28/05/2010

"La racaille derrière la frontière" ou l'abjection vociférante

Jour après jour, sans répit, le conducator gominé sème la haine des étrangers en général, des frontaliers en particulier. On avait un instant espéré que l'indigne communiqué prenant prétexte d'infractions routières pour appeler à la mise en fourrière des véhicules étrangers et à stopper "l'invasion frontalière" lui aurait fourni sa dose pour cette semaine d'après la Pentecôte. Pari perdu.

Comme un drogué en manque, il a en effet réussi à hurler, en pleine séance du Grand Conseil, "la racaille à la frontière". Et d'annoncer du même mouvement une manifestation de ses nervis, demain samedi, à une douane de notre canton.

Les infirmières des HUG dont ce personnage est administrateur l'auront-elles entendu sur les étranges lucarnes de Léman Bleu? Aucune idée. Mais à supposer que cela soit le cas, il faut espérer qu'elles passeront par une autre douane pour venir soigner les patients genevois. Que les chaufeurs frontaliers des bus des TPG se fieront pour rejoindre leur outil de travail à un bison réellement fûté. Que le personnel des cafés et restaurants ne se laisse demain pas décourager par l'ambiance de menace, de dénonciation du n°0 du MCG, celui qui vient avant même le n°1.

Et que l'on ne nous dise pas que ces propos étaient sélectifs, qu'ils ne visaient que des délinquants étrangers. Pas une seconde le moindre distinguo n'a été suggéré. Tous dans le même sac. Ausländer raus !

L'ambiance genevoise est devenue vraiment nauséabonde. Le moment viendra où les Genevois se rendront compte du mal causé par pareils propos à leur canton. Et donc à eux-mêmes.     

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15/05/2010

aides-soignants: enfin des comparaisons !

Emmené par le SIT, un bataillon d'aides-soignants des HUG est venu crier sa volonté d'une hausse salariale devant l'Hôtel-de-Ville ce 11 mai 2010. Responsabilités accrues, effort intellectuel, formation et expérience, effort physique militeraient en faveur de leurs revendications. Un montant de 300 francs par mois pour les personnes concernées a été articulé.

Au fait, combien gagnent les aides-soignants des HUG ? combien gagnent les aides-soignants des autres cantons dans les hôpitaux publics ? Combien gagnent les aides-soignants des cliniques privées genevoises ? Des chiffres récoltés mettent les revendications du SIT en perspective... et les relativisent.

Début de carrière (salaire annuel) pour la majorité des aides-soignants des HUG :

HUG: 59654 F Zurich: 58812 F Lausanne: 51845 F Berne: 49790 F Bâle: 47771 F Fribourg: 55904 F Neuchâtel: 49830 F Valais: 48750 F

cliniques privées genevoises: 3831 F par mois

Fin de carrière (salaire annuel) pour la majorité des aides-soignants des HUG :

HUG: 81084 F Zurich: 68172 F Lausanne: 75174 F Berne: 62400 F Bâle: 68792 F Fribourg: 84351 F Neuchâtel: 70759 F Valais: 66550 F

cliniques privées genevoises: 4602 F par mois

Ajoutons que les indemnités horaires de nuit, de weekend et de jours fériés sont plus élevées aux HUG que dans tous les cantons concernés. Il convient aussi de savoir que les aides-soignants qualifiés sont au bénéfice d'une formation de 2 ans (soit moins qu'un CFC).

Il ne s'agit pas de relativiser l'apport des aides-soignants dans nos hôpitaux. Il s'agit juste de se rendre compte que leur situation, à Genève, les place quasiment systématiquement au sommet des rémunérations de leur catégorie en Suisse, avec un salaire supérieur qui peut aller jusqu'à 10000 F par an, que ce soit en début ou en fin de carrière. Les rémunérations offertes par Zurich, Berne et Bâle méritent ici une attention particulière.

Quant à savoir si une nouvelle amélioration de quelque 4000 F par an doit leur être accordée, il s'agit d'une décision qui a son coût. En première approximation, il en va de 4 millions par an, sans les incidences sur les caisses de pension et les charges pour l'employeur. Un montant global de 6 millions peut être retenu à ce titre. 

Ultime précision: près de 200 aides-soignants des HUG ne sont plus en classe 7, comme environ 700 de leurs collègues, mais en classe 8, avec un salaire plus élevé. Ils travaillent en effet dans des secteurs aux exigences plus élevées (blocs opératoires, soins intensifs, urgences, anesthésiologie). 

Ces chiffres sont certainement connus du SIT, comme le taux de syndicalisation de ce secteur. Quant à savoir si d'autres mériteraient plus d'attention, le SIT connaît certainement la réponse.

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11/05/2010

Bourses universitaires : une initiative à courte vue

Une boîte de Pandore. Par le biais d’une initiative, l’Union nationale des étudiants suisses (UNES) veut harmoniser à la hausse le montant des bourses pour apprentis et étudiants, à l’exclusion de tout système de prêt, pour leur garantir un standard de vie. Au fond, un salaire minimal national.

Cette annonce tombe alors que les cantons ont à peine commencé à ratifier un concordat sur ce même thème. Va-t-elle le dynamiser ou, au contraire, le tuer ?  Les paris sont ouverts car les risques sont réels de pérenniser un système insatisfaisant.

Que le système actuel des bourses d’études, fait de vingt-six solutions cantonales, mérite d’être réformé n’est pas contesté. Qu’il soit difficile de le modifier non plus. La preuve ? Il aura fallu une bonne quinzaine d’années à la Conférence des directeurs de l’instruction publique (CDIP) pour finalement réussir, en juillet 2009, à s’accorder sur des standards helvétiques. Ils concernent tant les montants (passant de 10 000 à 12 000 francs par an pour des études secondaires, de 13 000 à 16 000 francs, dont au maximum un tiers sous forme de prêt, pour des études supérieures) que la durée des bourses (deux semestres en plus des études). Libre toutefois aux cantons de se montrer plus généreux. Deux cantons (Bâle-Ville et Grisons) ont déjà ratifié le concordat ; d’autres pourraient suivre cette année (Vaud, Genève). Mais il en faut dix au minimum pour qu’il entre en vigueur.

La crainte de l’UNES est que tous les cantons n’adhérent pas à ce concordat, par ailleurs pas assez généreux à son goût, d’où son initiative. La crainte de la CDIP est que l’initiative ne paralyse le rythme des ratifications. La crainte d’autres critiques du concordat, comme economiesuisse, est que sa générosité ne pousse maints cantons à le rejeter. Outre la nouvelle hauteur des bourses, la décision d’en octroyer pour des études entamées jusqu’à 35 ans et sa timidité en matière de prêts sont mises en cause.

Mais cette initiative risque surtout d’amener les esprits curieux à se pencher sur les aspects économiques des études, notamment supérieures. Une formation qui n’a pas de prix, mais coûte cher et rapporte souvent gros à ses bénéficiaires, comme au pays, d’ailleurs.

Que le revenu des diplômés croisse avec l’élévation du niveau de formation est un fait établi. En Suisse, en 2007, le revenu d’un diplômé universitaire est tout simplement le double de celui d’une personne ayant uniquement fréquenté l’école obligatoire[1].

Que les dépenses étatiques cumulées pendant toutes les études supérieures soient de 80 000 dollars par étudiant (en parité de pouvoir d’achat, bigre !), soit le montant le plus haut de tous les pays de l’OCDE, est un élément qui mérite d’être davantage connu[2]. 

Au point que l’on pourrait se demander si l’équité ne commanderait pas d’autres solutions, tant pour les bourses que pour les taxes liées aux études supérieures. Par exemple en augmentant substantiellement le montant des taxes pour permettre à plus de jeunes issus de familles peu favorisées ou particulièreemnt doués de suivre des études supérieures. L’Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), à Genève, a ainsi triplé le nombre de ses boursiers.

Et ce n’est pas sans raison que, dans les pays de l’OCDE où frais de scolarité  et aides financières aux étudiants sont élevés, l’enseignement supérieur est généralement plus accessible[3]. A initiative, initiative et demie !

(Editorial pour Entreprise romande du 14 mai 2010)

[1] Regards sur l’éducation 2009, OCDE, p. 154.

[2] Id., p. 206.

[3] Id., p. 266.

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