28/08/2011

La nuit, la plupart de nos gardiens dorment

La liste des effectifs des forces de l'ordre faite par la Tribune de Genève du 27 août 2011 est impressionnante à première vue. Sauf qu'elle est imprécise et incomplète, au point de donner une illusion de sécurité, surtout la nuit. Essai de se rapprocher de la réalité. La journaliste de la Tribune a en effet raison de dire que "chercher à connaître les effectifs, c'est s'attaquer à un coffre-fort sous haute protection". Au risque de se faire embastiller ?...

A première vue, il y aurait 1694 postes dans la police, 205 dans les polices municipales et 336 gardes-frontière, soit un premier total global de 2235 postes. Sauf que l'on ne peut faire cette addition - une erreur dont se garde bien la Julie - sans mélanger des pommes et des poires. En effet, le vrai total des forces de l'ordre implique de commencer par enlever 395 postes administratifs des effectifs de la police. Soit un nouveau total de 1840 postes. Duquel il faudrait encore déduire les postes à vocation administrative des douanes et des polices municipales (qui servent à décharger les forces de l'ordre de tâches qu'elles n'ont pas vocation à accomplir). Ou être sûr qu'il n'y en a pas. Supposons donc un premier effectif global de 1800 personnes.

Reprenons, car ces totaux théoriques, surtout le premier, sont surtout intéressants à des fins statistiques ou lorsqu'il s'agit de voter les budgets. Ce qui intéresse le citoyen, c'est de savoir combien l'Etat (Confédération, canton et communes) affecte d'hommes et de femmes à sa sécurité nuit et jour. Or, c'est là que les choses se gâtent, surtout la nuit.

Selon les données extraites au chalumeau du coffre-fort..., il y aurait le jour, sauf circonstances extraordinaires, 264 policiers (gendarmes, inspecteurs de la police judiciaire, policiers relevant de la sécurité internationale), 205 agents municipaux (dont 98 en Ville de Genève) et 60 gardes-frontière (dont 25 en patrouille sur le territoire cantonal). Soit un second total allant de 494 à 529 personnes que nous arrondissons à 500 personnes. Sauf que les agents municipaux ne sont pas armés et ont des compétences qu'on qualifiera de gardiens de la paix, ce qui est déjà une noble mission. Mais, pour faire face à la violence, à la criminalité, pour faire régner l'ordre, il ne reste que les policiers et les gardes-frontière. Soit un premier total opérationnel de 300 personnes.

Et la nuit fond sur Genève. Comme fondent les effectifs affectés à la sécurité de ses habitants. Il ne reste alors plus que 80 policiers, toutes catégories confondues et 20 garde-frontière (dont 12 sur le territoire). Mais aucun agent municipal - là, le calcul est vite fait. Soit un second total opérationnel de 90 à 100 personnes.

Ce dernier chiffre est inquiétant. Il ne traduit cependant qu'imparfaitement la réalité qu'il exagère. En effet, il faudrait lui ajouter les effectifs des diverses sociétés de sécurité privées, pas plus armées au demeurant que les agents municipaux, mais au moins présentes la nuit, qui ont progessivement été amenées à occuper le terrain délaissé ou jamais occupé selon le type de forces de l'ordre. Un chiffre que nous ne manquerons pas de rechercherpour l'actualiser. En 2005, l'Hebdo l'estimait déjà, pour 80 agences, à 2650 personnes ! (http://www.hebdo.ch/dans_la_jungle_des_polices_priveacutees_21170_.html) alors que, selon le Matin, leur nombre aurait dépassé 13000, en 2009, pour l'ensemble de la Suisse (http://www.lematin.ch/actu/suisse/la-suisse-compte-quasi-autant-de-gardes-prives-que-de-policiers).

La nature a horreur du vide. La sécurité aussi. Aux pouvoirs publics d'en prendre la mesure, notamment la nuit, car dans le canton de Genève la situation actuelle n'est plus acceptable. On n'a pas encore entendu que cela fasse partie des priorités de la très prolixe cheffe de la police.

 

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25/08/2011

Le médecin, le stérilisateur, le bureaucrate et Gribouille

Il était une fois des médecins qui stérilisaient leurs instruments de petite chirurgie dans leurs cabinets, selon leurs propres règles. Le système fonctionnait bien, les médecins ayant un intérêt évident à ce que leurs instruments n'infectent pas leurs patients ! Mais l'Etat - en l'espèce le médecin cantonal - s'est mêlé de ce qu'il croyait être de sa compétence. Les médecins ont dû acheter des stérilisateurs prescrits par les bureaucrates. Comme on pouvait s'y attendre, ces stérilisateurs coûtent non seulement plus chers à l'achat, mais aussi à l'entretien. Les médecins doivent aussi noter chaque stérilisation, ainsi que chaque numéro de lot utilisé pour chaque patient. Pourquoi pas? En fait, pourquoi?

Car pareille intervention se justifierait s'il y avait des risques réels pour les patients. Or les risques, un concept statistique, ont été dans ce domaine à ce point infimes que le canton de Genève n'a pas enregistré le moindre accident au cours des dix dernières années. En revanche, le le coût pour le médecin et son travail administratif ont enflé inutilement. Au bout du processus, le temps passé à soigner a diminué au profit - si l'on ose dire - du temps improductif, passé à remplir des formulaires superflus. Des formulaires que des fonctionnaires devront ensuite contrôler, pour constater l'absence des problèmes qui résume la situation de départ, ce qui ne les motivera certainement pas. 

Morale de l'histoire: quand on ne fait pas confiance à une éthique professionnelle, quand on veut une société de risque zéro, on met sur pied une machinerie aussi complexe et coûteuse qu'inutile. Cette course à l'inefficience est à l'évidence absurde. Elle est aussi néfaste, car elle nourrit le sentiment que l'Etat n'est pas capable de s'autoréguler, contrairement aux médecins qui stérilisaient comme des grands leurs instruments sans que Big Brother ne s'en mêle. Voilà au passage un exemple de ce qu'entend éviter à l'avenir le PLR. Les libéraux-radicaux grâce à son initiative "Stop à la bureaucratie inutile !". A propos, l'avez-vous signée ?

Cet exemple n'est qu'un micro-exemple qui rend compte de l'emprise de plus en plus pesante des contraintes bureaucratiques sur l'organisation et le temps de travail d'une profession. Sans se rendre compte qu'elles contribuent à détériorer l''efficience du système de santé. Gribouille n'aurait pas fait mieux. A quand une évaluation indépendante de la pertinence de cette mesure ?  

  

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23/08/2011

Cornavin: un granit glissant pour les verts

Les CFF ont offert un lifting et des soins anti-âge à Cornavin. De quoi donner encore plus envie de voyager en train ou de faire ses achats à la gare. La nouvelle Ouest vient en effet d'être ouverte au public, toute de lumière et de granit jaune.  Mais les premières critiques ont déjà fusé, parce que... "les Genevois sont comme ça". Trop glissant, ce granit, pour des semelles mouillées. Peut-être. Et puis, comble du comble, importé, ce même granit. Comme les montres genevoises vendues à Bombay. Or le rêve d'autarcie de certains doit être combattu pour éviter le cauchemar de la décroissance pour tous. 

A témoin, une petite phrase, pas bien méchante, mais néanmoins typique d'une mentalité de repli perdant-perdant. Lors de la cérémonie d'ouverture, la conseillère d'Etat Micheline Künzler a ainsi émis un regret: "j'ai cru comprendre que le granit venait d'Inde". D'Inde ou d'un ailleurs plus proche - selon mes sources, ce serait plutôt l'Italie -, mais pas de Suisse. Cette remarque "en passant" sera appréciée à sa juste valeur par les collaborateurs des entreprises exportatrices de ce canton et par les partisans du développement économique du Tiers Monde.

En effet, si dorénavant le granit doit venir du Grimsel, les légumes et les fruits bio de la plaine de l'Aire, le fromage de l'Etivaz, la viande du Simmental, bref, si l'objectif est de parvenir à l'autosuffisance, de la roche la plus dure aux entrecôtes les plus tendres, il va falloir expliquer aux entreprises d'exportation vers quels marchés se réorienter. Et comment payer les salaires de leurs employés. Car lorsque chacun se sera barricadé chez soi, à l'intérieur de ses frontières nationales voire cantonales, tant qu'à faire, il ne restera pas beaucoup de marge de manoeuvre pour conserver les places de travail.

Second problème posé par le repli sur le Réduit du coteau de Bernex, les pays du sud au développement qui patine, en Afrique plus qu'en Asie, vont se retrouver dans un état de pauvreté accrue. Leurs exportations baissant, leurs importations finiront par suivre la même courbe. Cerise amère sur un gâteau sec, il sera bien difficile, ce jour-là, de trouver des moyens pour financer les programmes d'aide au développement - et les salaires des coopérants. 

Bref, si la règle de base en matière de commerce international devient "ferme-toi et le Ciel t'aidera", il y a fort à parier que les besoins d'aide croissent aussi dans des pays du nord frappés de décroissance. Mais n'est-ce pas aussi un rêve vert ?  

 

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22/08/2011

M. Poggia et le péché par omission

Mauro Poggia a beau s'être converti à l'islam, il doit quand même garder en mémoire des leçons du catéchisme catholique de son enfance la notion de péché par omission. Et le mensonge, même le demi-mensonge, est un péché, pour le catholique qu'il a été. Comme d'ailleurs pour le musulman qu'il est devenu.

C'est ainsi que les accusations portées par son ami député et président de son Mouvement contre la "racaille" qu'il faut laisser "là où elle se trouve, c'est-à-dire de l'autre côté de la frontière" "oublient" deux éléments. Primo, il y a malheureusement des délinquants habitant à l'intérieur de ce canton, qui y sont nés et sont même suisses d'origine pour nombre d'entre eux.

Secundo, et c'était l'objet de mon intervention, de l'autre côté de la frontière habitent des êtres humains dont la grande majorité n'appartient pas à la catégorie de délinquants mise en cause. Certains sont nécessaires à l'économie genevoise, comme les infirmiers et infirmières qui ont soigné à l'hôpital cantonal le même député ou qui font lever le pain dans la boulangerie bernésienne d'un ex-député du même parti; d'autres sont même administrateurs d'une société qui emploie une députée, toujours du même parti, qui n'hésite pas à se présenter comme syndicaliste des seuls Genevois !

Ces paradoxes individuels doivent être soulignés. Ils mettent en fait en évidence les incohérences humaines que M. Poggia devrait avoir la décence de ne pas oublier. Mais peut-on vraiment le reprocher à cet homme pressé d'être élu, au point de ne pas pas étudier les propositions de ses adversaires politiques ? Lui qui avouait avoir abandonné son parti précédent, le PDC, en faveur du MCG, par opportunisme: «Nous sommes tous un peu opportunistes, répond-il. Le MCG m’offre un tremplin que le PDC m’a refusé.» (http://archives.lematin.ch/LM/LMS/-/article-2009-07-329/i...)

En outre, sur le fond, M. Poggia semble ne pas avoir compris que la démarche du PLR, que j'ai initiée en accord avec le président Pelli qui connait le même problème au Tessin, consiste à renforcer la protection de la population de ce pays dans le respect de l'accord de Schengen signé par la Suisse et ratifié par ses citoyens.

Au lieu de réclamer un illégal retour des gardes-frontière à la frontière, je propose une augmentation du nombre des gardes-frontière pour la surveillance du territoire à proximité de la frontière, dans les brigades dites volantes, et un contrôle électronique des véhicules, par des caméras, aux points de passage de la frontière.

Or ces mesures sont réalisables si le Parlement fédéral donne les moyens nécessaires. Cela suppose évidemment que ceux qui n'arrêtent pas de se plaindre de la criminalité venant de l'extérieur du pays se rallient au pragmatisme efficace, plutôt que de se cantonner dans des exigences irréalistes, pour continuer de se plaindre que rien ne se passe. Les bases légales pour notre sécurité existent avec Schengen, c'est à nous de rebondir face à la part de criminalité venant de l'autre côté de la frontière en les utilisant à plein régime. 

 

    

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19/08/2011

Schengen+ : le conseil fédéral doit reprendre la main

Assurer la sécurité de la population est un des objectifs de la Confédération. Or, par sa gestion du corps des gardes-frontière qui a oublié l'importance de la présence dissuasive sur le territoire, elle a manifestement négligé cette responsabilité (http://www.ezv.admin.ch/ezv/00434/01475/index.html?lang=fr). Le moment est venu pour elle de reprendre la main, pour ce qui est de sa compétence, au lieu de donner des leçons aux cantons, en l'occurrence à Genève. 

Cela ne fait que donner plus de pertinence encore à mes propositions, résumées par le slogan "Schengen plus pour plus de sécurité", lancées le 1er août à Avusy (http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2011/08/01/l-appel...) et précisées après la lecture qu'en avait faite Pascal Decaillet (http://pierreweiss.blog.tdg.ch/archive/2011/08/03/la-secu...). Mais fixer de nouveaux objectifs ne suffit pas; il faut aussi proposer des moyens pour les atteindre. Voici mes propositions, mais d'abord quelques remarques.

Il est bon que la Berne fédérale - ou une partie d'entre elle personnifiée par la "cheffe" du Déparrtement des affaires étrangères - prenne enfin conscience de l'insécurité vécue par les Genevois. Il aura fallu qu'un fils de fonctionnaire international se fasse attaquer au centre-ville pour que Micheline Calmy-Rey adresse un courrier à Isabel Rochat. Peu importe les motivations de la première dame du pays et passons sur le fait que l'insécurité était connue des Genevois avant qu'elle ne s'en avise. Car quand la Genève internationale rencontre des difficultés, la Berne fédérale se doit d'intervenir. Elle l'a fait, elle a bien fait de la faire, mais elle ne fait pas oublier tout ce qu'elle n'a pas fait, voire ce qu'elle a défait. Dont l'irresponsable décision de retirer 150 gardes-frontière de la protection du territoire de ce canton pour les affecter au contrôle des voyageurs de l'aéroport international de Genève (AIG). Et les 48 gardes-frontière qui seront affectés au terrain en 2012, quand ils auront fini leur formation, ne compenseront que pour un tiers ce retrait.

Cette décision était en fait doublement irresponsable. Sur le fond, parce qu'elle réduisait quasiment de moitié les effectifs affectés à la sécurité de notre frontière une fois l'Accord de Schengen entré en vigueur, en 2008. Mais sur la forme aussi, puisque la convention conduisant à la fin des activités de la police cantonale à l'AIG a été passée directement entre le Conseil d'Etat et la direction des douanes suisses, comme s'il s'agissait d'une simple affaire administrative. Or on aurait pu imaginer qu'une question de cette importance politique eût pu intéresser le Conseil fédéral. Que nenni ! Une fois de plus, on assiste à une prise de pouvoir rampante de l'administration sur les élus.

Cette décision n'était pas seulement irresponsable, elle était aussi mauvaise. Elle ronge, elle mine, elle détruit de l'intérieur l'identité professionnelle du garde-frontière en le transformant en garde-barrière. Il avait le territoire comme habitat et le ciel comme horizon, elle les remplace par une guérite de verre et un hall d'arrivée. Pas étonnant si la démotivation a conduit les meilleurs d'entre les gardes-frontière, des chasseurs par nature, à réorienter leur carrière. En clair, à démissionner pour devenir gendarme ou agent des polices municipales ou des entreprises de sécurité privées. Alors qu'il aurait été plus simple, plus efficace, plus économique aussi, de recourir à des auxiliaires administratifs, en tout cas pour le contrôle des passeports à l'AIG.

Voilà donc la premier moyen pour récupérer des gardes-frontière sur le terrain. Au lieu de faire suivre une école exigeante de formation aux tâches de gardes-frontière, utiliser pour l'exercice plus simple de tamponner des passeports - c'est à peine une caricature - des détenteurs d'un "simple" CFC. Surtout quand on sait que l'AIG souhaiterait multiplier les points de contrôle pour réduire les temps d'attente des passagers et programme donc une pénurie de personnel !

Mais il ne suffira pas d'avoir un personnel un peu moins étique, c'est à dire en quantité un peu maigrichonne, encore faudra-t-il le garder. Or la suppression de l'indemnité de résidence - environ 3000 francs - octroyées aux gardes-frontière genevois pour attirer des effectifs vers ce canton cher va être supprimée. Un comble ! Non seulement Berne n'en propose pas l'augmentation - qui serait indispensable, compte tenu du différentiel salarial avec les policiers cantonaux ou simplement municipaux - mais elle s'achemine vers la suppression de cet appoint salarial. Comme si les conditions offertes étaient suffisamment attirantes, comme si le marché du travail était  l'équilibre. On croit rêver. La direction des douanes ignore-t-elle les compléments salariaux que certains de ses collaborateurs se sont créé, par exemple en dressant des chiens, pour compenserdes rémunérations trop faibles? D'autre dérives pourraient menacer. Il s'agit donc de se lancer fissa dans une analyse comparative sérieuse des salaires des professions de la sécurité, et de procéder, le cas très certainement échéant, aux adaptations (lire: aux augmentations) indispensables.

Résumé d'étape: plus de gardes-frontière sur le terrain, dont une partie peut provenir de l'AIG et y être remplacée par des auxilaires, au minimum conserver voire augmenter l'indemnité de résidence, sauf à vouloir transformer le ou la directrice des ressources humaines des douanes en Pénélope qui défait la nuit ce qu'elle fait le jour. 

Il y a aussi des bonnes nouvelles. L'autre mesure que j'ai demandée, le contrôle automatique des plaques de voiture aux passages de la frontière, est en passe de monter en puissance. Alors qu'il n'existe aujourd'hui qu'un seul passage équipé (Perly) dans le canton, 38 installations ont été commandées pour être installées à court terme aux frontières genevoises. Et connectées aux systèmes informatiques Ripol, Interpol et SIS. Les voleurs de voiture n'ont qu'à bien se tenir.

Mais Genève n'est pas toute la Suisse. Ces gardes-frontière supplémentaires, ces installations de contrôle devront être déployées sur tout le territoire. Or on en vient à se demander si la direction des douanes a pris la mesure des enjeux. On la sent réactive plus qu'active, d'une grande timidité dans ses demandes au Conseil fédéral. Une mise à plat de sa perception des moyens spécifiques, gestion du personnel comprise, et pas seulement des objectifs généraux, des missions et besoins futurs, pourrait ainsi faire l'objet d'un audit fort utile, même à la direction aujourd'hui en place.

Conclusion: retrouver le nombre de gardes-frontière de 2003 affectés à la surveillance du territoire, comme le promettait le Conseil fédéral lors du vote de 2005 sur Schengen, engager des auxiliaires là où les "chasseurs" ne sont pas nécessaires voire se démotivent, mettre à niveau l'indemnité de résidence, équipper les passages de frontière d'installations de contrôle des plaques de voiture, procéder à un audit du management sont autant de moyens qui permettront à la Confédération d'être crédible auprsè des cantons. Surtout la prochaine fois qu'il lui prendra l'envie de faire la leçon à ceux qui n'ont pas attendu qu'elle se réveille pour se préoccuper de la sécurité de leurs citoyens.

Pour autant, Genève doit aussi faire sa part. La qualité de collaboration entre gardes-frontière et police cantonale, pour prendre cet exemple, doit être au moins aussi bonne qu'entre gardes-frontière et gendarmerie nationale française. C'est dire s'il y aura du pain sur la planche lors de la réunion du 12 septembre 2011 qui mettra à la même table Berne et Genève. On peut en tout cas en attendre une diminution des envois de courrier...  

NOTES :

Genève n'est pas le seul canton concerné par cette décision de retrait des gardes-frontière pour les transférer dans les aéroports. Bâle et Tessin, qui ont tous deux des aéroports internationaux, sont aussi touchés. Au total, 212 collaborateurs de ce corps sont aujourd'hui retirés du territoire pour contrôler les passagers des vols de et vers des pays ne faisant pas partie de l'espace dit de Schengen (http://www.bfm.admin.ch/content/dam/data/sicherheit/geset...). En revanche, Zurich continue de faire contrôler par des fonctionnaires cantonaux les passagers arrivant à l'aéroport de Kloten qui en ce sens est resté "unique".

Dans les faits, cela revient, pour Genmève, à contrôler à l'AIG les voyageurs d'Afrique (443 000 en 2010), d'Amérique du Nord (436 000), d'Asie (508 000) et de certains pays européens extérieurs à Schengen.  (Croatie - 21 000, Irlande - 99 000, Roumanie - 27000, Royaume-Uni - 2 615 000, Russie - 184 000, Kosovo 48 000, Ukraine 12 000), soit un total de 4 393 000 sur 11 402 000 passagers, soit 38% du total. Mais on voit bien que trois fois sur cinq, la tâche revient à contrôler les passagers, souvent des skieurs, de Grande-Bretagne et d'Irlande.

 

 

 

   

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16/08/2011

La protection de la sphère privée est indivisible

La sphère privée n'est pas le domaine public. Ni le champ d'investigation d'administrations publiques, parapubliques ou privées. Cela vaut pour le domaine bancaire. Cela vaut tout autant pour le domaine médical. A juste titre, les banques suisses ont défendu autant qu'elles l'ont pu un atout fondamental face à leurs concurrents étrangers; tous, dans ce pays, ne les ont pas soutenues, notamment à gauche où l'argent est a priori suspect d'avoir été mal acquis. A titre tout aussi juste, la majorité des hôpitaux suisses s'opposent à la transmission de données concernant leurs patients aux assurances maladie. Dans les deux cas, c'est la relation de confiance qui est en jeu. Une relation qui doit être préservée de la manière la plus rigoureuse, la plus absolue possible. Et pour laquelle les soutients les plus larges sont nécessaires.

On peut, on doit comprendre la volonté des pouvoirs publics de défendre l'idée que l'écomomie de la santé n'est pas une abstraction. Les Suisses vivent plus vieux et leur fin de vie mérite d'être entourée des meilleurs soins. Pour autant, l'option de toujours plus de soins toujours plus chers n'est pas économiquement soutenable, quels qu'en soient les demandeurs. Le corps médical est conscient des contraintes économiques; il optimise ainsi la durée des séjours hospitaliers ; les entreprises pharmaceutiques aussi, qui développent des médicaments génériques. Cela ne suffit toutefois pas à brider l'explosion des coûts de la santé. Pas plus que les restrictions articifielles posées par les autorités sur les autorisations de s'installer.

Toutefois, imaginer que l'avantage de livrer aux caisses-maladie les données des patients pour qu'elles contrôlent les factures des malades ne saurait en aucun cas compenser la mise à mort d'un principe fondamental de la relation thérapeutique qui unit le médecin et son patient. On ne fera croire à personne que le personnel des caisses, aussi qualifié soit-il, puisse être mis, au sens strict, "dans le secret" du malade. Il n'a pas prêté serment, lui. Il est exclu de prendre ce risque, au détriment des patients. Que l'hypothèse que ce transfert de données puisse bénéficier aux caisses pour alimenter en information leurs division privée n'a même pas besoin d'être invoquée, tant la rupture du lien symbolique suffit à condamner cette tentative.  

Il est donc sain que l'accord conclu entre H+, l'association des hôpitaux suisses, et Santésuisse ait capoté. La rebuffade infligée par la "base" à ses négociateurs est salutaire. Elle ne doit au demeurant pas être interprétée comme un refus définitif. Il reste en effet trois autres points importants sur lesquels un accord peut être trouvé (indemnisation des investissements, surveillance des coûts, présentation des données de coûts) entre ces deux partenaires. Et puis, s'agissant des données, d'autres modalités peuvent être envisagées, pour autant qu'elles soient mises en oeuvre sous la surveillance du corps médical. 

Bref, qui considère important le libre choix du médecin considérera fondamental la préservation du secret médical.

 

 

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11/08/2011

Sortir du précipice

Pour les chefs d’entreprise, les vacances sont finies ou n’ont même pas commencé. Avec un œil sur la chute des bourses et l’autre sur l’escalade du franc, le strabisme est assuré qui conduit au précipice. Pour certains qui exportent jusqu’à la totalité de leur production, l'enjeu est la survie de leur société comme de ses emplois. Un franc sur deux est gagné à l’exportation : supprimez ce franc et imaginez le résultat ! C’est dire si le moment exige esprit de décision, quant aux mesures à prendre à court terme, et capacité d’anticipation, pour préserver à long terme la position des entreprises suisses face à leurs concurrents.

 

Esprit de décision. Face aux périls, deux écueils sont à éviter : l’inaction et la panique. La première parce qu’elle fait fi des responsabilités qui pèsent sur la nature même de la mission de l’entrepreneur, la seconde parce qu’elle ne garantit que l’échec. Il faut au contraire faire preuve de discernement dans les mesures à prendre. En commençant par dégager des priorités.

 

Certes, la question du prix des biens importés risque de peser de plus en plus sur le pouvoir d’achat des ménages, mais à quoi bon réduire la facture des importations si leur achat n’était le fait que de chômeurs ? Il convient donc de diriger tous les efforts pour éviter pareil marché de dupes. Ce qui suppose, pour la Banque nationale suisse, de reprendre à court terme une maîtrise, au moins partielle, du cours du franc.

 

Capacité d’anticipation aussi. La crise actuelle exige des autorités, encore plus que de coutume, d’améliorer les conditions-cadre des entreprises. A cet égard, toutes les initiatives visant à augmenter le coût du travail sont autant de poids inutiles voire dangereux mis sur les épaules des entrepreneurs.

 

La Suisse fait partie du peloton de tête des économies développées. La santé de ses finances publiques fédérale et dans la plupart des cantons suscite l’envie des pays au bord de la banqueroute ; elle n’est pas pour rien, paradoxalement, dans le pouvoir d’attraction de sa monnaie. Ses infrastructures sont bonnes, la paix sociale et l’esprit de consensus remarquables, et l’on pourrait continuer de décliner la liste de ses avantages comparés. Dont les formations dispensées par ses (hautes) écoles, dans ses entreprises, y compris par la FER Genève, préalables à toute innovation.

 

Lutter ensemble pour l’amélioration de ces atouts est donc l’autre priorité à dégager pour envisager sereinement le long terme. La définition d’exigences professionnelles adaptées à l’évolution des technologies, l’évaluation continue des écoles obligatoires et postobligatoires ainsi que leur notation publique, la formation initiale et continue des employés, enseignants compris, font partie de ces défis communs. Pour sortir aussi ensemble du précipice.

 

(Editorial de la newsletter du 12 août 2011 de la FER Genève - pour s'abonner: www.fer-ge.ch)

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10/08/2011

Hani Ramadan l’imposteur, par Pierre Weiss

Hani Ramadan n’est pas qu’un prédicateur islamiste, partisan de « la lapidation, une mesure dissuasive », c’est aussi un donneur de leçons de paix. Dernier prétexte, les attentats d’Oslo (Tribune du 4.8.11), une victoire de la pensée tribale raciste dont seraient responsables l’extrême droite et le populisme, la perversion de nos démocraties. Bigre !

C'est un sacré coup de chance, pour cet expert en droits de l’homme, que le criminel norvégien ne soit pas un de ces islamistes qui ont ensanglanté le monde à force d’attentats, notamment depuis le 11 septembre 2001. Car il se serait tu. Où sont ses leçons des attentats de la gare de Madrid en 2004 (191 morts) ? Ou du métro de Londres en 2005 (52 morts) ? 

On peut partager sa définition théorique de la pensée tribale raciste : « défendre un individu, quels que soient ses crimes, parce qu’il appartient à une tribu ». Mais on a de la peine à mettre dans le même sac pratique, comme il le fait dans son blog de la Tribune, les seuls exemples qu’il en donne : Polanski, DSK et le sionisme dénaturé en « une idéologie du pouvoir transgresseur de l’argent et de la corruption ». Sauf à vouloir, avec cette dernière caricature et ces amalgames, rappeler quelques souvenirs.

Bref, exonérer l’islam pour accuser l’extrême droite, mettre en cause la pensée tribale raciste (lire aussi chrétienne ou occidentale), cela fait furieusement penser à la parabole de la paille et de la poutre. Et cela révèle l’essence de son imposture : passer pour un homme de paix quand en réalité on attise les conflits. 

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08/08/2011

Tottenham: l'individu, le contexte, la responsabilité

Tottenham, un quartier de Londres, se retrouve dévasté après la mort d'un homme tué par la police. Puis un autre, Enfield, connaît des pillages. Puis des troubles éclatent dans un troisième, Brixton. Et même Oxford Circus où un drôle de cirque conduit à des arrestations. 

Sur la séquence des faits, trop peu de choses sont connues. C'est ainsi qu'on ne sait pas quelle est la responsabilité initiale de la police. Ni celle de l'homme qui a succombé à un échange de coups de feu dont on apprendra peut-être qu'il était plus démon qu'ange, gangster que paisible père de famille. Au surplus, quelles que soient les responsabilités initiales, elles ne sauraient excuser ni même expliquer les dérapages consécutifs au décès. On voit là la manifestation de dérapages opportunistes que ne saurait justifier une loi du Tallion dévoyée.

Tottenham serait multi-ethnique, pauvre et à haut taux de chômage. Et alors! Si la multi-ethnicité, la pauvreté et le chômage étaient des déclencheurs puissants, ce ne serait pas un, mais dix, cent, mille échanges de coups de feu auxquels on assisterait chaque week-end à Londres, à Berlin, à Paris et dans tant d'autres villes de province, pour ne pas parler du Tiers Monde. Or ce n'est à l'évidence pas le cas, ni ici, ni là-bas. C'est donc qu'il a y autre chose qu'une causalité faible.

Le contexte est en réalité une pauvre excuse pour expliquer une absence d'analyse des intentions et des stratégies, bref, des rationalités individuelles. Car on pourrait aussi prendre en considération le rôle des substances psychotropes dans l'absence d'inhibition, celui des médias remplis d'images violentes, des milieux familiaux déboussolés et pourquoi pas une architecture criminogène, tant qu'à faire. Le poids de ces différents facteurs ne serait que second en comparaison de la décision de celui/ceux qui a/ont fait usage de violence. Celui ou ceux qui ont tiré d'abord. Ceux qui ont détruit, brûlé, saccagé, vandalisé, pillé ensuite. C'était leur choix, ils pouvaient ne pas le faire. Ils ont prix un risque, celui notamment d'être arrêté et jugé, peut-être tué.

Qu'il y ait dans des circonstances difficiles des gens qui préfèrent agir hors des lois plutôt qu'en respectant l'Etat de droit, cela ne fait pas le moindre doute. Sauf qu'ils ne sont qu'une infime minorité. Mais qu'il s'agit de réprimer, en cas de comportements déviants, pour lui rappeler les repères nécessaires à la vie en société. Pour permettre surtout à la majorité de vivre en paix et en sécurité. Elle y a droit. 

Bref, on ne peut faire l'impasse sur le fait qu'au terme de la chaine des causes possibles des violences urbaines, il y a une décision individuelle, il y a une responsabilé individuelle. A Tottenham, certains ont cru pouvoir jouer avec le feu. Demain montrera la douleur de leurs brûlures et l'ampleur de leur erreur.

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03/08/2011

Sécurité de la Suisse: la vendange avant la grêle. Réponse à Pascal Decaillet

Une grande majorité de la population serait favorable à plus de sécurité aux frontières. Et donc favorable "à la virgule près" aux propositions liées à un Schengen plus, à un Schengen renforcé. Voilà un diagnostic qui rassure. Mais lorsque ces propositions viennent du PLR, s'exprimant via son vice-président, certes candidat au conseil national, s'exprimant à l'occasion du 1er août, elles ne seraient que pur suivisme et électoralisme suspect par rapport aux exigences de l'UDC. Voilà l'appréciation de Pacal Decaillet, commentateur brillant et passioné de la politique suisse et amateur de joutes verbales qui sont le propre d'une démocratie (http://pascaldecaillet.blog.tdg.ch). Une appréciation un peu rapide cependant, pour dire le moins, puisqu'elle confond un accord sur le fond - garantir la sécurité - et un désaccord sur les moyens - Schengen plus contre Schengen moins, voire plus de Schengen du tout. Difficile en outre de faire passer ces derniers pour une reprise de propositions lancées par d'autres puisque, précisément, l'UDC ne les a jamais suggérés et qu'ils se distinguent clairement d'une fermeture de notre frontière. En cela, ils sont donc nouveaux. C'est dire si ici, la vendange arrive avant la grêle. 

Ce n'est effectivement pas trop tard, au moment où Danemark, Norvège et même la France s'essaient, depuis cet été seulement, à évaluer la mise en oeuvre du dispositif de contrôle des frontières résultant du Traité de Schengen. Ce pouvait difficilement être beaucoup plus tôt, alors que les données statistiques suisses sur la criminalité étrangère ne sont publiées que depuis 2010(http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/19/04/...).

A cela, j'ajoute des données genevoises qui montrent une augmentation des auteurs d'infraction provenant de la région frontalière de l'ordre de 10% entre 2008, dernière année avant Schengen (instauré en décembre 2008), et 2010 (4877 cas au total en 2010). Une augmentation qui est, pour ces mêmes années, de 27% pour les délinquants provenant de la région lyonnaise, mais pour un nombre de cas bien moindre (295 cas au total en 2010). En cause: des délits concernant les stupéfiants, des dommages à la propriété, des cambriolages, des brigandages, des lésions corporelles simples et des vols, y compris de véhicules, et même du vagabondage. 

C'est en réalité le bon moment, alors que certains, et pas seulement à gauche, nient le problème, par angélisme, par négligence, par crainte de l'affronter, et que d'autres, et pas seulement dans les rangs de l'UDC, ne proposent que des solutions à l'emporte-pièce, sans la moindre réflexion approfondie, et notamment sans se préoccuper des effets en chaîne que déclencheraient leurs prétendues solutions si elles étaient appliquées.

Les premiers ne mettent l'accent que sur les effets positifs de Schengen, certes majoritaires. La liberté de franchir les frontières de Schengen quasiment sans risque d'être contrôlé ne peut que plaire à la grande majorité de citoyens honnêtes avides de libre circulation ; le fait de ne pas avoir à demander un deuxième visa pour visiter la Suisse, quand on est originaire d'un pays hors Schengen, ne peut que satisfaire les hôteliers suisses qui ont déjà fort à faire avec le franc... fort. La fin des queues aux douanes nationales n'est appréciée à sa pleine valeur que quand l'article 23 des dispositions d'application de Schengen se traduit par le rétablissement du contrôle systèmatique à la frontière - on sait alors la valeur de ce qui nous manque et on en a vu les effets lors de l'Eurofoot et surtout lors du G8 d'Evian. On doute que les personnes habitant de l'autre côté de la frontière, Genevois compris, et travaillant en Suisse en souhaitent la pérénnisation. Une pérénnisation que Schengen ne permet pas. Je me souviens encore de la queue provoquée par la douane de Perly, avant l'ouverture de l'autoroute de contournement, qui commençait au pont de l'Ecu en pleine saison touristique ! Est-ce cela que nous voulons? 

C'est pourtant ce que propose l'UDC qui exige un contrôle systématique aux douanes nationales. Un contrôle interdit par Schengen, ce que le peuple savait lorsqu'il a voté en faveur de cet accord en 2005. Un contrôle qui conduirait sans guère de doute à la prise de mesures de rétorsion par nos voisins allemands, italiens, autrichiens et français ou par l'UE. Les diplomates suisses négocient encore et toujours avec Bruxelles, dans la logique bilatérale voulue par l'UDC - puisque nous sommes hors de l'EEE que le PLR a soutenu. Une logique à laquelle ce dernier s'est rallié sans arrière-pensée. Ou alors s'agirait-il aussi de torpiller ces négociations bilatérales, comme il s'agirait de mettre en cause les Accords conclus, sans même évoquer ici l'initiative dite du 1er août de l'UDC qui mérite à tout le moins des commentaires critiques ? Outre la sécurité du droit, dont apparemment ces milieux se souviennent comme de Colin-Tampon, il en va ici de l'image de la Suisse, que d'aucuns prendraient pour un pays girouette, versatile. Or nous ne sommes pas le royaume de Danemark qui est en train de rétablir des contrôles aux douanes, en reconstruisant les bâtiments qu'il avait détruits..., mais qui n'a à craindre que le courroux de Bruxelles, et guère plus, en tant que membre de l'UE. Non, nous sommes la Suisse, qui s'escrime à demeurer dans le peloton de tête des pays du monde où le pouvoir d'achat de ses concitoyens est le plus élevé.

Sauf que le maintien ou l'amélioration du pouvoir d'achat ne suffit pas. La sécurité des citoyens doit aussi être garantie. Pour cela, Schengen offre une réelle marge de manoeuvre. J'en ai illustré deux possibilités lors de mon discours d'Avusy.

Premièrement, davantage de gardes-frontière oeuvrant dans le cadre des patrouilles volantes. Il est inacceptable de n'avoir qu'une dizaine de gardes la nuit qui surveillent le canton de Genève, ses 110 kilomètres de frontière, et à peine le double le journée, en plus de ceux qui sont en fonction à Bardonnex et à Thônex.

Deuxièmement, il s'agit de contrôler systématiquement par moyens électroniques les véhicules franchissant la frontière, comme c'est déjà le cas à Perly. Qui le savait? Qui avait surtout proposé de le faire à une grande échelle, à toutes les forntières du pays? En tout cas pas ceux qui, du côté de l'UDC, se plaignent du coût de Schengen. A cela on peut encore ajouter un renforcement de la contribution suisse à Frontex, le dispositif de contrôles des frontières extérieures de Schengen.

Bref, il s'agit de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Il s'agit au contraire d'appliquer avec plus de rigueur Schengen. En en payant le prix. En en faisant une priorité. En convainquant les Autorités qu'on ne peut plus être lénifiant sur l'évolution de la criminalité et qu'on ne peut se réfugier derrière l'argument de modération budgétaire, un argument auquel on espère que tous se rendront, même les plus dogmatiques en la matière. En convainquant la population, et notamment la partie de l'électorat qui croyait que l'UDC offrait des solutions réfléchies, qu'il n'est pas possible d'être fantaisiste, irresponsable, quant aux moyens choisis. En unisssant ceux d'entre nous qui considèrent la sécurité comme une priorité derrière des propositions réalistes, les seules qui méritent d'être suivies.

Et en remerciant Pascal Decaillet de me donner la possibilité de réagir à une note d'humeur d'un commentateur, déçu par le silence sur ce sujet d'un parti qui a fait la Suisse, en lui montrant que le silence n'est pas toujours d'or, qu'il n'y a surtout aucun thème pour lequel le PLR n'aurait, par on ne sait quel ukaze, pas le droit à la parole et aux propositions.

Je reviendrai d'ailleurs prochainement sur ce thème. Par exemple pour évoquer les modalités de coopération entre les différents corps chargés du maintien de la sécurité. Et surtout pour ouvrir des pistes concernant l'attractivité du corps des gardes-frontière. Le hasard fait que la Tribune de ce 2 août 2011 publie une offre d'emplois de l'administration fédérale des douanes. Espérons qu'elle rencontrera le succès qu'elle mérite.

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01/08/2011

L’appel d’Avusy : Schengen plus pour plus de sécurité !

Chères Avusiennes et chers Avusiens,

Merci tout d’abord d’accueillir ce soir, dans votre commune, le voisin soralien qui, pour des raisons familiales d’abord, se sent un peu chez lui en étant chez vous. Et qui, précisément parce que Soralien, vit aussi aux marges du pays, à sa frontière.

C’est par le biais du thème de la frontière, de son évolution et de son usage, bon par la plupart de ceux qui la franchissent, mauvais par une minorité, que je vous propose d’entrer dans cette réflexion sur la signification de ce 1er août 2011 pour nous, d’Avusy, de Soral, ou de Bâle, de Chiasso ou de Gondo, bref, de toutes les communes frontalières suisses. Et d’en sortir avec un appel pour plus de sécurité pour les citoyens, dans l’esprit du Pacte de 1291 comme du Traité de Schengen.   

Quel meilleur jour que celui de la Fête nationale pour évoquer primo le lien confédéral, secundo notre identité si singulière, mais aussi, tertio,  les menaces qui pèsent sur notre « bonheur suisse » pour reprendre le titre d’une enquête de sociologues publiée dans la foulée de l’Expo de 1964, du temps de la modernité triomphante et sans souci, de la confiance illimitée dans le progrès scientifique et technique, en pleines Trente Glorieuses, d’un temps aussi où le sens de la vie donnait la priorité à l’avoir sur l’être, à la société de consommation pas encore remise en question par Mai 68 ?

Or parmi ces menaces, l’une vient, comme en 1291, de l’extérieur. Ce n’est plus évidemment sous la forme d’un conflit avec les Habsbourg, les représentants d’un Empire auquel la Suisse a de fait appartenu jusqu’au Traité de Bâle, en 1499, et formellement, sur le plan juridique, jusqu’au Traité de Westphalie, en 1648, année de la fin de la guerre de Trente Ans. C’est désormais sous la forme plus diffuse d’une criminalité importée. Du coup, certains dans notre pays en viennent à adopter une position de fermeture, à vouloir même poster l’armée aux frontières, comme si nous étions en guerre ; d’autres au contraire nient le problème, comme si ne passaient par nos douanes que d’inoffensifs travailleurs frontaliers – dont un tiers sont des Genevois, rappelons-le. Alors qu’il s’agit au contraire d’affronter ce problème pour le maîtriser en nous référant à notre lien commun, en respectant notre identité, nos valeurs et l’esprit voire la lettre des Traités que nous avons signés.

Le thème de la frontière

Quel meilleur moyen que le thème de la frontière pour cerner les dimensions de ce lien, de cette identité, de ces menaces ? Une frontière dont je relève tout de suite l’arbitraire, mais aussi la réalité. Passons sur la frontière interne, entre nos communes, qui nous a séparés il y a un peu plus de 150 ans alors qu’avec Laconnex nous avions été, pendant quelques décennies, à peine réunis à la Suisse, une seule et même commune. C’est de la frontière qui nous sépare de la France, et donc de l’UE, qu’il s’agit.

Cette frontière aurait pu être reportée au-delà de l’horizon, et en tout cas du Salève et du Jura, englober bonne partie de la Haute-Savoie actuelle si les vues de Pictet de Rochemont l’avaient emporté en 1815. Ou encore si la pétition signée en 1860 par quelque 13 000 habitants du Chablais et du Faucigny – à quelques mois du plébiscite de 1860 sur l’annexion de la Savoie à la France – n’avait pas tout simplement été classée par l’Assemblée fédérale de l’époque.  

Les choses sont comme elles sont. Les frontières actuelles ne peuvent être niées, même si le Traité de Schengen, ratifié par le peuple suisse en 2005 et en vigueur depuis 2008, a modifié la pratique du passage de la frontière, ce dont les touristes se réjouissent évidemment, même s’ils sont plus rares cet été.

Un lien perpétuel pour la paix et la sécurité

Sens du lien d’abord. Le Pacte de 1291 insiste dès la première phrase sur l’importance de la paix et de la sécurité, qui sont les conditions formelles de toutes nos libertés. « C'est accomplir une action honorable et profitable au bien public que de confirmer, selon les formes consacrées, les conventions ayant pour objet la sécurité et la paix ». Peut-on être plus clair ?

 Une identité faite de modestie, de résistance, de clivages multiples

Identité ensuite. L’appel lancé en 1291 a en tout cas progressivement convaincu, de proche en proche, d’autres cantons qui se sont ralliés au fil des siècles à l’esprit de résistance originel. Ils se sont convaincus de la nécessité de rester petit, expression de la modestie suisse. Car la Suisse, c’est un peu Peter Pan, c’est le pays qui ne voulait pas grandir. C’est le Pays qui a refusé d’englober jadis la Leventine et le Voralberg naguère, au sortir de la première guerre mondiale, et pas seulement la Savoie, pour ne pas remettre en cause ses équilibres d’horloger.

Mais singularité de cette identité aussi . Le Pacte défensif de 1291 a été pensé par des gens « âpres à défendre », comme l’a écrit l’historien (et ancien conseiller fédéral) Georges-André Chevallaz : « on ne s'unit pas pour se fondre dans une communauté harmonieuse, mais pour défendre ses droits, pour résister en groupant ses forces. (…) La Confédération, elle, à contre-courant souvent de l'histoire européenne, s'est construite contre ».

Et puis il y a la diversité de la Suisse, qui fait que, dans ce pays, aucun clivage, linguistique, confessionnel, social, urbain-rural, centre-périphérie, n’est dominant, même pas celui du Roesti. Voilà pourquoi la Suisse est l’un des rares Etats réellement fédéraux du monde.

Le défi de l’interdépendance : avantages

Défi enfin. Car cette identité modeste, résistante, fédéraliste, est mise au défi non tant par l’existence en soi du vaste monde, mais par l’interdépendance dans laquelle vivent les pays qui y coexistent. Une interdépendance dont la Suisse est une fervente partisane de toujours, depuis que les Waldstaetten contrôlaient le passage du Gothard. Les péages, ça rapporte !

Et effectivement, comment la Suisse aurait-elle pu lutter contre sa pauvreté, puis construire sa prospérité si l’extérieur n’existait pas ?

C’est d’abord vers ce vaste monde qu’ont émigré des Suisses par dizaines de milliers, notamment au XIXème siècle, siècle de misère voire de famine.

C’est ensuite dans ce vaste monde que quelque 700 000 compatriotes commémorent aujourd’hui la même fête que nous, parfois avec une intensité et un respect rendus plus forts par la distance. Soixante pour cent d’entre eux (480 000) vivent de l’autre côté de cette frontière, dans l’Union européenne. C’est même la France qui abrite le plus gros contingent suisse, comme à l’époque des régiments au service des rois, avec 180 000 des nôtres !

C’est encore vers ce vaste monde, et d’abord vers l’UE qu’exportent non sans peine nos entreprises, avec plus d’un franc sur deux de notre PIB qui est gagné à l’exportation, et bien soixante centimes dans chacun de ses francs qui provient de l’UE.

C’est enfin de ce vaste monde, mais surtout de sa partie la plus proche, l’UE, que provient le million et demi d’étrangers résidant dans notre pays. Tous ensemble, nous travaillons, généralement dans le respect de nos différences, à accroître notre bien-être commun. Et les mariages mixtes sont là pour nous en convaincre, jusque dans nos familles.

Deux rappels pour résumer. Soixante pour cent des 700 000 Suisses de l’étranger vivent dans l’UE, soixante pour cent de chaque franc gagné à l’étranger par nos industries exportatrices le sont dans l’UE, c’est dire l’importance des Accords bilatéraux. 

Revers de l’interdépendance

Mais cette interdépendance a aussi son revers : c’est l’interpénétration imposée qui nous oblige à redéfinir nos moyens de protéger le bonheur de vivre en Suisse, que l’on y soit Suisse de toujours ou d’adoption, ou que l’on soit étranger.

Pour vivre heureux, il faudrait vivre caché, dit le proverbe. La chose n’est plus possible sur ce globe, sauf peut-être pour certaines tribus de l’Amazonie. Non, en fait, pour vivre heureux, chers Avusiens et Avusiennes, il faut d’abord vivre protégé de ceux qui s’ingénient à saper les conditions de notre bonheur. Dans l’échelle du psychologue Maslow, le besoin de sécurité arrive au deuxième rang, tout de suite après le besoin de nourriture. Ce n’est pas un hasard.  

Certes, Schengen a conduit à nombre d’avantages, y compris pour ceux d’entre nous qui faisons en partie nos courses en France le weekend. Une bonne tomme de Savoie mérite toujours le déplacement jusqu’à la fruitière, comme « ils » disent, ou au marché de Viry !

Or Schengen, c’est aussi certains désagréments. Non pas l’augmentation du trafic automobile qui lui est imputé à tort – cette augmentation résulte en fait des Accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes. Mais l’augmentation - ou en tout cas l’existence à un niveau très élevé - des délinquants, venant et repartant de l’autre côté de la frontière ; et puis c’est encore la fin de la possibilité des contrôles systématiques à la frontière sans avoir à les justifier par des circonstances extraordinaires. Or le passage de personnes venant commettre des délits en Suisse et la porosité de la frontière sont deux dimensions fortement liées l’une à l’autre.

Certes, pour partie, ceux qui y attentent à notre sécurité, cette petite minorité de trafiquants, de délinquants, de criminels attentant à nos personnes et à nos biens, vivent dans ce pays voire en sont originaires. Mais pour une autre partie, ils proviennent de l’étranger, lointain ou proche.

Trop peu de contrôles et donc de gardes-frontière

Contre cet étranger lointain, des frontières nous protègent. Il y a les frontières dites extérieures de l’UE dont nous sommes partie prenante via le mécanisme Frontex de Schengen, par exemple entre la Finlande et la Russie ; elle nous sont rappelées lorsque nous atterrissons à Cointrin de pays situés en dehors de l’espace Schengen ; rien qu’à notre aéroport, 150 gardes-frontière s’en occupent.

Contre l’étranger proche, en revanche, la présence physique des douaniers s’est réduite comme peau de chagrin, mais déjà avant l’entrée en vigueur du Traité de Schengen. Aujourd’hui, de tous les postes-frontière du canton, seuls 3 sont encore tenus, pour parler en douanier, dont un gardé 24 heures sur 24. Perly est en outre le seul à disposer de moyens électroniques de contrôle des véhicules. Mais il n’y a plus personne à Soral, comme du temps de mon enfance, ni à Sézegnin, ni aux 30 autres postes du canton. Genève-Emmental, même combat de trous !

Certes, il y a les patrouilles volantes, mais, pour des malfrats déterminés, quoi de plus facile que de jouer les passe-frontière face aux trop rares gardes-frontière ? Et malgré un effort récent de la Confédération, il en manque toujours plusieurs dizaines, rien que pour Genève. Et ce manque est probablement de l’ordre de deux à trois cents gardes-frontière pour le pays dans son entier.

Schengen plus pour plus de  protection et de sécurité

A l’heure où le Danemark réintroduit des contrôles à ses frontières, forçant la Commission européenne à réévaluer bon gré mal gré les règles de fonctionnement du dispositif Schengen, où la Norvège meurtrie entend se protéger de la criminalité importée de Suède, il serait temps que les Autorités suisses se préoccupent enfin d’étudier la marge de manœuvre qui leur est accordée par le Traité de Schengen, voire qu’elles donnent de la voix, diplomatiquement s’entend, à Bruxelles. Or elles ne semblent pas encore avoir pris la mesure, ou en tout cas pas toute la mesure, du problème que vivent les Suisses sur le terrain, un problème dont nous sommes trop souvent les témoins sinon les victimes.  

Il ne s’agit donc pas ici de plaider pour l’abrogation du Traité de Schengen ou sa renégociation, ce qui reviendrait au même. Cela aurait pour effet de mettre la Suisse dans une position impossible pour les autres négociations que nos diplomates mènent à Bruxelles, par exemple sur l’énergie ou la sécurité alimentaire, outre le dialogue sur la fiscalité. Il y aurait aussi les répercussions sur l’ensemble de nos relations présentes. La pyromanie, très peu pour moi, oserais-je vous dire en ce soir où les fusées et les pétards sont à la fête !

Il s’agit au contraire d’aller vers une amélioration de Schengen, vers un Schengen +, un Schengen suisse si l’on voit le plus comme une croix, un Schengen exploité au maximum de sa marge de manœuvre, surtout s’il était modifié par l’UE dans un sens de plus grande sévérité à l’égard des délinquants.

Je sais que ce n’est ni le moment, ni le lieu d’entrer dans des considérations techniques sur les modalités de ce Schengen plus. Mais je sais aussi qu’il serait irresponsable et que ce serait même faire injure au Pacte de 1291 que de ne rien entreprendre pour mieux protéger nos concitoyens de cette menace extérieure.

Des propositions sont donc attendues du Conseil fédéral, les parlementaires responsables du budget de la Confédération devront mettre les moyens financiers à disposition. Bref, une volonté commune doit se dégager pour donner une solution à ce problème.

L’appel d’Avusy

C’est donc en me référant à l’esprit des fondateurs de notre pays que je leur lance, que je vous lance cet « appel d’Avusy » – auquel Soral ne sera que trop heureux de se joindre, je l’espère, et pourquoi pas Bâle, Chiasso et Gondo.  

J’espère vous avoir convaincu de son utilité, chers Avusiens et chères Avusiennes, pour que la frontière qui nous distingue de nos amis vivant en France ait un sens réel voire redoutable pour les hors-la-loi qui en proviennent.

J’espère surtout que nous sommes d’accord pour que cette même frontière soit une ligne en deçà de laquelle nous pourrons continuer à développer nos valeurs, à cultiver notre identité, à affronter d’autres défis plus exaltants que la seule sécurité. En fait partie, avec nos voisins proches ou lointains le développement de nos échanges économiques, sociaux, culturels. En fait aussi partie, je m’adresse ici aux générations montantes, l’amélioration jamais achevée d’une formation exigeante adaptée à la complexité des temps, un sujet qui me tient à cœur, un sujet pour autre discours de 1er août.

Et, soyons-en certains, nous réussirons  dans toutes ces entreprises par amour de la Suisse et de nos libertés. A vous tous, je souhaite une très chaleureuse fête nationale.  

Vivent Avusy, Genève et la Confédération suisse !

(Version de base de laquelle est extraite l'allocution prononcée à Avusy)

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