20/01/2011

Les faux amis de la BNS et des entreprises

Depuis 1999, le franc suisse s’est apprécié de 20% par rapport à l’euro, de 30% par rapport au dollar américain[1]. Les difficultés des entreprises d’exportations, sous-traitants compris, grimpent en parallèle. Les risques de chômage pointent à l’horizon pour leurs collaborateurs. Du coup, la politique de la Banque nationale suisse (BNS) tombe sous les feux de la critique. Les suggestions les plus variées, voire les plus farfelues se font jour. Raison de plus de garder la tête froide en rappelant certaines évidences et des solutions plus crédibles.

 

Parmi ses propositions lancées « pour éviter une crise monétaire », le parti socialiste propose ainsi  de « restreindre ponctuellement les transferts de capitaux » évidemment spéculatifs, oubliant que la plupart des transactions de la sixième monnaie la plus traitée au monde se déroulent à l’étranger. De rééditer l’expérience infructueuse des intérêts négatifs pour les investisseurs étrangers. Ou encore en appelle  à lier « provisoirement » le cours du franc à celui de l’euro, scellant de facto le début de la fin de l’indépendance sinon de la Suisse, du moins de la BNS. Proposition peut-être la plus perverse : accroître la masse monétaire «  par des opérations décidées sur les marchés ».

 

Or c’est peu dire que ce catalogue foule aux pieds non seulement les statuts de la BNS, mais, pire encore, sa culture d’indépendance et sa mission qui est de donner « la priorité à la stabilité des prix ». 

 

Une autre réponse s’impose, plus respectueuse de la BNS et plus efficace pour les entreprises suisses. Car il ne s’agit pas de nier leurs difficultés sur certains marchés avec, à la clé, le risque de délocalisation totale ou partielle de leur production. Elle consiste à agir sur les coûts de production influencés par l’Etat. C'est-à-dire là où la marge de manœuvre du politique est à la fois réelle et prévue par les institutions.

 

Concrètement, c’est en abaissant les impôts et les taxes qui pèsent sur entreprises, les normes bureaucratiques qui les corsètent, les charges sociales et le coût de l’énergie qui grèvent leurs coûts de production, sans oublier les droits de douane qui subsistent avec les pays n’ayant pas encore signé d’accords de libre-échange avec la Suisse que les firmes exportatrices pourront le mieux compenser la force actuelle du franc.

 

Au lieu de rejeter le fardeau sur la BNS, voilà un programme de mesures urgentes et de fond  qui devrait motiver ceux qui ont à cœur les intérêts des entreprises suisses et de leurs collaborateurs. Et qui permettra de distinguer entre leurs faux et leurs vrais amis.

(article paru dans Entreprise romande du 21 janvier 2011)

 

 

 



[1] De 1999 à 2010, la hausse est même de 33% par rapport à la livre sterling, ou de 52% par rapport au rouble. Maigre consolation : le franc a baissé de 7% par rapport au dollar canadien ou de 13% par rapport à… la couronne tchèque.

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Commentaires

Voyons... baisser les impôts sur les entreprises. Voilà une excellente manière d'attirer de nouveaux capitaux en Suisse et de renforcer encore le franc !
Une solution assez peu convaincante...

Et si on faisait plutôt un petit effort sur le secret bancaire : parce que là... on jouerait vraiment contre le renforcement du franc.

Écrit par : moor | 23/01/2011

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