05/02/2010

La peur pour la Poste : mauvais message

Le remplacement brutal du président du conseil d’administration de la Poste, Claude Béglé, par l’ancien directeur de l’Union patronale suisse, Peter Hasler, un expert en rapports de forces helvétiques, ne changera rien au fond du problème : le Géant jaune doit s’adapter à un marché en mutation pour cause de tsunami technologique. Tout retard se paiera comptant.

 

Pour ce faire, les autorités ont la responsabilité de faciliter sa tâche en lui évitant les sources de déficit et en en précisant la stratégie. Quant aux citoyens, ils auront à écrire le ou plutôt les derniers mots. L’issue est loin d’être évidente, car les ennemis de la libéralisation du marché postal n’ont de cesse d’instiller la peur du changement. Rappel : en avril 2002, l’initiative de la gauche « Services postaux pour tous » n’avait échoué que d’un fil (49,8% de oui, 9 cantons et demi en sa faveur). 

 

Les conservateurs postaux jouent d’ores et déjà sur deux tableaux. Le parti socialiste a lancé, en décembre 2009, une nouvelle initiative « Pour une poste forte ». Son but est de saison : la glaciation du réseau postal. Conscient de son coût, il propose de le couvrir par deux biais. D’une part, grâce à une banque postale, une idée qui hérisse notamment les banques cantonales. D’autre part, par le monopole des lettres qui est en train de devenir une « Schweizerei », une curiosité en comparaison des pratiques de maints pays développés.  

 

Or, ce monopole, qui coûte fort cher aux clients, est le point central de la révision de la loi sur la Poste, actuellement en discussion aux Chambres fédérales. Selon leur décision, il pourrait aussi faire l’objet d’un référendum de la gauche. Pour cette raison, la commission du National temporise. Moritz Leuenberger devrait lui proposer, d’ici à mi-mai 2010, de nouveaux scénarios basés sur les conséquences financières de sa suppression.

 

Et aussi des chiffres enfin exacts sur les recettes provenant des autres domaines d’activités de la Poste. Nul doute que les opposants de la libéralisation contesteront, par exemple, la réalité du coût minime du réseau des offices postaux dans les régions périphériques. Car en en gonflant l’importance financière, les syndicats en ont fait un mythe pour justifier leur maintien. La Poste est dorénavant mise au défi de briser ce secret postal !

 

Au passage, une étude, publiée par l’Autorité de régulation postale, vient de démontrer que les conditions de travail des entreprises privées actives dans le domaine des colis postaux sont souvent supérieures aux exigences minimales de la loi sur la poste[1]. Un autre mythe syndical s’effondre.

 

Bref, le futur des entreprises postales devrait apporter de bonnes nouvelles. Pour les clients comme pour leurs employés. A condition de poursuivre dans le chemin libéral tracé par le socialiste Ulrich Gygi, ancien directeur général (socialiste) de la Poste publique. 

(Editorial paru dans Entreprise romande du 5 février 2010)

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