01/07/2010

De l'apologie du martyr à l'incitation au crime: les appels au Jihad ont-ils dorénavant droit de cité à Genève ?

Le conflit au Moyen-Orient fait l’objet de prises de position contrastées, à l’étranger comme en Suisse. Certaines sont inspirées par la recherche d’une paix durable dans cette région. Des initiatives, d’Oslo à Camp-David ou à Genève, en témoignent. D’autres s’emploient en revanche à mettre de l’huile sur le feu. C’est peu dire que leurs sont irresponsables.  

Elles sont surtout inacceptables quand, profitant des libertés (d’opinion, de réunion, de religion, notamment) régnant en Suisse, de l’attention dont Genève bénéficie aussi en raison de son statut de siège d’organisations internationales, elles tentent non seulement d’instrumentaliser un conflit dans une optique communautariste, mais surtout de faire de la violence une valeur remplaçant celle du dialogue, de la mort une vertu, du martyr une vocation.

Au-delà de l’incitation à la haine, voire au meurtre dont témoignent certains des propos récemment tenus à Genève, tant sur la Place des Nations que dans des lieux de culte, il en va certes de l’ordre public, condition fondamentale de mise en œuvre des libertés, il en va au moins autant de la concorde entre les résidents de ce canton, de l’intensité de la vie démocratique.  

Voici, à titre d’exemples, des extraits d’allocutions prononcées par trois protagonistes de la polémique née de la tentative de forcer le blocus israélo-égyptien de la bande de Gaza par une flottille dite de la paix dont on rappellera qu’elle a été affrétée par une association islamiste turque.

Un sermon du vendredi prononcé au Centre islamique de Genève par Hani Ramadan, sous le titre « Libérez Gaza » (pour une lecture intégrale : http://www.cige.org/Sermons/LiberezGaza_f.mp3), illustre cette dérive. On y lit successivement une apologie du martyr dans le premier paragraphe retenu, une incitation à la violence dans sa forme la plus radicale dans le second, une tonalité messianique dans le troisième et le quatrième rappelant certaines bénédictions de canons de triste mémoire sur ce continent[1].

« […] Mes frères et sœurs en islam, le sang des martyrs de la flottille de la liberté qui s’est écoulé afin de briser l’embargo imposé à Gaza, ne s’est pas écoulé en vain. Ceux qui sont morts se sont dégagés de leur responsabilité auprès de leur Seigneur et ils ont amené le monde entier à sortir de son silence devant les crimes des sionistes, à tourner ses regards vers cet embargo injuste et vers la nécessité de le lever immédiatement. Cette flottille a contribué à impliquer de nouvelles organisations dans l’opposition aux exactions sionistes : autant de bonnes actions qui leur seront comptées et qui resteront auprès de Dieu. Le sang versé se transformera en une malédiction contre les sionistes et il va modifier les rapports de force dans la région, inch’ A-llah. Toutes nos congratulations vont donc aux martyrs. […]

Les habitants de Gaza […] nous font entendre de leur voix la plus claire : les musulmans sont une communauté qui ne disparaîtra pas et ne mourra pas ; elle vit par ses martyrs et ses fils vivent par le martyr. Celui qui meurt ainsi vit la vraie vie et il donne vie et force à sa communauté. Ils nous appellent : la liberté […] ne s’obtient pas autour de tables de négociation. De mémoire d’homme, et tout au long de l’histoire, jamais les colonisateurs n’ont quitté les territoires qu’ils avaient conquis, sinon par la résistance, sinon par le combat, sinon par le jihad. […] Toute chose est de peu d’importance et peut être sacrifiée pour la cause de Dieu et pour la libération d’un peuple et de sa volonté. […] Et nous, nous disons au monde entier : n’est-il pas temps de frapper d’une main de fer la main de l’entité colonisatrice […] ?

Tout se passe comme si l’ONU et le Conseil de Sécurité n’ont été institués que pour permettre la fondation de l’Etat d’Israël par un décret injuste, puis sa défense par d’autres décrets non moins injustes. Et nous disons à nos gens en Palestine : soyez patients, ô gens de Palestine, la victoire est donnée pour une heure de patience. L’aube va se lever, la promesse de Dieu va s’accomplir. […]

Nous demandons à Dieu […] qu’Il libère Gaza et la Palestine de l’agression barbare sioniste et qu’Il accueille dans Sa miséricorde les martyrs de la flottille de Gaza.

On ne peut pas davantage être indifférent aux propos tenus sur la Place des Nations lors d’une manifestation qui s’y est déroulée le 31 mai 2010, à l’instigation de l’association Droit pour Tous (disponible sur Youtube http://www.youtube.com/user/jamjad10#p/a/u/0/P4inezZgDLk).

Les premiers ont été prononcés par un orateur inconnu. En public cette fois, ils reprennent l’apologie du martyr, en y ajoutant celle du terrorisme tout sauf rhétorique.

« (…) Si le fait de soutenir le peuple palestinien c’est du terrorisme, alors je suis un terroriste. Si le fait de soutenir les peuples qui veulent se libérer, libérer sa terre, vivre dignement, c’est du terrorisme : je suis un terroriste. Et je suis fier de l’être. Il faut oser dire non. La liberté à un prix. Moi je présente pas (sic) mes condoléances aux martyrs, je leur présente mes félicitations. (…) Ils ont osé, ils sont courageux. Ô combien j’espère être un parmi eux. Je leur présente toutes mes félicitations. Ils sont loin dans le ciel. Ô combien ils sont grands. Ô combien ils sont extraordinaires. (…)»

L’onction donnée par l’imam de la Mosquée de Genève n’est pas sans inquiéter, sur la même place et avec le même prétexte (disponible, à 2’42 sur http://www.youtube.com/user/jamjad10#p/u/6/a5CVVyOFAQk). Est-il responsable, de la part d’un conducteur de prière, de faire de la mort un idéal, en légitimant, ce disant, les moyens pour y parvenir.     

« (…) C’est un honneur de mourir pour la cause palestinienne. Et je salue aussi ces amis, ces amis qui sont partis dans ces bateaux. Ces amis qui ne partagent pas la même foi, mais ils partagent la même douleur. Ces amis qui sont morts. […] Ces amis qui ont fait un geste de courage exceptionnel. C’est pourquoi, je crois sincèrement à leur récompense auprès du Créateur. »

Motiver les sympathisants de la cause palestinienne par la perspective du paradis, faire du martyr une figure de proue dans la résolution des conflits, justifier le terrorisme, appeler au jihah, sont-ce là des variations de l’Esprit de Genève ou, bien plutôt, leur perversion ? Une perversion illustrée ici par le conflit moyen-oriental, mais que les conflits existant dans d’autres régions du globe pourraient aussi motiver.

La question est certes intéressante en ce qu’elle met en évidence des dimensions toxiques du discours politique.

Mais elle en motive surtout une autre, institutionnelle, adressée au Conseil d’Etat : Quelle attention prête-t-il à ce type de propos ? Mettent-ils, selon lui, en danger la paix civile ? Quelles mesures entend-il prendre, le cas échéant, pour la protéger ?

 

(Question écrite posée au Conseil d'Etat lors de la session du 1er-2 juillet 2010)



[1] Les propos les plus inquiétants sont mis en caractères gras.

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Commentaires

Bonsoir Monsieur,
Vous dites:
(D’autres s’emploient en revanche à mettre de l’huile sur le feu. C’est peu dire que leurs sont irresponsables(...)de la violence une valeur remplaçant celle du dialogue, de la mort une vertu, du martyr une vocation.)

Bien que j'ai à peine lu votre article (écrit en petits caractères), mais ce que m'y attire mon attention, est le jugement paradoxal sur la même idée: pour les chrétiens vous voyez, comme exemple, que leur révolution contre leur ennemi (tel quel, comme les Nazis par ex.) se voit comme résistance légale où les soldats ne se considèrent que des martyrs tombés glorieusement sur le champs de bataille d'honneur. Quant aux musulmans qui défendent leur droit dans beaucoup de pays y compris en Palestine, y étant martyr n'est qu'une propagande couvert de l'islamisme!!

Écrit par : Hijazi | 01/07/2010

Il est étonnant que tous ces orateurs n'aient pas été arrêtés car si la parole est libre, l'incitation au meurtre ne l'est pas (Art. 24, 111, 112 du CP)
Et il est surprenant que tous ceux qui prônent et louent le martyr n'en fassent pas candidature eux-mêmes puisqu'ils iraient au Paradis d'Allah. Mais mieux vaut motiver les autres à mourir que soi-même n'est-ce pas.

En tout cas, le silence du Conseil d'Etat est vraiment surprenant.

Écrit par : Lambert | 02/07/2010

Si la liberté de parole est un droit, celle de l'incitation au meurtre est un crime (articles 24, 111 et 112 du Code Pénal).
Il est donc curieux que ces orateurs n'aient pas été immédiatement arrêtés.

D'autre part, si le fait d'être un martyr conduit directement au paradis d'Allah, pourquoi ces messieurs ne se propsent-ils pas comme candidats au martyr ? Mais peut-être leur semble-t-il plus prudent d'inciter les autres. Sait-on jamais n'est-ce pas ! Si jamais Allah était d'un avis contraire. Mieux vaut donc être prudent et ne faire qu'inciter.

Écrit par : Lambert | 02/07/2010

Bonjour Monsieur Weiss,

Vous avez changé le lettrage et c'est difficilement lisible pour la forme.

Pour le fond, vous avez entièrement raison de vous inquiètez de la violence et de la haine des propos de ces musulmans. Il est nécessaire que les autorités agissent avant qu'il n'y ait une escalade. En France, les musulmans appellent ouvertement au meurtre des Juifs et des homosexuels, et justifient la violence faite aux femmes ou la pédophilie. C'est intolérable.

Écrit par : elf | 02/07/2010

N'y a-t-il aucun contrôle des imans en Suisse. A l'heure où on reparle des fiches, pourrait-on tenir à l'oeil des personnes comme Hani Ramadan qui parle de l'ONU comme un collabo face à la politique d'Israël...

Écrit par : sirène | 02/07/2010

Mr. Weiss

J'ai une très bonne solution pour fermer la bouche à plus d'1 milliard de musulmans sans compter tous ceux qui ne le sont pas, et qui condamnent à voix haute ou non, la politique de votre pays Israël : respecter le droit international, rendre les terres confisquées, donner aux palestiniens le droit de vivre une vie décente sur la terre de leurs ancêtres, êtres justes et équitables avec tous les citoyens, etc... Sans cela, vous et tous vos amis, vous ne pourrez JAMAIS empêcher les gens de signifier leur ras-le-bol sur ce qui se passe sous les yeux de tous! Alors au travail!

Écrit par : zakia | 02/07/2010

Si l'appel au meurtre est ce que vous appeler "signifier leur raz-le-bol", on est pas sorti de l'auberge!
Et vous vous dites modérée? Un peu comme l'Imam de Genève. Très très modéré tout ça...
"ce qui se passe sous les yeux de tous", on le voit bien...un milliard de musulman et quel % qui suivent aveuglement les recommandations du livre ou de leurs Imams?
Aller, au travail les modérés!

Écrit par : Bibi | 02/07/2010

La question palestinienne ne fait pas l'unanimité dans le monde musulman et pour diverses raisons : problème de stabilité interne, accords commerciaux, etc... Du Liban en Egypte en passant par la Syrie, cette cause n'est pas leur priorité. Seul l'Iran à travers le Hamas y voit un point pour attaquer indirectement Israël et son existence. La cause palestinienne est pour les pays musulman du Moyen-Orient un point attracteur et facilitateur qui lie les communautés musulmanes de la rue sur l'ennemi commun Israël mais sert de bouclier aux gouvernements pour faire leur programme et politique internes.

Écrit par : sirène | 02/07/2010

Pour les personnes qui n'arrivent pas à lire le texte, il suffit d'aller sur Affichage,et choisir, text size, largest.

Je reviens à cette note,

Monsieur,

J'ai suivi deux de vos débats à la RSR et je peux vous dire que je n'ai pas été convaincue par vous. Je trouve que vous êtes comme la plus part des politiciens, vous sortez les mots de leur propre contexte et détourner complètement dans un but précis.

Rien qu'aujourd'hui en vous écoutant vers 8H du Matin, j'ai dû changer de post tellement vous ne m'avez pas convaincu.

Écrit par : Fatima | 02/07/2010

Et voilà Zakia qui déverse encore une fois son fiel antisémite: quelqu'un portant un nom qu'elle estime être à consonance juive est automatiquement un citoyen d'Israel.
Quand la bêtise, l'ignorance et la mauvaise foi sont réunies, plus rien n'étonne.

Écrit par : Stopàlabêtise | 03/07/2010

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