03/08/2011

Sécurité de la Suisse: la vendange avant la grêle. Réponse à Pascal Decaillet

Une grande majorité de la population serait favorable à plus de sécurité aux frontières. Et donc favorable "à la virgule près" aux propositions liées à un Schengen plus, à un Schengen renforcé. Voilà un diagnostic qui rassure. Mais lorsque ces propositions viennent du PLR, s'exprimant via son vice-président, certes candidat au conseil national, s'exprimant à l'occasion du 1er août, elles ne seraient que pur suivisme et électoralisme suspect par rapport aux exigences de l'UDC. Voilà l'appréciation de Pacal Decaillet, commentateur brillant et passioné de la politique suisse et amateur de joutes verbales qui sont le propre d'une démocratie (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch). Une appréciation un peu rapide cependant, pour dire le moins, puisqu'elle confond un accord sur le fond - garantir la sécurité - et un désaccord sur les moyens - Schengen plus contre Schengen moins, voire plus de Schengen du tout. Difficile en outre de faire passer ces derniers pour une reprise de propositions lancées par d'autres puisque, précisément, l'UDC ne les a jamais suggérés et qu'ils se distinguent clairement d'une fermeture de notre frontière. En cela, ils sont donc nouveaux. C'est dire si ici, la vendange arrive avant la grêle. 

Ce n'est effectivement pas trop tard, au moment où Danemark, Norvège et même la France s'essaient, depuis cet été seulement, à évaluer la mise en oeuvre du dispositif de contrôle des frontières résultant du Traité de Schengen. Ce pouvait difficilement être beaucoup plus tôt, alors que les données statistiques suisses sur la criminalité étrangère ne sont publiées que depuis 2010(http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/19/04/...).

A cela, j'ajoute des données genevoises qui montrent une augmentation des auteurs d'infraction provenant de la région frontalière de l'ordre de 10% entre 2008, dernière année avant Schengen (instauré en décembre 2008), et 2010 (4877 cas au total en 2010). Une augmentation qui est, pour ces mêmes années, de 27% pour les délinquants provenant de la région lyonnaise, mais pour un nombre de cas bien moindre (295 cas au total en 2010). En cause: des délits concernant les stupéfiants, des dommages à la propriété, des cambriolages, des brigandages, des lésions corporelles simples et des vols, y compris de véhicules, et même du vagabondage. 

C'est en réalité le bon moment, alors que certains, et pas seulement à gauche, nient le problème, par angélisme, par négligence, par crainte de l'affronter, et que d'autres, et pas seulement dans les rangs de l'UDC, ne proposent que des solutions à l'emporte-pièce, sans la moindre réflexion approfondie, et notamment sans se préoccuper des effets en chaîne que déclencheraient leurs prétendues solutions si elles étaient appliquées.

Les premiers ne mettent l'accent que sur les effets positifs de Schengen, certes majoritaires. La liberté de franchir les frontières de Schengen quasiment sans risque d'être contrôlé ne peut que plaire à la grande majorité de citoyens honnêtes avides de libre circulation ; le fait de ne pas avoir à demander un deuxième visa pour visiter la Suisse, quand on est originaire d'un pays hors Schengen, ne peut que satisfaire les hôteliers suisses qui ont déjà fort à faire avec le franc... fort. La fin des queues aux douanes nationales n'est appréciée à sa pleine valeur que quand l'article 23 des dispositions d'application de Schengen se traduit par le rétablissement du contrôle systèmatique à la frontière - on sait alors la valeur de ce qui nous manque et on en a vu les effets lors de l'Eurofoot et surtout lors du G8 d'Evian. On doute que les personnes habitant de l'autre côté de la frontière, Genevois compris, et travaillant en Suisse en souhaitent la pérénnisation. Une pérénnisation que Schengen ne permet pas. Je me souviens encore de la queue provoquée par la douane de Perly, avant l'ouverture de l'autoroute de contournement, qui commençait au pont de l'Ecu en pleine saison touristique ! Est-ce cela que nous voulons? 

C'est pourtant ce que propose l'UDC qui exige un contrôle systématique aux douanes nationales. Un contrôle interdit par Schengen, ce que le peuple savait lorsqu'il a voté en faveur de cet accord en 2005. Un contrôle qui conduirait sans guère de doute à la prise de mesures de rétorsion par nos voisins allemands, italiens, autrichiens et français ou par l'UE. Les diplomates suisses négocient encore et toujours avec Bruxelles, dans la logique bilatérale voulue par l'UDC - puisque nous sommes hors de l'EEE que le PLR a soutenu. Une logique à laquelle ce dernier s'est rallié sans arrière-pensée. Ou alors s'agirait-il aussi de torpiller ces négociations bilatérales, comme il s'agirait de mettre en cause les Accords conclus, sans même évoquer ici l'initiative dite du 1er août de l'UDC qui mérite à tout le moins des commentaires critiques ? Outre la sécurité du droit, dont apparemment ces milieux se souviennent comme de Colin-Tampon, il en va ici de l'image de la Suisse, que d'aucuns prendraient pour un pays girouette, versatile. Or nous ne sommes pas le royaume de Danemark qui est en train de rétablir des contrôles aux douanes, en reconstruisant les bâtiments qu'il avait détruits..., mais qui n'a à craindre que le courroux de Bruxelles, et guère plus, en tant que membre de l'UE. Non, nous sommes la Suisse, qui s'escrime à demeurer dans le peloton de tête des pays du monde où le pouvoir d'achat de ses concitoyens est le plus élevé.

Sauf que le maintien ou l'amélioration du pouvoir d'achat ne suffit pas. La sécurité des citoyens doit aussi être garantie. Pour cela, Schengen offre une réelle marge de manoeuvre. J'en ai illustré deux possibilités lors de mon discours d'Avusy.

Premièrement, davantage de gardes-frontière oeuvrant dans le cadre des patrouilles volantes. Il est inacceptable de n'avoir qu'une dizaine de gardes la nuit qui surveillent le canton de Genève, ses 110 kilomètres de frontière, et à peine le double le journée, en plus de ceux qui sont en fonction à Bardonnex et à Thônex.

Deuxièmement, il s'agit de contrôler systématiquement par moyens électroniques les véhicules franchissant la frontière, comme c'est déjà le cas à Perly. Qui le savait? Qui avait surtout proposé de le faire à une grande échelle, à toutes les forntières du pays? En tout cas pas ceux qui, du côté de l'UDC, se plaignent du coût de Schengen. A cela on peut encore ajouter un renforcement de la contribution suisse à Frontex, le dispositif de contrôles des frontières extérieures de Schengen.

Bref, il s'agit de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il s'agit au contraire d'appliquer avec plus de rigueur Schengen. En en payant le prix. En en faisant une priorité. En convainquant les Autorités qu'on ne peut plus être lénifiant sur l'évolution de la criminalité et qu'on ne peut se réfugier derrière l'argument de modération budgétaire, un argument auquel on espère que tous se rendront, même les plus dogmatiques en la matière. En convainquant la population, et notamment la partie de l'électorat qui croyait que l'UDC offrait des solutions réfléchies, qu'il n'est pas possible d'être fantaisiste, irresponsable, quant aux moyens choisis. En unisssant ceux d'entre nous qui considèrent la sécurité comme une priorité derrière des propositions réalistes, les seules qui méritent d'être suivies.

Et en remerciant Pascal Decaillet de me donner la possibilité de réagir à une note d'humeur d'un commentateur, déçu par le silence sur ce sujet d'un parti qui a fait la Suisse, en lui montrant que le silence n'est pas toujours d'or, qu'il n'y a surtout aucun thème pour lequel le PLR n'aurait, par on ne sait quel ukaze, pas le droit à la parole et aux propositions.

Je reviendrai d'ailleurs prochainement sur ce thème. Par exemple pour évoquer les modalités de coopération entre les différents corps chargés du maintien de la sécurité. Et surtout pour ouvrir des pistes concernant l'attractivité du corps des gardes-frontière. Le hasard fait que la Tribune de ce 2 août 2011 publie une offre d'emplois de l'administration fédérale des douanes. Espérons qu'elle rencontrera le succès qu'elle mérite.

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Commentaires

Un grand merci pour remettre les choses sur la table, par une approche "civilisée" digne de notre pays.

En témoignage du scandaleux manque d'effectifs douaniers sur GE, où le canton compte une douzaine (à la louche) de douanes-fantômes permettant de contourner Perly ou Bardonnex,

ce contrôle hyper agressif et suspicieux décidé par l'un de 3 douaniers postés "en volante" à la douane de Fossard,
qui décida d'arrêter ma vieille golf puis de me faire passer tous tests de contrôles / papiers etc.,
au simple vu de ma vieille voiture, de ma tête puis de mon pass de vieux citoyen suisse.

sauf que le physique de ce douanier, très bronzé en février 2001, affichait une autre identité que suisse d'origine.

La douane a besoin d'effectif. mais elle doit investir dans la formation comme dans le recrutement.

De la psychologie et des connaissances culturelles locales sont des essentiels.

Laisser des habitudes de passe-droit fleurir dans ce contexte d'attrait méditerranéen pour Genève, serait imbécile. Il y en a déjà assez dans ce canton!

Écrit par : et ensuite? | 03/08/2011

Aussi pourquoi avoir supprimé les soldats du train qui affirment eux-mêmes avoir participé aux contrôles des frontières associés aux douaniers ne comprennant ni le pourquoi ni le comment d'une telle décision,ceci après avoir vu l'excellent reportage sur les débardages d'arbres dans les forêts tout ce qui peut rendre service est anéanti,d'autant qu'ils sont de vrais écologistes eux et non des gauchistes qui aimeraient tout transformer mais sans le moindre effort!

Écrit par : lovsmeralda | 03/08/2011

@lovsmeralda, l'essentiel du sujet se place selon les paramètres 2011
et interpelle sur les enjeux, objectifs et conséquences de décisions prises et à prendre maintenant.
Une analyse globale est difficile, mais nécessaire. Un esprit clair et pragmatique, est nécessaire.
Ou tout cela ne sont que des mots.
Sauf pour nos enfants, qui devront faire ce que nous ne faisons pas.
Au prix fort.

Écrit par : et ensuite? | 03/08/2011

Question sécurité Suisse/zone Euro,

il faut savoir que bon nombre de communes françaises frontalières de Gve n'assurent plus la sécurité sur leur propre territoire, et se sont délestés de leurs obligations de police, sécuritaires & douanières sur la Suisse,

comme par exemple Gaillard,
- commune frontalière comptant plus de 4 douanes avec Gve y inclus Vallard
- zone d'accès aux autoroutes blanches etc, Lyon ou Marseille, Paris ou Lille

où toutes douanes sauf Vallard ne sont actives que par à-coups
où tous postes de police & de gendarmerie ont été fermés,

Gaillard se reposant sur l'activisme de la Suisse, pour se qui est de la sécurité douanière, du grand banditisme et du reste!
A vérifier: ce que font les communes de l'Ain...

Écrit par : et ensuite? | 03/08/2011

@love esmeralda, pour mettre 1 point sur le i:

- aimer les gens, le genre humain et le montrer etc, c'est TOP!, dirait votre pote du coin

sauf que pour un salaire plus fort que ses capacités, un étranger travaillant en différents pays peut choisir de
- respecter et apprendre à connaître cultures, lois,
tout en étant assujetti à permis de séjour, de travail,
- rester considéré comme étranger et devoir partir si permis non renouvelé etc,

OU PAS.

... avoir du recul, ça sert aussi à ne pas dire de conneries

ceci n'étant qu'un point parmi tant de i laissés par cette amoureuse de love esmeralda (question d'équilibre hormonal) sur tant de blogs TDG.

Écrit par : et ensuite? | 03/08/2011

Pourquoi pas utiliser part de tout cet argent dévolu au développement transfrontalier pour le parlement EU, les budgets sécurité de l'espace Shengen comme les budgets administratifs douaniers, pour mettre en place une architecture de sécurité frontalière englobant l'ensemble des enjeux traités au niveau européen? si mal exprimé, il s'agit de coordination transfrontalière avec l'UE.

Trop en retard, les moyens mis en place en matière de sécurité territoriale ne reflètent pas les stratégies et enjeux actuels de la Suisse.

Écrit par : et ensuite? | 03/08/2011

A préciser:
il s'agit des moyens mis en place et des fonds attribués par la CH à l'UE, depuis des décades ...

Quel gâchis! Tant de Mios, pour quoi?, dirait un contribuable du coin, informé par hasard...

Écrit par : et ensuite? | 03/08/2011

Bravo! Vous avez réussi, dans un texte parlant de la protection aux frontières, à ne jamais mentionner le MCG et les textes parlementaires demandant des interventions concrètes du Conseil d'Etat, propositions invariablement et unanimement rejetées par la gauche, le PLR et le PDC. Certains jouent au "ni oui ni non", vous jouez au "ni MCG...ni MCG", comme le Conseil d'Etat et les commentateurs de la Tribune, lorsque, début mai, la préférence nationale en matière d'emploi a été reconnue comme justifiée.

Écrit par : mauro poggia | 04/08/2011

@ mauro poggia

Au cas où cela vous aurait échappé, ma note traitait d'un problème fédéral. J'y mentionnais l'autre parti de droite (que le PLR). Or vous n'avez pas de représentants au sein du Parlement, vous niez être de droite, vous refusez même l'appellation de parti.

Et surtout vous savez très bien faire votre propre pub. Il n'y a donc pas de raison que je m'en occupe.

PS: vous conviendrez que je publie votre réaction.

Écrit par : Pierre Weiss | 04/08/2011

Je vous remercie d'avoir publié ma réaction. Je n'en attendais pas moins de vous, étant précisé que j'ai été courtois et qu'une censure m'aurait étonné. Il est vrai que certains blogueurs confondent modération des commentaires et censure, ne publiant que ceux qui font leur éloge.
Sur le fond, il est vrai que nous ne sommes pas (encore) représentés au niveau fédéral. Toutefois, et comme Monsieur Décaillet vous l'a fait justement remarquer, le sujet est également propre au MCG, s'agissant de la sécurité du canton.
Cela dit, les bonnes idées ne sont pas de droite ou de gauche, elles sont bonnes tout simplement, et il importe peu que nous ayons eu raison les premiers, l'essentiel est qu'on le reconnaisse.

Écrit par : mauro poggia | 04/08/2011

Plus de douaniers. Bonne idée, probablement. Mais quelqu'un pourrait-il me dire à quoi ils servent, à part créer des bouchons à Bardonnex ? Vous me direz que c'est déjà bien, il faut emmerder l'automobiliste jusqu'à plus soif. Mais n'est-ce pas trop cher payé ? L'état genevois pourrait semer des clous sur ses chaussées, au point où ils en sont...

Écrit par : Géo | 04/08/2011

En réponse à votre commentaire posté sur le blog de P. Décaillet
M. Weiss
Ce n’est surtout pas avec des arguments d’ordre financier que vous parviendrez à me convaincre. La formation des enseignants est beaucoup trop importante pour la réduire à une simple question de coût…vous en conviendrez je l’espère.
Ceci dit, je me réjouis de lire que vous n’excluez pas une éventuelle HEP. A ce propos, je me réjouis également de découvrir le décompte des inscriptions à l’IUFE en comparaison de celles dans les HEP romandes…"contrôle" que vous avez promis de faire face au constat inquiétant de l’année passée.
Quant au « contenu » de la bouteille, il suffit d’un salutaire coup de balai…

Écrit par : Duval | 04/08/2011

Heu, c'est quoi au juste la préférence nationale ? Engager un comptable suisse quand on a besoin d'un professeur d'espagnol ?

Quand va-t-on arrêter de nous pomper l'air avec ces sempiternelles attaques contre les étrangers ?

J'ai voulu engager des professeurs suisses par l'intermédiaire de l'office cantonal de l'emploi : pour certains traverser le pont du Mont-Blanc était un problème insurmontable, d'autres ne sont même pas venus au rendez-vous fixé.

Alors, vous comprenez, pour moi, la préférence nationale...

Écrit par : Michel Sommer | 04/08/2011

@ Duval

Je ne doute pas que les finances de l'Etat ne soient pas votre préoccupation première quand il s'agit de former des enseignants de qualité. Et vous n'avez pas tort. Mais croyez-vous qu'en dépensant plus dans une HEP le résultat sera à la hauteur ?

Le coup de balai que vous évoquez me fait penser aux spécialistes en y-a-ka. Ou bien pensez-vous qu'il n'est pas nécessaire de former les enseignants sur le plan pédagogique ? Après tout, ceux de l'université ne le sont pas... Pour ma part, je crois qu'il n'y aurait aucune majorité pour aller dans ce sens, et que sur le plan pratique la HEP que vous appelez de vos voeux serait amenée à réengager les enseignants de l'IUFE. Blanc bonnet, bonnet blanc.

Comptez sur moi pour reposer ma question sur l'évolution des effectifs de l'iufe et des différentes HEP.

Bonne fin de vacances !

Écrit par : Pierre Weiss | 04/08/2011

@ Mauro Poggia

Par souci de clarté, êtes-vous en faveur de mes propositions - plus de gardes-frontière dans les brigades volantes et contrôle électronique des voitures aux douanes -, qui permettent de maintenir la Suisse dans Schengen, ou voulez-vous remettre les gardes-frontière aux douanes et dénoncer l'Acccord sur Schengen ?

Écrit par : Pierre Weiss | 04/08/2011

Le prétexte budgétaire est mensonge...l'administration des douanes n'a aucune idée de la gestion dramatique du personnel gardes-frontière sur Genève.
L administration devrait réclamer les millions au canton pour ce que coûte la reprise des contrôles de police à l aeroport de Geneve.

Retirer les gardes-frontières de l'aéroport et la vous aurez du personnel pour mener a bien leurs missions et répondre aux besoins de la population.

Mais de toute façon il n'y a aucune volonter de faire machine arrière et de reconnaitre ses échecs.
Le résultat sera que les agents sont résignés et les jeunes démissionnerons pour les polices cantonales pour enfin avoir le sentiment de servir a quelque chose.

Dès lors, facile d'accuser les autres.....

Écrit par : Hypocrisie | 08/08/2011

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