31/03/2011

Noter le comportement de l’élève: un symbole nécessaire de l’autorité

 Noter le comportement à l’école genevoise ? Voilà qui devrait aller de soi, dans un monde où les jeunes sont en quête de repères. Et qui a l’avantage d’ouvrir un débat d’abord sur l’efficacité de cette mesure, ensuite sur le cercle des personnes concernées, enfin sur le recours à l’instrument de l’initiative. Car voilà qui fait défaut pour les élèves de l’école publique obligatoire du canton de Genève.

 

L’Association refaire l’école (ARLE) s’est donc trouvé un cheval de bataille qui ne demandait qu’à être monté. La voilà lançant une initiative populaire pour introduire une note de comportement dès la 3ème année primaire, inscrite dans le carnet scolaire et déterminante lorsque la promotion de l’élève est sur le ballant. Et, du même coup, trois signaux.

 

D’abord un rappel de son existence, voire de son influence. Les citoyens n’ont pas oublié que le retour des notes évaluant les résultats de l’élève lui est dû. Ce qui devrait être d’autant plus utile à la récolte de signatures que la portée de cette initiative est davantage de l’ordre du symbole.  

 

Ensuite et surtout un appel à la restauration de l’autorité. Mais l’autorité est un concept dont, depuis les (Jean…) Romains, la double nature est évidente : auctoritas, le rapport de compétence, et potestas, le rapport de force. Car l’autorité n’est jamais naturelle, elle se construit dans une relation où l’élève se rend compte du savoir comme du charisme de son enseignant. Qui n’aura besoin qu’en dernier recours de la force, pour ne pas évoquer les sévices du passé. Le mauvais carnet témoignera ainsi de l’échec de la relation d’autorité établie avec l’élève. Autant dire qu’il sera bon dans la règle.

(Chronique à paraître dans Entreprise romande du 1er avril 2011)

 

Relation. C’est en l’occurrence le mot-clé. Car deux autres acteurs au moins sont impliqués par l’existence de l’élève : l’enseignant et le parent. Le premier fait l’objet d’une évaluation périodique par ses supérieurs. Il va donc de soi que la note de l’élève ne pourra être donnée par un enseignant en bermuda, marcel et santiag dès le retour du printemps ! Mais le parent – de préférence les parents – est aussi placé face à sa responsabilité de montrer à son enfant la valeur qu’il accorde au savoir et à l’école, modèle réduit de la société. Et donc le respect qu’elle mérite. A noter – c’est le cas de l’écrire… - que le comportement défaillant des parents doit aussi être sanctionné.

 

C’est pour ces raisons que la notation du comportement, verbalement présent dans les carnets scolaires actuels, est certes partielle mais utile, pour la majorité des élèves. Comme est utile le test de l’initiative populaire auquel s’est soumis l’ARLE. Un projet de loi, c’aurait été si facile. Une initiative, c’est autrement plus exigeant en terme d’effort. Voilà le troisième signal, qui n’est pas le moindre mérite de ses auteurs.

 

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21/03/2011

Vencimus ! Omnes et omnia pro lingua et cultura latina

Un raz-de-marée. Près de 60 députés ont déjà ont déjà signé une motion en faveur du maintien du latin en première année du cycle d'orientation. Un groupe doit encore se déterminer d'ici au 29 mars 2011. Des espoirs plus que tangibles peuvent être mis dans sa décision, car il compte en son sein des membres du comité qui a lancé une pétition dans le même objectif. Une pétition qui a déjà rassemblé plusieurs milliers de signataires grâce à l'énergie déployée par un comité emmené par une enseignante de latin, Sophie Arpin. Rien d'inattendu dans tous ces soutiens. Car tant la motion que la pétition ne font que réclamer l'application d'une loi votée à l'unanimité par le Grand Conseil et plébiscité par 3 cotyoens sur 4 (le contreprojet à l'initiative sur le cycle).

Il est important d'aller de l'avant tous unis, car les préparatifs pour la rentrée scolaire 2011 sont dans l'air. Car il n'est pas imaginable que la volonté des Genevois soit bafouée et qu'un pan de notre héritage culturel soit mis à mal, par la (mauvais) volonté de quelques décideurs insensibles à son importance et sa signification.

Pour information, voici le texte de la motion.

Secrétariat du Grand Conseil

Projet présenté par les députés :
Mmes et MM. Pierre Weiss,

Date de dépôt : 18 mars 2011

M Numéro d’objet

Proposition de motion

ad majorem linguae latinae et culturae classicae gloriam respectu scriptorum et verborum septuumviri genevensis coram populo atque senatu<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]-->

Le GRAND CONSEIL de la République et canton de Genève
considérant :

<!--[if !supportLists]-->1. <!--[endif]-->la volonté de ce Grand Conseil, par le biais de la mise en œuvre du PL 10176 (contre-projet à l’initiative 134 sur les structures du Cycle d’orientation – ci-après CO), d’offrir à tous les élèves de 9e année HarmoS (ex-7ème année du cycle d’orientation) un enseignement de culture et de langue latines ;

<!--[if !supportLists]-->2. <!--[endif]-->la volonté de ce Grand Conseil d’offrir plus particulièrement à tous les élèves de 9ème année HarmoS un enseignement de base en culture et langue latines ainsi qu’aux élèves de cette même année faisant partie du regroupement se caractérisant par des attentes élevées (regroupement 3) un enseignement de latin plus poussé grâce à une dotation horaire adéquate ;

<!--[if !supportLists]-->3. <!--[endif]-->la prise en compte expresse et sans réserve par le Conseil d’Etat de la volonté parlementaire telle que la rappelle le site officiel de l’Etat<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> ;

<!--[if !supportLists]-->4. <!--[endif]-->des propos, antérieurs au plébiscite populaire sur le PL 10176 du 17 mai 2009, dénués de toute ambiguïté du conseiller d’Etat responsable du Département de l’instruction publique (DIP) devant différents milieux et media ;

<!--[if !supportLists]-->5. <!--[endif]-->la marge de manœuvre de l’ordre de 15% offerte aux cantons par la convention scolaire romande liée à HarmoS pour adapter leurs grilles-horaire de l’enseignement obligatoire ;

<!--[if !supportLists]-->6. <!--[endif]-->la présentation d’une nouvelle grille-horaire pour le CO le 25 novembre 2010<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]--> supprimant totalement l’enseignement de langue et culture latines en 9ème année HarmoS, contrairement aux documents présentés par la direction générale du CO en juin 2010 qui prévoyaient d’une part un cours de langue et culture latines pour tous en 9ème année HarmoS et d’autre part trois heures de langue et culture latines pour le regroupement 3 et une heure pour les regroupements 1 et 2 ; en outre, le cours de langue et culture latines pour tous les élèves de 9ème année HarmoS était présenté par la direction générale du CO comme une contrainte qui devait être respectée ;

<!--[if !supportLists]-->7. <!--[endif]-->la diminution de deux heures de la dotation horaire en faveur du latin sur l’ensemble de la scolarité du CO par rapport à la grille-horaire actuelle ;

<!--[if !supportLists]-->8. <!--[endif]-->les conséquences de la suppression du latin en 9ème année HarmoS sur la constitution d’un socle de culture générale, les connaissances linguistiques (apprentissage des autres langues) et les compétences dites transversales (mémoire, analyse, rigueur) des jeunes fréquentant le CO ;

<!--[if !supportLists]-->9. <!--[endif]-->les conséquences négatives de la suppression du latin, notamment en raison du nombre d’heures de cours élevé en 10ème pour la section LS, sur l’attractivité ultérieure de son apprentissage ;

<!--[if !supportLists]-->10. <!--[endif]-->la poursuite d’une tendance latente à la mise à l’écart d’une des composantes essentielles de l’humanisme que Genève avait mis à l’honneur dans son école depuis la Réforme, faisant plus récemment passer le nombre d’heures de 15 pour l’ensemble du CO, avant l’an 2000, à 12 actuellement, voire à 10 si la présente grille-horaire était mise en œuvre sans correctif à la rentrée 2011-2012 ;

<!--[if !supportLists]-->11. <!--[endif]-->la priorité donnée à des enseignements – tel celui du français - dont les résultats sont mesurés par des enquêtes internationales (PISA, par exemple), au détriment de leurs fondements que représente au premier chef le latin ;

<!--[if !supportLists]-->12. <!--[endif]-->les modifications intervenues dans la grille-horaire sous la pression de représentants d’autres disciplines ;

<!--[if !supportLists]-->13. <!--[endif]-->les incohérences voire les erreurs contenues dans la réponse du Conseil d’Etat à une fort pertinente interpellation urgente écrite (IUE 1123-A) du 19 janvier 2011 ;

<!--[if !supportLists]-->14. <!--[endif]-->l’importance tant qualitative que quantitative du soutien venant des milieux les plus divers en faveur d’une pétition « pour un enseignement du latin cohérent, démocratique et de qualité durant les trois ans du Cycle d’orientation » témoignant du choc ressenti par de nombreux citoyens, notamment des parents, en raison du non-respect par l’Autorité de la parole donnée et de ses confirmations écrites ;

 

invite le Conseil d’Etat à

 

<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->réviser la grille-horaire présentée le 25 novembre 2010 supprimant pour tous les élèves l’enseignement de la langue et de la culture latines en 9ème année HarmoS ;

<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->plus spécifiquement, réintroduire un enseignement en 9ème année HarmoS de 2 heures au moins pour les élèves du regroupement 3 et d’une heure pour les autres regroupements ;

<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->veiller à ce que le total d’heures de latin soit au moins de 12 heures pour les élèves poursuivant son apprentissage jusqu’à la fin de la 11ème année HarmoS ;

<!--[if !supportLists]-->- <!--[endif]-->tout en prenant en considération les contraintes posées par le cadre général de la grille-horaire, adapter la dotation horaire annuelle du latin de la 9ème année HarmoS à la 11ème année HarmoS en lissant l’évolution du nombre d’heures (par exemple en préférant la répartition 3 heures en 9ème année HarmoS, 4 en 10ème, 5 en 11ème plutôt que 2 heures en 9ème, 5 en 10ème , 5 en 11ème).


EXPOSÉ DES MOTIFS

 

 

Mesdames et
Messieurs les députés,

Scripta manent. Malheureusement pour qui entendrait s’en affranchir. Ainsi, à Genève, de l’oubli de la culture classique qui semble accompagner celui de la volonté populaire. Car qui ne se préoccupe plus d’où il vient devient aussi indifférent à la source de son autorité.

 

<!--[if !supportLists]-->I. <!--[endif]-->Des considérants

 

Des trois premiers considérants

 

Sinon, comment expliquer que le Conseil d’Etat puisse à la fois publier les propos qui suivent, sur la présence du latin en 9ème HarmoS dans les pages du site web de l’Etat concernant le CO, et n’en pas respecter la teneur, par l’adoption d’une grille-horaire, présentée le 25 novembre 2010, qui a consisté à supprimer le latin de la 9ème année HarmoS :

 

« Le Grand Conseil souhaite l’introduction d’un espace dans la grille-horaire pour que tous les élèves de 7ème année aient accès à quelques éléments de la structure du latin. Ces éléments peuvent être mis à profit pour mieux appréhender le français et les autres langues vivantes ainsi que des éléments de base de la culture antique. Dans le regroupement au niveau d’attentes le plus élevé, le programme en latin est plus poussé »<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]-->.

 

Certes, même si pacta sunt servanda, on sait les lois sujettes à interprétation allant, parfois, jusqu’à un respect à géométrie variable. A fortiori les engagements politiques qui, selon la formule, n’ont de poids que pour ceux qui les écoutent ou les lisent. Il n’en demeure pas moins que de telles pratiques contribuent au discrédit des institutions. Et qu’il est parfois du devoir de ce Grand Conseil de rappeler le Conseil d’Etat au sien, la réciproque étant aussi admise.

S’agissant de l’enseignement du latin au CO, le contre-projet à l’initiative 134 avait fait l’objet d’un plébiscite populaire le 17 mai 2009, 75% des citoyens l’ayant accepté.

Il prévoyait clairement un maintien du latin en 9ème année HarmoS, et même sa généralisation sous forme d’une sensibilisation à la culture latine pour les élèves des regroupements 1 et 2 qui se tourneraient vers les sections CT et LC dès la 10ème année HarmoS. Les rapports des travaux en commission comme le mémorial des travaux de ce Grand Conseil en témoignent.

Aussi, afin d’éviter une application amnésique de la volonté du législateur, il est non seulement utile, mais encore nécessaire de rappeler ici les propos tenus tant par le représentant du DIP en commission de l’enseignement et de la culture que par les députés, dont le rapporteur du PL 10176, ainsi que le vote pertinent de la commission de l’enseignement et de la culture portant sur l’article 53A, al. 2 du PL 10176<!--[if !supportFootnotes]-->[5]<!--[endif]-->.

Voici tout d’abord ce que déclarait le directeur général du CO devant la commission de l’enseignement et de la culture. Il y évoquait un enseignement pour tous du latin en 9ème année HarmoS (p. 30<!--[if !supportFootnotes]-->[6]<!--[endif]-->) :

 

« 4. Enseignement du latin.

 

M. Schürch rappelle que le Règlement fédéral de reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale fixe à quatre le nombre d'années d'enseignement de cette discipline. En théorie, comme Genève compte quatre années de gymnase après la scolarité obligatoire, il ne serait pas nécessaire d'enseigner le latin pendant le secondaire I. Cependant, la tradition genevoise ne s'accommoderait pas d'une suppression de l'enseignement du latin au secondaire I et le directeur général du cycle d'orientation estime qu'il convient de maintenir cet enseignement. Etabli sur les années 8 et 9 du CO, cet enseignement pourrait subir une diminution des attentes par rapport à la situation actuelle. Il convient cependant de prendre en considération deux aspects : d'une part les attentes minimales telles qu'elles seront fixées par le plan d'études romand, d'autre part le fait que l'introduction en 7e année d'un cours de culture latine (« latin pour tous ») permettrait sans doute d'affiner le choix des élèves pour cet enseignement<!--[if !supportFootnotes]-->[7]<!--[endif]--> dispensé alors en 8e et en 9e à un public plus motivé, en tout cas plus volontaire qu'il ne l'est aujourd'hui. »

 

Voici surtout, à la suite des auditions, le choix de la commission pour l’article 53 A, al. 2<!--[if !supportFootnotes]-->[8]<!--[endif]--> du PL 10176 qui montre dans quelles conditions les députés s’étaient ralliés à la proposition d’un enseignement de latin pour tous en 9ème année HarmoS, à savoir à l’instigation insistante du DIP (p. 33) :

 

« Enseignement du latin

 

A ce propos, les membres de la commission ont longuement débattu de la présence d'un enseignement du latin à tous les élèves en première année du cycle d'orientation.

Ils se sont finalement ralliés à la proposition du Département de l'instruction publique d'introduire pour tous les élèves, en 7e année, un espace, dans la grille-horaire, pour que les élèves aient accès à quelques éléments de la structure de cette langue, éléments qui peuvent être mis à profit pour mieux appréhender la langue française et les autres langues vivantes enseignées au cycle d'orientation, ainsi qu'à des éléments de base de la culture antique.<!--[if !supportFootnotes]-->[9]<!--[endif]-->

Ils ont pris en compte également le fait que le niveau d'attentes des disciplines peut être différent, comme le contenu des cours et le programme, en fonction du regroupement ou de la section. A ce titre, ils n'excluent pas que dans le premier regroupement, le contenu du cours de latin et le nombre d'heures qui lui est attribué pourront être différents de ceux du second et troisième regroupements. Il convient en effet que les attentes minimales pour le latin au terme de la scolarité obligatoire, telles qu'elles seront fixées dans le plan d'études romand, soient également atteintes à Genève. »

 

Voici enfin le moment capital du vote et les explications sans la moindre ambiguïté du rapporteur qui l’accompagnent (p. 42) :

 

« Art. 53A : Enseignements

 

S'agissant de la notion « un enseignement …exigeant pour tous les élèves », le rapporteur précise, à la demande de la commission, que le Conseil d'Etat a pris des engagements fermes selon laquelle la nouvelle structure incitera les élèves à constamment mobiliser leurs compétences et toujours progresser.

De plus, il est encore précisé que l'enseignement du latin dans les 3 regroupements de 7e sera adapté en fonction des efforts et de la demande des élèves par des dotations-horaires appropriées de façon à permettre une meilleure progression des élèves qui se destinent à la section LS<!--[if !supportFootnotes]-->[10]<!--[endif]-->.

Il ne s'agit donc pas d'empêcher le choix du latin sous couvert du développement d'une culture latine plus douce !

 

Vote sur l'article 53A dans son ensemble

Pour : 3 S, 2 Ve, 2 PDC, 2 R, 3 L, 2 UDC, 1 MCG

Contre : –

Abst. – (unanimité). »


On ne saurait mieux dire. Et à l’unanimité !

 

Du quatrième et du cinquième considérants

 

Après avoir traité des trois premiers considérants et sans insister sur le quatrième – tous ceux qui ont eu le plaisir d’entendre le conseiller d’Etat responsable du DIP avant le vote populaire se souviennent de son insistance sur l’introduction du latin pour tous dès la 9ème année HarmoS<!--[if !supportFootnotes]-->[11]<!--[endif]-->, - ainsi que de sa satisfaction d’offrir ainsi un accès à la culture classique à tous les élèves du CO<!--[if !supportFootnotes]-->[12]<!--[endif]--> -, il sied de souligner que la convention scolaire liée à HarmoS<!--[if !supportFootnotes]-->[13]<!--[endif]--> permet une marge de manœuvre de quinze pour-cent du temps total d’enseignement pour la mise en œuvre du plan d’étude romand. Le total des heures de latin (de une à trois) dont il est question ici entre clairement dans cette marge de manœuvre cantonale.

 

Du sixième et septième considérants

La grille-horaire présentée en juin 2010 correspondait parfaitement, s’agissant du cours de langue et culture latines en 9ème année HarmoS, à la volonté du législateur<!--[if !supportFootnotes]-->[14]<!--[endif]-->. Elle prévoyait en effet, sous compléments et renforcements, 3 heures pour le regroupement 3 et 1 heure pour les deux autres regroupements.

La grille-horaire n’était pas seule dans ce cas. Dans un questionnaire envoyé en juin 2010 notamment aux directions des CO et aux responsables des différentes disciplines<!--[if !supportFootnotes]-->[15]<!--[endif]-->, la place prévue pour le cours de langue et culture latines dans la nouvelle grille-horaire est réaffirmée.

En revanche, tel n’est étrangement plus le cas dans la version adoptée par le conseil d’Etat le 25 novembre 2010<!--[if !supportFootnotes]-->[16]<!--[endif]-->. La dotation horaire sur l’ensemble du CO y chute de deux heures par rapport à la situation actuelle. Requiem aeternam…

 

Des huitième, neuvième, dixième et onzième considérants

 

La place de la civilisation latine dans l’héritage culturel occidental n’a pas besoin de dispute linguistique pour être établie. Au-delà du langage, de la botanique à la médecine, du droit que Rome a influencé d’importance, et sans même se référer aux visites du Colisée ou du Forum, de Martigny ou de Nyon, Rome est présente à Genève à chaque fois que l’on traverse le Rhône. Une présence que Calvin a consacrée dans sa création en 1559 du Collège via les Leges Academiae genevensis. On n’ose imaginer ce que dirait son premier recteur, Théodore de Bèze, sinon O tempora, o mores, face à la mise à l’écart progressive de la langue de Virgile, de César et… du Vatican. Quinze heures d’enseignement avant l’an 2000, douze actuellement, et bientôt 10 ! A ce rythme, la disparition du latin de l’enseignement secondaire inférieur est programmée. Genève aspire-t-elle à ressembler sur ce point au Valais qui l’en a déjà fait disparaître, pour ne pas évoquer les pays de l’Union européenne qui ne l’enseignent plus qu’à l’université ?

Faut-il s’étendre aussi sur la fonction du latin en tant qu’assistant tout sauf passif à la maîtrise de l’analyse, comme l’on disait jadis ? C’est par ses déclinaisons que les jeunes générations ont découvert la complexité du français, qu’ils se sont familiarisés avec l’allemand, pour ne pas évoquer les langues slaves, si friandes de cas, ou encore le grec, l’ancien comme le moderne ; ils en ont aussi apprécié les beaux restes dans l’anglais de Shakespeare ornant le fronton de The Olde Inn.

Chaque lecteur du Petit Prince sait que l’invisible peut être encore plus important que le visible, un invisible que les pédagogues ont conceptualisé en compétences transversales. Dans la maîtrise du langage, de l’argumentation, de la réflexion, cela s’appelle mémoire et surtout rigueur, pensée critique. Qui a du latin une connaissance acquise tôt saura en faire bénéficier illico son approche des autres disciplines.

C’est dire si retarder son apprentissage, le diminuer, est lourd de conséquences<!--[if !supportFootnotes]-->[17]<!--[endif]-->. Un cercle vicieux est mis en mouvement : moins d’heures, c’est moins de connaissances et, à terme, de plaisir, c’est donc moins d’envie de le transmettre à ses propres enfants et, avant cela, de continuer à s’y adonner au fil des études secondaires.

Il serait intéressant que le DIP fournisse à ce propos, dans la discussion de cette motion, des chiffres sur l’évolution du nombre de latinistes dans l’enseignement secondaire comme à l’université en relation avec les réformes qui ont tendu à en limiter la présence dans les grilles-horaire de l’enseignement public.

Car les réformes programmatiques qu’a connues l’école ne sont pas innocentes, elles ne sont pas seulement une prise en compte de l’esprit du temps, elles en sont aussi un facteur d’accélération des mutations de la culture, de ses composantes. Il serait certes exagéré de voir dans les étrangleurs sinon les exécuteurs du latin de lointains cousins des gardes rouges de la révolution culturelle chinoise. Mais la thèse pourrait mériter la discussion…

 

Des douzièmes et treizièmes considérants

 

Certes, la prise de conscience par les enseignants de latin pourrait être assimilée, par des esprits peu sensibles à la valeur de l’héritage esquissé ci-dessus, à une manifestation purement corporatiste teintée d’élitisme<!--[if !supportFootnotes]-->[18]<!--[endif]-->. Ce serait faire injure à leur vocation, à leur dévouement à une cause ingrate dont ils sont d’humbles artisans, surtout au CO.

Ce serait aussi passer sous silence les modifications de la grille-horaire qu’ont obtenues des enseignants d’autres disciplines. Seraient-ils mieux en cour ? On pense en particulier à l’enseignement de l’histoire et de la géographie<!--[if !supportFootnotes]-->[19]<!--[endif]-->. Là, il y a eu décision politique qui a évité l’amputation. Pourquoi là ? Et avec quelles justifications, quand le respect de la loi et du plan d’études romand n’était pas en cause ? On peut encore mentionner l’ajout d’une heure d’allemand entre juin et novembre 2010. A l’inverse, pourquoi ce non-respect du plan d’études romand concernant le nombre d’heures de physique (2 heures au lieu de 3) sur la durée du CO ?

On sent d’ailleurs bien la difficulté du DIP agissant au nom du Conseil d’Etat à répondre sans contradiction à l’excellente interpellation urgente écrite Quid lingua latina fiet (IUE 1123-A<!--[if !supportFootnotes]-->[20]<!--[endif]-->).

Après deux pages de texte en lointain rapport avec le sujet, le Conseil d’Etat va jusqu’à mettre en cause la volonté du législateur unanime qu’il prend paradoxalement à son compte sur son site, pour ne pas mentionner les arguments de campagne du chef du DIP et la version de juin 2010 de la grille-horaire issue de la direction générale du CO. Comment ce qui était voulu et possible au temps t0 peut se transformer au temps t1 en une « mise à mal de la cohérence »<!--[if !supportFootnotes]-->[21]<!--[endif]--> des principes de la loi 10176 et d’HarmoS ? Il faut quelque hardiesse intellectuelle voire politique pour écrire : « Ne réserver le latin qu’au élèves du regroupement 3 dès la première année du CO (…) et ne donner qu’une initiation à la langue latine sur une seule période aux autres élèves » devient tout à coup impossible. Les condamnations pleuvent : « pré-section », voire « pré-sélection ». Horresco referens !

Ajouter plus loin que « l’enseignement du latin dans toutes ses dimensions conserve cependant largement sa place au CO genevois et renforce même son statut disciplinaire » tient même sinon de l’abus de langage, du moins de la rhétorique, en français courant : de la prestidigitation. Il faut en effet du talent pour convaincre qu’une diminution de deux heures de la dotation horaire du latin sur l’ensemble de la scolarité au CO équivaut à un renforcement statutaire. Sauf que là, la ficelle est trop grosse et que le tour de magie verbale ne résiste pas aux faits. Voilà aussi ce qu’apprend l’apprentissage du latin : chercher le sens derrière les mots, savoir éviter les contre-sens, voire les non-sens.

 

Du quatorzième considérant

 

A l’inverse, la prise de position des pétitionnaires « pour un enseignement du latin cohérent, démocratique et de qualité durant les trois ans du Cycle d’orientation » mérite d’être accueillie avec une réelle satisfaction. Voilà une manifestation issue de la société dite civile qui mérite une attention d’autant plus grande qu’elle témoigne d’une part de l’importance quantitative du soutien qu’elle y a trouvé – déjà plusieurs milliers de signatures -, d’autre part, plus indirectement, du rôle et de la promotion de l’excellence qu’a joué l’apprentissage du latin dans la vie de ceux qui ont conclu à leur responsabilité de la signer.

 

 

 

<!--[if !supportLists]-->II. <!--[endif]-->Des invites

 

Un retour non pas au statu quo ante reformam, mais à celui que proposait le projet de grille-horaire de juin 2010. Voilà formellement ce que devrait faire ce Conseil d’Etat s’il entendait respecter les engagements pris devant les Genevois, des engagements renforcés par ce Grand Conseil lors de son examen de la loi 10176.

Plus particulièrement, offrir aux élèves de 9ème année HarmoS du regroupement 3 au moins deux heures de latin, à ceux des regroupements 1 et 2 une heure, conformément à la volonté du législateur se mettant à l’écoute du DIP.

Maintenir le nombre total de douze heures de latin, tout au long du CO, un nombre déjà en baisse par rapport aux toutes dernières années du millénaire passé.

Enfin, et sans vouloir exagérément interférer avec la grille-horaire, lisser l’évolution du nombre d’heures de latin, pour éviter un saut de 2 à 5 heures lors du passage de la 9ème année HarmoS à la 10ème année HarmoS. L’effet d’appel en 9ème risquerait en effet fort d’être suivi d’un effet d’épouvantail en 10ème. A moins que tel ne soit le but recherché par ceux qui préfèrent du latin, de la culture qu’il représente, de l’humanisme qu’il incarne, des valeurs qu’il véhicule faire tabula rasa.

 

Voilà, Mesdames et Messieurs les députés, les raisons qui aujourd’hui se conjuguent pour que ce Grand Conseil aide à refaire ce que certains ont défait naguère, à éviter qu’une erreur ne se transforme en faute. Même si errare humanum est…

 

 

<!--[if !supportFootnotes]-->

<!--[endif]-->

<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> « Pour la plus grande gloire du latin et de la culture classique, par respect pour la teneur des écrits et les propos du conseiller d’Etat genevois devant le peuple et le Grand Conseil ».

<!--[if !supportFootnotes]-->[6]<!--[endif]--> Les numéros de page qui suivent se réfèrent au rapport sur le PL 10176-A, dont la référence internet est indiquée dans la note 5..

<!--[if !supportFootnotes]-->[7]<!--[endif]--> Mise en gras par l’auteur de la motion.

<!--[if !supportFootnotes]-->[8]<!--[endif]--> Art. 53A Enseignements (nouveau)

1 L'enseignement dispensé dans les établissements du cycle d'orientation est

exigeant pour tous les élèves afin de les préparer à leur formation scolaire et

professionnelle subséquente.

2 Au cours de la première année, les mêmes disciplines sont enseignées dans

les trois regroupements.

3 L'enseignement dispensé dans les trois sections des deuxième et troisième

années du cycle d'orientation se répartit entre disciplines communes aux trois

sections et disciplines spécifiques à chacune d'entre elles.

4 Les disciplines principales de chacun des regroupements et de chacune des

sections sont celles dont le total des moyennes annuelles entre dans les

conditions de promotion.

Voir http://www.ge.ch/grandconseil/data/loisvotee/L10176.pdf.

<!--[if !supportFootnotes]-->[9]<!--[endif]--> Mise en gras par l’auteur de la motion.

<!--[if !supportFootnotes]-->[10]<!--[endif]--> Mise en gras par l’auteur de la motion.

<!--[if !supportFootnotes]-->[12]<!--[endif]--> Pour la clarté du débat, on rappellera ici n’avoir jamais partagé cette volonté, y voyant en particulier le risque d’une approche pour le moins superficielle de cette discipline par les élèves des regroupements 1 et 2. On rappellera aussi que certains membres de ce Grand Conseil ont même paradoxalement proposé d’alléger l’enseignement de l’allemand pour des élèves immigrés ! Mais peu importe ces rappels et quoi qu’on en pense, la loi 10179 est votée, et il s’agit de l’appliquer.

<!--[if !supportFootnotes]-->[13]<!--[endif]-->Voir http://www.ciip.ch/pages/actualite/fichiers/CP0602_Brochu....

« L’accord suisse demande aux régions d’harmoniser leurs plans d’études. La Convention romande permet à la CIIP de mettre en œuvre cette obligation, en lui donnant la compétence d’adopter un plan d’études cadre (PECARO). Les cantons romands le mettent en œuvre avec une marge d’appréciation à hauteur de 15 pour cent au maximum du temps total d’enseignement par cycle. » (p. 10)

<!--[if !supportFootnotes]-->[15]<!--[endif]--> REPUBLIQUE ET CANTON DE GENEVE

Département de l'instruction publique, de la culture et du sport

Enseignement secondaire I - Cycle d'orientation

Direction générale

GES/ce/09.06.10

Questions aux trois instances

Mise en œuvre à Genève du plan d'études romand et déploiement de la nouvelle organisation du cycle d'orientation

_______________

Questions :

(…)

B) Par rapport au modèle de nouvelle dotation horaire pour le cycle secondaire I dans le canton de Genève, quelles améliorations seraient possibles dans le respect des contraintes suivantes :

(…)

 

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03/03/2011

Lingua latina non delenda est

Caton l’Ancien voulait raser Carthage. Et n’avait de cesse, dit-on, de terminer ses harangues au Sénat romain par Carthago delenda est – il faut détruire Carthage. Ce qui fut fait et mit ipso facto (expression latine) un terme à la troisième guerre punique. Tous ceux qui ont étudié un minimum (mot latin) cette langue ancienne le savent. Comme ils savent où se trouve Carthage : près de Tunis, depuis à peu près 3000 ans.

 

Le Conseil d’Etat genevois, lui, considère qu’il faut éradiquer le latin de la première année du cycle d’orientation (CO). Sans aller pour le moment jusqu’à sa suppression de l’enseignement obligatoire, il prend le prétexte de la nouvelle grille horaire du CO, qui entrera en vigueur à la rentrée 2011, pour réduire de facto (repetita bis placent) la part des humanités. Latin, dégage !

 

Cette décision résulte peut-être d’un manque d’enseignants pour dispenser une introduction à la culture latine à l’ensemble des élèves ; car c’est ce que veut la nouvelle loi sur l’instruction publique, contrairement à l’ancienne qui la réservait aux élèves de la filière gymnasiale. Et certainement d’une autre, la volonté de renforcer la place des mathématiques - au détriment de la physique - et des langues vivantes, compte tenu d'un plafond horaire. Avec comme bénéfice connexe l’amélioration de la place des Genevois dans les classements PISA. Qui ne testent pas le latin…

 

Certes, l’idée d’imposer une sensibilisation à la culture latine à tous les jeunes commençant le CO pouvait sembler déraisonnable. Quel sens cela avait-il en particulier pour un futur candidat à un CFC des secteurs secondaire ou tertiaire ? Tout simplement de lui donner non pas un vernis, mais une envie de culture, et tout autant une accroche à un monde qui a enfanté la civilisation européenne. Et puis la mise en évidence d’une langue qui est en bonne partie à la source du français contemporain, un sens de l’étymologie (un mot grec, celui-là, un de ceux que le collège apprend à dompter) plus que des tweets, un appel à la rigueur de l’expression, à la clarté des idées.

 

Et puis, rien n’empêchait le Conseil d’Etat de faire commencer déjà en première année du CO, pour les futurs probables gymnasiens, l’enseignement du vocabulaire, des verbes et des déclinaisons. Rosa, rosa, rosam, chantait Brel le rebelle, mais pas au latin...

 

Certes, d’autres pays ont déjà guillotiné le latin, pour ne pas mentionner le grec ancien. O tempora, o mores ! Certes, l’enseignement de l’hébreu a disparu du collège de Genève depuis l’ère napoléonienne : la république des pasteurs avait vécu… Mais est-ce une raison de se résigner, hic et nunc ? Un nouveau projet de loi pourrait débouler, pour lui redonner sa place.

 

Lingua latina non delenda est.

(Chronique pour Entreprise romande du 4 mars 2011)

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