19/09/2010

L'obscénité contre la LACI ou le degré zéro de la politiqu

La campagne contre la loi sur le chômage (LACI) dérape. L’affiche des jeunes socialistes, verts et unitedblacksheep en témoigne (http://unitedblacksheep.ch/). Reflet probable de leur peur panique alors que le deuxième sondage de la SSR est un nouveau signe de soutien des électeurs suisses à cette loi.

La gauche n’a pourtant jamais assez d’indignation pour jeter l’opprobre sur ses adversaires lorsqu’ils se mettent à engendrer dans l’opinion publique des peurs ou des passions, malsaines par essence en politique. Il faut dire que la droite extrême lui a donné du grain à moudre, de la racaille annemassienne aux pacsés inféconds. Sans même évoquer les barques pleines d’étrangers.

Mais cette même gauche ferait bien de s’épargner des leçons de morale dévaluée quand elle-même n’hésite pas à mettre en scène des conseillers fédéraux en chaises roulantes, comme dans une récente révision de la législation sur l’invalidité. Qui veut faire l’ange…

Voilà désormais les jeunes qu’elle a nourris en son sein se comporter avec une vulgarité qui n’a pas suscité la moindre critique.

Leur affiche contre la révision de la LACI ne flirte pas seulement avec le code pénal. Son obscénité s’affranchit de toute réserve. L’activité du ploutocrate à cigare est tout sauf allusive. Pour preuve, le slogan.

Allez, Monsieur de Sainte-Marie, le moment est venu de réciter quelques Ave avec vos compères. Ou alors de jurer cracher que jamais plus vous ne nous jouerez le coup de la vertu offensée.

Dur, dur de perdre sa vertu si jeune !

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13/09/2010

Salam, shalom et le roi du Maroc

Les calendriers religieux offrent parfois d'heureuses coïncidences. Ainsi de la fin du ramadan qui marque le début d'une nouvelle année juive. Il aura fallu la perspicacité et un sens certain de la communication du roi du Maroc pour que les lecteurs de journaux suisses s'en aperçoivent. Une démarche peu courante, qui remet la mosquée et la synagogue au milieu du bled. Bref, la Providence au travail.

Certes, tout n'est pas rose pour les communautés religieuses non musulmanes au pays du commandeur des croyants, le titre officiel de Mohammed VI. Des expulsions récentes de chrétiens en témoignent.

Certes aussi, la présence millénaire juive au Maroc n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut. Forte de plusieurs centaines de milliers de personnes jusqu'après la seconde guerre mondiale (dans un pays dont le souverain, le père de l'actuel, s'était refusé à appliquer les mesures anti-juives du gouvernement de Vichy), elle ne compte plus que quelques milliers de membres. La création d'Isräel et les conflits qui l'ont suivie sont passés par là.

N'empêche. L'annonce publiée dans la Tribune du 11 septembre à l'occasion de la fête d'Aid el Fitr et de celles de Rosh Ashana par l'ambassade du Maroc en Suisse mérite d'être saluée. Même si l'ambassadeur formule à cette occasion ses voeux pour la communauté marocaine et pour la communauté marocaine israélite. Une nuance sémantique qu'il vaudrait la peine de corriger l'an prochain en précisant, à l'attention de la première, pour la communauté marocaine musulmane.

Ne chipotons pas ! Car le traitement totalement inégal par les médias suisses des deux événements est autrement plus frappant. Moult articles pour le ramadan, silence radio-tv-presse pour le début de la 5771 ème année juive, excusez du peu ! Leur seule excuse est que les élites culturelles et politiques ne les auront pas incités à mieux faire.

Alors pour l'occasion, longue vie à Mohammed VI, chokrane et toda !

 

 

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09/09/2010

LACI : la double solidarité a des limites

 

 

 Une affaire de curseur. Et donc de rapport de forces parlementaires. Voilà sur quoi débouchent les décisions politiques, surtout quand elles impliquent de gros sous. Quant à la position du curseur, elle découle de la conception de la solidarité et de la rigueur défendue par les protagonistes. La polémique née du refus de la gauche et des syndicats d’assainir l’assurance-chômage, selon la solution de révision de la LACI issue des Chambres fédérales, en est un nouvel exemple. Elle permet de mettre en évidence que les revenus élevés contribuent en réalité doublement à son financement.

 

Résumé à l’excès, le choix est simple. Ce sera, au soir du 26 septembre 2010, soit 0,2% de cotisation supplémentaire jusqu’à un revenu de 126 000 francs et 1% de cotisation entre 126 000 et 315 000 francs le temps d’éponger la dette évalué à 17 ans, soit 0,5% de cotisation supplémentaire jusqu’à 126 000 francs complété du pour-cent dit de solidarité. En clair, un effort contenu pour les petits et moyens revenus du travail, complété d’un grand effort pour les revenus élevés, ou un effort plus lourd pour les revenus inférieurs à 126 000 francs.

 

Derrière le texte soumis au peuple, on peut voir à l’œuvre un renforcement du principe d’assurance et davantage d’incitations mâtiné d’une symétrie des efforts faite de recettes supplémentaires – la solidarité – et de coupes dans les dépenses – la rigueur. Derrière le refus, un refus d’assumer la réalité de l’endettement dérivant, pour le show médiatique, vers la mise en cause de boucs-émissaires, les top-managers. Et le tour de magie de dernière minute, jamais proposé sous la Coupole fédérale, d’un déplafonnement total des contributions, vraisemblablement sans limite dans le temps mais insuffisant pour combler les trous. Bref, d’un nouvel impôt sur les hauts revenus, car les prestations sont limitées.

 

Même si la révision est bien partie dans les sondages, la partie n’est pas gagnée pour ses partisans. Elle l’est d’autant moins que les bénéficiaires de revenus élevés pourraient se rebeller face à l’apport qui leur est demandé d’un pour-cent supplémentaire, dit de solidarité. Et de découvrir que leur apport est double : direct et indirect. C’est donc peu dire que les opposants à la révision jouent un jeu dangereux qui suppose une maîtrise parfaite de l’art du boomerang.

 

Directement, les heureux bénéficiaires de revenus élevés contribueront en effet de 160 millions au moins au désendettement de la LACI. Mais il faut ajouter leur participation indirecte, totalement passée sous silence, dans le financement de l’assurance-chômage via la contribution des pouvoirs publics. Une participation qui est de 531 millions (dont 395 provenant de la seule Confédération) sur un total de recettes de 7 128 millions et qui devrait augmenter de 26 millions.

 

Or d’où vient ce demi-milliard ? Pour une forte proportion de l’impôt fédéral direct dont la redoutable progressivité est connue de tous ceux qui le paient. La LACI est donc bel et bien marquée au coin d’une double solidarité des revenus élevés.

 

Et les leçons de morale de la gauche et des syndicats tiennent tout simplement de la pure démagogie, alliée à une volonté de culpabiliser les citoyens. C'est-à-dire d’une fuite devant leurs responsabilités. Il ne faut pas chercher plus loin les vrais démanteleurs de cette assurance sociale en péril. A culpabilisation, culpabilisation et demie ! 

 

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03/09/2010

La grande peur du pluralisme médiatique

 

La concurrence, c’est bon… pour les autres. Y compris dans le champ médiatique. La loi suisse limite plus sévèrement les cartels formels depuis 1995 ; contre des cartels informels, comme celui des idées, le combat est plus ardu. Les médias qui sont attentifs à la première dimension sont pourtant peu portés à l’auto-analyse pour la seconde. Pire : non seulement les journalistes ne réfléchissent pas à leur conformisme idéologique et à ses effets délétères, mais ils émettent des gloussements de vierges effarouchées face à l’intrusion de tout corps étranger, vite stigmatisé voire démonisé. Une double erreur funeste !  

 

L’erreur est d’abord quantitative. A offrir à tous le même menu, on lasse. Surtout s’il est végétarien ou de centre-gauche, comme la majorité des journalistes, et que le lecteur est carnivore, de centre-droit, comme la majorité des citoyens. Qui finissent par ne lire plus qu’un seul journal. Si possible gratuit. D’où un effet sur les recettes. D’autant qu’est ainsi favorisé le développement d’autres habitudes. Au lieu d’aller au restaurant, les gens se résignent dans un premier temps à manger à la maison ; ils finissent par s’en féliciter, surtout en zappant dans l’offre médiatique mondiale et sans redevance – pour le moment.

 

L’erreur est aussi qualitative. A rejeter la confrontation des idées, on appauvrit sa propre argumentation. L’esprit critique de l’émetteur en souffre. Sa force de conviction s’en ressent. L’intérêt du destinataire s’étiole. La démocratie en devient la victime, elle dont la dynamique exige au minimum un duopole idéologique.

 

Trois exemples d’allergie médiatique.

 

La création d’un comité éditorial par le nouveau propriétaire du « Nouvelliste », le quotidien valaisan, rend « lecteurs et rédacteurs inquiets », selon « Le Temps » du 16 août 2010. Même « l’establishment (serait) un peu préoccupé ». En tout cas plus que le lecteur de base, car le quotidien genevois ne s’est pas risqué au genre du micro-trottoir… Le fantasme de la censure, l’hydre de la réaction, le cancer du conservatisme planent donc à cause de « cet étonnant comité à cinq têtes comme on n’en connaît pas ailleurs dans les médias romands ».

 

Le rachat par le financier Tito Tettamenti  de la majorité des actions du groupe (1200 collaborateurs, plus de 200 millions de chiffres d’affaires) qui édite la « Basler Zeitung » (près de 90 000 exemplaires), au début de 2010, a été vu, outre Sarine, comme une extension de l’empire idéologique blocherien. Car cet achat a permis à un avocat bâlois, déjà proche de ce journal, d’en devenir l’éditeur. Un avocat qui est déjà président du conseil d’administration de la « Weltwoche ».

 

La Weltwoche, précisément. Cet hebdomadaire zurichois (près de 400 000 lecteurs) est lui aussi aux mains d’un autre proche de l’ex-conseiller fédéral. Qui, aux critiques, répond tout simplement « Mainstream, non merci ! ». Changements climatiques, pit-pulls, union européenne, voilà autant de sujets sur lesquels son interprétation diffère de celle de la quasi-totalité des médias helvétiques. Et explique l’hostilité dont cette publication souffre de la part de ses concurrents.

 

Le gros mot est lancé. Et pourtant c’est grâce à la concurrence des idées que les mythes s’effondrent, que l’irrationalité régresse, que la démocratie s’incarne. Car elles tirent leur force non de l’absence d’opposition, mais de la démonstration de sa faiblesse.

 

La fin du bloc soviétique a rendu abstraite l’inhumanité de l’ « homme nouveau » communiste ; la présence d’un courant conservateur puissant en Suisse, y compris dans les médias, devrait plutôt être saluée par ses adversaires. Car elle ne peut que les aider dans leur reconquête de l’opinion publique.   

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 3 septembre 2010) 

 

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