01/07/2011

Allocations familiales: les entreprises et leurs vrais amis

Doubler l’allocation de naissance qui passera de mille à deux mille francs, augmenter de 50% l’allocation mensuelle pour les enfants de moins de 16 ans, en la faisant bondir de deux cents à trois cents francs, augmenter de 60% (de deux cent cinquante à quatre cents francs) celle qui concerne les jeunes de 16 à 25 ans, ajouter une prime de cent francs à ces hausses dès le troisième enfant, indexer le tout à l’inflation dès le premier souffle de hausse de l’indice des prix à la consommation: voilà le paquet-bonus que le Grand Conseil a fait sien par une majorité des deux tiers de ses membres lors de sa session de fin juin 2011. Date d’entrée en vigueur probable: 1er janvier 2012.

Estimée au bas mot à cent quatre-vingts millions de francs, cette initiative populaire concoctée par la gauche politique et syndicale genevoise va exercer ses effets d’arrosoir aux dépens des entreprises et des indépendants de ce canton. Au détriment aussi des augmentations de salaires de leurs collaborateurs: la distribution des richesses due au fonctionnement de l’économie réelle fonctionne plutôt selon le principe des vases communicants, pas sur celui du miracle de la multiplication des pains des Evangiles. 

Cette décision témoigne de la fragilité du soutien que manifestent aux entreprises, notamment aux PME, la plupart des partis de ce canton. Tour d’horizon désespérant, à une exception près - celle du PLR - qui permet de constater l’existence de trois groupes: les ennemis des entreprises, leurs faux amis et leurs vrais amis.

Les ennemis d’abord. On ne pouvait à l’évidence pas s’attendre à un reniement par les socialistes de leur initiative. Le monde des entreprises n’a jamais été le leur. Soit. Le soutien que lui manifestaient les Verts était en revanche susceptible d’être ébranlé par une contre-proposition de l’Entente, à laquelle la FER Genève a contribué. Plus globale, car incluant aussi le soutien financier des entreprises à la création de centaines de places de crèche, elle réussissait néanmoins à limiter la hausse des charges imposées aux entreprises au taux en vigueur dans le canton de Vaud. Mais face à cette offre globale, l’Alternative n’a pas voulu, par dogmatisme, entendre les arguments factuels démontrant que les entreprises prennent en considération la concurrence existant dans le domaine des assurances sociales.

Les faux amis ensuite, ou les amis d’un jour, voire de plus, mais pas de toujours. Le revirement du PDC, qui s’était pourtant déclaré publiquement en faveur de ce compromis, s’explique probablement par la proximité des élections fédérales. Entre les PME et les familles, le choix de la méthode de calcul est explicable... Ego te absolvo. Le positionnement de l’UDC est plus surprenant. Voilà un parti qui prétend s’engager pour les entreprises, des petites aux grandes, mais qui se propose de lancer une initiative fédérale dont le résultat concret sera la fin de la libre circulation des travailleurs. Inutile d’insister ici sur ses conséquences. Voilà un parti qui affirme «s’opposer à l’augmentation des prestations sociales» de la main droite, dans son programme national[1], mais dont la main gauche locale se précipite pour ponctionner les entreprises. Un retour à plus de cohérence ne saurait lui nuire s’il entend tenir sa place à droite. Quant au MCG, il mise sur le clientélisme le plus large. Distribuez, distribuez la manne, il en restera bien quelques voix! 

Les vrais amis, enfin. Seul le PLR, qui unit désormais les députés libéraux et radicaux, a fait preuve d’une opposition sans faille à cette initiative coûtant l’équivalent de nettement plus de mille emplois et dont les familles les plus pauvres de ce canton ne bénéficieront pas, en raison de ses conséquences sur d'autres prestations sociales. En cela, ce parti se situe dans la droite ligne de ses parlementaires fédéraux. Un récent classement[2] de l’USAM (Union suisse des arts et métiers), établi sur la base des votes au conseil national au fil de la législature écoulée, les range à cet égard parmi les soutiens les plus fermes des PME.

Bref, socialisme et libéralisme offrent des repères certes différents, voire opposés, mais clairs et, surtout, cohérents et constants. Dans une société de zappeurs, cela stabilise les débats. Dans le monde des entreprises, cela simplifie les choix.

(Editorial paru dans la Newsletter de la FER Genève du 1er juin 2011)

 



[1] On lira avec intérêt la page 79 du programme de l’UDC

http://www.udc.ch/display.cfm/id/101397

[2] On découvrira avec encore plus d’intérêt le classement de l’USAM qui montre le soutien du PLR aux PME. Il est suivi de l’UDC puis du PDC. Les Verts sont en revanche les moins favorables aux intérêts des PME, réussissant à déborder sur sa gauche le PS. Fermant la marche : Josef Zisiyadis.

http://www.sgv-usam.ch/fileadmin/user_upload/deutsch/2011/Events/Klosters/kmu-rating_hermann_tabelle-alle-NR.pdf

 

09:14 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | | |

Commentaires

très bon article fleurant une vérité mettant à nu la vraie hypocrisie des socialistes

Écrit par : lovsmeralda | 01/07/2011

Les commentaires sont fermés.