09/06/2011

Retour du mercredi matin: les instits contre l'école

Les instituteurs genevois ne croient plus en l’école. Ou en tout cas ils en donnent l’impression : « Plus d’école n’amène pas forcément plus de réussite ». Voilà comment le président de la Société pédagogique genevoise (SPG), le syndicat (de moins de la moitié) des 3000 instituteurs du canton résume l’opposition de fond de ses collègues à la réintroduction du mercredi matin dès la troisième année de l’école primaire (5èmeHarmoS).

 

 

Cette opposition vient de se traduire par le lancement d’un référendum, soutenu notamment par Solidarités, contre cette mesure votée en mai 2011 par une large majorité du Grand Conseil, à l’exception notable du MCG. Ce message est terrible de défaitisme. En réalité, il tient du sophisme, d’une logique fallacieuse. Et sur le fond, il ne se soucie pas de l’intérêt de l’élève.

 

 

Surtout, il est infiniment plus destructeur que l’analyse que fait de leur opposition le chef du Département de l’instruction publique, l’ancien syndicaliste Charles Beer, accusant la SPG de « corporatisme » : « je constate que la SPG protège son horaire actuel d’enseignement qui est de 152 jours par an, à plein temps. Avec l’école le mercredi matin, il passerait à 190 jours ». Le DIP ne s’est au demeurant pas privé de critiquer vertement une motivation de « convenance personnelle » derrière cette opération référendaire : « Et oui, ça leur permet aussi d’aller faire leurs courses », confesse ingénument le président de la SPG. On ne saurait mieux inciter les autres fonctionnaires comme les travailleurs du secteur privé à faire la comparaison avec leur propre charge de travail.

 

Toutefois, on a quelque peine à comprendre que le DIP, pour mettre en œuvre cette réforme nécessaire, se soit mis en tête d’engager des enseignants supplémentaires, à effectifs d’élèves constants, peu d’années après avoir fait bondir de deux classes la rémunération des instituteurs, au motif de leur formation universitaire et de sa longueur (quatre ans) et au mépris du bachelor en trois ans obtenu en haute école pédagogique (HEP) par les futurs instituteurs des autres cantons romands. Après tout, les instituteurs genevois sont payés pour un horaire théorique de 40 heures hebdomadaires. Et de loin les mieux payés de Suisse romande (97 000 francs par an à l’engagement contre quelque 70 000 francs dans les autres cantons) pour un temps de présence en classe en queue de peloton (1260 minutes par semaine contre 1620 en Valais – voir Le Temps du 2 mai 2011). Voilà qui tient d’une bien mauvaise conception de la négociation collective. A d'abord donner, il est rare de recevoir plus tard; mieux vaut la simultanéité des concessions.

 

« Moins d’école n’amène pas forcément plus d’échec ». Voilà le pas suivant que devrait oser franchir la SPG pour réclamer la suppression progressive des autres jours d’école. Avec, en fin de course, le résultat logique et absurde que « pas d’école supprime l’échec scolaire » !

 

Tous les pays développés, à l’exception de la France depuis peu – 2008 – et pour peu de temps encore, connaissent, pour l’école primaire, une semaine de quatre jours et demi, comme tous les autres cantons suisses. Vaud et Neuchâtel entendent en augmenter l’horaire. L’école genevoise est à la peine dans les classements des études PISA, certes pour de nombreuses raisons. Les entreprises exigent des compétences de plus en plus pointues de leurs futurs jeunes collaborateurs, des apprentis aux diplômés des hautes écoles. Dans ce contexte, comment accorder bonne foi à l’opposition de la SPG ? Certes, il faut à l’évidence mieux d’école, et des moyens sont prévus par le DIP à cet effet. Mais ce mieux passe par plus d’école. Quitte à modifier certaines habitudes des parents et de leurs enfants. Après tout, dans les cantons voisins, il y a aussi des cours de langues offerts par les consulats étrangers, de musique, des entraînements dans divers sports, etc. Comme à Genève avant la suppression de l'équivalent du mercredi matin qui était le samedi matin.

 

 Après le retour des notes au primaire, des sections au cycle d’orientation et bientôt, de facto, au collège, l’heure du retour du mercredi matin au primaire a sonné. Celle de la fin de la « récré » pour les instituteurs aussi. Une défaite populaire la rendra plus cinglante, faute de vista politique.

(Version complétée de l'éditorial paru dans Entreprise romande du 10 juin 2011)

 

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Commentaires

Je ne pense pas que "plus d'école" signifie la même chose que "plus d'heures d'école", expression qu'auraient dû utiliser ceux que vous critiquer pour parer à tout malentendu ou mauvaise interprétation. La remarque vaut évidemment aussi *mutatis mutandis" pour "moins d'école". Votre charge me semble donc excessive si elle s'appuie surtout surtout sur ces paroles. Le pas que vous osez franchir en poussant les choses à l'extrême dans « pas d’école supprime l’échec scolaire » illustre bien argument.
Dommage, car cela affaiblit quelque peu le reste de votre argumentaire, qui s'appuie sur des considérations plus sérieuses qui échappent au soupçon de mauvaise foi.

Écrit par : Mère-Grand | 09/06/2011

Cher Monsieur Weiss,
En pédagogie les idées simples sont souvent simplistes ! S’il suffisait d’augmenter les heures d’enseignement pour que les élèves apprennent mieux et plus, cela se saurait depuis longtemps.
A cet égard, les recherches, faites avec PISA, tendent à démontrer que le nombre d’heures passées en classe a un faible impact sur la réussite des élèves. Si corrélation, il y a, celle-ci serait, semble-t-il, en faveur des dotations d’horaires scolaires légers, qui donneraient de meilleurs résultats !
Et oui, M. Weiss, « Uti, non abuti » s’applique aussi à l’école !

Écrit par : Michèle Roullet | 12/06/2011

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