22/06/2011

Assainissement de la CIA : un premier pas nécessaire mais coûteux

 Un coup de théâtre semble exclu. Le premier acte de l’assainissement partiel de la CIA (la caisse de pension des fonctionnaires de l’Etat de Genève), va se conclure le jeudi 23 juin 2011 au Grand Conseil par l’adoption d’un compromis nécessaire pour la réputation du canton auprès de ses créanciers, mais coûteux pour tous les contribuables et insatisfaisant dans ses modalités. Il n’est que le prélude à d’autres réformes, autrement plus lourdes, voire plus radicales. Dont la fusion, d’un coût estimé à 6 milliards en 40 ans, de la CIA avec la CEH, la caisse de pension des hôpitaux.

 

L’objectif de cette réforme est de porter, d’ici à 2018, de 56% à 60% le taux de couverture de la CIA. Son coût ? 90 millions. Cette opération passe par une augmentation du taux de cotisation, de 24% à 27%, financé aux deux tiers par l’employeur, et par une suspension partielle de l’indexation des retraites en 2012 et 2013.

 

Y avait-il le choix sur le fond ? Assurément non, sauf à mettre la CIA sous tutelle fédérale dès que son taux de couverture aurait continué sa descente aux enfers, à moins de 50%. C’était pourtant l’option du SSP-VPOD, un syndicat minoritaire au sein du Cartel intersyndical des fonctionnaires ; par déni dogmatique de la réalité, il avait même réussi, à l’automne 2010, à bloquer la réforme voulue par le conseil d’Etat dans une consultation interne à la CIA.

 

Y avait-il le choix quant aux modalités ? La réponse est plus délicate, car elle dépend des intérêts défendus. Pour 13 500 retraités, la suspension, pendant deux ans, du premier pour-cent d’indexation des rentes semble sévère. Pour 27 500 fonctionnaires, l’augmentation d’un pour-cent, en trois ans, du taux de cotisation est vue comme une ponction sur la rémunération. Mais pour la plupart des 225 000 employés du secteur privé, savoir que l’employeur-Etat finance deux tiers des cotisations de retraite de ses employés tient de l’impossible, voire de l’injustice. Et pour les 25 000 dirigeants des entreprises privées, un taux de cotisation de 27% équivaudrait à un affaiblissement dramatique de leurs capacités concurrentielles.

 

Toutes ces raisons de refus de la solution choisie sont pertinentes, surtout les deux dernières. Après tout, chacun voit midi à sa porte ! On peut certes entendre les réticences des bénéficiaires, choyés par une caisse d’une générosité rare dans ses prestations. On doit surtout comprendre la grogne des contributeurs privés, contraints de financer un système qu’ils ne peuvent s’offrir. L’intérêt général aurait exigé une autre solution, plus équilibrée, de la part du conseil d’Etat. La réalité des faits, l’existence d’un accord et surtout le sens des responsabilités imposent désormais de ne pas s’y opposer.

(commentaire publié dans la Tribune de Genève du 22 juin 2011)

  

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13/06/2011

Kosovo-Libye: deux poids, deux mesures ?

La Suisse avait été l'un des premiers pays à reconnaître l'indépendance du Kosovo unilatéralement proclamée en 2008, au motif notamment que la Suisse abritait alors une importante communauté yougoslave venue du Kosovo. Sera-t-elle l'un des derniers à reconnaître le nouveau gouvernement libyen, pour l'instant basé à Benghazi ? Quelles sont les raisons de Micheline Calmy-Rey de ne rien faire et de se taire ?

Les raisons de reconnaître le Kosovo, une province autonome serbe au sein de la Fédération yougoslave, auraient certainement mérité une discussion plus approfondie en Suisse. D'autant que son indépendance fait encore l'objet d'un désaccord sur le plan internantional, n'est reconnue que par 75 Etats en 2011 et que ce pays n'est toujours pas membre de l'ONU.

Le Tatarstan, la Tchétchénie, l'Abkhazie, l'Ossétie du Sud, la Transnistrie, le Haut-Karabagh, pour ne prendre que ces autres exemples de simples provinces autonomes, avaient fait de même en 1991 au sein de l'URSS en pleine décomposition. Mais elles n'avaient pas eu cet honneur ni d'une partie de la communauté internationale, ni de la Suisse. Seule la Russie, dans sa lutte impérialiste contre la Géorgie (orthodoxe), a reconnu l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud (musulmanes). A noter que la Russie n'a en revanche pas reconnu le Kosovo. Passons. Et revenons à la Libye.

Le 6 mars 2011, la France reconnaît officiellement le Conseil national de Transition (CNT) libyenne basée à Benghazi. D'autres pays, dont l'Italie, ont suivi la patrie des droits de l'Homme. Derniers en date, la Jordanie et les Emirats arabes unis. La Russie, les Etats-Unis et l'Union européenne, à des degrés d'implication divers, entretiennent des liens avec le nouveau pouvoir, qui a obtenu une reconnaissance officielle de 11 Etats pour l'heure. Mais la Suisse est, elle, aux abonnés absents.

Alors qu'elle vient de présider une conférence régionale des ambassadeurs suisses à Tunis (http://www.eda.admin.ch/eda/fr/home/recent/media/single.html?id=38941), la responsable des affaires étrangères suisses n'en a pas profité pour y annoncer une reconnaissance du CNT libyen. Maintenant que la question du remboursement à la Suisse du montant versé (1,5 million de francs) pour la procédure d'arbitrage concernant les deux otages suisses de Kadhafi est réglée, le moment est venu pour Berne de tirer un trait sur ses liens avec ce régime qui a humilié la Suisse, son gouvernement et ses citoyens.

 

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09/06/2011

Retour du mercredi matin: les instits contre l'école

Les instituteurs genevois ne croient plus en l’école. Ou en tout cas ils en donnent l’impression : « Plus d’école n’amène pas forcément plus de réussite ». Voilà comment le président de la Société pédagogique genevoise (SPG), le syndicat (de moins de la moitié) des 3000 instituteurs du canton résume l’opposition de fond de ses collègues à la réintroduction du mercredi matin dès la troisième année de l’école primaire (5èmeHarmoS).

 

 

Cette opposition vient de se traduire par le lancement d’un référendum, soutenu notamment par Solidarités, contre cette mesure votée en mai 2011 par une large majorité du Grand Conseil, à l’exception notable du MCG. Ce message est terrible de défaitisme. En réalité, il tient du sophisme, d’une logique fallacieuse. Et sur le fond, il ne se soucie pas de l’intérêt de l’élève.

 

 

Surtout, il est infiniment plus destructeur que l’analyse que fait de leur opposition le chef du Département de l’instruction publique, l’ancien syndicaliste Charles Beer, accusant la SPG de « corporatisme » : « je constate que la SPG protège son horaire actuel d’enseignement qui est de 152 jours par an, à plein temps. Avec l’école le mercredi matin, il passerait à 190 jours ». Le DIP ne s’est au demeurant pas privé de critiquer vertement une motivation de « convenance personnelle » derrière cette opération référendaire : « Et oui, ça leur permet aussi d’aller faire leurs courses », confesse ingénument le président de la SPG. On ne saurait mieux inciter les autres fonctionnaires comme les travailleurs du secteur privé à faire la comparaison avec leur propre charge de travail.

 

Toutefois, on a quelque peine à comprendre que le DIP, pour mettre en œuvre cette réforme nécessaire, se soit mis en tête d’engager des enseignants supplémentaires, à effectifs d’élèves constants, peu d’années après avoir fait bondir de deux classes la rémunération des instituteurs, au motif de leur formation universitaire et de sa longueur (quatre ans) et au mépris du bachelor en trois ans obtenu en haute école pédagogique (HEP) par les futurs instituteurs des autres cantons romands. Après tout, les instituteurs genevois sont payés pour un horaire théorique de 40 heures hebdomadaires. Et de loin les mieux payés de Suisse romande (97 000 francs par an à l’engagement contre quelque 70 000 francs dans les autres cantons) pour un temps de présence en classe en queue de peloton (1260 minutes par semaine contre 1620 en Valais – voir Le Temps du 2 mai 2011). Voilà qui tient d’une bien mauvaise conception de la négociation collective. A d'abord donner, il est rare de recevoir plus tard; mieux vaut la simultanéité des concessions.

 

« Moins d’école n’amène pas forcément plus d’échec ». Voilà le pas suivant que devrait oser franchir la SPG pour réclamer la suppression progressive des autres jours d’école. Avec, en fin de course, le résultat logique et absurde que « pas d’école supprime l’échec scolaire » !

 

Tous les pays développés, à l’exception de la France depuis peu – 2008 – et pour peu de temps encore, connaissent, pour l’école primaire, une semaine de quatre jours et demi, comme tous les autres cantons suisses. Vaud et Neuchâtel entendent en augmenter l’horaire. L’école genevoise est à la peine dans les classements des études PISA, certes pour de nombreuses raisons. Les entreprises exigent des compétences de plus en plus pointues de leurs futurs jeunes collaborateurs, des apprentis aux diplômés des hautes écoles. Dans ce contexte, comment accorder bonne foi à l’opposition de la SPG ? Certes, il faut à l’évidence mieux d’école, et des moyens sont prévus par le DIP à cet effet. Mais ce mieux passe par plus d’école. Quitte à modifier certaines habitudes des parents et de leurs enfants. Après tout, dans les cantons voisins, il y a aussi des cours de langues offerts par les consulats étrangers, de musique, des entraînements dans divers sports, etc. Comme à Genève avant la suppression de l'équivalent du mercredi matin qui était le samedi matin.

 

 Après le retour des notes au primaire, des sections au cycle d’orientation et bientôt, de facto, au collège, l’heure du retour du mercredi matin au primaire a sonné. Celle de la fin de la « récré » pour les instituteurs aussi. Une défaite populaire la rendra plus cinglante, faute de vista politique.

(Version complétée de l'éditorial paru dans Entreprise romande du 10 juin 2011)

 

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