23/07/2010

le Prince du bonneteau

Il y a les escrocs de rue qui profitent de la naïveté des passants pour leur soutirer leurs billets. Il y a M. Quark aux pommes (ou Quarcoopome), soi-disant organisateur de concerts, qui profite d'une législation lui permettant d'organiser un concert à distance et même avec distance. Et, pour la deuxième fois, de l'annuler. A coup sûr, il mérite d'être nommé Prince du bonneteau.

Quant aux CFF, au Stade de Genève et aux fans de Prince, ils sont les... pommes de ce sieur. Ceux-ci seraient-ils trop peu nombreux pour y trouver une raison d'annulation ? Si c'était le cas, cela montrerait qu'en matière d'organisateurs de spectacles, il est temps de séparer l'ivraie du bon grain. Il ne reste qu'à espérer que les promesses de remboursement ne soient pas "parole, parole", comme aurait dit Dalida !  

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01/07/2010

De l'apologie du martyr à l'incitation au crime: les appels au Jihad ont-ils dorénavant droit de cité à Genève ?

Le conflit au Moyen-Orient fait l’objet de prises de position contrastées, à l’étranger comme en Suisse. Certaines sont inspirées par la recherche d’une paix durable dans cette région. Des initiatives, d’Oslo à Camp-David ou à Genève, en témoignent. D’autres s’emploient en revanche à mettre de l’huile sur le feu. C’est peu dire que leurs sont irresponsables.  

Elles sont surtout inacceptables quand, profitant des libertés (d’opinion, de réunion, de religion, notamment) régnant en Suisse, de l’attention dont Genève bénéficie aussi en raison de son statut de siège d’organisations internationales, elles tentent non seulement d’instrumentaliser un conflit dans une optique communautariste, mais surtout de faire de la violence une valeur remplaçant celle du dialogue, de la mort une vertu, du martyr une vocation.

Au-delà de l’incitation à la haine, voire au meurtre dont témoignent certains des propos récemment tenus à Genève, tant sur la Place des Nations que dans des lieux de culte, il en va certes de l’ordre public, condition fondamentale de mise en œuvre des libertés, il en va au moins autant de la concorde entre les résidents de ce canton, de l’intensité de la vie démocratique.  

Voici, à titre d’exemples, des extraits d’allocutions prononcées par trois protagonistes de la polémique née de la tentative de forcer le blocus israélo-égyptien de la bande de Gaza par une flottille dite de la paix dont on rappellera qu’elle a été affrétée par une association islamiste turque.

Un sermon du vendredi prononcé au Centre islamique de Genève par Hani Ramadan, sous le titre « Libérez Gaza » (pour une lecture intégrale : http://www.cige.org/Sermons/LiberezGaza_f.mp3), illustre cette dérive. On y lit successivement une apologie du martyr dans le premier paragraphe retenu, une incitation à la violence dans sa forme la plus radicale dans le second, une tonalité messianique dans le troisième et le quatrième rappelant certaines bénédictions de canons de triste mémoire sur ce continent[1].

« […] Mes frères et sœurs en islam, le sang des martyrs de la flottille de la liberté qui s’est écoulé afin de briser l’embargo imposé à Gaza, ne s’est pas écoulé en vain. Ceux qui sont morts se sont dégagés de leur responsabilité auprès de leur Seigneur et ils ont amené le monde entier à sortir de son silence devant les crimes des sionistes, à tourner ses regards vers cet embargo injuste et vers la nécessité de le lever immédiatement. Cette flottille a contribué à impliquer de nouvelles organisations dans l’opposition aux exactions sionistes : autant de bonnes actions qui leur seront comptées et qui resteront auprès de Dieu. Le sang versé se transformera en une malédiction contre les sionistes et il va modifier les rapports de force dans la région, inch’ A-llah. Toutes nos congratulations vont donc aux martyrs. […]

Les habitants de Gaza […] nous font entendre de leur voix la plus claire : les musulmans sont une communauté qui ne disparaîtra pas et ne mourra pas ; elle vit par ses martyrs et ses fils vivent par le martyr. Celui qui meurt ainsi vit la vraie vie et il donne vie et force à sa communauté. Ils nous appellent : la liberté […] ne s’obtient pas autour de tables de négociation. De mémoire d’homme, et tout au long de l’histoire, jamais les colonisateurs n’ont quitté les territoires qu’ils avaient conquis, sinon par la résistance, sinon par le combat, sinon par le jihad. […] Toute chose est de peu d’importance et peut être sacrifiée pour la cause de Dieu et pour la libération d’un peuple et de sa volonté. […] Et nous, nous disons au monde entier : n’est-il pas temps de frapper d’une main de fer la main de l’entité colonisatrice […] ?

Tout se passe comme si l’ONU et le Conseil de Sécurité n’ont été institués que pour permettre la fondation de l’Etat d’Israël par un décret injuste, puis sa défense par d’autres décrets non moins injustes. Et nous disons à nos gens en Palestine : soyez patients, ô gens de Palestine, la victoire est donnée pour une heure de patience. L’aube va se lever, la promesse de Dieu va s’accomplir. […]

Nous demandons à Dieu […] qu’Il libère Gaza et la Palestine de l’agression barbare sioniste et qu’Il accueille dans Sa miséricorde les martyrs de la flottille de Gaza.

On ne peut pas davantage être indifférent aux propos tenus sur la Place des Nations lors d’une manifestation qui s’y est déroulée le 31 mai 2010, à l’instigation de l’association Droit pour Tous (disponible sur Youtube http://www.youtube.com/user/jamjad10#p/a/u/0/P4inezZgDLk).

Les premiers ont été prononcés par un orateur inconnu. En public cette fois, ils reprennent l’apologie du martyr, en y ajoutant celle du terrorisme tout sauf rhétorique.

« (…) Si le fait de soutenir le peuple palestinien c’est du terrorisme, alors je suis un terroriste. Si le fait de soutenir les peuples qui veulent se libérer, libérer sa terre, vivre dignement, c’est du terrorisme : je suis un terroriste. Et je suis fier de l’être. Il faut oser dire non. La liberté à un prix. Moi je présente pas (sic) mes condoléances aux martyrs, je leur présente mes félicitations. (…) Ils ont osé, ils sont courageux. Ô combien j’espère être un parmi eux. Je leur présente toutes mes félicitations. Ils sont loin dans le ciel. Ô combien ils sont grands. Ô combien ils sont extraordinaires. (…)»

L’onction donnée par l’imam de la Mosquée de Genève n’est pas sans inquiéter, sur la même place et avec le même prétexte (disponible, à 2’42 sur http://www.youtube.com/user/jamjad10#p/u/6/a5CVVyOFAQk). Est-il responsable, de la part d’un conducteur de prière, de faire de la mort un idéal, en légitimant, ce disant, les moyens pour y parvenir.     

« (…) C’est un honneur de mourir pour la cause palestinienne. Et je salue aussi ces amis, ces amis qui sont partis dans ces bateaux. Ces amis qui ne partagent pas la même foi, mais ils partagent la même douleur. Ces amis qui sont morts. […] Ces amis qui ont fait un geste de courage exceptionnel. C’est pourquoi, je crois sincèrement à leur récompense auprès du Créateur. »

Motiver les sympathisants de la cause palestinienne par la perspective du paradis, faire du martyr une figure de proue dans la résolution des conflits, justifier le terrorisme, appeler au jihah, sont-ce là des variations de l’Esprit de Genève ou, bien plutôt, leur perversion ? Une perversion illustrée ici par le conflit moyen-oriental, mais que les conflits existant dans d’autres régions du globe pourraient aussi motiver.

La question est certes intéressante en ce qu’elle met en évidence des dimensions toxiques du discours politique.

Mais elle en motive surtout une autre, institutionnelle, adressée au Conseil d’Etat : Quelle attention prête-t-il à ce type de propos ? Mettent-ils, selon lui, en danger la paix civile ? Quelles mesures entend-il prendre, le cas échéant, pour la protéger ?

 

(Question écrite posée au Conseil d'Etat lors de la session du 1er-2 juillet 2010)



[1] Les propos les plus inquiétants sont mis en caractères gras.

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