30/10/2009

SIG et les frontaliers: Stauffer ment ou a la mémoire courte

Les frontaliers, tels des cafards, seraient partout. Voilà le message qu'Eric Stauffer aimerait accréditer. Dans la Tribune de Genève du 28 octobre 2009, il prétend qu'à SIG, "presque 50% du personnel est frontalier". Si le chiffre n'a pas été vérifié par la Tribune, son journaliste rappelle que, récemment, le même aspirant au Conseil d'Etat s'était lourdement trompé quant au chômage des infirmières à Genève.

Alors, qu'en est-il ? La réalité, à SIG, ne correspond tout simplement pas à la paranoïa xénophobe du co-chef du MCG. Sauf si presque 5% = presque 50% ...

Selon des données valables au 1er octobre 2009, SIG compte 1703 collaborateurs. Sur ce total, les frontaliers français sont au nombre de 83, soit 4,9% du total du personnel ! On peut, par souci de présenter un tableau complet de l'"invasion", ajouter les autres étrangers (10 personnes, soit 0,6% du total).  Mais même si on prend en considération les frontaliers suisses, qui sont 176 (10,3% de l'entreprise), on ne dépasse pas 16% (15,8%, pour être précis).  

Cinq n'égale donc pas cinquante, sauf en base staufférienne. Alors de deux choses l'une. Soit E. Stauffer a déjà oublié des informations qu'il aurait dû demander, en sa qualité d'administrateur de SIG prétendant défendre les intérêts des travailleurs genevois face aux frontaliers français, avant d'être destitué de son mandat. Et cela ne peut manquer d'inquiéter sur le sérieux de ce candidat à l'exécutif du canton. Soit il ment effrontément, en appliquant la règle: "plus c'est gros, plus ça marche auprès des gogos". Sa réponse ne manquera pas d'intéresser les Genevois.

Au passage, puisque les médias semblent avoir peu de temps ou peu d'intérêt pour décortiquer ce qu'Eric Stauffer affirme avec un applomb de (boni-)menteur, j'ai décidé de vérifier dorénavant ses dires dans les domaines de l'emploi et du chômage et de dénoncer le cas échéant ses erreurs, sinon ses mensonges. Du pain sur la planche...

Prochain épisode : les TPG et les frontaliers.  

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15/10/2009

L'effet répétition est un succès pour les milieux économiques

Répétez, répétez, il en restera toujours quelque chose. Telle a été au fond la maxime mise en œuvre avec systématique par les milieux économiques - dont la FER Genève - à l’occasion des toutes fraiches élections au Grand Conseil. Leur succès incontestable, surtout en comparaison de certaines autres listes professionnelles, s’explique. Il oblige aussi, au regard des enjeux de la prochaine législature, dont le premier est de faire prévaloir la raison sur la démagogie. Il met enfin en évidence le rôle mineur des appuis donnés par des associations souhaitant vérifier par questionnaire les affinités électives des candidats. 

L’appel à un engagement « responsable » ou encore « citoyen » de la société dite civile – par opposition à la société militaire ?... – est régulièrement lancé. La gauche s’en délecte. La droite lui donne dans ce scrutin une réponse sans la moindre ambiguïté.

En appliquant avec une cohérence quasiment sans faille un soutien croisé à leurs représentants, les milieux économiques rappellent certes que l’union fait la force. Le succès rencontré témoigne aussi de l’importance d’un réseau de membres nombreux et soudés à la fois, deux conditions cumulatives.

Celles-ci s’ajoutent à l’évidence à la personnalité des candidats que ces membres perçoivent comme leurs. A des actions passées aussi qui répondent de leur cohérence voire de leur courage à adopter des positions claires lorsque les circonstances ou l’intérêt supérieur de la République l’exigent. L’aménagement du territoire fait de grands projets urbanistiques, dont le PAV, et d’infrastructures de transport, comme le CEVA ou la traversée du Lac, les réformes de la fiscalité, de la formation, de la fonction publique en sont quelques exemples. La poursuite de ces objectifs bénéficiera de l’engagement et des convictions de députés élus pour promouvoir une certaine idée de Genève et de son développement. 

On est donc loin de l’image des pantins « sous influence » comme aimeraient à le faire accroire les critiques des lobbies (GHI du 8.10.2009). Des critiques qui contribuent au discrédit des corps intermédiaires de la société. Au profit de qui ? Poser la question, c’est donner la réponse que les urnes ont affichée. C’est dire au passage que la tâche des élus des milieux économiques sera de donner des réponses factuelles, argumentées, aux déclarations à l’emporte-pièce, aux propos infondés, aux généralisations abusives, voire aux accusations mensongères dont le tribun du MCG s’est fait le spécialiste[1].

Les milieux économiques ne sont pas les seuls à avoir enregistré des succès électoraux. Certaines associations professionnelles font au moins aussi bien. Par exemple l’Association des médecins de Genève, avec sept élus sur neuf candidats, dont certains ont bénéficié de l’avantage d’être salariés des HUG. Les policiers seront aussi représentés par sept élus, dont cinq dans les rangs du seul MCG. Une corporation qui se caractérise non tant par ses consignes de soutien que par celles de biffage. Cette présence massive de fonctionnaires d’autorité soulève au passage certaines questions auxquelles le Parlement devra répondre concrètement, sans attendre les résultats des réflexions de la Constituante. Surtout si le peuple les rejetait.

En revanche, les enseignants font preuve d’un moindre esprit de corps – ou leurs associations d’une moindre influence. Quant à l’Ordre des avocats, avec cinq élus sur treize candidats, il témoigne de l’individualisme viscéral de ces indépendants par excellence. Il évitera au moins la critique d’un Parlement aux mains des juristes. Quant à savoir si la qualité des lois y trouvera son compte…

(Paru dans Entreprise romande du 16 octobre 2009)



[1] Prétendre, pour ne prendre que cet exemple (L’Illustré du 14 octobre 2009), que 80 jeunes diplômés infirmiers sur 100 sont au chômage tient ainsi de l’affabulation pure et simple. A fin septembre 2009, l’Office cantonal de l’emploi (OCE) ne comptait pas plus de dix chômeurs recensés en tant qu’infirmiers ou soignants à domicile. Mais il est vrai que le vainqueur de ces élections applique avec constance une autre maxime : « mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose ».

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13/10/2009

La rigueur, toute !

Face à la nouvelle configuration du Grand Conseil, le respect de l'Etat de droit s'impose plus que jamais. Ivre de sa victoire - ou ignorant des dispositions formelles ? -, le co-chef du MCG - l'autre, transfuge du PDC, se tait encore - entend déjà tordre la loi en exigeant des sièges en commissions quand la simple arithmétique les lui refuse. Certes, il serait tentant de les lui accorder, pour voir le mésusage qui en serait fait, mais la démocratie n'est pas un jeu, et ses règles ne sont pas un chiffon de papier. Ce sera donc la rigueur, toute, qui devra régir l'attribution du nombre de sièges. Une rigueur qui n'en attribuera donc que deux au MCG, qui permettra à l'Entente de continuer à en détenir sept, à l'UDC de n'en avoir plus qu'un - le tout permettant une solide majorité de droite, du moins en théorie - et à l'Alternative d'en recevoir cinq, sans changement.

Au passage, ajoutons, pour passer de la forme au fond, que cet esprit de rigueur continuera d'inspirer ceux qui n'ont eu de cesse de s'élever contre son absence dans la gestion de l'Etat. Il est inutile de revenir aujourd'hui sur les exemples de dérapages que la commission des finances a réussi à éviter, sous l'impulsion le plus souvent des libéraux. 

Il vaut toutefois la peine de relever que l'engagement personnel manifesté par certains députés a trouvé un encouragement supplémentaire dans les résultats des élections du Grand Conseil de 2009. Face aux manoeuvres d'intimidation, dans la rue ou les blogs, la réponse s'inspirera de valeurs qui résistent à la démagogie. Elles ont pour noms courage, cohérence, équité, et aussi sens de l'Etat. Et s'il le faut, elles seront répétées à ceux qui entendraient s'en affranchir.

Quant aux compromis nécessaires, parfois, pour faire une majorité, ils ne pourront se faire que sur la base de positions de départ claires et après discussions sans compromissions. Comme dans n'importe quelle négociation entre partenaires sociaux. Car on ne peut plus négocier ce que l'on déjà abandonné comme position de départ. Donc rigueur dans la méthode aussi, évidemment. Cela peut ne pas plaire, mais, dans le long terme, c'est la seule manière convaincante de démontrer et la force d'une conviction, et la justesse d'une ligne. On ne fait pas de la politique pour être aimé, on en fait pour promouvoir une vision de la société. Une société de liberté, de responsabilité et de solidarité. Et si, à l'arrivée de l'étape, au jour du jugement ...populaire, on est confirmé dans son mandat, c'est là la plus belle des satisfactions.

Merci donc à tous ceux qui me permettent de continuer à mettre en oeuvre une politique de rigueur, encore plus nécessaire en période difficile. Une rigueur qui n'exclut pas l'humanité, au contraire. Car sans rigueur, il n'y a plus de justice possible dans les arbitrages fatalement nécessaires entre politiques publiques. Une rigueur qui rend possible l'innovation, les réformes, l'adaptation aux besoins d'une société qui change, dans laquelle les décisions nécessaires d'hier peuvent parfois se transformer en contraintes superflues pour demain. C'est dans cet esprit qu'il conviendra d'aborder les réformes et propositions législatives qui marqueront cette nouvelle législature. Sans jamais en négliger et les coûts, et l'efficience. Gageons qu'il pourrait y avoir du sport, dès le départ !    

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08/10/2009

L’EPFZ a classé les collèges; le début de la fin d'un tabou

Les écoles polytechniques et certaines universités suisses comptent parmi les meilleures d’Europe et même du monde. La publication de classements internationaux[1], évidemment perfectibles, attire l’attention sur elles de la part des futurs étudiants d’ici et d’ailleurs, qui en font un critère de choix du lieu de leurs études supérieures.

Les pouvoirs publics sont amenés à les prendre en considération, à l’heure du développement des contrats de prestation. Les entreprises aussi, qui établissent des partenariats, notamment en matière de recherche. Les institutions classées enfin y trouvent motif à s’améliorer. Bref, la concurrence, cela vaut aussi entre et pour les haute écoles. Mais pas seulement pour elles.  

         Car ce qui serait utile voire bénéfique pour une partie du système de formation serait-il tout à coup inutile sinon nocif pour une autre partie ? La transparence des uns devrait-elle s’accompagner de l’opacité des autres ? Les jugements objectifs aller de pair avec les préjugés ? C’est pourtant dans ces paradoxes que semblent se complaire des directeurs de collèges et lycées classés, mal pour certains, bien pour d’autres, par une étude récente de l’EPFZ[2]. Une étude qui a donné lieu à plus de deux cents articles de presse, essentiellement en Suisse alémanique, et à des discussions internes aux collèges sans fin. Mais pas sans effets.

Il y avait de quoi. Pour des notes de maturité oscillant à grande proximité de 4,8/6, les notes à l’examen de base, à l’issue de la première année du poly, s’étalent entre 3,5 et 4,5 lorsque les étudiants du poly de Zurich sont classés selon les collèges où ils ont accompli leurs études secondaires.

         Pour sortir de la polémique stérile, Economiesuisse a voulu en savoir plus sur les leçons tirées par les collèges de ce classement. En avril 2009, 129 ont donc été interrogés, et 81 d’entre eux ont répondu. Les résultats sont édifiants[3]. En effet, nouveau paradoxe, même si les collèges sont en majorité opposés à la publication de ces classements – un tiers y est toutefois favorable –, une moitié n’en a pas moins pris des mesures afin d’améliorer sa position. Et encore plus quand le classement est mauvais. Et là, ce sont les deux tiers des gymnases mal classés qui déclarent vouloir s’améliorer.

On peut conclure à une reconnaissance implicite, au moins partielle, de la validité de la démarche, quelles que soient les critiques. Car de deux choses l’une : soit le classement n’a pas de sens, et rien ne doit être changé à la qualité de l’enseignement offert. Soit, si des mesures sont prises pour l’améliorer à la suite de la publication du classement, c’est qu’il en a un. 

         Certes, les reproches faits à ce classement méritent d’être entendus. Certains gymnases bénéficient d’une sélection positive du fait de leur localisation. Les milieux sociaux, et notamment la part des élèves migrants, souvent excellents dans l’enseignement post-obligatoire au demeurant, n’y sont pas identiques. Ce qui nourrit des préjugés auprès des parents comme des élèves. Car le niveau final, à l’examen de maturité, n’est pas identique.

Outre les notes, les attitudes face à l’enseignement, les motivations à continuer des études peuvent différer. Les étudiants choisissant les EPF ne sont pas nécessairement représentatifs de leurs camarades choisissant d’autres voies ; d’ailleurs, le collège n’a pas pour vocation de ne préparer ses élèves qu’au poly. De plus, fréquenter une EPF implique des efforts différents si l’on est originaire du canton de Zurich ou du fin fond des Grisons.

Il n’empêche. Les résultats sont bel et bien différents selon les établissements de formation. Alors que faire pour répondre à ces critiques ? Tout simplement étendre à l’ensemble des hautes écoles, HES comprises, les études de réussite selon l’établissement de formation. Plutôt que de limiter la comparaison, de la biaiser éventuellement, autant la généraliser en prenant en considération tous les collèges du pays, romands et donc genevois compris. Du coup, la plupart des critiques tombent. Quant à la question du milieu social, les techniques d’analyse permettent d’en contrôler l’incidence.

         Qu’on le regrette ou qu’on s’en félicite, les comparaisons font partie de la vie. La recherche de la qualité est au cœur même du projet éducatif comme du projet entrepreneurial. Les hautes écoles le savent. C’est dorénavant aux collèges de prendre cette voie. Dans certains cantons, cela s’est déjà fait. Mais les résultats y sont à ce jour considérés comme des secrets-défense. Cette posture défensive ne doit plus avoir cours. Une fuite est si vite arrivée…

(A paraître dans Entreprise romande du 9 octobre 2009)



[1] Ces classements sont disponibles sur le site www.universityrankings.ch fait par le Secrétariat d’Etat à l’éducation et à la recherche et la Conférence des recteurs des universités suisses (CRUS). Les méthodologies utilisées y sont expliquées.

[2] „Maturanoten und Studienerfolg, eine Analyse des Zusammenhangs zwischen Maturanoten und der Basisprüfung an der ETH Zürich“. Décembre 2008-janvier 2009.

[3] « Les gymnases réagissent à une étude de l’EPFZ : les classements dans le secteur de l’éducation sont efficaces ». Economiesuisse, Dossier politique, n°17, 6 juillet 2009.

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01/10/2009

Libéralisme économique et smartvote, ou comment voter futé

Comment choisir un parti ? A l’approche d’une élection, cette question classique pour tout citoyen reçoit une réponse moderne. Elle répond en Suisse, depuis le début de ce millénaire, au doux nom de smartvote[1]. Certes imparfait, un brin réducteur aussi, cet outil, disponible sur internet uniquement, représente une amélioration indéniable de la panoplie des moyens qu’a le citoyen de s’informer. Et notamment de vérifier si ce que promettent les partis est cohérent. Y compris avec les réponses de leurs candidats. Une élection, c’est souvent l’occasion de promettre la lune et le soleil en même temps…

Smartvote s’ajoute ainsi aux efforts civiques des médias traditionnels, aux conversations entre amis ou en famille. Il offre surtout l’avantage de comparer les différences parfois subtiles, voire les oppositions fondamentales de l’offre politique. Bref, en améliorant la transparence, il permet de voter futé. Certains utilisateurs l’utilisent même pour se confectionner une liste sur mesure.

Et voter futé, pour tout entrepreneur, c’est savoir ou vérifier qui est favorable à l’économie de marché, à une politique fiscale mesurée, à des finances publiques obéissant à une gestion efficace, économe et efficiente. Petit voyage en smart…vote pour découvrir ce qu’il en est à Genève, à j-9 des résultats du futur Grand Conseil.

En six questions – sur un total de 57 que comporte le questionnaire, allant de la politique des migrations à l’éthique, de la justice à l’environnement – les contours du libéralisme à la sauce smartvote sont tracés. Etes-vous favorable, plutôt favorable, plutôt défavorable ou défavorable à la privatisation de certains services publics ? à l’initiative sur les salaires abusifs ? à la nouvelle loi sur le chômage ? à favoriser des producteurs locaux, quitte à payer plus cher ? à un salaire minimum ? à l’assouplissement des horaires dans les magasins ?

D’un clic, le classement des partis saute aux yeux. Les libéraux remportent, sans surprise, la palme du libéralisme économique avec un score de 70. Le contraire eût été inquiétant ! Ils sont suivis de près par les radicaux (64), puis par les UDC et les PDC (52). En revanche, les Verts (24) et surtout les Socialistes (9) et Solidarités (4) se caractérisent par leur non-libéralisme économique, voire par leurs préférences pour un système d’économie étatisant, dirigiste, protectionniste, en somme, pour un régime de contraintes pesant sur le chef d’entreprise.

L’exercice pourrait paraître superficiel à certains. A cela, les réponses aux questions portant sur la fiscalité et les finances publiques apportent un démenti. Le secret bancaire, les baisses d’impôt, la concurrence fiscale, les forfaits fiscaux, le Personal-Stop dans les administrations publiques sont autant d’indicateurs complémentaires d’une conception libérale de l’Etat. Des réponses données, il en ressort un resserrement de l’écart entre libéraux (75) et radicaux (72) dont les candidats partagent à l’évidence la même vision de l’économie et de la fiscalité : ils sont suivis par les démocrates du centre (61) creusant un peu l’écart d’avec des démocrates-chrétiens plus centristes (53). Quant aux partis de gauche, leurs scores marquent encore plus clairement leur étatisme glouton.  

Pique pour la route. Presque tous les partis se sont prêtés, prou plus que peu, à l’épreuve de la vérité à la sauce smartvote. Seules exceptions, le MCG et la liste des aînés. Les conducatori Stauffer et Grobet n’ont vraisemblablement pas donné à leurs suivants l’autorisation de s’exprimer. La transparence n’est probablement pas leur vocation. Pas besoin d’être futé pour s’en douter.

(A paraître dans Entreprise romande du 2 octobre 2009)

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