19/02/2010

Encourager l’excellence des étudiants ? N’y pensez pas !

 Ne plus se contenter de soutenir les étudiants aux besoins financiers les plus criants, mais aussi encourager les étudiants dotés de moyens intellectuels élevés, y compris pour le bachelor. Ou comment ajouter une logique libérale de méritocratie à une logique socialiste d’égalité des chances. Telle est la stratégie poursuivie en Suisse par une trentaine de parlementaires fédéraux allant des Verts à l’UDC et emmenés par le zurichois Rudi Noser. Un postulat a été déposé à la fin de 2009 ; une réponse du Conseil fédéral est attendue au printemps.

 

La démarche n’a eu que fort peu d’écho ; elle a surtout suscité des critiques de la part de l’Union nationale des étudiants suisses (UNES). Les raisons ? Probablement une méfiance à l’égard du concept même d’élite intellectuelle alors que l’élite sportive ou culturelle ne pose pas problème. Certainement une volonté de ne pas mettre en cause le statu-quo redistributif actuel : l’argent public est rare, autant l’octroyer aux moins aisés.

 

Or ce postulat met le doigt sur une faille du système suisse de formation. La sélection y est en général élevée au niveau secondaire, notamment en Suisse alémanique ; le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) soutient les doctorants et, partant, la relève universitaire. Entre deux, presque rien. Cette faille a du reste été mise en évidence par le Conseil suisse de la science et de la technologie qui en fait l’une de ses recommandations pour la période 2008-2011. C'est-à-dire hier.

 

Certes, à poursuivre les mêmes buts, il existe des fondations privées. Dont, par exemple, la Fondation suisse d’études[1], (modestement) soutenue par des entreprises et plusieurs hautes écoles dont, pour la Suisse romande, l’université de Fribourg et l’EPFL. Mais, avec un budget annuel de 3,2 millions de francs prévu pour 2012, sa contribution financière à quelque 800 étudiants reste modeste (4000 francs par an en moyenne).  

 

Un engagement de la Confédération s’impose. Elle devrait offrir aux hauts écoles (HES, EPF et universités) les moyens leur permettant de mettre sur pied des programmes interdisciplinaires pour leurs meilleurs étudiants, faciliter l’intégration dans des équipes de recherche et proposer des contacts avec des entreprises à des étudiants talentueux. Par exemple avec une moyenne supérieure à 5,3, propose le postulat de R. Noser.

 

Les exemples étrangers sont probants. Aux pays anglo-saxons s’est depuis des lustres ajoutée l’Allemagne avec seize organismes d’encouragement et des fondations privées. Résultats : ses meilleurs professeurs, engagés en Suisse, sont souvent d’anciens bénéficiaires de ces bourses ! En France, pays où la méritocratie est cultivée par les Grandes Ecoles, Polytechnique offre quelques bourses d’excellence, de 830 € par mois, « réservées à des candidats en master ayant démontré un niveau et un potentiel exceptionnels ».

 

Le moment de passer la vitesse supérieure est donc arrivé en Suisse aussi. En méditant le conseil donné à ses concitoyens par le premier ministre chinois, à l’orée de l’année du tigre : « garder un sens accru de la peur d’être à la traine ». Une litote, typique du sens de l’humour de la deuxième puissance économique mondiale.

(paru dans Entreprise romande du 19 février 2010)

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Commentaires

Je suis tout à fait d'accord avec vous. A mon avis nous avons un problème en Suisse en général. Et cela commence dans nos écoles. On pousse plutôt à la médiocrité qu'à l'excellence. Et peut-être à Genève encore plus qu'ailleurs.On fait tout pour soutenir tous ceux qui ont des problèmes, mais on ne fait rien pour stimuler les bons et très bons élèves.

Écrit par : Marion Garcia-Bedetti | 20/02/2010

et vous allez peut être nous rappeler pourquoi l'argent public est si rare ? Peut être un vague rapport avec le travail de sape de votre parti pour réduire les entrées d'argent des entités publics ?

Bref, pompier, pyromane ... bref, le libéralisme est la cause de bien de nos problèmes (manque de finance publique ...) et évidemment, votre recette à cela, appliquer encore plus de libéralisme.

J'espère que nos citoyens finiront enfin par ouvrir les yeux.

Écrit par : Djinius | 21/02/2010

Salut Pierre,
Je suis d’accord avec toi, mais il ne faudrait pas oublier de traiter les problèmes de la surdouance dès les classes primaires, problèmes totalement méconnus ou laissés de côté par certains professionnels de l’enseignement et certains politiques avec la toujours même stupide réponse “s’ils sont surdoués ils n’ont qu’à sauter une voire deux classes” (propos notamment entendus dans la bouche d'un membre du Conseil d'Etat), réponse particulièrement stupide s’il en est, je le répète, mais hélas toujours celle desdits professionnels de l’enseignement et politiques déjà cités pour répondre à ce problème toujours non résolu de la surdouance dans l'enseignement.
Il est actuellement reconnu que de nombreux surdoués (jusqu'à quelque 30% selon les études) peuvent rester sur le carreau, sans diplôme (avec tous les problèmes de santé qui peuvent en découler), car le cadre général de l’enseignement mis en place n’est pas fait pour eux (les QCM, par exemple, qui bloquent de nombreux surdoués, mais qui facilitent la tâche des correcteurs ...).
Je te rappelle aussi que la motion 1378 traitant de la surdouance avait été repoussée par la commission du Grand Conseil genevois chargée de la traiter avant que le bon sens de certains permette de retourner ledit Grand Conseil qui a finalement voté en décembre 2005 dans le sens de cette motion (voir le Mémorial du Grand Conseil sur le Net).
Le plus curieux dans cette histoire c’est que les Libéraux dont tu fais partie étaient à l’époque, je m’en souviens, férocement contre cette motion 1378 et que tu t’engages aujourd’hui, heureusement je pourrais dire, sur une voie de bon sens.

Écrit par : Claude Marcet | 21/02/2010

Mais il n'y a pas qu'à l'école que l'on pousse à la médiocrité!
C'est partout comme cela à Genève. Regardez simplement la manière dont sont gérés les problèmes du trafic : tout est systématiquement fait pour ralentir, freiner, bloquer voire décourager les automobilistes. Louable objectif mal expliqué?
Bref, pour en revenir au sujet, pendant que nos chères têtes blondes glandent à l'école en jouant à la game-boy, les petits écoliers chinois apprennent avec assiduité l'anglais dès leur plus jeune âge et n'hésitent pas à passer beaucoup de temps sur internet non pas pour jouer, mais pour se battre afin d'être meilleurs encore.

Écrit par : Denise Park | 21/02/2010

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