12/11/2009

CEVA ou la bataille du rail

         Œuvrer au développement de Genève pour les Genevois, pour qui est d’abord fait le CEVA, ou maintenir un réseau ferroviaire incomplet, au détriment tant de la qualité de vie de chacun que des besoins des entreprises. Tel est le véritable enjeu qui s’offre aux citoyens de ce canton appelés à trancher, d’ici au 29 novembre 2009, entre, d’une part, un projet réaliste et financé et, d’autre part, une esquisse irréaliste, sans le moindre appui officiel, dite du « barreau sud », qui est présentée abusivement comme un contre-projet. Le premier n’empêchera pas des améliorations ultérieures, comme une liaison directe entre Champel et Cointrin ; le second n’est en fait qu’un barreau dans les roues du futur RER, débouchant dans les champs de cardons de Bardonnex ! Comme prise en compte des intérêts des habitants de l’agglomération, on a vu mieux.

         La campagne sur le CEVA a tout d’une bataille du rail. Les protagonistes n’ont toutefois fourbi leurs armes que depuis que ce projet, qui remonte à 1912, a pris un tour concret. Recours et initiative se sont succédé depuis 2006, avec des succès divers pour les opposants. Qui mènent leur combat avec une énergie d’autant plus grande qu’ils avaient négligé les premières possibilités démocratiques de s’y opposer, notamment le vote d’un crédit par le Grand Conseil, en 2002.

Il faut dire que les promoteurs du CEVA ont pour eux non seulement la maîtrise technique du dossier, mais aussi l’appui tant de la Confédération que des CFF, auxquels s’ajoute celui des autorités françaises et de la SNCF. Chaque citoyen peut certes s’auto-désigner expert en transport.  Il est en revanche plus difficile de faire aboutir un projet d’envergure, reliant quarante gares, visant à un triplement du trafic régional actuel – de 15000 à 50000 passagers par jour – et bénéficiant d’un soutien de Berne à hauteur de 57% du total de la facture.

         L’argent, voilà d’ailleurs le nerf de cette bataille, c'est-à-dire le coût du futur RER genevois. Du montant estimé en 2002 sur la base des normes et exigences de 2000, soit 941 millions, la facture a grimpé à 1,479 milliard en 2009. Les raisons de cette augmentation ? Outre le renchérissement intervenu de 2000 à 2007, elle est due à des améliorations apportées au projet pour garantir, souvent à leur demande, la qualité de vie des voisins de la future ligne ainsi que la sécurité de cette dernière. D’où la facture attaquée par référendum de 113 millions. Au passage, la déflation de 2009 (-0,8%) devrait diminuer de 12 millions le coût du projet…

Le projet est contesté sur le fond, son coût aussi. Les référendaires qui s’y entendent à merveille pour multiplier les surcoûts - dont ils portent partiellement la responsabilité - affirment qu’il serait de deux milliards. Est même invoqué un « projet de développement global (des lignes ferroviaires suisses ?) non soumis au peuple » pour soutenir que 20 milliards sont en jeu (TCS Genève, novembre 2009, p. 13).  A jongler avec les chiffres, à changer de focale, les opposants  se perdent dans les zéros !

Les citoyens doivent en fait savoir que la part cantonale se limitera à 642 millions (ou 43%) du montant total[1]. Et les chefs d’entreprise ne seront certainement pas insensibles au fait que les travaux mis en soumission en 2008 ont atteint 700 millions de francs. Des travaux qui n’auront pas l’inconvénient de gêner les automobilistes, contrairement à la construction des nouvelles lignes de tram, parce qu’ils se dérouleront en bonne partie en sous-sol.

Mais l’essentiel dépasse la querelle de chiffres, même si on ne résiste pas à souligner, par exemple, que le coût par kilomètre du CEVA ne sera que la moitié de celui de la dernière ligne du S-Bahn zurichois. L’essentiel, c’est que le CEVA, par ses ponts et tunnels, représente la liaison qui manque depuis le 19ème siècle entre les deux rives du canton. Et ce chainon manquant du réseau franco-valdo-genevois est à même d’apporter les qualités d’une liaison quatre fois plus rapide (80 km/h)que le tram si cher aux référendaires. Quant à son utilité pour les entreprises et leurs collaborateurs, elle est en proportion de son apport à un environnement plus sain.       

En réalité, son principal défaut, aux yeux des référendaires, est de donner à Genève une infrastructure qui fait les grandes villes, comme, en Suisse, Bâle ou Zurich. Et c’est probablement cela qui, au plus profond d’eux-mêmes, indispose les milieux passéistes opposés au CEVA. Genève a une fois déjà raté son rendez-vous avec sa région, en se recroquevillant sur elle-même au Traité de Vienne en 1815. Pour éviter à l’histoire de bégayer, pour façonner la Genève du 21ème siècle, le moment est donc venu de dire oui en toute clarté au CEVA.

 

(Editorial d'Entreprise romande du 13 novembre 2009)



[1] Soit un montant quasiment identique à celui de l’impôt à la source payé par les frontaliers (647 millions) pour les seules caisses cantonales en 2008.

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Commentaires

Bravo!

Écrit par : matthieu | 12/11/2009

Faisons de Genève une agglomération moderne! OUI au RER OUI au CEVA!
Il nous faut sortir des blocages, Genève ne peut se reposer sur ses lauriers! Elle doit innover, se dynamiser et montrer son visage ouvert et moderne.
Le CEVA mettra au centre-ville 5 gares en acier et verre, mettra en avant une architecture et un urbanisme de qualité, durable et esthétique, tout en permettant la construction de 1000 logement et des infrastructures publiques.
Nous ne pouvons rester dans le dernier wagon des agglomérations suisses, sans RER, sans réseau efficace de transports publics, au risque de devenir vraiment la risée de tous.
Construisons la Genève de demain, construisons le RER genevois, OUI AU CEVA!

Eric

Écrit par : Eric | 12/11/2009

Si j'ai bien compris, en 1815, c'est la peur des catholiques, accessoirement Savoyards et donc à l'époque italiens, qui avait conduit les Genevois à refuser l'annexion du Salève et de la Vallée de l'Arve jusqu'à Chamounii, que notre Congrès de Vienne leur offrait.
Aujourd'hui, ce sont des catholiques d'origine italienne, encore que l'un d'entre eux soit devenu musulman, qui mène la guerre contre l'extension de la région... et s'en prennent aux savoyards, devenus entretemps Français, qu'ils veulent bouter hors de Genève... Tout ceci me semble bien illogique et assez symptomatique de la stupidité de certaines frontières... Qui n'ont rien d'immuable... Preuve en est que de mon temps, on savait les faire valser...

Écrit par : Metternich | 12/11/2009

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