16/08/2011

La protection de la sphère privée est indivisible

La sphère privée n'est pas le domaine public. Ni le champ d'investigation d'administrations publiques, parapubliques ou privées. Cela vaut pour le domaine bancaire. Cela vaut tout autant pour le domaine médical. A juste titre, les banques suisses ont défendu autant qu'elles l'ont pu un atout fondamental face à leurs concurrents étrangers; tous, dans ce pays, ne les ont pas soutenues, notamment à gauche où l'argent est a priori suspect d'avoir été mal acquis. A titre tout aussi juste, la majorité des hôpitaux suisses s'opposent à la transmission de données concernant leurs patients aux assurances maladie. Dans les deux cas, c'est la relation de confiance qui est en jeu. Une relation qui doit être préservée de la manière la plus rigoureuse, la plus absolue possible. Et pour laquelle les soutients les plus larges sont nécessaires.

On peut, on doit comprendre la volonté des pouvoirs publics de défendre l'idée que l'écomomie de la santé n'est pas une abstraction. Les Suisses vivent plus vieux et leur fin de vie mérite d'être entourée des meilleurs soins. Pour autant, l'option de toujours plus de soins toujours plus chers n'est pas économiquement soutenable, quels qu'en soient les demandeurs. Le corps médical est conscient des contraintes économiques; il optimise ainsi la durée des séjours hospitaliers ; les entreprises pharmaceutiques aussi, qui développent des médicaments génériques. Cela ne suffit toutefois pas à brider l'explosion des coûts de la santé. Pas plus que les restrictions articifielles posées par les autorités sur les autorisations de s'installer.

Toutefois, imaginer que l'avantage de livrer aux caisses-maladie les données des patients pour qu'elles contrôlent les factures des malades ne saurait en aucun cas compenser la mise à mort d'un principe fondamental de la relation thérapeutique qui unit le médecin et son patient. On ne fera croire à personne que le personnel des caisses, aussi qualifié soit-il, puisse être mis, au sens strict, "dans le secret" du malade. Il n'a pas prêté serment, lui. Il est exclu de prendre ce risque, au détriment des patients. Que l'hypothèse que ce transfert de données puisse bénéficier aux caisses pour alimenter en information leurs division privée n'a même pas besoin d'être invoquée, tant la rupture du lien symbolique suffit à condamner cette tentative.  

Il est donc sain que l'accord conclu entre H+, l'association des hôpitaux suisses, et Santésuisse ait capoté. La rebuffade infligée par la "base" à ses négociateurs est salutaire. Elle ne doit au demeurant pas être interprétée comme un refus définitif. Il reste en effet trois autres points importants sur lesquels un accord peut être trouvé (indemnisation des investissements, surveillance des coûts, présentation des données de coûts) entre ces deux partenaires. Et puis, s'agissant des données, d'autres modalités peuvent être envisagées, pour autant qu'elles soient mises en oeuvre sous la surveillance du corps médical. 

Bref, qui considère important le libre choix du médecin considérera fondamental la préservation du secret médical.

 

 

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Commentaires

La défense des libertés, pour souhaitable et légitime soit-elle, n'est pas un thème porteur en politique: la tourbe semble éprouver comme un joie secrète à favoriser son propre asservissement.

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Écrit par : jaw | 17/08/2011

@P.Weiss.entièrement d'accord avec vous!

Écrit par : elena | 17/08/2011

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