03/03/2011

Lingua latina non delenda est

Caton l’Ancien voulait raser Carthage. Et n’avait de cesse, dit-on, de terminer ses harangues au Sénat romain par Carthago delenda est – il faut détruire Carthage. Ce qui fut fait et mit ipso facto (expression latine) un terme à la troisième guerre punique. Tous ceux qui ont étudié un minimum (mot latin) cette langue ancienne le savent. Comme ils savent où se trouve Carthage : près de Tunis, depuis à peu près 3000 ans.

 

Le Conseil d’Etat genevois, lui, considère qu’il faut éradiquer le latin de la première année du cycle d’orientation (CO). Sans aller pour le moment jusqu’à sa suppression de l’enseignement obligatoire, il prend le prétexte de la nouvelle grille horaire du CO, qui entrera en vigueur à la rentrée 2011, pour réduire de facto (repetita bis placent) la part des humanités. Latin, dégage !

 

Cette décision résulte peut-être d’un manque d’enseignants pour dispenser une introduction à la culture latine à l’ensemble des élèves ; car c’est ce que veut la nouvelle loi sur l’instruction publique, contrairement à l’ancienne qui la réservait aux élèves de la filière gymnasiale. Et certainement d’une autre, la volonté de renforcer la place des mathématiques - au détriment de la physique - et des langues vivantes, compte tenu d'un plafond horaire. Avec comme bénéfice connexe l’amélioration de la place des Genevois dans les classements PISA. Qui ne testent pas le latin…

 

Certes, l’idée d’imposer une sensibilisation à la culture latine à tous les jeunes commençant le CO pouvait sembler déraisonnable. Quel sens cela avait-il en particulier pour un futur candidat à un CFC des secteurs secondaire ou tertiaire ? Tout simplement de lui donner non pas un vernis, mais une envie de culture, et tout autant une accroche à un monde qui a enfanté la civilisation européenne. Et puis la mise en évidence d’une langue qui est en bonne partie à la source du français contemporain, un sens de l’étymologie (un mot grec, celui-là, un de ceux que le collège apprend à dompter) plus que des tweets, un appel à la rigueur de l’expression, à la clarté des idées.

 

Et puis, rien n’empêchait le Conseil d’Etat de faire commencer déjà en première année du CO, pour les futurs probables gymnasiens, l’enseignement du vocabulaire, des verbes et des déclinaisons. Rosa, rosa, rosam, chantait Brel le rebelle, mais pas au latin...

 

Certes, d’autres pays ont déjà guillotiné le latin, pour ne pas mentionner le grec ancien. O tempora, o mores ! Certes, l’enseignement de l’hébreu a disparu du collège de Genève depuis l’ère napoléonienne : la république des pasteurs avait vécu… Mais est-ce une raison de se résigner, hic et nunc ? Un nouveau projet de loi pourrait débouler, pour lui redonner sa place.

 

Lingua latina non delenda est.

(Chronique pour Entreprise romande du 4 mars 2011)

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Commentaires

Rem acu tetigisti, Monsieur Weiss ! Et ex professo !

Ce que vous dites est d'autant plus vrai qu'Harmos va déjà nous contraindre à adopter un cycle gymnasial de trois ans au lieu de quatre.

L'étude du latin ne s'étalerait donc plus que sur cinq ans au lieu de sept aujourd'hui.

Ainsi, pour la maturité, il faudra soit en revoir les exigences à la baisse soit augmenter la cadence d'apprentissage pour concentrer sept ans d'études secondaires de la langue romaine en cinq. Dans les deux cas de figure l'élève sera perdant...

Écrit par : Philippe Marton | 03/03/2011

Je suis partant, Pierre, pour un PL qui ajouterait simplement ceci :

"Un cours de latin est dispensé en 1ère année du Cycle d'orientation pour les élèves qui le souhaitent."

Écrit par : Jean Romain | 03/03/2011

Oui c'est vrai, qu'entre le latin et le switzerdütsch, le Conseil d'État, visionnaire sans doute (?), a préféré porter son choix sur l'enseignement de la langue maternelle de Jean Ziegler, d'Adrian Amstutz (qui ne parle que celle-là) et de Jeremias Gotthelf.

Et tant pis pour le latin, déjà lâché par l'Église catholique romaine qui l'avait banni de ses messes, au grand regret de Georges Brassens qui en fit une chanson (" Tempête dans un bénitier ") :
Refrain :

...
Sans le latin, sans le latin,
La messe nous emmerde,
...

http://www.youtube.com/watch?v=CNEeuRYBLLo

Écrit par : Jean d'Hôtaux | 03/03/2011

Non repugnabo. Tamen repetita bis placent non est bis repetita placent. Quid mente concipes ?

Écrit par : Alumnus senilis | 04/03/2011

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