26/11/2010

La CIA et le Titanic

Le déni de réalité comme excuse d’un statu-quo délétère pour la caisse de pension de l’administration publique genevoise, la CIA, voire de l’égoïsme à court terme. Voilà l’explication du refus d’un plan de sauvetage élaboré par le conseil d’Etat. En effet, 54% des membres et des retraités s’y sont opposés par le biais d’un référendum lancé par le syndicat SSP-VPOD. Les conséquences de son jusqu’auboutisme ne vont pas tarder[1]

 

D’autant que les mesures urgentes de stabilisation du taux de couverture de la CIA - 59% en 2009 (20% de moins qu’en 1979), un des taux les plus bas des caisses de retraite publiques – ne sont qu’un apéritif. D’ici à 2050, la CIA devra en effet faire passer son taux de couverture à 80%, pour satisfaire aux exigences que les Chambres fédérales vont adopter en leur session de décembre 2010. Cet objectif se traduit en une recapitalisation de 2,1 milliards pour la CIA, un chiffre comparable au coût de la débâcle de la BCGe ! Cerise sur le gâteau, compte tenu du projet de fusion entre la CIA et la caisse de pension des établissements hospitaliers (CEH), la facture finale devrait exploser à 3,1 milliards.

 

C’est dire s’il est urgent d’agir. C’est dire s’il est irresponsable de faire comme si de rien n’était. Comme si la générosité du plan de départ à la retraite (PLEND) offert par l’Etat à ses collaborateurs allait rester sans effet sur le taux de rentiers par rapport aux cotisants. Une comparaison : en 1979, il y avait sept actifs pour un rentier, en 2039, il n’y en aura qu’un. Comme si l’allongement général de l’espérance de vie épargnait les fonctionnaires genevois. Comme si la CIA pouvait se transformer impunément en presse à billets.     

 

Certes, d’aucuns pourraient préférer la politique du pire. Car à moins de 50% de taux de couverture, le droit fédéral impose des mesures d’assainissement. Et là, plus de référendum qui vaille. Parmi celles-là, le passage à la primauté des cotisations (la rente est fixée selon les montants épargnés), l’augmentation de la durée des cotisations, la suppression (temporaire) de l’indexation des rentes, la diminution des prestations, en clair des rentes plus faibles.

 

La VPOD peut rêver du Grand Soir. Mais les petits matins risquent d’être blêmes pour les bénéficiaires actuels et futures de la CIA. Sur le Titanic, on dansait encore alors que l’iceberg avait troué la coque. La responsabilité des élus est de sauver cette caisse en minimisant les dégâts. Dont les coûts pour les contribuables. L’inaction n’a que trop duré.

(Editorial d'Entreprise romande du 26 novembre 2010)

 

 

 

 

 



[1] La commission des finances du Grand Conseil a ainsi décidé de répartir à parts égales la contribution de l’Etat et des fonctionnaires à l’assainissement de la CIA, alors qu’actuellement, l’employeur verse deux tiers des cotisations de retraite.

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Commentaires

Au vu de la mentalité de certains de mes collègues, le résultat final ne m'étonne malheureusement guère.

On va juste le payer plus tard (et pas que nous, les contribuables, dont nous faisons partie, aussi)... beaucoup plus cher et cette fois on aura plus notre mot à dire... et il ne s'en rendent meme pas compte.

Ca va faire très mal pour ceux qui n'ont pas les moyens ou pas prévu de 3e pilier.

Écrit par : mouais | 26/11/2010

A lire votre argumentaire très intéressant et aux vues des déficits très importants de quasi toutes les caisses publiques, je me demande si nous avons encore la possibilité de verser des rentes en fonction des derniers salaires et si les caisses publiques ne devraient pas revenir toutes à la notion de la primauté des cotisations.

Que l'Etat employeur social paye les 2/3 des cotisations, alors que la loi prévoie seulement la moitié, ne me dérange pas encore trop, d'autres employeurs privés le font aussi. Mais la primauté des cotisations me semble guère plus discutable.

Écrit par : Philippe C. | 26/11/2010

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