10/12/2010

Les résultats de PISA 2009 se lisent en jaune

 Les résultats de l’étude PISA 2009 menée par l’OCDE, à laquelle 65 pays et 470 000 élèves ont participé, sont à peine tombés que l’autosatisfaction quant à la qualité de l’école suisse pointe son nez. Comme s’il suffisait d’avoir repassé la barre de la moyenne en lecture, le point noir de PISA 2000. Comme si le regard n’avait pas à se diriger vers le plafond de l’excellence, d’un jaune désormais très asiatique, pour au moins rêver de s’en rapprocher. Comme si, pour le futur, l’analyse des différences cantonales qui mettent en évidence les performances des systèmes scolaires (programmes, pédagogies et enseignants mélangés) n’importait plus.

 

En Suisse, les résultats en lecture de PISA 2000 avaient provoqué une crise où la dénégation du côté des syndicats avait fini par céder le pas à la conscience de réformer l’école obligatoire du côté des responsables politiques. L’accord s’y était fait pour remettre l’accent sur l’acquisition à l’école des connaissances de base : lire, écrire, compter. Dix ans plus tard, les premiers résultats sont là, qui semblent concluants. Mais qui sont insuffisants.

 

Certes, les connaissances et compétences des élèves suisses de 15 ans testés en lecture (501 points), mathématiques (534) et sciences (517) y sont meilleures, respectivement, qu’en 2000 (494 points), 2003 (527) et 2006 (512). Mais l’écart se creuse entre la Suisse et le champion de chacun de ces domaines ; c’est particulièrement évident en mathématiques où la différence d’avec le meilleur passe de 23 à 66 points, soit l’équivalent de la fréquentation d’une année d’école en plus !

 

Ce champion, ce n’est plus la Finlande, désormais troisième, une dégradation relative  « inquiétante » pour son ministre, mais la province de Shangaï, une nouvelle venue dans cette compétition. Le quart des jeunes Chinois fait ainsi preuve d’une réflexion mathématique « poussée » contre seulement 13% pour l’ensemble de l’OCDE. Plus généralement, PISA 2009 marque clairement  la victoire des pays à tradition culturelle confucéenne (Chine, Singapour, Corée, Japon). Même si leurs écoles y ont élevé le bachotage au rang d’un dogme pédagogique. A telle enseigne que les parents coréens, qui croient encore en l’école, y investissent jusqu’à 3,5% du PIB en cours d’appui privés. Et leurs enfants d’étudier 50 heures par semaine en moyenne !

 

Alors que les documents de synthèse concernant l’OCDE dans son ensemble et la Suisse en particulier[1] ont été à peine feuilletés, un syndicaliste y voit déjà « la preuve d’une école publique très performante ». En réalité, les résultats des écoles privées sont meilleurs en absolu et tout simplement égaux, une fois pris en compte le milieu socioculturel des élèves. Et de considérer que « le dénigrement de la pédagogie laxiste » n’a plus lieu d’être. Que ne voyage-t-il pas jusqu’en Orient !

 

Quant à la conférence des directeurs de l’instruction publique (CDIP), elle annonce que les résultats cantonaux à PISA 2009, annoncés pour 2011, seront les derniers de leur espèce. La Suisse entend désormais se contenter de tester 5000 élèves, et plus 20 000, pour des raisons officielles de coût du dispositif. Ou de peur des différences inter-cantonales ? Une option à révisée fissa.  

(Commentaire marginalement complété de la version parue paru dans l'Agefi et Entreprise romande du 9.12.2010)



[1] Ces documents sont disponibles sur internet.

Pour l’OCDE: http://www.oecd.org/dataoecd/33/5/46624382.pdf.

Pour la Suisse: http://www.pisa2009.ch/dyn/bin/13062-13185-1-pisa-2009_pr...

 

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Commentaires

@M. Weiss
Toutes vos critiques sont bien jolies, mais que souhaitez vous réellement sinon la privatisation complète de l'enseignement?
Qu'est ce qui arrivera dans ce cas là? Comme au USA où ceux qui ont les moyens de payer des écoles chères à leur progéniture arrivent à des résultats plutôt bons (quoique si on ne regarde pas trop de manière générale) et les autres vont dans des systèmes satellites médiocres pour ne pas dire carrément catastrophiques?
Faites vous partie, M. Weiss, de ceux qui défendent l'enseignement suisse comme une de nos rares richesses ou, comme je le pense, penchez vous du côté de ceux qui veulent des économies dans l'enseignement pour pousser leurs amis propriétaires d'écoles privées et, ainsi, faire du profit là où il ne devrait y avoir qu'investissement?

Écrit par : lefredo1978 | 10/12/2010

ce qui m'inquiète en tant que grand parent,c'est que nos édiles scolaires suisses se mettent dans la tête de vouloir imiter la scolarisation poussée à l'extrême des Coréens ou autres pays Asiatique,en tant que parents et grands parents,nous disons attention y'a péril et pour les couples et nos petits enfants,on connait le taux de suicides des enfants dès l'âge de 12 ans dans ces pays!Nos enfants ne sont pas des cobayes pour le lavage de cerveau,si cher aux dictatures

Écrit par : lovsmeralda | 11/12/2010

Cher Monsieur,

S'il y a un point sur lequel nous pouvons nous rejoindre, c'est sur le fait que ces résultats ne permettent pas de pavoiser. Je me "réjouis" de prendre connaissance des résultats de Genève.
Pour mémoire:

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2010/12/08/cocorico-pisa-2009-est-sorti.html

Écrit par : Duval | 11/12/2010

Voici ce qu'on lit aujourd'hui :

"Non, les résultats des élèves suisses obtenus dans le cadre de PISA ne sont pas aussi bons qu'on a pu le croire et dire. Selon le responsable de l'étude, Urs Moser(reponsable de l'étude), cité par "Der Sonntag", "la Suisse, clairement, n'a pas amélioré sa position", comme les autorités ont pu le prétendre.
L'analyse des résultats montre que les élèves suisses au cours des neuf dernières années ne se sont pas réellement améliorés. Les "progrès" restent dans la zone d'incertitude statistique, ce qui signifie qu'on ne sait pas s'il y a eu amélioration.

Cet avis est partagé par d'autres spécialistes. La Suisse, en lecture, a obtenu 501 points. C'est six points de plus qu'en 2000 (soit environ un 1%) mais cet écart n'est pas significatif.

Inquiétude

Le fait le plus inquiétant est bien que 17 % des élèves, après les neuf ans d'école obligatoire, savent à peine lire et écrire. Rapporté à une classe de 20 élèves, ce pourcentage signifie que trois à quatre d'entre eux écrivent et lisent très mal - et cela après neuf ans d'école, estime un spécilaiste de la formation, Stefan Wolter.

Pratiquement, cela signifie encore qu'un élève sux six sort de l'école quasi analphabète. Si, dans l'ensemble, les résultat de PISA sont satisfaisants, il n'en reste pas moins qu'avec 17% de jeunes faibles en lecture et en écriture, les objectifs sont encore loins d'être atteint, selon le responsable de PISA, Urs Moser.

ap/ther

Écrit par : Jean Romain | 12/12/2010

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