04/10/2010

Derrière la censure à l’UNIL, le libre choix des études

L’Université de Lausanne, un lieu de dialogue, de dialectique, de polémique même ? Que nenni ! Grâce aux censeurs en herbe du campus, l’UNIL a au contraire fait un pas en arrière formel dans la marche vers la liberté d’opinion. Et s’est évité une réflexion de fond sur les conséquences du libre choix des études. Les dirigeants de la Fédération des associations d’étudiants (FAE) y a en effet jeté le masque en annonçant son intention de « séquestrer » Uniscope, le magazine interne de l’UNIL. Motif : il contenait une interview de la conseillère fédérale Doris Leuthard sur le vote par le peuple de la LACI.

 

L’événement serait purement anecdotique s’il ne reflétait une tendance lourde de la gauche dogmatique : la conquête absolue du pouvoir. Politique, économique, social, culturel. Et aussi idéologique. Bref, l’élimination de l’adversaire[1].

 

Que l’interview ait pu déplaire aux opposants à la LACI est chose certaine. Sur deux pages, la désormais future ex-ministre de l’économie reprenait pour les démonter les craintes des jeunes et notamment des étudiants inquiets des effets de cette révision législative. Cette pièce-là a trouvé son épilogue par l’acceptation par le peuple suisse de la révision.

 

Mais une autre est mise au programme. Doris Leuthard s’exprimait aussi sur le dilemme posé par le libre choix des études. Et de laisser entendre qu’il pourrait faire l’objet d’aménagements au cours de cette décennie déjà. Une société peut-elle laisser ses membres se déterminer en totale autonomie face au choix des études ? Ses jeunes peuvent-ils faire abstraction et de leurs capacités à affronter la dureté du marché du travail une fois leurs diplômes en main, et des besoins non satisfaits de celui-là, par exemple dans le domaine des soins ou des sciences de l’ingénieur ? Jusqu’à quand en effet pourra-t-on non seulement former des jeunes dans des disciplines offrant peu, voire pas de débouchés, mais surtout nourrir en eux des espoirs professionnels impossibles à satisfaire ? Des incitations pourraient être mises sur pied par l’Etat pour pallier certains manques. Bien. Mais quels cris pousseraient alors la majorité des étudiants si des contraintes les remplaçaient ?

 

Voilà en tout cas une occasion de disputatio tout sauf académique que la volonté de séquestre de la FAE a pour l’heure de facto empêchée. Et que le possible futur responsable du dossier sur le plan fédéral, le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann pourrait remettre sur le tapis. Et pas seulement pour l’UNIL.

 

(Paru dans Entreprise romande du 1er octobre 2010) 

 

 

 

 

 



[1] La gauche extrême signe au passage une différence d’avec la droite extrême. Quand celle-ci abuse de la liberté d’opinion, celle-là la récuse.

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