11/05/2010

Bourses universitaires : une initiative à courte vue

Une boîte de Pandore. Par le biais d’une initiative, l’Union nationale des étudiants suisses (UNES) veut harmoniser à la hausse le montant des bourses pour apprentis et étudiants, à l’exclusion de tout système de prêt, pour leur garantir un standard de vie. Au fond, un salaire minimal national.

Cette annonce tombe alors que les cantons ont à peine commencé à ratifier un concordat sur ce même thème. Va-t-elle le dynamiser ou, au contraire, le tuer ?  Les paris sont ouverts car les risques sont réels de pérenniser un système insatisfaisant.

Que le système actuel des bourses d’études, fait de vingt-six solutions cantonales, mérite d’être réformé n’est pas contesté. Qu’il soit difficile de le modifier non plus. La preuve ? Il aura fallu une bonne quinzaine d’années à la Conférence des directeurs de l’instruction publique (CDIP) pour finalement réussir, en juillet 2009, à s’accorder sur des standards helvétiques. Ils concernent tant les montants (passant de 10 000 à 12 000 francs par an pour des études secondaires, de 13 000 à 16 000 francs, dont au maximum un tiers sous forme de prêt, pour des études supérieures) que la durée des bourses (deux semestres en plus des études). Libre toutefois aux cantons de se montrer plus généreux. Deux cantons (Bâle-Ville et Grisons) ont déjà ratifié le concordat ; d’autres pourraient suivre cette année (Vaud, Genève). Mais il en faut dix au minimum pour qu’il entre en vigueur.

La crainte de l’UNES est que tous les cantons n’adhérent pas à ce concordat, par ailleurs pas assez généreux à son goût, d’où son initiative. La crainte de la CDIP est que l’initiative ne paralyse le rythme des ratifications. La crainte d’autres critiques du concordat, comme economiesuisse, est que sa générosité ne pousse maints cantons à le rejeter. Outre la nouvelle hauteur des bourses, la décision d’en octroyer pour des études entamées jusqu’à 35 ans et sa timidité en matière de prêts sont mises en cause.

Mais cette initiative risque surtout d’amener les esprits curieux à se pencher sur les aspects économiques des études, notamment supérieures. Une formation qui n’a pas de prix, mais coûte cher et rapporte souvent gros à ses bénéficiaires, comme au pays, d’ailleurs.

Que le revenu des diplômés croisse avec l’élévation du niveau de formation est un fait établi. En Suisse, en 2007, le revenu d’un diplômé universitaire est tout simplement le double de celui d’une personne ayant uniquement fréquenté l’école obligatoire[1].

Que les dépenses étatiques cumulées pendant toutes les études supérieures soient de 80 000 dollars par étudiant (en parité de pouvoir d’achat, bigre !), soit le montant le plus haut de tous les pays de l’OCDE, est un élément qui mérite d’être davantage connu[2]. 

Au point que l’on pourrait se demander si l’équité ne commanderait pas d’autres solutions, tant pour les bourses que pour les taxes liées aux études supérieures. Par exemple en augmentant substantiellement le montant des taxes pour permettre à plus de jeunes issus de familles peu favorisées ou particulièreemnt doués de suivre des études supérieures. L’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), à Genève, a ainsi triplé le nombre de ses boursiers.

Et ce n’est pas sans raison que, dans les pays de l’OCDE où frais de scolarité  et aides financières aux étudiants sont élevés, l’enseignement supérieur est généralement plus accessible[3]. A initiative, initiative et demie !

(Editorial pour Entreprise romande du 14 mai 2010)

[1] Regards sur l’éducation 2009, OCDE, p. 154.

[2] Id., p. 206.

[3] Id., p. 266.

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