29/07/2011

Université: le Statut ne suffira pas pour affronter les défis de l'excellence internationale

Le quart d'heure académique est à géométrie variable. Avec plus d'une demi-année de retard pour la mise en oeuvre du Statut de l'université de Genève, en clair de son règlement interne, sur le délai octroyé par la nouvelle loi de 2009, il y a de quoi douter de l'efficacité du parlementarisme interne de l'Alma Mater ! 

On pourrait se contenter d'ironiser sur cette acception de l'autonomie donnée à l'université par la nouvelle loi qui la gouverne pour affronter les défis de ce nouveau siècle. Ou encore en rechercher les responsables de ce retard - assemblée interne de l'Université, chargée de le rédiger, peu au fait de de la loi qui la gouverne, conseil d'Etat chargé d'en vérifier trop scupuleusement la conformité avec la même loi.

On pourrait facilement polémiquer avec la CUAE, "le syndicat étudiant" de l'Université, comme il se dénomme, furibard que la participation des corps internes de l'Uni, dont évidemment les étudiants, ne soit pas mieux reconnue dans ce Statut, comme l'aurait voulu le parti socialiste. Et de tomber sur le râble de Charles Beer, le ministre socialiste de la formation, de ne pas en avoir fait plus... Un Charles Beer à qui on pourrait tout autant reprocher d'en avoir trop fait pour permettre la présence d'étudiants et d'assistants dans les commissions, dont celles de nomination des professeurs. Prend-on en considération l'avis des passagers et des stewards pour accorder sa licence de vol à un pilote ? Il y a là comme une négation de la hiérarchie du savoir que l'uni est censée dispenser.  

L'essentiel n'est pas là. LA question n'est pas de savoir si la composition des commissions de planification académique doit inclure des étudiants, si le Statut doit énumérer les compétences du collège des professeurs ou encore si le rectorat plutôt que les décanats doit avoir la compétence de créer des centres interfacultaires, des unités d'enseignement et de recherche, pour parler jargon, bref, si les trois sujets majeurs de dispute qui expliquent le temps mis à l'approbation de ce Statut vont permettre à l'Alma Mater de fonctionner de façon autonome avec sa cascade de mini-parlements internes et de commissions spécialisées.

LA question est bien plutôt de savoir comment l'Université sera en mesure d'affronter les défis du futur. Ces défis sont d'une part la place de Genève dans le paysage des hautes écoles suisses, européennes et mondiales, d'autre part l'importance des ressources disponibles à cet effet.

Si on peut se féliciter du rang genevois dans les classements internationaux, grâce notamment à l'excellence des facultés des sciences et de médecine, les deux poids lourds internes, à quoi il faut ajouter certains centres d'excellence en sciences humaines que ces classements ne prennent guère en considération, il serait fort peu prévoyant d'imaginer que les concurrents de l'Uni de Genève restent immobiles. La montée en puissance de l'EPFL, en deux décennies, est à cet égard remarquable, celle des universités asiatiques aussi, pour prendre deux exemples.

Or ces succès ne doivent que peu aux lois et statuts, et beaucoup aux personnalités dirigeant ces institutions qui ont su identifier des buts à atteindre et des moyens pour y arriver. 

Ils doivent encore plus aux scientifiques des communautés universitaires concernées qui, par leurs recherches, leurs publications, leur enseignement, bref, leur engagement à développer la connaissance, ont propulsé leurs institutions au sommet de l'élite mondiale du savoir universitaire.

Si l'on fait l'hypothèse - scientifique, cela va de soi... - que le nouveau Statut ne devrait pas freiner les élans nécessaires, alors l'Uni de Genève a de beaux jours devant elle. Pour autant qu'elle réussisse à réunir elle aussi les moyens de ses ambitions. La convention d'objetifs, un contrat passé avec l'Etat qui lui vaut une subvention cantonale annuelle de plusieurs centaines de millions votée par le Grand Conseil, lui permet et lui permettra de faire un bon bout de chemin; les ressources venant de Berne ou de Bruxelles ou de plus loin encore, sous forme de subventions à la recherche, un autre bout. Au passage, les augmentations des moyens fédéraux nécessiteront aussi quelque lobbyisme, et les liens de l'université avec les élus à Berne mériteraient davantage d'attention.

En comparaison, les taxes universitaires, contributions des étudiants au fonctionnement de leur université ne comptent et ne compteront que marginalement; d'autres modalités devront cependant être examinées, en cas de besoin et sans tabou, à l'instar de ce que fait l'Institut des hautes études internationales et du développement (IHEID), pour le financement de bourses d'études pour les étudiants ayant déjà un bachelor en poche, notamment pour cette élite mondiale de demain venant de pays en développement ou de milieux défavorisés tout ce qu'il y a de plus local.

Reste, parmi les sources financières, le secteur privé qui a intérêt à ce que les hautes écoles restent à la pointe de la formation et de la recherche fondamentale. Une augmentation de l'appui accordé actuellement ne pourra être attendue de sa part qu'à certaines conditions, des conditions émises tant par ses acteurs que par l'université qui se doit de préserver la liberté académique de ses professeurs et, au fond, l'indépendance de la recherche. Gageons que certains projets qui sont dans le pipeline de l'uni de Genève pourraient intéresser certains acteurs des milieux économiques.

Pour autant, bien sûr, que la CUAE et le parti socialiste qui semble en être le mentor, autorise cette ouverture au monde réel...  

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Commentaires

"Prend-on en considération l'avis des passagers et des stewards pour accorder sa licence de vol à un pilote ? Il y a là comme une négation de la hiérarchie du savoir que l'uni est censée dispenser."

C'est oublier un peu vite que la vigilance des étudiant-e-s permet de mettre fin à des abus bien regrettables, même si cela peut encourager un surcroit de travail au rédacteur de ce blog... Il est tout de même bon que les passagers s'assurent que le pilote est bien présent dans l'avion.

Écrit par : Urs | 30/07/2011

De toute manière, les meilleures éléments sortant avec des doctorats fuient la Suisse pour travailler sous des cieux plus propices aux investissements !

Est-il vraiment nécessaire d'avoir un doctorat pour devenir fonctionnaire ?

Écrit par : Corto | 30/07/2011

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