10/02/2011

Le mythe de l’alter-croissance « citoyenne »

 Quelle croissance pour satisfaire au mieux les besoins des Genevois ? Voilà la question à laquelle, pour les socialistes, René Longet essaie de donner une réponse dans la Tribune de Genève du 8 février 2011. Que le quotidien a transformé en sondage sur son site (www.tdg.ch). La question mérite la réflexion, la réponse une discussion.

 

Sa position est clairement celle des sceptiques de la croissance telle que le canton la connaît. C'est-à-dire du développement de ses points forts, notamment des activités financières. Et de proposer une alter-croissance qui aurait l’avantage de ne pas « accentuer les problèmes » du canton : crises du logement, des transports, société et économie à deux vitesses. Cela se traduit par une opposition frontale à la politique d’importation d’emplois « hauts de gamme ».

 

Cette posture souffre d’un triple défaut. Elle trahit un malthusianisme fondamental. Elle cache un protectionnisme, sinon un localisme indigne de l’internationalisme socialiste qui veut un monde sans frontières, notamment pour les réfugiés. Elle met au grand jour l’égalitarisme rose-rouge qui ne déteste rien tant que l’excellence. Le « haut de gamme », c’est mal. Sauf que la fin du « haut de gamme, ça fera mal.

 

Précisément, par quoi remplacer ces entreprises étrangères dont Genève pourrait se passer ? Par deux candidats. D’abord répondre aux « besoins des gens » par « le développement des service à la personne ». Troisième âge, petite enfance sont cités. Comme par hasard des secteurs qui emploient une main d’œuvre peu à moyennement qualifiée, employée par des entreprises fortement subventionnées. Ensuite « développer les cleantechs ». Une option certes à ne pas négliger, le Conseil d’Etat en étant d’ailleurs aussi conscient. Mais pour l’heure une option qui suppose des investissements, et donc des investisseurs privés. Si Paris ne s’est pas faite en un jour, on peut douter que la montée en puissance des cleantechs genevoises ne soit plus rapide.

 

Là où les propositions pour une alter-croissance appliquée à l’économie genevoise se font carrément moins convaincantes, c’est lorsque la question du niveau de vie des habitants est abordée. En supposant de développer le secteur subventionné et un autre en recherche d’investisseurs, les socialistes genevois programment la mise sous perfusion de l’Etat social. Et œuvrent à terme en faveur d’une hausse de la fiscalité. Que les Genevois réduisent, et pour cause !, chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

 

Plus que d’un politique de Gribouille, les propositions d’alter-croissance sont en réalité un manifeste pour une croissance altérée fort peu « citoyenne », appauvrissant Genève et les Genevois.

 

(Editorial publié par la newsletter.fer-ge-news.ch du 11 février 2011 )

 

   

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Commentaires

Cher Pierre, voici ce que je viens de mettre en commentaire sur le blog de Jean-François Mabut, sur le même sujet:
"Il y a un point sur lequel tu as tort et René Longet raison, c'est l'importance grandissante des services à la personne. Pas uniquement aux petits vieux et aux gamins ceci-dit.
Chaque genevois, si beaux riches et intelligents que nous soyons, n'est pas destiné à devenir trader, diplomate ou directeur de journal. Or tout un pan de l'industrie a disparu. Elle donnait du travail aux personnes de niveau scolaire disons moyen. Le nombre de places disponibles comme conseiller administratif MCG demeurant limité, ces emplois manquent. Cela peut aussi concerner des universitaires, que les cabossages de la vie ont rendu inaptes à certaines fonctions.
Or ces gens ne peuvent pas rester indéfiniment sans travail. L'artisanat, le dépannage, en résorbe une partie, mais pas tout. Et la haute horlogerie exige de hautes compétences. En revanche, la demande en services à la personne augmente, proportionnellement à l'augmentation du nombre de familles fortunées ou dans lesquelles deux adultes travaillent beaucoup en gagnant très bien leur vie.

Ces emplois là ne sont pas délocalisables. En fait, nous manquons de personnel volontaire que nous faisons venir de l'étranger, occupant ainsi les logements assistés... Auxquels les genevois percevant un salaire moyen n'ont pas droit. Peu de frontaliers dans ces métiers. Par contre les frontaliers, suisses ou français, sont eux aussi gros consommateurs de ce type de service qui explosent en France voisine, dûment déclarés et taxés par l'Etat, contrairement à Genève, où les familles recourent à la petite main bolivienne pas toujours déclarée.
La garde d'enfants le soir et de personnes âgées avant l'EMS fait également partie des activités régulières des sud-américaines genevoises. Le salaire moyen de ces femmes tourne autour de CHF 25.- de l'heure. Le Pérou, pour une Bolivienne, mais un peu maigre pour un Genevois. Même chômeur...
Bon au bout d'une génération les enfants de la Bolivienne deviennent genevois et soit ils ont fait des études brillantes et trouvé le job de leur rêve, soient ils se sont plantés et refusent néanmoins de faire le ménage puisque devenus chômeurs genevois...
L'idée de Longet reviendrait à subventionner ces genevois (ce qui ne reviendrait pas plus cher que de leur payer le chômage) pour qu'un revenu décent les décide à travailler dans ce secteur en pleine expansion. Je trouve personnellement que c'est une bonne idée. Qui certes ne créerait pas de richesse, mais rendrait des services dont nous avons besoin.
Là où Longet se plante, c'est que pour financer le tout, même en tenant compte des économies sur le chômage, il faudra bien poursuivre le développement d'activités produisant de la richesse. Par exemple l'administration et la finance d'activités multinationales... dont les cadres auront besoin de service à la personne.
Cela revient à mettre des habitants pauvres de Genève au service d'autres, jeunes, vieux... ou plus riches et d'importation récente ! J'entends déjà le MCG et ses porte-voix valaisans hennir... Mais après tout, l'hôtellerie qui fut l'une des bases de la prospérité helvétique et valaisanne en particulier, n'était-elle pas basée sur le même principe ? N'y a-t-il vraiment nul honneur à faire bien son métier de service ?

Écrit par : Philippe Souaille | 10/02/2011

Bonjour Monsieur Weiss,
L'excellence économique "financière" ne résume pas à elle seule la capacité humaine à "fabriquer" de la Culture et du Social, entendus comme ensemble des relations et productions que génèrent et ont généré les différentes civilisations et groupes humains depuis fort longtemps... Je doute que le dessein de Dieu ( YHVH, Allah et autres divinités "païennes", je ne suis pas raciste en matière de Métaphysique ) pour l'Homme fut l'application d'un concept de spécialisation spatiale, de localisation économique efficiente et de maximisation des profits au détriment de l'ensemble de sa Création/Nature.
L'essence même du libéralisme en tant que "matérialisme", et c'est là sa seule supériorité sur le marxisme, est l'intégration historique des deux composantes sociales de la production -bourgeoisie et prolétariat - dans un processus incessant de négociation qui aboutira à la démocratie que vous et moi connaissons...Ne tirez pas trop sur Monsieur Longet, il vous est plus indispensable que vous ne le pensez. Par contre je vous propose de créer ipso facto un groupe de soutien aux sociétés civiles et aux processus de démocratisation de la Tunisie et de l'Egypte...
Bien à vous
L'idiot du village

Écrit par : Bernie | 11/02/2011

Ces 2 commentaires sont très intéressants, Néanmoins, je rejoins M. Weiss.
Le marxisme n'a pas réussi, nous avons de nombreux exemples qui ont amené ce modèle de société en dictature, au totalitarisme, notamment en Afrique, sans oublier la corruption.
Les socialistes oeuvrent depuis trop longtemps ce programme de "mise sous perfusion de l'Etat social", nous en avons vu les conséquences, les grandes glorieuses sont terminées.
Un monde sans frontière n'est n'ont plus pas possible, ce protectionnisme, cette culture judéo-chrétienne au sein du parti socialiste ne représente plus qu'une politique moralisante.
Le fait de refuser une politique d'importation d'emplois "hauts de gamme", nous amène à un recul considérable sur la compétition internationale. Nous avons un urgent besoin de personnel étranger pour nos industries et notre développement. Ce qui nous amènera à garder notre savoir faire et surtout de créer de nouveaux emplois dont nous aurons nécessairement besoin par rapport au changement de société du 21e siècle et ce, dans tous les domaines.
Quant au nombreux services subventionnés "au besoin des gens et de la personne", il serait bon de rectifier leur mode de fonctionnement. Nous le constatons tous les jours que le personnel n'est plus ou si peu qualifié, donc plus adapté. Pour la petite enfance cela c'est dégradé. Pour les aînés, nous avons de grandes difficultés à trouver du personnel qualifié pour aider nos parents, la catastrophe est déjà en place. (exemple: le FSASD n'est plus adapté)
Développons les investissements privés, notre économie ne s'en portera que mieux et surtout dans la recherche. Et enfin, nos enfants resteront en Suisse, alors qu'aujourd'hui, ils doivent partir à l'étranger pour effectuer des études compétitives sur le plan international.
Bien à vous,

Écrit par : rose des sables | 12/02/2011

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