16/04/2011

Appel à une large alliance sur la traversée du Lac

Présenter un projet nécessaire, c’est bien. Réunir un large soutien, c’est mieux. Surtout si le but est de le concrétiser avant la semaine des quatre jeudis. Voilà la première réflexion qui s’impose à l’esprit dans la suite de la présentation par le conseil d’Etat genevois de son projet de traversée du Lac.

En 199 pages (www.ge.ch/dcti/presse/2011-04-11 conf annexe.pdf), le citoyen est mis au parfum de ce qui l’attend si le Parlement fédéral se mettait d’accord en 2011 pour inscrire cette infrastructure manquante dans les projets des routes nationales. Car c’est à Berne que se jouera cette année l’essentiel de la partie qui devrait, vers 2030, dans moins d’une génération, donner à l’agglomération genevoise le périphérique qui lui manque. En résumé, une diminution de 30% de la circulation en Ville, d’au moins 10% sur les autoroutes genevoise et du pied du Salève pour un coût de plus de 3 milliards de francs.

L’essentiel de la partie, mais pas sa totalité.

En effet, si les acteurs bernois – parlement, conseil fédéral et administration – vont passer à la moulinette les projets venus des quatre coins du pays qui se disputent les milliards fédéraux, avec un risque non nul d’en décevoir plus d’un, le soutien local constituera un complément indispensable du vote en faveur du second projet du siècle pour Genève, le premier étant le CEVA. On voit en effet mal Berne faire des cadeaux à un canton qui n’en voudrait pas, ou pas clairement ou encore qui se montrerait désuni, chipoteur.

La référence au CEVA n’est pas gratuite. L’énergie dépensée à Berne par Robert Cramer, les alliances justifiées par des intérêts convergents contractées avec des cantons qui comptent, la très forte mobilisation sur le plan cantonal, la justification tant juridique qu’économique du CEVA, tout a plaidé en faveur d’une solution finalement favorable à Genève. Seuls aujourd’hui des recours et la lenteur du Tribunal administratif fédéral sont responsables du retard au démarrage des travaux du RER genevois.

Il en faudra tout autant pour éviter à cette future traversée de se transformer en serpent de lac.

A cet égard, les positions que vont prendre les élus genevois aux Chambres fédérales sont importantes. Celles des candidats aussi, car il y a fort à parier que ce thème jouera un rôle de poids dans la campagne de l’automne.

On observera notamment avec intérêt la ferveur avec laquelle Robert Cramer, le père spirituel de l’agglomération franco-valdo-genevoise, défendra cette liaison indispensable au transport automobile.

Ou encore le soutien dont elle bénéficiera auprès des conseillers nationaux membres du parti de la conseillère d’Etat Michèle Künzler qui, comme tous ses collègues du conseil d’Etat, défend l’intelligence de ce projet de traversée du lac.

A cet égard, un autre signal sera assurément donné par le nombre et le spectre politique des signataires de la résolution adressée au Parlement fédéral (que j’ai déposée au Grand Conseil avec mon collègue Jacques Jeannerat).

Mais les soutiens devront dépasser le cercle politique. La société dite civile, les associations ayant vocation de se prononcer sur la mobilité (TCS et ACS notamment), les milieux soucieux du développement économique du canton (patronat et syndicats) et de son cadre de vie (WWF par exemple), les communes les plus directement concernées, notamment entre Arve et Lac, sont placés devant leurs responsabilités. C’est dire aussi celle du conseil d’Etat qui devra être encore plus à l’écoute de leurs remarques et objections. L’opposition annoncée dans la Tribune de Genève d’un représentant de l’ATE tend encore pour l’heure à montrer qu’une lecture plus attentive du projet pourrait bénéficier à sa compréhension.

En arbitrant en faveur de ce projet d’intérêt général, tous donneront un signal sans ambiguïté de leur engagement pour l’amélioration de la qualité de vie des Genevois, y compris en Ville. Soyons optimistes – l’optimisme de la volonté ! –en continuant de parier sur le sens du compromis, quand chacun a à gagner au changement. Car entre les embouteillages, leur impact sur l’environnement, leurs coûts économiques, et la fluidité de tous les trafics, privés et publics pour le plus grand bénéfice des habitants de ce canton, le moment du choix est enfin arrivé.

C’est la raison de cet appel visant à la création d’un comité « Pour la traversée du Lac ». Il s’adresse à tous ceux qui entendent œuvrer sans œillères et sans dogmatisme en faveur du bien-être commun. Nul doute que les Genevois seront sensibles au fait qu’ils tiennent désormais un élément –clé de leur destin dans leurs mains.

(Version développée de la chronique L'invité parue dans la Tribune de Genève du 16 avril 2011)

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Commentaires

Intéressant que votre article dans la Tribune (et non la version ici) se conclue sur la mention de la mobilité douce, dans le but, j'imagine, d'appâter les milieux normalement opposés à ce genre de projets.

Justement : n'est-il pas paradoxal d'appeler à une "large alliance", juste après avoir refusé au parlement l'initiative 144 pour la mobilité douce? (précisément un projet modéré et rassembleur)

Comment demander à "tout le monde" de se rallier à un projet d'autoroute à 4 milliards si vous vous opposez même à mettre 80 millions pour éviter que les cyclistes ne soient en danger de mort sur nos routes?

J'avoue avoir de la peine à comprendre.

Écrit par : Thibault Schneeberger | 16/04/2011

@ T. Schneeberger

Cher Monsieur,

mon commentaire dans mon blog commence par une mention des avantages pour la mobilité douce du projet de traversée du Lac: diminution de 30% de circulation en Ville en 2030. Je vous encourage vivement à utiliser le lien vers le texte complet du rapport où vous découvrirez la liste des aménagements prévus.

J'ajoute que sans attendre 2030, si une alliance se faisait pour ce projet de traversée qui inclurait Actif Trafic et l'ATE, par exemple, elle pourrait proposer dès l'inclusion du projet dans l'arrêté fédéral sur les routes nationales des aménagements concernant la circulation en Ville en faveur des transports publics, mais pas avant son adoption sur le plan fédéral. Ce minimum de précautions est nécessaire, car sinon les partisans du projet et tous les usagers de ces futures infrastructures se retrouveraient Gros-Jean comme devant !

Pour l'initiative 144, la question n'est pas seulement celle du prix. Vous parlez de 80 millions, mais un montant de 170 millions est tout aussi plausible et a d'ailleurs été articulé lors des débats parlementaires.

C'est surtout parce que cette initiative est néfaste pour les transports publics qu'il convient de la refuser. La priorité systématique accordée aux piétons et aux cyclistes se traduirait immanquablement par un ralentissement de la vitesse des bus et des trams, qui sont déjà les plus lents de Suisse.

Elle causerait aussi des suppressions de places de parking et des rétrécissements de la voirie, sans parler des chantiers qui s'étaleraient sur 8 ans. Laissons les Genevois digérer les désagréments actuels !

Enfin, le conseil d'Etat vient de déposer un plan en faveur de la mobilité douce devant le Grand Conseil avec des propositions concernant la sécurité des cyclistes et des piétons, une préoccupation qui m'est aussi chère qu'à vous. Ce plan qui mérite examen rend par conséquent l'initiative 144 inutile.

Écrit par : Pierre Weiss | 17/04/2011

Bonjour,

Une diminution de 30% du trafic au centre-ville? Ben, selon le rapport, il me semble que c'est seulement à certaines conditions... Notamment de donner la priorité aux transports publics aux feux... Ce que vos milieux ont toujours refusé et qui aboutit précisément à ce que vous dénoncez (à juste titre) : nos TPG sont les plus lents de Suisse. Aujourd'hui la priorité est encore très souvent donnée au trafic motorisé individuel, puis viennent les TPG, puis enfin la mobilité douce.

Malgré ce constat désolant, l'initiative 144 ne demande NULLE PART de donner la "priorité systématique" aux piétons et aux cyclistes. Et en particulier pas sur les transports publics! Il est absolument hors de question que les cyclistes ou les piétons aient la priorité sur des trams ou bus souvent bondés! Nous serons les premiers à nous insurger si une telle interprétation en était faite.

Ce qui ne sera évidemment pas le cas puisque nous avons justement demandé une "régulation des feux conçue pour ENCOURAGER la mobilité douce".

"Encourager" n'est ni "prioriser", ni même "favoriser". Cela signifie par exemple créer des SAS vélos ou des feux vélos qui permettent aux cyclistes de démarrer quelques secondes avant les voitures. Cela signifie aussi de permettre aux piétons de traverser plus rapidement de grands carrefours qui sont actuellement un véritable gymkhana (exemple : carrefour des 23-Cantons devant Uni-Mail où l'on met parfois 5 bonnes minutes à franchir 50 mètres). Un bon exemple d'endroit où les transports publics ne sont absolument pas en cause!

Aujourd'hui, 30% des déplacements en voiture aujourd'hui font moins de 3km, soit 10-15 minutes à vélo. Si on sécurise mieux, on encourage le transfert modal sur le vélo et la marche (ce que permettra notre initiative), on pourra très nettement diminuer le trafic, à peu de frais.

Et ce n'est pas utopique : plusieurs villes hollandaises ont plus de 50% des déplacements faits à vélo! Leur pays est certes plus plat, mais nettement plus venteux et pluvieux...

Concernant le montant pour la mise en oeuvre de l'initiative 144, je vous rassure : un bon nombre d'aménagements peuvent être réalisés à très très bas coût et sans aucune incidence négative en terme de chantiers : en de nombreux endroits il suffit de décaler les voitures stationnées (comme cela a été fait au quai Charles-Page) : cela prend une demi-journée et quelques pots de peinture. Et les cyclistes sont en sécurité.

80 millions ne paraît donc pas sous-estimé. Et quand bien même notre initiative devait au final coûter 170 millions (ce dont je doute fortement), cela reste très peu pour réaliser 170 kilomètres d'aménagements dans tout le canton. Là où la tranchée de Vésenaz coûtait 60 millions... pour 500 mètres !

Si les chantiers vous gênent tant, pourquoi ne pas vous opposer alors au CEVA, ou à cette traversée du lac? À la pose de la fibre optique? Aux réfections des canalisations? Alors pourquoi?

Enfin, le plan directeur de la mobilité douce : très bon document, bien que nettement trop timide dans ses ambitions.

Il est intéressant d'ailleurs de constater que les auteurs de ce document, ceux qui le défendent (le Conseil d'Etat) et ceux chargés de le mettre oeuvre (la DGM) sont tous très très favorables à l'IN144 et appellent de leurs voeux qu'elle donne l'impulsion politique... précisément pour le réaliser et lui donner une base légale!

Écrit par : Thibault Schneeberger | 17/04/2011

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