12/12/2010

Budget cantonal: déraisonnable et nécessaire

L’adoption d’un budget peut se faire dans la sérénité, lorsque croissance de l’économie et sens de la mesure des gouvernants se conjuguent.

Elle peut se faire dans la douleur lorsque l’Etat-providence est mis à l’épreuve par une crise des recettes ou par des décisions de dépenses sans couverture.

Elle peut encore se faire dans l’incompréhension ou le doute, comme pour le présent projet de budget, du moins pour bonne partie de ceux qui le soutiennent. Car ils ne lui accordent leur soutien que dans l’espoir que les priorités du Conseil d’Etat dans les domaines de la sécurité, de la formation, de l’action sociale ou de la santé, permettront d’améliorer le sort de leurs concitoyens. Mais aussi parce qu’ils font face au mur solide d’un conseil d’Etat à majorité nominale de droite s’opposant avec vigueur à toute remise en cause des acquis étatiques.

C’est cette situation que la République vit en cette fin d’année 2010.

Or,

·        quand les responsables de la conduite du char de l’Etat privilégient la seule adjonction de nouvelles tâches à leur compensation par la suppression de missions obsolètes ou non-prioritaires, voire à la seule suppression de ces dernières,

·         quand ils renoncent à la rigueur en adoptant un taux de croissance double de celui qui prévalait pendant la législature précédente, avec un gouvernement à majorité nominale de gauche, alors que l’incertitude plane sur les secteurs qui font la richesse actuelle de Genève, et donc sur la croissance des recettes fiscales,

·        quand ils engagent à tour de bras de nouveaux collaborateurs, à raison de 871 postes à plein temps, soit 4 par jour ouvré, vacances et pont de Noël exclus,

·        quand ils font enfler leurs états-majors au détriment relatif des prestations à la population, 

·        quand ils repoussent le retour à l’équilibre budgétaire de 2012 à 2013,

·        quand ils qualifient le PFQ de « boussole plutôt que de GPS », comme pour se trouver une excuse à de futurs dérapages,

·        quand ils laissent à nouveau enfler la dette d’un million par jour en 2011, sauf le dimanche, en oubliant leurs propos de naguère, propos qui ne valent  engagement qu’aux oreilles de ceux qui les entendent,

il y a fort à parier que ces responsables se verront à nouveau attribuer par un institut universitaire indépendant sa plus mauvaise note possible (1/6) pour leur non-maîtrise des dépenses courantes.

Mais cette République éprouve aussi un malaise qui ne peut être  négligé. Car une impression partagée ou même suggérée de malaise, c’est déjà un fait social, aurait diagnostiqué le sociologue Durkheim.

L’incivilité y a droit de cité. La délinquance est au coin de la rue. La criminalité violente n’épargne pas ce canton. Pour des raisons multiples, les coûts de la santé explosent. La crise augmente les besoins en assistance publique. Les entreprises peinent parfois à recruter un personnel local à la fois compétent et appétent. La qualité ou l’adéquation de la formation est mise en cause. La raréfaction de l’offre de logements est proportionnelle aux égoïsmes locaux qui expriment le syndrome nimby (not in my backyard). Le chaos de la circulation a pour seul avantage de laisser du temps à tous les usagers pour compter les nouveaux trous qui s’ajoutent aux anciens.

Certains se contentent de la description de ce malaise, le montent en épingle, recourent à la technique éculée du bouc-émissaire. Sans prise directe sur les affaires, par absence d’élus, peu au fait des dossiers, ils généralisent des dysfonctionnements singuliers, bref, ils exagèrent par excès de caricature.

D’autres, parmi lesquels les partis de l’Entente qui soutiennent ce budget, malgré ses défauts, croient qu’il serait irresponsable de renoncer à améliorer les conditions de vie de Genevois, à défaut de les changer… radicalement.

Car ce budget signifie plus de policiers et, il faut l’espérer, plus de sécurité, plus de juges et donc plus de condamnés, plus de gardiens de prisons aussi pour s’occuper des prévenus; des moyens accrus pour les malades, les personnes âgées, les exclus ; davantage de maîtres dans les écoles au bénéfice d’une formation restructurée et des programmes plus adaptés aux besoins de la société contemporaine, à son marché du travail aussi, encore des déclassements pour plus de logements, une poursuite du rattrapage nécessaire quoique déséquilibré en matière de transports publics, et puis des investissements en quantité inégalée pour demain qui sont aussi des coûts de fonctionnement à court terme et des dettes à long terme. 

C’est pourquoi, au terme de la lecture de ce rapport de majorité, je vous prie, Mesdames et Messieurs les députés, malgré l’ampleur des réserves et des critiques émises plus haut, en dépit de toutes les insatisfactions que peut avoir suscitées le rejet d’amendements certes pertinents aux yeux de leurs auteurs, mais refusés par une majorité, compte tenu surtout des responsabilités que doivent assumer les partis de ceux qui entendent (continuer à) faire Genève, assurer durablement son futur, d’accepter ce projet de loi et de doter la République d’un budget pour 2011.

(Conclusion extraite de mon rapport de majorité)

 

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Commentaires

ceci est un excellent post, bravo et bonne continuation!

Écrit par : poker gratuit | 21/12/2010

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