03/12/2009

Premier pas vers un Yalta des médias romands

 

         La décision de fusion des médias audiovisuels romands de service public était attendue car nécessaire. Sa mise en œuvre, en janvier 2010 déjà, est à saluer. La nouvelle marque RTS (Radio Télévision Suisse), née du processus de convergence entre la RSR et la TSR, devra faire la preuve par trois médias – outre la radio et la télévision, la RTS est fortement présente sur internet – des avantages qualitatifs de cette réforme, à quoi s’ajoutent les aspects quantitatifs, en termes d’efficience des ressources mises à disposition. Les craintes des milieux politiques de gauche, très attachés au pluralisme de l’information, surtout quand il est en leur faveur…, sont mal fondées. En réalité, les vrais enjeux sont ailleurs. Reprise da capo.

         Cette fusion s’inscrit dans un processus national, voulu pour l’ensemble de la SSR par son conseil d’administration. Depuis trois déjà, la convergence médiatique existe à la minuscule Radio e Televisiun Rumantscha. En Suisse italienne, la RSI a suivi de près. C’est maintenant au tour de la Suisse romande, avant de toucher, en 2011, la Suisse alémanique. Elle traduit pour ce pays un phénomène qui a fait ses preuves à l’étranger. Scandivavie, Bénélux, Grande-Bretagne et Canada, autant d’exemples quotidiens des avantages d’avoir coordonné la fonction d’information, celle qui fait le plus parler d’elle. L’Union européenne de radiotélévision en a dressé la liste ; ils vont des opérations communes ou du partage des compétences à une créativité boostée par le fait de travailler au moins partiellement côte à côte et non plus dos à dos. Bref, loin d’écrire des partitions à l’unisson, la fusion permet de multiplier les variations sur un même thème.

         Le choix du moment montre que le rythme de la réforme est enfin soutenu. Le dinosaure SSR, quasi-monopole bureaucratique décrié, pas toujours à tort, a pris conscience que le temps jouait contre lui. La concurrence internationale et régionale, mais aussi les modifications des habitudes des consommateurs et des annonceurs exigeaient en effet une réponse efficace, économique et efficiente. On peut à cet égard regretter que la SSR en général, la RTS en particulier aient réfléchi en termes de moyens en gros constants. La modestie des économies budgétisées (6 millions sur un total de dépenses de 392 millions en 2010, soit moins de 2%) par la RTS montre que le mammouth romand garde le gros de sa graisse. Attendre le salut d’une hypothétique hausse de la redevance témoignerait d’un optimisme peu de saison ; la récente offensive de Billag contre les PME pour récupérer des redevances en déshérence fait d’ailleurs penser à l’enrôlement d’adolescents pour défendre Berlin en 1945. Quant aux recettes publicitaires, elles fluctuent plus encore que l’économie réelle.

Quoiqu’en pensent les syndicats, la RTS sera donc amenée à exiger de ses collaborateurs une productivité en hausse. La composition de ses équipes de reportage, avec journaliste, preneur de son et cameraman, devra se rapprocher des normes retenues par les médias privés ; pour l’heure, elle fait encore penser aux équipages des avions à hélice, avec leurs pilotes, copilotes, mécaniciens et radio-navigateurs. Sauf que les compagnies aériennes, elles, se sont bon gré mal gré adaptées. On peut concevoir que des résistances internes se manifestent ; à la direction de la RST de trouver les modalités de transition vers le nouveau régime.

Une direction qui ne devrait pas avoir de peine à montrer le côté infondé des critiques en matière d’uniformisation de l’opinion, voire de prise de pouvoir libérale. Si au moins ! Les chroniqueurs attitrés de la RSR actuelle, les Anne Bisang, André Langaney, Elmer Leuenberger devraient-ils se mettre à trois pour contrer l’argumentation du seul Beat Kappeler ? Mise au point, Temps présent et le TJ donnent-ils l’impression d’une seule et unique doxa ? Ce ne sont pas les structures qui créent ou simplement favorisent l’uniformité de la pensée ; c’est le conformisme des individus. A cet égard, la RTS est confrontée au défi d’investir dans une formation de qualité pour ses journalistes. Car la fusion n’est qu’un moyen au service de  l’enjeu fondamental auquel elle est confrontée : renouveler son public, et notamment attirer et fidéliser les jeunes.

Quant aux milieux politiques, ils devront prendre leurs responsabilités pour la suite de cette première réforme opérationnelle. Pour qui tient au fédéralisme, il n’est pas imaginable que la majorité des collaborateurs des médias romands soit concentrée à Lausanne. Alors que la presse écrite y trouve de plus en plus ses marques, l’information audiovisuelle a vocation à remplir les étages de la tour genevoise. Et pour le reste, que les directions continuent de diriger !

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