25/02/2011

Ziegler, juré du Prix Kadhafi et expert en droits de l'homme

Jean Ziegler, le juré et l’ami primé de Kadhafi

ou la tartufferie sans limite d’un « expert » onusien

 

Les événements libyens ont permis à Jean Ziegler de refaire des siennes sur les ondes de la RSR qui espérait peut-être le discréditer en le mettant face à ses contradictions, mais qui lui a momentanément permis de rebondir. En apparence.

 

Le moment est donc particulièrement propice pour poser quatre questions et y apporter des réponses.

 

1. Jean Ziegler (JZ) est-il ou a-t-été l’ami de Mouammar Kadhafi ? Oui, selon l’avocat Charles Poncet, défenseur de l’Etat libyen. Oui, selon Jean Ziegler, si ami signifie invité régulier à ses fêtes ou en tout cas à des rencontres, en compagnie d’autres intellectuels, que le Guide autodidacte aimait convier en Libye.

2. JZ a-t-il été membre du jury du Prix Kadhafi des droits de l’homme ? Oui, selon le socialiste marxisant qui l’a fièrement déclaré à plusieurs medias, notamment romands à l’époque de la création du prix. Non, selon le même plus tard et surtout aujourd’hui. Trois voies de sortie de cette contradiction : a) il n’en a pas été membre à l’époque et a menti, par fanfaronnade ou pour d’autres raisons, parce que le Guide lui avait laissé entendre qu’il allait en être membre et que ledit Guide n’a finalement pas honoré sa parole, chose étonnante de la part d’un bédouin ; b) il en a été membre au début mais en a été exclu ou a quitté de son propre chef ce jury par la suite, en raison des violations des droits de l’homme en Libye ; c) il en est membre depuis le début, mais prétend le contraire. Par exemple parce qu’il ne supporte pas que soient mises en évidence ses faiblesses avec les dictateurs qui ont asservi des peuples sur cette planète, au nom d’idéologies « de libération », de la Corée du Nord de Kim Il Sung à l’Ethiopie de Mengitsu, du Zimbabwe de Mugabe à Cuba de Castro.

3. JZ a-t-il reçu le prix Kadhafi des droits de l’homme en 2002 ? Non, selon l’intéressé qui prétend n’avoir jamais reçu de prix. Mais qui a reçu plusieurs autres décorations étrangères. Oui, selon de nombreux médias. En tout cas, une ONG basée à Genève dont il est membre du conseil de fondation, le Centre Europe Tiers Monde (CETIM), a bel et bien reçu ce prix en 2001.

4. JZ a-t-il sa place en qualité d’expert au comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies. Oui, s’il s’agit de contribuer à soutenir cette institution onusienne dont la crédibilité tend vers zéro et aussi le DFAE qui l’a soutenu lors de son élection. Oui encore, si l’on considère que son action internationale permet d’améliorer les droits de l’homme dans toutes les nations où ils sont encore bafoués. Notamment à Cuba qui est pour lui toujours un modèle, voire le paradis sur terre. Non, si la Suisse entend regagner un peu de la crédibilité qu’elle a sérieusement perdue lors de l’affaire des otages libyens, selon les documents rendus publics sur Wikileaks.

 

Reprenons.

 

Le voici ainsi lundi 21 février 2011, en pleine crise libyenne, dégoulinant d’admiration pour « ces jeunes gens qui se révoltent » et de fiel pour « ce régime effrayant ». En toute sincérité, à l’en croire.

 

"Tout le monde est surpris par ce printemps arabe. C'est un pur miracle, totalement inattendu. Nous devons une admiration profonde envers ces jeunes gens qui se révoltent." Cette analyse étonnante est celle de Jean Ziegler, invité plusieurs fois par le régime libyen. "C'est vrai j'ai été invité plusieurs fois par Mouammar Khadafi à discuter de mes livres. En tant que sociologue, j'ai fait mon métier. Je lui ai posé des questions pour essayer de comprendre. C'est passionnant d'écouter Kadhafi répondre. Mais ces invitations n'impliquent aucun consentement à la politique de ce régime effrayant". Fidel Castro, Kadhafi, même combat, même aveuglement de la part de certains intellectuels occidentaux? "Il n'y a aucun parallèle à tirer entre la révolution cubaine de 1959 et la révolution libyenne de 1969. La révolution cubaine est une lumière, rien à voir avec le despotisme des bédouins du clan Kadhafi". Jean Ziegler tient à souligner aussi l'"abyssale hypocrisie des Européens" qui "continuent de négocier pendant les événements un accord de libre-échange avec la Libye".

 

http://www.rsr.ch/#/la-1ere/programmes/l-invite-du-journal/?date=21-02-2011

 

Un ami de 40 ans ?

 

Pourtant, n’est-il pas depuis quelques dizaines d’années un visiteur fidèle du dictateur Kadhafi ? C’est du moins ce que déclare Charles Poncet, l’avocat genevois qui a défendu l’Etat libyen contre la Suisse dans l’affaire Hannibal Kadhafi.

« Jean Ziegler. C'est quelqu'un qui connaît ce chef d'Etat depuis 35-40 ans, qui lui est proche, qui a des liens d'amitié de longue date avec lui" (dans Le Matin du 14 août 2009).

Jean Ziegler ne nie pas ses accointances avec le dictateur, tout en rappelant son désaccord, qu’il exprime de ce côté-ci de la Méditerranée, avec le non-respect des droits de l’homme en Libye. Ainsi dans son dictionnaire que L’Illustré lui consacre.

K COMME KADHAFI

«C’est un homme complexe que j’ai rencontré plusieurs fois. Il lit mes livres en arabe et il m’invite pour en discuter. Ces discussions sont toujours passionnantes et totalement libres. Par ailleurs, je condamne absolument les abus des droits de l’homme en Libye.»

http://www.illustre.ch/Jean-Ziegler-Larousse-dictionnaire_59432_.html

A l’origine du prix Kadhafi des droits de l’homme : un rôle controversé

Certains ont même expliqué son empathie envers le régime de Kadhafi par l’anti-islamisme du Guide de la Révolution libyenne, « le dernier barrage contre l’islamisme », son rôle de leader du Tiers-Monde, son anti-américanisme, etc. Au point d’accepter, à la fin des années quatre-vingt, de soutenir la création du Prix Kadhafi des droits de l’homme.

Cet engagement fait toutefois l’objet d’une vive controverse, Jean Ziegler se défendant mordicus d’y avoir joué le moindre rôle.

Une controverse est née au début des années 1980 lorsque Jean Ziegler suggéra au gouvernement fédéral d'inviter Mouammar Kadhafi en Suisse. Lorsqu'on le lui a demandé, Ziegler confirma que Khadafi l'avait invité plusieurs fois « parce que mes livres sont traduits en arabe et qu'il les lit ». Il a reconnu avoir été consulté, tout comme d'autres intellectuels européens, quand la Libye a voulu créer un prix pour les Droits de l'Homme en 1989. Aujourd'hui Ziegler prétend qu'à l'époque, « il appuyait le prix car cela représentait une étape vers une ouverture ».

Time Magazine l'a décrit, en 1989, comme membre du jury du prix Kadhafi des droits de l'homme[10]. Jean Ziegler a démenti avoir créé ce prix, l'avoir financé, avoir reçu le prix ou avoir fait partie du jury[].

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http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Ziegler

Pire. Il a même accusé de diffamation ceux qui ont diffusé cette information. Sans toutefois avoir jamais intenté de procès. Ainsi de sa déclaration dans Le Temps du 19 février 2011 où il met au passage en cause « des officines opposées à mon rapport à l’ONU sur la situation alimentaire dans les territoires occupés palestiniens ».

Il s’agit là, en clair, d’une attaque en règle contre l’ONG UN Watch.

A noter que le site de cette dernière renvoie à une autre controverse, celle de sa nomination comme professeur à l’université de Genève. http://www.unwatch.org/site/apps/nlnet/content.aspx?c=bdKKISNqEmG&b=2315281&ct=3165265).

Un rôle avoué par l’intéressé

Sauf que, s’agissant de la genèse de ce prix Kadhafi, Jean Ziegler s’est lui-même vanté de son rôle de membre du jury dans le Journal de Genève - la numérisation des archives du Journal a du bon, ou du mauvais, c’est selon – en 1989, la fin justifiant le moyen : « Si nous pouvons obtenir de l’argent pour l’African National Congress, je ne vois pas pourquoi je refuserais de faire partie du jury ».

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http://www.letempsarchives.ch/Repository/getFiles.asp?Style=OliveXLib:LowLevelEntityToSaveGifMSIE_LETEMPSFR&Type=text/html&Locale=french-skin-custom&Path=JDG/1989/04/25&ChunkNum=-1&ID=Ar00503&PageLabel=5

Au passage, on soulignera que la clairvoyance du polémiste genevois montre ses limites. Pour preuve, son refus d’admettre que le régime libyen finance le terrorisme international, un exemple de « propagande américaine », selon ses dires. Sauf que l’accusation lancée par l’ex-ministre de la justice de Kadhafi contre son ancien maître quant au rôle de la Libye dans l’attentat de Lockerbie sonne désormais comme un démenti flagrant.

 

http://fr.news.yahoo.com/54/20110224/video/vwl-lockerbie-kadhafi-a-ordonn-l-attenta-df14a31.html

 

Ce qui est aussi pour le moins troublant, c’est que dans un autre article, publié par l’Hebdo en avril 1989, Jean Ziegler confirme son rôle et sa « préférence pour avoir les mains sales que pas de mains du tout » au sein du comité du prix Kadhafi. Pour lutter contre l’humiliation permanente du tiers monde que constitue le prix Nobel…

 



Que valent alors les dénégations ultérieures de Jean Ziegler quant au prix Kadhafi des droits de l’homme 2002 qu’il n’aurait jamais reçu, un an après l’octroi, non contesté celui-là, de ce prix au Centre européen pour le tiers monde (CETIM) ? Coïncidence : Jean Ziegler est membre du comité consultatif de cette ONG aux côtés notamment des Genevois Jean Rossiaud et Jean-Pierre Garbade.

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http://www.cetim.ch/fr/cetim_soutiens.php

 

L’aurait-il reçu en 2002 à l’insu de son plein gré ?... Une chose est sûre. Le site du prix Kadhafi n’est plus accessible pour confirmer ou infirmer la réception de cette marque de reconnaissance pour ses bons offices !

 

A noter encore que ces sources romandes, avec à l’appui des déclarations du déroutant Jean Ziegler, ne sont pas les seules à affirmer son double jeu : peut-être pas ami, mais de facto agent RP du régime libyen.

Dans un article de 1989, le Time affirme que Jean Ziegler aurait participé au jury du prix[1]. D'autres sources comme The Independent[2] ou Times of Malta[3] ou l'ONG UN Watch[4] affirment qu'il aurait cofondé le prix. M. Ziegler dément maintenant avoir créé ce prix, l'avoir financé ou avoir fait partie du jury[5]. Le site web du prix a été par la suite déconnecté.

· 2001 :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Prix_Kadhafi_des_droits_de_l'homme

JZ aime les prix

 

Une autre chose est sûre. Quand Jean Ziegler prétend, dans Le Temps du 2.10.2002, n’avoir jamais accepté de prix, c’est qu’il joue sur les mots. Il est en effet détenteur de plusieurs décorations étrangères, dont une française, antérieure à son prétendu prix Kadhafi, puisque remise en 1994 sous l’ère Mitterand.

 

Jean Ziegler refuse le «prix Kadhafi des droits de l'homme»

 

GENEVE. Lundi, la même distinction avait aussi été attribuée à Roger Garaudy Le sociologue genevois Jean Ziegler a déclaré mardi soir qu'il refusait le «prix Kadhafi pour les droits de l'homme». Les autorités libyennes avaient décerné la veille cette distinction dotée de 750 000 dollars à 13 lauréats. L'ancien conseiller national socialiste, qui a pris en mai sa retraite de professeur à l'Université de Genève, aurait donc pu bénéficier d'une somme approchant les 100 000 francs suisses. Cette récompense avait toutefois une dimension doublement sulfureuse, susceptible d'alimenter la polémique. D'abord en raison des critiques auxquelles le colonel Kadhafi est lui-même exposé au chapitre du respect des droits de l'homme. Ensuite parce que cette année le prix a aussi été attribué à Roger Garaudy, un historien français connu du grand public pour ses positions révisionnistes. Cet ex-communiste converti à l'islam avait été condamné par la justice française pour avoir nié l'existence des chambres à gaz dans l'un de ses livres. Raison diplomatique Instauré en 1989, le prix Kadhafi avait été décerné cette année-là à l'opposant sud-africain Nelson Mandela. Et en 1999, il avait été attribué aux enfants d'Irak à titre exceptionnel. L'édition 2002 a, outre Jean Ziegler et Roger Garaudy, salué les mérites de onze autres personnalités, dont les écrivains libanais Nadim Bitar et libyen Ahmad Ibrahim Faqih, le poète soudano-libyen Mohammad al-Faytouri, et l'historien Khalifa Tlisi, également de Libye. Jean Ziegler a évoqué une raison exclusivement diplomatique pour justifier son refus du prix: il y était contraint par la fonction qu'il occupe désormais à l'ONU, soit rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme pour le droit à l'alimentation. «Mais de toute façon je l'aurais décliné, assurait-il hier soir. Je n'ai jamais accepté de prix, ce n'est pas maintenant que je vais commencer.» Dimanche et lundi, le Genevois était toutefois bel et bien à Tripoli, la capitale libyenne, comme il l'a lui-même indiqué hier sans apporter d'autres précisions sur les motifs de ce séjour. Sa visite pourrait peut-être s'expliquer par un désir de médiation. Car la Libye doit en principe assumer la présidence de la prochaine Commission des droits de l'homme durant la session annuelle de l'ONU en mars 2003 à Genève. Ce qui ne va pas sans susciter des manifestations de mauvaises humeur dans la communauté internationale, à commencer par les Etats-Unis. Tripoli a été désigné par le groupe africain de la Commission pour jouer ce rôle, et plusieurs pays membres de la Commission ont témoigné de la méfiance que ce choix leur inspirait. L'organisation humanitaire américaine Human Rights Watch s'est également inquiétée de cette future présidence

 

Trancher dans le vif : mourir de rire ou de honte…

Toute cette affaire serait vaine, voire risible, si Jean Ziegler n’était pas été élu en tant qu’expert au sein du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies pour la période 2009-2012, avec l’appui du département fédéral des affaires étrangères (DFAE) qui n’hésite pas à s’en féliciter. Va-t-il continuer à le faire ? Voilà qui mériterait une résolution parlementaire pour interpeller le conseil fédéral à ce sujet. Car il en va de la crédibilité de la diplomatie suisse, au demeurant bien mise à mal par Wikileaks dans l’affaire libyenne.

Mais de deux choses l’une.

Soit ce Conseil des droits de l’homme de l’ONU est une vaste farce dont la sauce préférée consiste à condamner unilatéralement certains pays, dont Israël. Et Jean Ziegler y a toute sa place, et peut-être même une présidence du groupe d’experts, tant qu’à faire.

Soit il est chose sérieuse, et sa mise à l’écart doit être étudiée dans les meilleurs délais, avant la fin de son mandat, en 2012, et en toute objectivité par les services de Micheline Calmy-Rey.

 

Lors de procédures d’élection aux organes directeurs, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) soutient les candidatures suisses en menant de vraies campagnes en leur faveur auprès des membres du corps électoral, en général les États membres. Le gouvernement suisse (par l’intermédiaire de ses diplomates) ou des experts indépendants représentent ainsi la Suisse dans des organes importants, notamment  :… le professeur Jean Ziegler, Membre du Comité consultatif du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies pour la période 2009-2012

http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/topics/intorg/chprio.html

Il devient ainsi quasiment accessoire de savoir de quelle façon se positionnera, en sa qualité d’« expert » en droits de l’homme du comité consultatif, le membre éminent du jury du prix Kadhafi des droits de l’homme, en tout cas lors de sa création selon ses propres dires, après les propos de Navi Pillay, haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU qui accuse le régime de Kadhafi de « crime contre l’humanité ».

http://www.swissinfo.ch/fre/dossiers/le_printemps_arabe/Une_intervention_militaire_en_Libye_est_peu_probable.html?mobileTopicId=1223464&view=mobileDetail&cid=29558792

A noter que ce jugement est au demeurant partagé par Ibrahim Dabbashi, ambassadeur adjoint de la Libye à l’ONU.

http://www.tdg.ch/actu/monde/libye-kadhafi-coupable-genocide-partir-vite-possible-2011-02-21

Dépasser ses contradictions : un parcours de combattant…

Pour conclure, il n’est pas question ici d’analyser les raisons du comportement si étrange de Jean Ziegler dans ses relations avec Kadhafi.

Avancer un syndrome de dédoublement de la personnalité, comme le fait dans son blog la féministe anti-islamiste Caroline Fourest, ne ferait qu’ouvrir une autre polémique.

Je partage de nombreux combats avec Jean Ziegler (notamment contre la politique financière conduisant à affamer le Sud), mais il devrait cesser d’imiter Tariq Ramadan. Car il commence à souffrir d’un inquiétant syndrôme de dédoublement de la personnalité… que mes enquêtes à venir promettent de traiter en détails.

http://carolinefourest.wordpress.com/2009/04/18/reponse-a-jean-ziegler-par-caroline-fourest/

En revanche, en excluant que Jean Ziegler soit atteint d’une quelconque maladie due au grand âge qui lui ferait oublier sélectivement ses actes et déclarations passées dérangeantes, on est probablement fort proche de la vérité si l’on considère qu’il ressent une profonde honte face à ses propres contradictions. Elles doivent le conduire à se cacher la vérité à lui-même comme à l’opinion publique, son juge suprême à ses yeux.

 

Peut-être même faut-il y voir un mécanisme de dissonance cognitive très pénible qui le mène à refuser d’avouer sa proximité disons intellectuelle avec tant d’anciens dictateurs et bourreaux que l’histoire a condamnés, même si le sociologue de Russin les a tant encensés. A part bien sûr le bienfaiteur du peuple cubain dont il reste, pour le moment, un indéfectible allié.

 

Terminons sur un document le montrant, avec l’un de ses anciens assistants, Juan Gasparini, en discussion avec celui qui bientôt ne devrait plus être qu’un mauvais souvenir pour le peuple habitant le rivage des Syrtes. Un peuple qui aura passé 42 ans à attendre la liberté et qui l’aura conquise dans le sang, contrairement aux Tunisiens et aux Egyptiens dont Jean Ziegler abhorrait les dirigeants aujourd’hui déchus. On a les amitiés qu’on peut.

 

Que voulez-vous, depuis Molière, « l'hypocrisie est, dans l'Etat, un vice bien plus dangereux que tous les autres ».

 

Pierre Weiss

 

 

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http://cyril-dimeo.over-blog.com/article-les-amis-d-extrem-gauche-de-kadhafi-67897140-comments.html

 

 

 

 

 

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17/02/2011

Diplomatie suisse : l’arbitraire d’une princesse réactionnaire

Il y avait le fait du prince. Il y a dorénavant l’arbitraire de la princesse qui ne vaut pas mieux. Surtout si la fin équivaut à restaurer le système des privilèges de l’Ancien Régime. Voilà l’appréciation à porter sur la saga du recrutement des diplomates suisses sous l’ère Calmy-Rey.

 

Cette fois-ci, ce n’est même plus le principe de l’égalité des sexes qui est en jeu, c’est à un véritable désaveu de ses critères de sélection que la diplomatie suisse est confrontée. Mais à toute chose, erreur et faute réunies sont utiles. En particulier à établir une casuistique de l’aveuglement en matière de recrutement au nom d’une idéologie.

 

Précision. Il n’est pas question de contester ici la préférence donnée à des candidats à la profession de diplomate en raison de caractéristiques objectivement sous-représentées, tel le sexe, dès lors que c’est à égalité de compétences.

 

Le problème commence quand, en 2006, six candidats hommes jugés compétents par la commission de sélection sont écartés par la conseillère fédérale parce qu’hommes. Pourquoi ? Tout simplement pour aboutir à une égalité numérique entre le nombre de femmes (quatre) et d’hommes (quatre) admis dans la Carrière. Mais, quitte à priver le département des affaires étrangères de personnes de valeur, cette discrimination par le vide n’équivalait au moins pas encore à engager des candidats recalés.

 

Pour la volée 2011, la conseillère fédérale n’a pas hésité à briser le tabou de la nécessité de l’excellence. Aux sept candidats retenus (trois hommes et quatre femmes), elle en a ajouté trois autres, éliminés par la sélection des experts, qui se trouvent être des femmes. Et tant qu’à faire, elle a échangé un homme retenu contre un autre recalé !

 

Certes, elle n’a violé aucune règle. Elle a simplement montré le peu de cas qu’elle faisait des travaux d’une commission d’experts. Dans un seul but : faire de cette volée la première de l’histoire de la diplomatie suisse à être largement et majoritairement féminine. Pourtant, la féministe  genevoise Maria Roth Bernasconi convient que « cela pourrait nuire à la cause des femmes ».

 

Plus certainement encore, sa décision tend à prouver aux jeunes de ce pays qu’il ne sert à rien d’être parmi les meilleurs pour obtenir un poste dans la diplomatie suisse. Il suffit de plaire à la princesse. A l’heure où la gouvernance fait l’objet de toutes les attentions, voilà l’administration qui tourne le dos aux règles posées par Max Weber au 19ème siècle. Et de remettre à l’honneur les privilèges de l’Ancien Régime basés sur la naissance, jadis dans la noblesse, dorénavant d’abord dans le deuxième sexe. En un mot comme en cent, cela s’appelle une décision réactionnaire.

(Commentaire paru dans Entreprise romande du 18 février 2011)

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10/02/2011

Le mythe de l’alter-croissance « citoyenne »

 Quelle croissance pour satisfaire au mieux les besoins des Genevois ? Voilà la question à laquelle, pour les socialistes, René Longet essaie de donner une réponse dans la Tribune de Genève du 8 février 2011. Que le quotidien a transformé en sondage sur son site (www.tdg.ch). La question mérite la réflexion, la réponse une discussion.

 

Sa position est clairement celle des sceptiques de la croissance telle que le canton la connaît. C'est-à-dire du développement de ses points forts, notamment des activités financières. Et de proposer une alter-croissance qui aurait l’avantage de ne pas « accentuer les problèmes » du canton : crises du logement, des transports, société et économie à deux vitesses. Cela se traduit par une opposition frontale à la politique d’importation d’emplois « hauts de gamme ».

 

Cette posture souffre d’un triple défaut. Elle trahit un malthusianisme fondamental. Elle cache un protectionnisme, sinon un localisme indigne de l’internationalisme socialiste qui veut un monde sans frontières, notamment pour les réfugiés. Elle met au grand jour l’égalitarisme rose-rouge qui ne déteste rien tant que l’excellence. Le « haut de gamme », c’est mal. Sauf que la fin du « haut de gamme, ça fera mal.

 

Précisément, par quoi remplacer ces entreprises étrangères dont Genève pourrait se passer ? Par deux candidats. D’abord répondre aux « besoins des gens » par « le développement des service à la personne ». Troisième âge, petite enfance sont cités. Comme par hasard des secteurs qui emploient une main d’œuvre peu à moyennement qualifiée, employée par des entreprises fortement subventionnées. Ensuite « développer les cleantechs ». Une option certes à ne pas négliger, le Conseil d’Etat en étant d’ailleurs aussi conscient. Mais pour l’heure une option qui suppose des investissements, et donc des investisseurs privés. Si Paris ne s’est pas faite en un jour, on peut douter que la montée en puissance des cleantechs genevoises ne soit plus rapide.

 

Là où les propositions pour une alter-croissance appliquée à l’économie genevoise se font carrément moins convaincantes, c’est lorsque la question du niveau de vie des habitants est abordée. En supposant de développer le secteur subventionné et un autre en recherche d’investisseurs, les socialistes genevois programment la mise sous perfusion de l’Etat social. Et œuvrent à terme en faveur d’une hausse de la fiscalité. Que les Genevois réduisent, et pour cause !, chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

 

Plus que d’un politique de Gribouille, les propositions d’alter-croissance sont en réalité un manifeste pour une croissance altérée fort peu « citoyenne », appauvrissant Genève et les Genevois.

 

(Editorial publié par la newsletter.fer-ge-news.ch du 11 février 2011 )

 

   

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03/02/2011

Amnistie fiscale cantonale : un double impératif moral

Après de timides premiers pas sur le plan fédéral, les cantons sont entrés dans la valse des amnisties fiscales. Le Jura a compris où était son intérêt ; le Tessin y travaille ; Genève doit se prononcer d’ici au 13 févier 2011. En surplomb du débat technique, ce vote pose en réalité une double question morale aux yeux des partisans de cette réforme. L’Etat doit-il accroître ses recettes avec de l’argent jusqu’alors non déclaré au fisc ? Les citoyens peuvent-ils pardonner aux dissimulateurs ?

 

La droite répond par un double oui ; les milieux économiques, dont la FER Genève, y ajoutent l’argument d’un réinvestissement des sommes déclarées dans le circuit économique. En revanche, pour les opposants, à savoir la gauche et les syndicats, l’odeur de recettes supplémentaires ne doit pas allécher l’Etat au point d’octroyer une prime aux fraudeurs ; ils y ajoutent le viol du principe de l’égalité de traitement puisque la loi prévoit un mécanisme incitant clairement à la déclaration spontanée de capitaux non encore fiscalisés. Et de proposer davantage de contrôles fiscaux comme seul remède.

 

Bref, à droite la carotte, à gauche le bâton. C’est dire si ce scrutin offre l’image d’un combat idéologique sans la moindre ambiguïté. Mais pas sans surprise. On attendait le discours moral de la gauche. Celle-là ne s’attendait pas à une offensive de la droite portant sur l’éthique de l’amnistie. Une amnistie qui est certes forte, un point contesté par un recours des opposants, mais pas totale, ce qui ne la transforme pas en cadeau.  

 

Un peu de distance ne nuit pas qui montre que les fronts politiques peuvent varier. L’amnistie ne fait en effet pas seulement débat en Suisse ou sur le seul plan fiscal. Il y a eu le pardon demandé, à gauche, pour des terroristes, des Brigades rouges italiennes aux membres de la bande à Baader allemande des années soixante-dix. Sur le plan fiscal, ces mêmes pays ont offert à leurs citoyens des amnisties ; ils ne sont de loin pas les seuls. Tous en ont tiré un bilan positif pour les caisses publiques.

 

A une condition. Que l’amnistie soit aussi exceptionnelle que la « pragmatique sanction », un édit impérial servant à résoudre définitivement un problème important. Chacun de ces deux termes a de fait été soigneusement pesé par le Grand Conseil genevois. Sanction il y aura sur les capitaux refaisant surface, mais elle sera pragmatique. Comme l’est toute décision politique qui se doit d’être concrète, à la différence des opinions qui peuvent se permettre le luxe de l’absolu.

 

(Editorial à paraître dans Entreprise romande du 4 février 2011)    

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