05/11/2010

Travailler pour tous avant de recevoir de tous

Le contrat d’aide sociale individuelle, c’est bien, les travaux d’intérêt public à la mode alémanique au rang des contreparties, c’est mieux. Car c’est une chose - nécessaire - que d’accorder une aide à ceux qui vivent une situation de détresse, du chômage à la toxicomanie en passant par divers handicaps, c’en est une autre – tout aussi nécessaire – que d’exiger d’eux une contreprestation réelle. Une contreprestation qui met le demandeur d’aide sociale face à sa responsabilité de citoyen.

 

Certes, la contreprestation ne peut être exigée de tous ou alors seulement sous une forme quasi virtuelle dans certains cas de trop grande désocialisation. Certes encore, nombre de cantons prévoient d’ores et déjà des mesures d’intégration sociale ou d’insertion professionnelle conditionnant le versement d’allocations d’assistance publique.  

 

Mais cela ne suffit pas. Car si l’Etat, c'est-à-dire vous et moi, doit tendre la main à celui qui est à terre, il doit aussi pouvoir tester activement l’esprit de collaboration des bénéficiaires à l’amélioration de leur propre sort. Exiger pour subventionner, « fordern und fördern », pour reprendre l’expression germanique. Et, en l’occurrence, travailler avant de recevoir.

 

Telle est en tout cas la logique globale que suit, par exemple, l’aide sociale zurichoise. Elle précise que les contreprestations peuvent prendre la forme « d’une activité lucrative, d’une participation à des mesures ou programmes d’intégration, de travaux d’intérêt public ou d’aide aux familles ou au voisinage ».

 

Or Bâle-Ville, le canton qui compte le plus grand nombre de bénéficiaires d’aide sociale de Suisse, entend aller un pas plus loin. Le conseil d’Etat y examine en effet l’introduction d’une obligation de travaux d’intérêt public d’une durée d’un mois avant de verser les premières allocations d’aide sociale.

 

Derrière cette proposition, il y a une hypothèse grosse comme une maison : nettoyer les bords du Rhin ou les parcs municipaux, cela pourrait bien inciter certains demandeurs d’aide à arbitrer entre la dépendance envers l’Etat et l’indépendance procurée par un emploi.

 

Une hypothèse que l’on ne retrouve pas sous cette forme dans le projet de révision de la loi genevoise sur l’aide sociale individuelle. Il n’est pas trop tard pour mieux faire.

(Editorial de la newsletter de la FER du 5 novembre 2010)

17:23 | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | | | |

Commentaires

merci pour cet excellent article montrant bien l'inertie de notre système social,l'abbé Piere et soeur Emmanuelle l'avaient bien compris,il est temps en effet que nos églises se mouillent aussi avant de toujours quémander, votre article devrait être placardé dans toutes les administrations cantonales et communales de suisse romande,car bailler devant un computer n'aidera en rien a améliorer le social,au contraire,l'anarchie régnante au sein des soi disant oeuvres caritatives pour beaucoup sont remises en cause par beaucoup de suisses,alors si l'état ne montre pas ses limites,ce n'est pas aux citoyens de ce pays à payer les pots cassés résultant d'années dites sociales,mais ayant fabriqué des chômeurs et non des travailleurs!

Écrit par : Elena | 06/11/2010

t'es trop mignon mais t'es gros ...
comme ce binational franco-suisse à l'AI, actuellement élu dans une commune frontalière
qui me racontait comment lui et ses copains bénéficiaires AI se retrouvaient aux tests à Bale, les béquilles dans le coffre de leurs BMW & autres puissantes berlines...
Des années que ça dure

Écrit par : na...ya | 06/11/2010

Ce n’est pas le social qui crée des chômeurs mais les lois actuelles ultralibérales qui permettent aux milieux patronaux de faire du dumping salarial grâce aux accords bilatéraux

La contre-prestation pourrait s’avérer utile (ça dépend des cas) si elle était payée au tarif stipulé dans les secteurs concernés, à savoir que s’il existe une demande de main d’ouvre réelle, il s’agit donc des emplois réels, ils doivent être rémunérés en conséquence car la valeur d’une heure de travail exécutée par un chômeur, est identique à celle exécutée par un salarié normal (le chômeur n’est pas une sous-espèce et le minimum vital est une forme de charité pour aider à survivre, en aucun cas cela peut être assimilé à un salaire)

Dans le cas contraire, la révision de la LASI serait en contradiction avec le Code Pénal : Esclavage et abus de pouvoir sur personne en état de faiblesse.

C’est un débat improductif pour toutes les parties car tant qu’un employeur pourra refuser un CV parce que le candidat est trop vieux (donc plus cher) trop jeune (pas assez d’expérience) trop pâle (souvent malade) trop foncé (sans commentaires) trop rose (exubérant ? ) ou pas assez frontalier (salarié au rabais) …On tourne en rond.

Écrit par : Barbie Forever | 07/11/2010

le mal vient des grandes surfaces promettant depuis des lustres des salaires adaptés,quand on songe qu'une certaine grande surface lutte contre le tabac et qu'on sait le pourquoi,car il faut avoir suivi l'évolution commerciale depuis la fin de la guerre,on peut sans doute avec le système chinois se dire qu'il faudra se repositionner en tant qu'ouvrier ou employé,à eux d'apprendre à dire non,nous les anciens ne pouvons pas être toujours seuls à combattre ce qui de loin ressemble à un champ de bataille économique,mais certains jeunes ayant peur de prendre des initiatives de celles qui servirent à nous affirmer en tant qu'individu à part entière,et nous considérant comme ringards préférent crier dans les rues qu'apporter des solutions,c'est aux travailleurs de proposer ,eux sont concernés pas l'état ,surtout en suisse le peuple est souverain,notre démocratie est à défendre!le monde du travail a évolué,les humains aussi,cependant il manque sans doute des vrais chefs de ceux qui avaient le cran de mener les autres,au sein même des entreprises,se référer uniquement à des courriels ou autres directives dont on ne peut être certain de l'expéditeur est une erreur,le dialogue est la seule issue dans tous conflits,militaires,économicosocial,etc..faire confiance aux machines beaucoup l'avaient dit,est la plus grave erreur de ce siècle,on voit les résultats,même en médecine!

Écrit par : Elena | 07/11/2010

Entièrement d'accord avec Barbie Forever.

Écrit par : Kissa | 07/11/2010

Les prestations de l'Assurance Chômage ne sauraient être assimilées à une "aide sociale". Comme les autres formes d'assurances elles constituent une prestation pour laquelle le bénéfiaire a cotisé pendant une durée contractuelle minimum et pour une durée limitée. Ce n'est en aucun cas un "cadeau" ni une aumône!

En l'occurence il serait pour le moins contre productif de vouloir lutter contre le chômage en créant une forme d'emploi non rémunéré qui permettra du même coup de ne pas créer d'emploi rémunéré pour effectuer le travail en question.

Écrit par : Azrael | 11/11/2010

Les commentaires sont fermés.