch fait par le Secrétariat d’Etat à l’éducation et à la recherche et la Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS). Les méthodologies utilisées y sont expliquées.

[2] „Maturanoten und Studienerfolg, eine Analyse des Zusammenhangs zwischen Maturanoten und der Basisprüfung an der ETH Zürich“. Décembre 2008-janvier 2009.

[3] « Les gymnases réagissent à une étude de l’EPFZ : les classements dans le secteur de l’éducation sont efficaces ». Economiesuisse, Dossier politique, n°17, 6 juillet 2009.

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Commentaires

En cherchant un peu, on trouve cette étude de l'EPFZ disponible en téléchargement:

http://edudoc.ch/record/30558

Écrit par : PtitSuisse | 08/10/2009

Classer uniquemnet les étudiants sans comparer les conditions de formation ne nous avance pas beaucoup. On peut comparer les résultats en Mathématiques avec les Coréens qui ont parfois plus de 16 heures de maths par semaine... Ce que ce classement de l'EPFZ ne dit pas,c'est quels étudiants avaient des options Mathématiques et Physique II, ni combien de temps ces étudiants avaient un enseignement gymnasial. Je suis donc heureuse de penser que vous, Monsieur Weiss, allez soutenir les crédits pour l'enseignement public à Genève afin que le canton ne soit plus à la lanterne des cantons en ce qui concerne le nombre d'heures d'enseignement dispensées. Avec mes meilleurs messages. M.Sobanek

Écrit par : Marion Sobanek | 08/10/2009

oui, l'enquête informe aussi sur les profils suivis (math-physique et langues anciennes sont les meilleurs, droit et économie les plus mauvais).

Écrit par : pierre weiss | 08/10/2009

@Marion Sobanek,
En effet, M. Weiss a raison quand il dit que l'étude démontrait que les collégiens ayant choisi maths et physique "fort" ou les langues anciennes, avant tout le grec, avaient les meilleurs résultats après une année d'étude à l'EPFZ.
Au sujet des conditions de formation: en suisse allemande il est plus difficile de rentrer au collège qu'à Genève, cela c'est un fait (il y a partout des examens d'admission et les normes sont plus sévères). Les nombres d'heures d'enseignement sont plus ou moins les mêmes qu'à Genève.
Une chose encore, les collèges genevois n'ont pas participé à cette étude, par manque "de temps", semble-t-il. Cette question avait été évoqué à la CIP.
Personnellement je pense que les raisons étaient autres...
Nous savons tous que nos collégiens (qui avaient par aillerus d'excellents résultats à la maturité) peinent énormément en 1ère année à l'EPFL, et certains retournent même envers leurs anciens enseignants de maths par exemple, pour se plaindre de la mauvaise préparation.
EN sciences, dans nos collèges il y a un énorme problème, les exigences sont tout simplement pas assez élevées.
Et cela commence déjà au CO.

Genève se vante souvent avoir le taux le plus élevé de jeunes ayant une matu en poche, mais à quel prix ? Et puis où sont les statistiques au sujet de la suite de leurs études universitaires réussies ????

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 08/10/2009

aucun collège ou gymnase de cantons uniquement francophone n'est concerné par l'étude de l'epfz, en raison du nombre trop faible d'étudiants concernés (pour Genève, une vingtaine).

Écrit par : pierre weiss | 09/10/2009

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