25/08/2011

Le médecin, le stérilisateur, le bureaucrate et Gribouille

Il était une fois des médecins qui stérilisaient leurs instruments de petite chirurgie dans leurs cabinets, selon leurs propres règles. Le système fonctionnait bien, les médecins ayant un intérêt évident à ce que leurs instruments n'infectent pas leurs patients ! Mais l'Etat - en l'espèce le médecin cantonal - s'est mêlé de ce qu'il croyait être de sa compétence. Les médecins ont dû acheter des stérilisateurs prescrits par les bureaucrates. Comme on pouvait s'y attendre, ces stérilisateurs coûtent non seulement plus chers à l'achat, mais aussi à l'entretien. Les médecins doivent aussi noter chaque stérilisation, ainsi que chaque numéro de lot utilisé pour chaque patient. Pourquoi pas? En fait, pourquoi?

Car pareille intervention se justifierait s'il y avait des risques réels pour les patients. Or les risques, un concept statistique, ont été dans ce domaine à ce point infimes que le canton de Genève n'a pas enregistré le moindre accident au cours des dix dernières années. En revanche, le le coût pour le médecin et son travail administratif ont enflé inutilement. Au bout du processus, le temps passé à soigner a diminué au profit - si l'on ose dire - du temps improductif, passé à remplir des formulaires superflus. Des formulaires que des fonctionnaires devront ensuite contrôler, pour constater l'absence des problèmes qui résume la situation de départ, ce qui ne les motivera certainement pas. 

Morale de l'histoire: quand on ne fait pas confiance à une éthique professionnelle, quand on veut une société de risque zéro, on met sur pied une machinerie aussi complexe et coûteuse qu'inutile. Cette course à l'inefficience est à l'évidence absurde. Elle est aussi néfaste, car elle nourrit le sentiment que l'Etat n'est pas capable de s'autoréguler, contrairement aux médecins qui stérilisaient comme des grands leurs instruments sans que Big Brother ne s'en mêle. Voilà au passage un exemple de ce qu'entend éviter à l'avenir le PLR. Les libéraux-radicaux grâce à son initiative "Stop à la bureaucratie inutile !". A propos, l'avez-vous signée ?

Cet exemple n'est qu'un micro-exemple qui rend compte de l'emprise de plus en plus pesante des contraintes bureaucratiques sur l'organisation et le temps de travail d'une profession. Sans se rendre compte qu'elles contribuent à détériorer l''efficience du système de santé. Gribouille n'aurait pas fait mieux. A quand une évaluation indépendante de la pertinence de cette mesure ?  

  

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Commentaires

Vous n'êtes décidément pas mon représentant politique préféré, mais pour une fois je vous suis. Il y a une frontière naturelle au principe de précaution, et l'abus s'atteint lorsqu'on met en place des mesures pour prévenir des accidents dont on n'a eu aucun exemple.
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Peut-être convient-il d'accuser pour l'inspiration de la mesure qui suscite ici votre ire, le mauvais exemple imposé depuis cinq ans et plus à tous les voyageurs aériens et au monde, vis-à-vis du danger jamais réalisé de kamikazes qui feraient une bombe en mélangeant les fluides qu'ils auraient pu passer au contrôle.

Écrit par : Rampholeon | 25/08/2011

Et s'il n'y avait que cela...mais c'est en fait un tsunami de nouvelles mesures contraignantes qui nous arrive continuellement dessus, qui s'ajoutent les unes aux autres et qui rendent la médecine inutilement chère, mais surtout inefficace
Merci de ce soutien à notre cause !
Dr Jean-Pierre GRILLET

Écrit par : Jean-Pierre GRILLET | 25/08/2011

Vous avez tout-à-fait raison!
Dans un bureau, il est facile d'imaginer la perfection. Dans la réalité, le risque zéro n'existe pas donc il faut vraiment changer les critères qui visent beaucoup de démarches qui relèvent davantage de l'administration que du vécu concret.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 25/08/2011

a force de rationalisation la médecine est tombée dans l'engrenage du gaspillage du tout à jeter ,on ne dénombrait pas autant d'infections du temps ou seringues et autres passaient automatiquement au stérilisateur peut-être pas forcément gain de temps mais question sécurité les hopitaux n'étaient pas perdants!serait-ce que l'ancien personnel avait à coeur de travailler et pour les patients et pour leur employeur sans l'accuser de tous les maux comme aujourd'hui ,les gens ont perdu semble-t'il beaucoup de leur personnalité cherchant à suivre la mode ce qui devrait être l'inverse pour leur propre survie

Écrit par : lovsmeralda | 26/08/2011

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