31/03/2011

Noter le comportement de l’élève: un symbole nécessaire de l’autorité

 Noter le comportement à l’école genevoise ? Voilà qui devrait aller de soi, dans un monde où les jeunes sont en quête de repères. Et qui a l’avantage d’ouvrir un débat d’abord sur l’efficacité de cette mesure, ensuite sur le cercle des personnes concernées, enfin sur le recours à l’instrument de l’initiative. Car voilà qui fait défaut pour les élèves de l’école publique obligatoire du canton de Genève.

 

L’Association refaire l’école (ARLE) s’est donc trouvé un cheval de bataille qui ne demandait qu’à être monté. La voilà lançant une initiative populaire pour introduire une note de comportement dès la 3ème année primaire, inscrite dans le carnet scolaire et déterminante lorsque la promotion de l’élève est sur le ballant. Et, du même coup, trois signaux.

 

D’abord un rappel de son existence, voire de son influence. Les citoyens n’ont pas oublié que le retour des notes évaluant les résultats de l’élève lui est dû. Ce qui devrait être d’autant plus utile à la récolte de signatures que la portée de cette initiative est davantage de l’ordre du symbole.  

 

Ensuite et surtout un appel à la restauration de l’autorité. Mais l’autorité est un concept dont, depuis les (Jean…) Romains, la double nature est évidente : auctoritas, le rapport de compétence, et potestas, le rapport de force. Car l’autorité n’est jamais naturelle, elle se construit dans une relation où l’élève se rend compte du savoir comme du charisme de son enseignant. Qui n’aura besoin qu’en dernier recours de la force, pour ne pas évoquer les sévices du passé. Le mauvais carnet témoignera ainsi de l’échec de la relation d’autorité établie avec l’élève. Autant dire qu’il sera bon dans la règle.

(Chronique à paraître dans Entreprise romande du 1er avril 2011)

 

Relation. C’est en l’occurrence le mot-clé. Car deux autres acteurs au moins sont impliqués par l’existence de l’élève : l’enseignant et le parent. Le premier fait l’objet d’une évaluation périodique par ses supérieurs. Il va donc de soi que la note de l’élève ne pourra être donnée par un enseignant en bermuda, marcel et santiag dès le retour du printemps ! Mais le parent – de préférence les parents – est aussi placé face à sa responsabilité de montrer à son enfant la valeur qu’il accorde au savoir et à l’école, modèle réduit de la société. Et donc le respect qu’elle mérite. A noter – c’est le cas de l’écrire… - que le comportement défaillant des parents doit aussi être sanctionné.

 

C’est pour ces raisons que la notation du comportement, verbalement présent dans les carnets scolaires actuels, est certes partielle mais utile, pour la majorité des élèves. Comme est utile le test de l’initiative populaire auquel s’est soumis l’ARLE. Un projet de loi, c’aurait été si facile. Une initiative, c’est autrement plus exigeant en terme d’effort. Voilà le troisième signal, qui n’est pas le moindre mérite de ses auteurs.

 

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Commentaires

Très intéressant. Le questionnement sur l'autorité m'accompagne depuis mes 12 ans, où j'ai vu l'abus de l'autorité et le pouvoir en action sans autre justification ou fondement que sa propre affirmation.

Il faut aussi remarquer que potestas a été largement répandu au 19e et partie du 20e siècle, d'une manière qui s'imposait de force trop souvent.

Pour ma part j'ajoute à la notion d'autorité celle de liberté. Il y a un équilibre à trouver entre l'autorité qui évalue légitimement parce que c'est sa fonction (c'est d'évidence le cas d'un formateur) et le fait que cette évaluation n'est pas un enfermement de l'autre. Le formateur doit être attentif à ne pas laisser son auctoritas être subrepticement imprégnée de potestas - sauf cas particulier, et dans le cadre de ses attributions. Une retenue, par exemple, devrait être expliquée, non seulement dans sa cause mais aussi dans son utilité. Je ne crois guère à la pédagogie de la punition sans un minimum de mode d'emploi.

Cette réflexion, je ne l'ai pas encore terminée, mais j'ai fait un bout de chemin avec. En particulier celui de m'autoriser d'évaluer l'autre quand je suis dans la partie de ma fonction qui forme. D'ailleurs on attend cela de moi.

Formant des adultes, c'est à la fois plus simple et plus complexe. Plus simple parce que normalement les règles du jeu son posées et comprises par tous - surtout dans un cadre de formation où les étudiants viennent par choix et non par obligation. Mais plus complexe parce que les échos des rôles sont marqués dans l'esprit des adultes alors que la relation ne devrait plus être connotée de cela. Pour être plus précis: je vois l'enfant qui transparaît en filigrane dans les réactions de mes étudiants face à l'autorité que je représente, cet enfant apeuré par l'autorité. Les expressions, la gestuelle, tout montre l'enfant pris en faute et craignant une sanction.

Ce qui me fait penser que les adultes que j'ai comme étudiants, de 20 à 60 ans, ont vécu l'autorité comme un pouvoir-sanction-menace (celle qui soumet) et non comme une autorité-sanction-pédagogie (celle qui fait grandir). Ils sont même parfois surpris quand je suis en phase entre mes idées et mes actions, comme s'ils l'avaient rarement vu chez des enseignants.

La démarche anti-autoritaire que l'on connaît de longue date en Europe, et dont j'ai envie de dire que la démocratie est un avatar, est souvent critiquée quand on fait référence à mai 68. Cette révolte fut une profonde remise en cause du modèle d'autorité dominant, celui du pouvoir et de ses abus. Des films comme The Wall ou Le cercle des poètes disparus n'ont pas eu autant d'impact par hasard.

La difficulté est de redonner une place à auctoritas, ce qui demande une dimension personnelle en plus de la fonction, sans réveiller les échos de potestas. Potestas devrait être associée à la justice, la police, mais pas à l'enseignement.

Il me semble aussi, après bien des "révisions déchirantes" (:o) que le refus global de toute forme d'autorité est une fuite, une fuite de soi-même, un refus de la nécessaire confrontation par laquelle justement des balises peuvent être ancrées.

Je pense aussi que la réhabilitation d'une forme d'autorité doit s'accompagner de pédagogie, d'explication sur le fondement, le sens et la nature de cette autorité. Dans la réhabilitation qui s'en fait peu à peu, et qui a du sens, on ne devrait toutefois pas être mettre de côté la discussion sur le pouvoir.

J'ai rencontré des assistants sociaux et enseignants formés aux thèses d'une certaine gauche (celle qui peine à admettre auctoritas) et laisser toute latitude aux ados sans leur proposer des balises comportementales. C'est le même mouvement intellectuel que celui qui rend les autres fautifs de tout, qui gomme peu à peu la responsabilité individuelle. On peut voir cela dans d'autres domaines, dont les relations hommes-femmes sous l'angle du féminisme radical.

J'ai été un peu long. Je termine avec une citation de Daniel Faivre à propos d'auctoritas:

http://www.communautarisme.net/Auctoritas_a982.html

"Suivons l’étymologie. Le nom vient du verbe latin augere qui signifie augmenter, développer, rendre plus fort. C’est toute la beauté du lien entre le professeur et son élève : rehausser celui-ci, l’enrichir ; ce rapport repose sur le crédit, le poids accordés aux connaissances de l’auctor, du professeur."

Écrit par : hommelibre | 31/03/2011

Oui, je suis d'accord avec vous. Mais il faut envisager la même chose au Cycle d'Orientation et pourquoi pas au-dessus aussi! En tant qu'enseignant, je peux vous assurer que les comportements mériteraient aussi un léger "dépoussièrage"! L'introduction d'un système de contrôle des absences sur informatique ne change rien au phénomène de la tricherie (faux certificats, complaisance, soutien aveugle des parents quant aux absences de leurs rejetons, etc.) et absences pour "séchage" des cours et indiscipline en classe. ET je ne mentionne pas les devoirs qui ne sont plus faits, les livres oubliés, perdus, etc. Le quotidien banal.
Bien à vous,
P. Ducommun

Écrit par : Philippe Ducommun | 31/03/2011

Bonjour,
j'ai connu les notes de comportement mais aussi les notes de propreté (autant du matériel scolaire que du matériel personnel). résultat: à l'époque je n'y faisais aucune attention et ça n'a rien changé à ma vie actuelle. Encore une idée qui fait couler de l'encre et qui monopolise l'attention en étant, sois-disant, la panacée pour contrôler les jeunes mais qui, au final, est inutile et passe à coté des vrais problèmes.

Écrit par : Hassan | 31/03/2011

Il y a une autre notation qui serait intéressante d'introduire (genre d'inspection régulière), c'est celle des enseignants. En tant qu'ingénieur EPF, voir les cours d'un certain nombre de profs du primaire, du cycle et en ce moment de collège me fait franchement pitié. Profusion d'exposés des élèves pendant que le prof se les "roupannent", corrigés d'exercices manquants, voire faux (même par un docteur en chimie de l'université de Genève). C'est stupéfiant de constater le nombre de parent engageant des dépenses de plusieurs milliers de francs de soutient, alors que c'est tout simplement le boulot des profs d'enseigner. La discipline serait là avec la qualité.

La non prise en compte du handicap constitué par la dyslexie (malgré les notes du DIP), A croire que c'est une invention de docteur fous. Il y a un bon pourcentage de profs dont l'intérêt pour l'acquisition de connaissances des élèves est largement dépassé par le respect de règles débiles des moyennes d'OC, des moyennes de matières principales et autres stupidités.

Le système est tellement débile qu'il ne forme même pas les docteurs, les infirmières, les informaticiens,les banquiers, les traders et les profs nécessaire au fonctionnement du canton. Il faut les importer.

Écrit par : Georges | 02/04/2011

Je suis surpris qu'un homme politique (de droite certes) et chargé de cours en sociologie à l'université - qui est censé avoir étudié au minima l'art de la pédagogie, donc - se lance la tête dans le guidon dans des conceptions utopiques de la discipline sanctionnée par un chiffre. En quoi le chiffre parle-t-il d'un comportement ? Par rapport à qui ? Aux autres élèves ? Un rire bruyant fera-t-il perdre 1/2 ou 1 point, par rapport, au geste insolent du camarade ? Et la subjectivité ? On perd trop facilement l'art de parler des choses de les relativiser, de marquer les progrès comme les dégradations avec des mots... dans la société du chiffre que vous défendez corps et âme.. Qu'ont donc à faire les parents de ce hiffre ? D'accord, leur fils ou leur fille subira un échec supplémentaire ou pas.. Mais nous parlons d'éducation, qui touche tant à l'instance familiale qu'à la sphère scolaire. Nous parlons d'un aspect de la personne touchant au socioaffectif voire au pathologique. Et de transversalité scolaire. S'il y a note, cela veut dire qu'il y a évaluation. S'il y a évaluation, cela doit être d'une matière enseignée à l'école. Dans cette logique, vous prônerez bien deux heures minimum d'éducatif hebdomadaire au sein de l'école, dans les heures scolaires, dispensée par des éducateurs. Bien à vous.

Écrit par : AT | 02/04/2011

Les notes de comportement devraient être instituées dès le jeune âge, car déjà à l'âge de 5 ans les enfants ne sont pas éduqués par leurs parents. Ne serait-ce que le minimum de savoir vivre. Dire bonjour, au revoir, merci, se tenir correctement à table, respecter les affaires des autres, vouvoyez leur maîtresse, se lever lorsqu'elle arrive en classe. Nous aurions bien moins de délinquants et de mômes qui ne connaissent pas ces règles élémentaires. L'école leur permet de les sociabiliser. Si cela ne fonctionne pas, le directeur doit convoquer les parents, voir sévir si les parents ne connaissent pas non plus ces règles élémentaires. L'autorité reste tout de même importante, cessons ce laxisme qui règne en ce moment.

Écrit par : rose des sables | 02/04/2011

Pour traduire la pensée de Rose des Sables il faut abaisser l'age d'entrée à l'école de recrue.

Monsieur Wiess, vous êtes mal barré comme politicien avec tous ces hurluberlus aux principes vieux populistes/nazillons? qui pullulent. En France pour la sanction leur équivalents ont même réussi à voter pour une escort girl estampillée du FN dans le Nord et pour un pépé de 93 ans qui ne voulait surtout pas être élu.

Écrit par : Georges | 03/04/2011

pas besoin d'être noté pour connaitre le BA Ba de la politesse,encore une idée novatrice qui va servir à ceux désirant l'école obligatoire dès l'âge de deux ans,on ne fait pas des enfants pour satisfaire son égo ,on en fait parcequ'on a envie de procréer sans suivre un mode de pensées établit par un courant sans doute universitaire mais faussant les rapports parents enfants,ces derniers n'ayant pas pour buts à servir de paravent ou de miroir,le plus important c'est d'apprendre à dire non ,les parents sont à responsabiliser en premier!

Écrit par : lovsmeralda | 03/04/2011

Je viens de croiser un de ces imbéciles qui recueillait des signatures pour la note de comportement de l'élève persuadé d'avoir trouvé le Graal qui allait améliorer l'enseignement genevois.
L'école genevoise cultive la culture de l'échec. Combien d'élèves sortent sans diplôme de ce système. La filière de l'apprentissage est excellente mais de moins en moins de sociétés prennent des apprentis.
Trois professeurs enseignant la même matière ne présentent pas les mêmes sujets. Il y a bien un cadre plus ou moins lache d'enseignement, mais quand les professeurs sont t-ils évalués? uniquement à la suite de plaintes de parents?
Un élève qui manque un cours présente un mot d'excuse voire un certificat médical s'il a raté une épreuve. Un prof malade pendant 6 mois à Emilie Gourd, aucune communication du doyen ou du directeur. Monsieur Emery est si impliqué qu'il doit s'en trouver dispensé. J'en passe sur l'école de Com qui se fout de la gueule du doyen de la filière générale..
Les professeurs d'allemand des collège attendent quasiment une capacité à parler couramment, alors qu'au cycle l'accent est insuffisamment mis sur le vocabulaire ou la grammaire mais sur la tenue du cahier. Les professeurs scientifiques que canton ne sont meme pas capable de mettre en place un site de type MATHENLIGNES aligné sur le programme genevois. Combien de fois les élèves ont du attendre trois à 4 semaines une correction d'épreuve au prétexte que le WE était beau ou les vacances peu propices à faire des corrections.
L'évaluation de l'enseignant et tout aussi nécessaire que la note de comportement de l'élève, mais bon c'est le genre de chose qu'il est difficile d'attendre dans l'administration.

Écrit par : Georges | 09/04/2011

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