26/11/2009

La libre circulation n’est pas un jouet

         Une nouvelle initiative populaire, présentée ex abrupto, mi-novembre 2009, par un ex-conseiller fédéral démocrate du centre, pour dénoncer l’accord conclu avec l’Union européenne (UE) sur la libre circulation des personnes. Depuis le printemps, des motions, questions urgentes et autres interpellations d’élus fédéraux du même parti pour exiger en plus l’application de la clause de sauvegarde. Avec pour conséquence de revenir à l’époque des contingents de main-d’œuvre étrangère, dignes d’une économie planifiée. Un appel non voilé d’une conseillère fédérale socialiste aux entreprises pour embaucher en priorité des travailleurs « intégrés ». Dans certains cantons, la revendication d’une préférence cantonale pour éviter des engagements de frontaliers.

A n’en pas douter, l’aggravation conjoncturelle du chômage donne de la fièvre, accompagnée de cauchemars, à certains politiciens. Qui n’hésitent pas à jouer la détresse de certains contre l’avenir de tous, un avenir lié à la compétitivité des entreprises suisses. Car, paradoxalement, à suivre ces apprentis-sorciers, une partie importante des quelque quatre millions d’emplois qu’offre l’économie nationale serait en péril, et plus seulement une minorité en difficulté. En effet, un poste de travail sur trois dépend du commerce avec l’UE.  

Une seule réponse, complexe, s’impose. Regarder d’abord la réalité des faits en face : l’immigration s’essouffle avec la crise[1], le nombre de frontaliers diminue dans la région lémanique comme à Genève[2], le chômage touche nettement moins les travailleurs suisses[3]. Procéder ensuite à une pesée d’intérêts. Cette réponse, c’est celle des partenaires sociaux[4], dont la Fédération des entreprises romandes. C’est aussi celle des partis politiques qui assument leurs responsabilités[5]. C’est celle enfin du conseil fédéral. Qui a refusé, en mai 2009 et pour de bonnes raisons, d’actionner la clause de sauvegarde, une mesure qui purgerait le malade à la mode de Molière…

Son introduction équivaudrait au retour d’obstacles mis à la gestion des entreprises, en plus qu’en un signal négatif pour l’attractivité de l’économie suisse[6]. D’autant que, selon le conseil fédéral, ces engagements de collaborateurs étrangers ou frontaliers ne se sont pas traduits par l’éviction de collaborateurs « indigènes ».

Balayons aussi le fantasme de l’ouverture de nouvelles négociations avec Bruxelles. Durement arrachés, les Accords bilatéraux – une voie imposée par l’UDC à la suite du rejet par le peuple de l’Espace économique européen (EEE) – ont été acceptés par deux tiers des citoyens (et trois quarts des Genevois) en 2000. A deux autres reprises, en 2005, sur leur première extension aux pays d’Europe centrale et sur les Accords dits de Schengen-Dublin, et en 2009, sur leur extension à la Roumanie et à la Bulgarie, le peuple suisse a confirmé son appui à cette voie escarpée. Et l’on imaginerait qu’il soit désormais favorable à leur abrogation ? Qui croit surtout que l’UE serait disposée à augmenter le nombre et l’ampleur de ses concessions à la Suisse ? Il est en revanche certain que la dénonciation d’un seul des Accords équivaudrait à l’effondrement de l’ensemble de l’édifice.

La politique étrangère est matière difficile. Elle ne s’enseigne pas au Café du commerce. Elle inclut par exemple les négociations en cours avec l’UE sur la fiscalité et le maintien du secret bancaire. Elle doit intégrer, pour ne prendre que ces exemples, les enjeux liés à la sécurité continentale et au-delà ou encore à l’approvisionnement énergétique. Elle suppose aussi que la Suisse soit considérée comme un partenaire ferme, et non une girouette. Qu’elle soit, sur le plan interne, fidèle à sa réputation d’Etat de droit. Or la préférence nationale, cantonale ou municipale, tant qu’à faire, ne respecte pas les Accords avec l’UE.

Cela ne doit évidemment pas empêcher les employeurs, lors de chaque engagement, de procéder à un examen attentif, sous toutes leurs facettes, des candidatures que le marché de l’emploi leur propose. Tout responsable des ressources humaines sait toutefois que le niveau des compétences n’est pas suffisant ; l’appétence des candidats, leur volonté de décrocher un emploi et de le garder, bref, leur personnalité pèsent tout autant dans la balance.

Le temps de l’interdépendance est arrivé. Avec ses avantages, avec ses changements, dont certains peuvent être vécus comme des inconvénients et se traduisent même en drames individuels. Mais revenir à un âge d’or, en réalité celui d’une moindre prospérité générale, est irresponsable. C’est aussi l’expression d’une tentation réactionnaire. 

(Editorial à paraître dans Entreprise romande du 27 novembre 2009)



[1] En 2008, la population étrangère résidante permanente a augmenté de 76 916 unités. En 2009 (fin août), l’augmentation est de 48 088, selon les chiffres de l’Office fédéral des migrations. Détail piquant : Christoph Blocher se plaint de l’arrivée de travailleurs allemands (« mille chaque mois, en pleine récession »). A-t-il conscience que les retours des Serbes dans leur pays sont plus nombreux ? Selon la statistique des étrangers calculée par l’ODM à fin août 2009, il y a eu, par rapport à l’année précédente, 20 872 Allemands en plus, mais 21 617 Serbes en moins !

[2] Selon la Statistique de l’emploi de l’OFS, valable pour le 3ème trimestre 2009.

[3] Avec un taux de chômage qui a atteint 4% en octobre 2009 (2,9% pour les travailleurs suisses, soit 89961 personnes), le chômage de longue durée (plus d’une année) - qui est le drame véritable - ne concerne que 14% des chômeurs (22416 personnes) suisses et, là aussi, surtout étrangers peu formés.

[4] Lire, sur le site de l’USS www.uss.ch, « Pourquoi un chômage si important ? La cause n’est pas la libre circulation des personnes, mais une politique qui aggrave la récession », septembre 2009 ;

sur celui d’economiesuisse www.economiesuisse.ch « Juste renonciation à la clause de sauvegarde », communiqué du 25.05.2009 ;

sur celui de l’Union patronale suisse http://www.arbeitgeber.ch/f/webexplorer.cfm?ddid=82525CF9..., « Judicieuse renonciation à la clause de sauvegarde ».

[5] Lire sur le site du PLR www.plr-fdp.ch, FDP.Die Liberalen äussert sich zur Ventilklausel », communiqué n° 20 du 28.05.2009.

[6] Notamment pour l’engagement de personnel communautaire qualifié voire très qualifié, des infirmiers aux informaticiens en passant par les spécialistes financiers.

16:00 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | | |

23/11/2009

La vérité sur le nombre de frontaliers (suite), mais pas seulement...

Chose promise, chose due. J'avais annoncé à la fin d'octobre 2009 mon intention de fournir toutes les indications factuelles dont je pourrais disposer sur la présence des frontaliers dans les institutions publiques genevoises (voir "SIG et les frontaliers: Stauffer ment ou a la mémoire courte" http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2009/10/30/sig-et-...).

Voici aujourd'hui les résultats d'une moisson qui dépasse largement celle des SIG. Ils concernent l'Etat, les HUG, la FSASD, l'HG, les TPG et, pour mémoire, SIG. Ce ne sera pas la dernière de cette législature.

Mais avant les faits qui démentent évidemment les hallucinations xénophobes du n° 2 du MCG - le n° 1 étant dorénavant Mauro Poggia, un autre transfuge du parti libéral, mais aussi du PDC genevois et de la Démocratie chrétienne italienne réunis... - deux fois deux remarques sur le mensonge érigé en système de propagande.

Primo, il aura fallu l'étincelle de ma note, il aura fallu les démentis de François Longchamp concernant le chômage quasi-inexistant des infirmières formées à Genève, il aura fallu plusieurs articles bien sentis de la Tribune de Genève ("Comment Stauffer manipule les chiffres" http://www.tdg.ch/geneve/actu/stauffer-manipule-chiffres-..., avec éditorial à l'appui du rédacteur en chef titré "la stratégie du mensonge" d'Eric Stauffer et, adossé à lui, du MCG: http://www.tdg.ch/geneve/actu/editorial-strategie-mensonge-2009-11-04 ou encore "Eric Stauffer: ses chiffres chocs se révèlent en toc" http://www.tdg.ch/geneve/actu/eric-stauffer-chiffres-choc...). Bref, il aura fallu à un moment donné de la campagne sortir de la rhétorique qui permet toutes les affabulations pour rechercher la vérité des chiffres.

Secundo, cette vérité est toutefois mise en doute par Stauffer et consorts. Ils y voient le résultat d'une manipulation. Et pourquoi pas un complot, tant qu'à faire ? (Le même n'avait ainsi pas hésité à lier les dérives financières de certains EMS avec la présence de libéraux en leur sein... Etonnament, une publication de la FEGEMS, qui les fédère actuellement, n'avait fait mention, avant les élections au Grand Conseil, que de candidats d'autres partis. On connait des comploteurs plus influents !)

Ce déni de vérité porte un nom pour les psychologues sociaux: dissonance cognitive. Quand la réalité ne correspond pas à vos attentes, à vos préjugés, une stratégie d'adaptation consiste à la nier. Alors qu'il serait plus simple, et à l'évidence plus honnête, de la reconnaître. On peut toutefois penser qu'un certain nombre de citoyens, parmi les électeurs potentiels du MCG, ont été sensibles à ce retour sur le terrain des faits. D'autres ont pu penser qu'il est possible de mentir un jour, mais pas de mentir toujours. Quant aux citoyens les plus politisés et les moins biaisés, ils auront compris que, dorénavant, face aux déclarations du MCG, il fallait systématiquement procéder à un examen critique pour séparer l'éventuel bon grain de l'ivraie. Pour débusquer le mensonge et confondre les menteurs.

Mais le pire, le plus triste aussi, est de se mentir à soi-même. C'est à l'évidence le cas du "conducator gominé", tellement convaincu de ses propres mensonges qu'il se voyait déjà élu au Conseil d'Etat après les résultats de son mouvement aux élections au Grand Conseil. Lors d'un débat sur Radio Cité, je lui avais dit, en guise d'avertissement, que le seul pourcentage qui comptait, c'était d'avoir 33% des voix. Il en avait à ce point peu cure qu'il s'en allait déjà demandant aux autorités compétentes où serait sa place sur le podium du Conseil d'Etat à St-Pierre, le jour de la prestation de serment...

Plus inquiétant: il se promenait en annonçant que dès son entrée en fonction, des têtes tomberaient. Voilà qui laisse pantois. En fait, ce qui tombe, c'est le masque du vengeur peu au fait des us et coutumes des régimes démocratiques. Il est vrai que quand on aime la musique du "Parrain" (Tribune de Genève du 21.11.2009)...

Mais voici les données disponibles, brutes, telles que fournies aux députés de la commission des finances du Grand Conseil le 18 novembre 2009 et non contestées par ses membres, dont E. Stauffer.

Effectifs de l'Etat de Genève au 30.9.2009 : 15497 (100%)

Domiciliés à Genève : 13434 (86,7%)

Domiciliés dans d'autres cantons suisses : 711 (4,6%)

Domiciliés hors canton (en France) : 1352 (8,7%) dont 949 Suisses (6,1%), 397 frontaliers (2,6%), 6 autres.

Engagements entre le 1.1.2007 et le 30.9.2009 : 823

Domiciliés à Genève: 627 (76,2%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 75 (9,1%)

Domiciliés hors canton (en France) : 121 (14,7%) dont 46 Suisses (5,6%), 74 frontaliers (9,0%), 1 autre.

 personnelEtat.doc 

 

Effectifs des HUG : 9838 (100%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 336 (3,4%)

Domiciliés en France : 4005 (40,7%) dont 934 Suisses (9,5% ) et 3071 frontaliers (31,2%)

Selon le profil professionnel des 3071 frontaliers des HUG, on trouve les personnels soignants et para-médicaux au nombre de 2413 employés (78,6%) et les cadres au nombre de 178 (5,8%), soit 2591 (84,4%).

 

Effectifs de la FSASD (soins à domicile effectués pour l'essentiel par des personnels soignants - infirmiers et aide-soignants) au 30.9.2009 : 1862 (100%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 34 (1,8%)

Domiciliés en France : 587 (31,5%) dont 184 Suisses (9,9%) et 403 frontaliers (21,6%) 

 

Effectifs de l'Hospice général au 30.9.2009: 850 (100%)

Domiciliés en France : 87 dont 2 Suisses et 85 frontaliers

Engagements depuis 2007 : 116 (100%)

Domiciliés à Genève : 92 (79,3%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 8 (6,9%)

Domiciliés en France : 18 (15,5%) dont 6 Suisses (5,2%) et 12 frontaliers (10,3%) 

 

Effectifs des TPG au 31.12.2008 : 1609 (100%)

Domiciliés à Genève : 881 (54,8%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 62 (3,9%)

Domiciliés en France : 666 (41,3%) dont 236 Suisses (14,6%) et 429 frontaliers (26,7%)

 

Effectifs des SIG au 30.9.2009 : 1703 (100%)

Domiciliés à Genève : 1323 (77,7%)

Domiciliés dans d'autres cantons : 111 (6,5%)

Domiciliés en France : 269 (15,8%) dont 176 Suisses (10,3%) et 93 frontaliers (5,5%)

 

Sans commentaire, sans interprétation. Sinon qu'aucun des pourcentages ne correspond aux éructations du N°2 du MCG. Je me réjouis de lire les réactions de ses partisans. Celles de ses opposants aussi !

PS: des réactions ci-dessous, je retiens que ces chiffres sont considérés comme "manipulés": même si j'ai raison, j'ai quand même tort, car le nombre de chômeurs prouverait qu'il n'y a pas de priorité pour les résidents.

Je reviendrai donc sur la question du chômage, de son évolution et de l'évolution du nombre de frontaliers. Mais aussi sur la question des accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes.

Plus loufoque: même si E. Stauffer a tort, il a quand même raison, puisque sa démarche conduit à la publication des chiffres exacts.

Quel que soit le pourcentage, un pour-cent, cinq ou dix pour-cent de frontaliers, c'est trop.   

 

 

00:12 | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Facebook | | | |

19/11/2009

Tunnel sous Vésenaz : aide-toi et le canton t'aidera !

 

          Une modeste tranchée couverte (570 mètres) pour le réseau des routes cantonales genevoises, mais un signe fort de solidarité avec les habitants des communes subissant un lourd transit quotidien de véhicules. Leur qualité de vie, leur sécurité ne peuvent laisser indifférent. Hier Carouge, aujourd’hui Collonge-Bellerive, demain Meyrin, le Grand-Saconnex, mais aussi Chancy. Tel est l’enjeu supra-communal de ce court tunnel routier, soutenu par nombre de maires de tout le canton, qui est soumis aux citoyens d’ici au 29 novembre 2009.

Car il faut en effet voter à cause d’un référendum contre le complément de la participation cantonale, de 21,8 millions de francs, à ce projet. Il a été lancé, à une très faible majorité interne, par la fraction dogmatique des Verts locaux. Son idéal, un monde sans voitures, un monde d’immobilité. « Pour diminuer les nuisances dues au trafic automobile, il faut diminuer le trafic automobile. Toute autre solution n’est qu’un aveuglement coupable ». Or pareille approche ne prend pas en compte le progrès technique, ni les aménagements favorables à l’environnement, ni les besoins divers des individus. Le simplisme dans sa variante la plus excessive. 

En réalité, avec ce tunnel, 20 000 véhicules pourront traverser sans nuisances environnementales cette localité et lui rendre de ce fait la paix à laquelle ses habitants aspirent et ont droit. A quoi on peut ajouter des commerçants légitimement intéressés, eux aussi, à une place de village plus conviviale. Des magasins de proximité pour toute une région, voilà un autre objectif bien vite jeté aux orties quand l’ « anti-bagnolisme » primaire domine. Et puis, toute la région entre Arve et Lac, qui compte actuellement plus de 50 000 habitants, attend avec impatience la fin d’un bouchon, car l’emplacement de Vésenaz en fait le réceptacle du trafic de Thonon et d’Hermance.

Cette tranchée couverte est en fait un projet de plus de trente ans. Mais sa pertinence n’a fait que gagner en importance, parallèlement à la qualité du tunnel, désormais à la pointe des exigences en matière de sécurité et de surveillance.

Ces tergiversations ont toutefois eu un coût, puisque la part fédérale à sa réalisation a disparu, en raison des règles de la nouvelle péréquation financière (RPT) et aussi parce que le responsable cantonal du dossier, le vert Robert Cramer, a négligé les intérêts de Vésenaz au profit du seul CEVA. C’est l’occasion de rappeler la nécessité d’un développement coordonné de toutes les infrastructures de transport, collectif comme privé, dans la ligne du mandat donné par le peuple genevois qui a plébiscité, en juin 2002, l’inscription dans la constitution du « libre choix du moyen de transport ». 

C’est l’occasion aussi de souligner que la commune prend à sa charge une part non négligeable (20,8 millions) de la facture totale (57 millions). Certes, Collonge-Bellerive jouit d’une situation financière enviée, mais la région fait partie des zones délaissées du canton en terme de voirie. Il est temps d’y remédier.

Un (demi-)étonnement, pour conclure. Ce référendum divise les syndicats alors qu’on aurait attendu de leur part un soutien unanime aux ouvriers du bâtiment. La lutte contre le chômage ne pèse plus lourd quand l’idéologie guide les pas du SIT ou des camarades socialistes. Plus empruntés, la CGAS et le syndicat des transports (publics) SEV-SBV s’abstiennent. En revanche, tant SYNA qu’UNIA soutiennent ce projet qui a aussi les faveurs de l’ensemble des milieux économiques et patronaux, dont la FER Genève, de même que des partis de droite. A n’en pas douter, la paix des transports ressortira renforcée d’un oui franc et massif à cet élément d’un véritable projet cantonal de mobilité.

(Commentaire d'Entreprise romande du 20 novembre 2009)

12:14 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |

12/11/2009

CEVA ou la bataille du rail

         Œuvrer au développement de Genève pour les Genevois, pour qui est d’abord fait le CEVA, ou maintenir un réseau ferroviaire incomplet, au détriment tant de la qualité de vie de chacun que des besoins des entreprises. Tel est le véritable enjeu qui s’offre aux citoyens de ce canton appelés à trancher, d’ici au 29 novembre 2009, entre, d’une part, un projet réaliste et financé et, d’autre part, une esquisse irréaliste, sans le moindre appui officiel, dite du « barreau sud », qui est présentée abusivement comme un contre-projet. Le premier n’empêchera pas des améliorations ultérieures, comme une liaison directe entre Champel et Cointrin ; le second n’est en fait qu’un barreau dans les roues du futur RER, débouchant dans les champs de cardons de Bardonnex ! Comme prise en compte des intérêts des habitants de l’agglomération, on a vu mieux.

         La campagne sur le CEVA a tout d’une bataille du rail. Les protagonistes n’ont toutefois fourbi leurs armes que depuis que ce projet, qui remonte à 1912, a pris un tour concret. Recours et initiative se sont succédé depuis 2006, avec des succès divers pour les opposants. Qui mènent leur combat avec une énergie d’autant plus grande qu’ils avaient négligé les premières possibilités démocratiques de s’y opposer, notamment le vote d’un crédit par le Grand Conseil, en 2002.

Il faut dire que les promoteurs du CEVA ont pour eux non seulement la maîtrise technique du dossier, mais aussi l’appui tant de la Confédération que des CFF, auxquels s’ajoute celui des autorités françaises et de la SNCF. Chaque citoyen peut certes s’auto-désigner expert en transport.  Il est en revanche plus difficile de faire aboutir un projet d’envergure, reliant quarante gares, visant à un triplement du trafic régional actuel – de 15000 à 50000 passagers par jour – et bénéficiant d’un soutien de Berne à hauteur de 57% du total de la facture.

         L’argent, voilà d’ailleurs le nerf de cette bataille, c'est-à-dire le coût du futur RER genevois. Du montant estimé en 2002 sur la base des normes et exigences de 2000, soit 941 millions, la facture a grimpé à 1,479 milliard en 2009. Les raisons de cette augmentation ? Outre le renchérissement intervenu de 2000 à 2007, elle est due à des améliorations apportées au projet pour garantir, souvent à leur demande, la qualité de vie des voisins de la future ligne ainsi que la sécurité de cette dernière. D’où la facture attaquée par référendum de 113 millions. Au passage, la déflation de 2009 (-0,8%) devrait diminuer de 12 millions le coût du projet…

Le projet est contesté sur le fond, son coût aussi. Les référendaires qui s’y entendent à merveille pour multiplier les surcoûts - dont ils portent partiellement la responsabilité - affirment qu’il serait de deux milliards. Est même invoqué un « projet de développement global (des lignes ferroviaires suisses ?) non soumis au peuple » pour soutenir que 20 milliards sont en jeu (TCS Genève, novembre 2009, p. 13).  A jongler avec les chiffres, à changer de focale, les opposants  se perdent dans les zéros !

Les citoyens doivent en fait savoir que la part cantonale se limitera à 642 millions (ou 43%) du montant total[1]. Et les chefs d’entreprise ne seront certainement pas insensibles au fait que les travaux mis en soumission en 2008 ont atteint 700 millions de francs. Des travaux qui n’auront pas l’inconvénient de gêner les automobilistes, contrairement à la construction des nouvelles lignes de tram, parce qu’ils se dérouleront en bonne partie en sous-sol.

Mais l’essentiel dépasse la querelle de chiffres, même si on ne résiste pas à souligner, par exemple, que le coût par kilomètre du CEVA ne sera que la moitié de celui de la dernière ligne du S-Bahn zurichois. L’essentiel, c’est que le CEVA, par ses ponts et tunnels, représente la liaison qui manque depuis le 19ème siècle entre les deux rives du canton. Et ce chainon manquant du réseau franco-valdo-genevois est à même d’apporter les qualités d’une liaison quatre fois plus rapide (80 km/h)que le tram si cher aux référendaires. Quant à son utilité pour les entreprises et leurs collaborateurs, elle est en proportion de son apport à un environnement plus sain.       

En réalité, son principal défaut, aux yeux des référendaires, est de donner à Genève une infrastructure qui fait les grandes villes, comme, en Suisse, Bâle ou Zurich. Et c’est probablement cela qui, au plus profond d’eux-mêmes, indispose les milieux passéistes opposés au CEVA. Genève a une fois déjà raté son rendez-vous avec sa région, en se recroquevillant sur elle-même au Traité de Vienne en 1815. Pour éviter à l’histoire de bégayer, pour façonner la Genève du 21ème siècle, le moment est donc venu de dire oui en toute clarté au CEVA.

 

(Editorial d'Entreprise romande du 13 novembre 2009)



[1] Soit un montant quasiment identique à celui de l’impôt à la source payé par les frontaliers (647 millions) pour les seules caisses cantonales en 2008.

16:20 | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

01/11/2009

Formation des enseignants: 3 ans ou 4 ans? 3 ans et 4 ans!

Faut-il, pour nommer les enseignants genevois, une formation de 3 ans (BA, tel que la dispensent les Hautes écoles pédagogiques - HEP - de Suisse) ou une formation de quatre ans, comme le faisait à ce jour l'université de Genève ?

Après plusieurs années de réflexion, de nombreuses auditions, des positions de départ éloignées, les députés de la commission de l'enseignement supérieur ont réussi la quadrature du cercle. Ce sera 3 ans, avec un BA pour les diplômés des HEP suisses, ET 4 ans avec un BA + un certificat complémentaire d'un an pour les diplômés de l'université de Genève. Non pas que la formation genevoise soit plus lente pour arriver au même résultat, mais parce que sa nature universitaire la rend, à tort ou à raison, différente.

Il aurait été inacceptable que cette solution ne fût pas retenue pour les diplômés des HEP. Il en va d'un espace suisse de formation comme de la reconnaissance de la qualité de la formation des autres hautes écoles suisses.

Il aurait été souhaitable qu'elle le fût aussi pour les diplômés genevois, du moins pour une partie de la commission de l'enseignement supérieur. D'où une solution subtile: les étudiants qui auraient une connaissance attestée de l'allemand et/ou de l'anglais, bientôt enseigné dès la 5ème année primaire, ou encore d'autres disciplines enseignées enseignées à l'école primaire pourront voir la durée de leur cursus raccourcie. De 4 ans, on glisse aussi vers 3 ans à Genève. Le règlement - ah le règlement ! - en précisera les modalités.     


Certes, il y aura des Genevois qui iront à Lausanne ou St-Maurice pour faire leurs études en 3 ans, comme des Valaisans ou des Vaudois qui voudront suivre leur formation à Genève en 4 ans. Pour différentes raisons. Les uns parce que la durée plus courte les séduit, les autres parce que l'université les attire. Le futur nous montrera quelle tendance l'emportera. J'ai d'ailleurs personnellement souligné cette possibilité/ce danger/cette chance pour les uns comme pour les autres en commission. 

Je me réjouis de pouvoir contribuer à expliquer les enjeux de ce projet de loi à la population, puisqu'un député MCG a déjà annoncé un référendum. Piquant. C'était quasiment la première fois qu'il s'exprimait depuis 4 ans. Enfin, pour autant que son mouvement recueille les signatures nécessaires.

Dulcis in fundo: je me réjouis le cas échéant du pourcentage encore plus élevé d'acceptation pour cette loi, après la victoire du contre-projet sur le CO.

NB: la question de la formation des enseignants secondaires, identique pour le cycle et le collège, méritera que l'on y revienne au cours de la nouvelle législature.

22:19 | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | | | |