11/06/2010

La libre circulation des personnes, c'est plus de compétences !

 L’ouverture du marché du travail suisse depuis l’entrée en vigueur de l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) entre la Suisse et l’UE n’est certes pas indolore, mais son bilan est largement bénéficiaire. D’autant plus que cette main d’œuvre qualifiée est indispensable, la croissance démographique interne étant insuffisante. Mieux, elle n’est pas cause de l’augmentation du chômage des Suisses. Il n’y a donc pas de raison de remettre en cause l’ALCP.

 

Une immigration provenant désormais surtout des pays de l’UE[1], davantage de frontaliers grâce à un recrutement simplifié et surtout une main d’œuvre étrangère nettement plus qualifiée sont trois des effets les plus importants résultant de l’ALCP. Des effets qui, selon le Secrétariat d’Etat à l’économie[2] (SECO), sont porteurs de conséquences complexes sur l’économie et le marché du travail, tant sous l’angle du chômage que sous celui des salaires.

 

En clair, presque toutes les branches économiques ont tiré parti de l’ALCP, et le PIB suisse a ainsi bénéficié de cette augmentation de la population étrangère. Cela a notamment été le cas en période de crise, grâce à son effet stabilisateur : de nouveaux habitants, ça consomme, ça construit, ça vit et fait vivre, surtout quand les exportations sont à la peine.

 

Ce sont en fait les immigrés les derniers arrivés – et les moins qualifiés – à avoir été nettement plus touchés par la montée du chômage. LI-FO, selon l’acronyme anglais (last in, first out) ou dernier arrivé, premier licencié. A noter que les travailleurs portugais, proportionnellement plus présents dans l’hôtellerie et la construction, deux branches sensibles à la conjoncture, tirent à la hausse le taux de chômage des cantons romands.

 

Toutefois, « aucun effet négatif sur les bas salaires lié à l’immigration n’a été constaté », précise le SECO. Un sérieux démenti aux prophètes d’un inéluctable dumping social dû à l’ALCP. Nuance : les salaires de la main d’œuvre plus qualifiée ont vu leur croissance ralentir. Mais rien là que de logique, au vu des qualifications de cette nouvelle main d’œuvre. S’ajoute une constatation intéressante : l’évolution générale des salaires n’a pas connu de divergence entre les années d’avant ou d’après l’ALCP, pour en fait se caler sur la conjoncture.

 

Trois points méritent encore un éclairage particulier. Primo, un véritable décollage du « capital humain » des nouveaux travailleurs étrangers depuis l’entrée en vigueur de l’ALCP, pour le plus grand bien des entreprises de ce pays. Depuis 2002, 83% des nouveaux étrangers actifs possèdent au moins un niveau secondaire supérieur, et 53% un diplôme d’une haute école (université ou haute école supérieure). Or, les diplômés tertiaires parmi les travailleurs immigrés n’étaient que 22% entre 1986 et 1996.

 

Un souhait, pour l’avenir, pour compléter cette évolution : un allégement des possibilités de rester en Suisse pour les diplômés étrangers des hautes écoles helvétiques, notamment des détenteurs des diplômes les plus élevés (masters et doctorats).

 

Secundo, l’absolue nécessité de cette main d’œuvre. Alors que le marché de l’emploi a crû globalement de 366 000 travailleurs entre 2003 et 2009, moins de la moitié de cette croissance (158 000) a pu être assurée par des résidents[3].

 

Qui plus est, l’augmentation du nombre de travailleurs résidents n’a pas suffi pour offrir à ce pays tous les cadres et universitaires nécessaires à son marché du travail depuis l’entrée en vigueur de l’ALCP. En effet, les créations des emplois à hautes qualifications ont totalisé 210 000 unités, et il n’y a eu que  114 000 résidents pour les occuper.

 

Tertio, l’immigration n’a pas de rapport avec le chômage des Suisses. En effet, le nombre de chômeurs n’a augmenté « que » de 46 000 personnes (dont 26 000 Suisses) de 2002 à 2009. D’ailleurs, le SECO n’hésite pas à l’affirmer à son tour : « La thèse selon laquelle l’immigration de ces dernières années a conduit à évincer du marché du travail des travailleurs déjà installés en Suisse ne saurait être étayée ». C’est ainsi un réservoir de compétences complétant le réservoir intérieur qui est arrivé à point nommé.

 

Il saute donc aux yeux que la corrélation chômage=immigration, si chère aux populistes – pour délégitimer les institutions et l’économie de marché – n’est que poudre aux yeux.

 

Quant à ceux qui resteraient sourds aux avantages de l’ALCP, on ne saurait trop conseiller la haute technologie développée par la firme suisse Phonak…

(Editorial paru dans Entreprise romande du 11 juin 2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

 



[1] 130 000 travailleurs européens sur 159 000 nouveaux travailleurs étrangers de 2003 à 2009.

[3] Même si leur taux d’occupation a progressé pendant la même période, atteignant presque 85% dans le groupe d’âge des Suisses de 25 à 64 ans !

 

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Commentaires

Les meilleurs sources aux conséquences inélucatables selon vous, ne sont issues que des manoeuvres libérales qui n'ont pas pour réputation celle de la vertue, quand bien même les concernés disposent l'âme à la recevoir en raison de leur "honorable réputation". M. Weiss, votre billet est mensonger à un fort pourcentage, qui plus est composé en caractère trop petit. Votre bonne part de l'art de bien dire et écrire consiste surtout à savoir mentir. Continuez ainsi car c'est ce que vous faites de mieux au sein du Parlement genevois.

PS : je doute fort que ce message trouve place dans votre blog. Votre censure, comme d'habitude, passera par là.....

Écrit par : lappal | 11/06/2010

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