21/12/2010

Le bel étage et l'entresol de la citoyenneté

Genève est à "50% composées (sic!) d'étrangers" si l'on incluait dans ce pourcentage les étangers naturalisés suisses (voir un passage traitant de l'intégration des étrangers dans le rapport de minorité d'Eric Stauffer sur le budget 2010, p. 585). Une fois de plus, le chef du MCG se trompe. Pour une fois, non pas en surestimant mais en sous-estimant grossièrement le pourcentage d'étrangers.  Mais il ne se contente pas de se et de nous tromper, il met en doute la "suissitude" de tous les étrangers naturalisés.  

Or, selon les statistiques officielles, celles du recensement de 2000 qui portaient sur 413 673 personnes résidentes - il va falloir encore attendre quelques années pour disposer de ceux du nouveau recensement décennal -, le pourcentage d'étrangers s'élèvait à 38,1%. Et celui des Suisses à 45,6%. Le reste, soit 16,3%, était composé de binationaux. A noter que quatre binationaux sur cinq proviennaient de l'UE (voir le Communiqué de presse n° 3 de l'OCSTAT du 6 janvier 2006).

On peut donc dire qu'il y avait à Genève en 2000 54,4% d'étrangers (38,1% + 16,3%) et 61,9% de Suisses (45,6% + 16,3%) ! Deux façons de regarder la même réalité.

Deux façons, dont l'une est plus étrange que l'autre. En effet, dès lors que la Suisse estime un étranger digne de détenir un passeport à croix blanche, cet étranger est suisse. Aussi suisse que celui qui l'est devenu il y a dix générations. Ne pas les intégrer dans le pourcentage de Suisses, c'est ni plus, ni moins créer une citoyenneté à deux étages: le bel étage, celui des Suisses non naturalisés, des vrais Suisses; l'entresol, celui des naturalisés, des demi-Suisses. En fait, des dénaturalisables en général et en puissance. 

A cette aune, combien peut-on dénombrer de Suisses pur sucre à Genève si le regard statistique porte loin dans le passé? Une faible minorité, compte tenu des échanges migratoires avec la France voisine comme avec le vaste monde. Un passé qui ne peut nécessairement être la référence en la matière. S'agissant de la France de Vichy, le Maréchal Pétain avait ainsi fait adopter la loi du 3 octobre 1940 "portant statut des juifs". Dans son article premier, elle disposait qu'"est regardé comme juif toute personne issue de trois grands-parents de race juive ou de deux grands-parents de la même race, si son conjoint lui-même est juif". Le quart de juif était né.

Demi-Suisse, quart de juif, voilà deux sources du même combat contre la mise en cause du principe d'égalité qu'incarne la citoyenneté, une et indivisible, comme la République (française). A moins que ce principe transjurassien ne soit pas digne d'être aussi cisjurassien ! A moins que certains, ici, n'envisagent purement et simplement de grossir le nombre d'étrangers pour attiser "la haine, la grogne et la hargne" contre eux, dixit un général à deux étoiles qui en a pu en remontrer à un maréchal tombé bien bas.

Joyeuses Fêtes à tous, Suisses et étrangers ! 

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